‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 57 sur 87 · LES SACREMENS ET LA PRIKRE · texte numérisé non relu

LES SACREMENS ET LA PRIKRE

LXXÏI.€ LECTURE.

Nécessites de la Grâce s et moyens de l'obtenir.

Omnc datum optimum et omne donum perfectum desursùm e$t , descendais à Pâtre luminum.

Toute grâce excellente et tout don parfait vient d'en haut, et descend du Père des lumières. Jac. i.

IMols avons besoin de la grâce pour accomplir les commandeniens de Dieu et pour nous sauver. Sans ce secours divin , nous ne pouvons rien dans l'ordre du salut. C'est ce que Notre- Soigueurnousa enseigné par ces paroles : «Sans moi , vous ne pouvez rien faire ; » et saint Paul, parcelles-ci : « Nous ne sommes pas capables d'avoir , par nous-mêmes , aucune bonne pensée , comme de nous-mêmes ; mais c'est Dieu qui nous en rend capables. » La grâce est un don surnaturel que Dieu nous fait par sa pure miséricorde, et en considération des mérites de Jésus-Christ. Il y a deux sortes de grâces ; i . la grâce habituelle et sanctifiante , qui nous justifie , c'est-à-dire , qui nous fait passer de l'état du péché mortel en l'état de la justice, qui nous rend enfans de Dieu , agréables à ses

3i2 Doctrine Chrétienne.

yeux , et nous donne droit à l'héritage du ciel ; 2.° la grâce actuelle qui consiste dans une sainte pensée qui éclaire notre esprit , et dans un bon mouvement qui prévient , excite et aide notre volonté pour faire le Lien. Le péché originel a répandu d'épaisses ténèbres dans notre esprit , et une profonde corruption dans notre cœur. Nous naissons dans l'ignorance , avec une forte inclination au mal ; voilà les deux sources générales de tous nos péchés ; nous ne péchons que parce que nous ignorons nos devoirs , ou parce que , lesconnoissant , nous aimons mieux suivre nos penchans que nos lumières. Nous ne pourrions jamais sortir de l'état dépêché, ni faire le bien , si Dieu ne nous ouvroit les yeux de l'esprit ; et s'il n'imprimoit à notre cœur un bon mouvement qui le tourne vers la vertu. La grâce remédie à ces deux plaies que le péché a faites à notre ame ; elle nous fait connoître le bien ; elle nous inspire le désir , et nous donne la force de le pratiquer. Que deviendroit l'homme attaqué de toutes parts au dedans et au dehors , si Dieu ne l'aidoit dans sa foiblesse ; car , à cette pente qu'il a pour le mal , se joignent encore les tentations qu'il éprouve , de la part du démon et des créatures. Quedepiégcs le monde ne lui dresse-t-il pas de tous côtés ! Il étale à ses yeux ses pompes et ses faux biens , pour y attacher son cœur et le détourner de Dieu. Le démon lui livre de continuelles attaques , présentant à ses sens des objets flatteurs et séduisans , remuant son imagination par mille prestiges, et excitant dans sa chair des mouvemens de révolte contre l'esprit. Non, il ne pourroit certainement résister ù tant d'assauts , si Dieu

cessoit un seul instant de le soutenir. Voilà pourquoi sainl Paul , après avoir déploré les contradictions qu'il éprouve au dedans de lui-même, s'écrie: « Malheureux que je suis ! qui me délivrera "de ce corps de mort ? ce. sera Ja grâce de Dieu par Jésus-ChrisL » Voilà pourquoi , en récitant tous les jours la prière du Seigneur , nous demandons à Dieu que son nom soit sanctifié , que sa volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel , qu'il ne nous abandonne point à la tentation , et qu'il nous délivre du mal. Il est donc vrai , selon la doctrine de Jésus-Christ , que nous ne pouvons glorifier le nom de Dieu , ni faire sa volonté , ni résister à la tentation , ni être délivrés des piégosdumalinesprit que .par le secours de Dieu même; mais avec la grâce nouspouvons tout , selon cette parole du même apôtre : Je puistout en celui qui me fortifie. Or, ce secours ne nous est point dû , autrement ceneseroitplus une grâce , nous n'y avons aucun droit, mais Dieu nous le donne par sa pure bonté , et en verlu des mérites de la passion et de la mort de Jésus-Christ. Cette grâce n'est refusée à personne ; et c'est notre faute quand nous n'en profitons pas pour faire le bien et pour nous sauver. Ce n'est pas la grâce qui nous manque; c'est nous qui manquons à la grâce. Dieu l'a attachée aux sacremens , quand on les reçoit avec de bonnes dispositions; il l'a promiseà la prière , quand elle est bien faite. A >us avons donc deux moyens infaillibles pour < bleuir la grâce ; ce sont les sacremens et la prière. On ree >il la ^râce sanctifiante par le canal des sacremens de Baptême et d s Pénitence. , que Jésus-Christ a institués pour celle fin, et qui, par celle institution,

5i4 Doctrine Chrétienne.

sont devenus des moyens nécessaires de sanctification. En second lieu , Dieu a promis de nous exaucer , quand nous nous adressons à lui par la prière , quand nous implorons le secours de sa grâce , quand nous sollicitons sa miséricorde au nom de son fils unique , qui nous a aimés jusqu'à se livrer à la mort pour nous. Vous pouvez donc , mon cher Théophile , attirer la grâce de Dieu , et avec ce secours puissant , vous pouvez accomplir ses commandemens ; car Dieu ne nous commande point des choses impossibles? mais il nous avertit de faire ce que nous pouvons , et de demander ce que nous ne pouvons pas ; et il nous aide , afin que nous le puissions. Ses commandemens ne sont point pénibles. Son joug est doux , et son fardeau est léger ; car ceux qui sont enfans de Dieu aiment Jésus-Christ, et ceux qui l'aiment gardent sa parole , ce qu'ils peuvent certainement avec la grâce : et ainsi , vivant avec tempérance , avec justice et avec piété , ils peuvent s'avancer par Jésus-Christ, dans la grâce à laquelle ils ont eu entrée par lui ; car Dieu n'abandonne pas ceux qu'il a une fois justifiés par sa grâce , s'il n'en est auparavant abandonné ,* il ne cesse pas de protéger ceux qui ne cessent pas de lui être fidèles.

Oui , mon Dieu , il me seroit impossible de vivre chrétiennement , et de me sauver, sans le secours puissant de votre grâce. Ce fonds de corruption que je sens en moi , les attaques multipliées que me livrent les ennemis de mon salut, tout me convainc de cette vérité; mais vous me. l 'offrez , cette grâce si nécessaire , et il ne tient moi de la recevoir et d'en faire un bon usage.

S ACRE MENS. 3l5

Si fe suis si foiblc , je ne dois l'imputer qu'à moimême ; c'est que j'ai négligé les moyens d'attirer voire grâce; c'est que je l'ai même rejetée, et que je n'ai voulu en profiter. Quand j'ai en le malheur de perdre la vie spirituelle par le péché , ne pou vois- je pas réparer cette perte en recourant au sacrement que vous avez établi pour me la rendre ? Quand je suis assailli par des tentations , ne puis-je pas crier vers vous ? ne puis-je pas vous invoquer , et vous demander la force de les vaincre ? Vous avez promis d'accorder votre secours à ceux qui vous adresseroieBt leur prière, pourquoi n'ai-je pas employé celte arme victorieuse que vous me mettiez entre les mains , et qui auroit dissipé tous mes ennemis ! Oubliez , ô mon Dieu ! les résistances que j'ai opposées jusqu'à présent à votre grâce : rendez mon esprit attentif aux lumières que vous me donnerez ; rendez mon cœur dociles aux salutaires impressions que vous y exciterez; faites que, par ma fidélité à suivre vos divines [inspirations , j'embrasse avec courage le parti de la vertu , et que j'y persévère constamment jusqu'à la mort.

Pratique,

Nepoint négliger les bonnes pensées que Dieu nous donne.

3iG Doctrine Chrétienne.

LXXIU.e LECTURE.

J)es Sacremens en général.

Ilauriells aquas de font i bus Satratoris.

Vous puiserez des eaux dans les sources du Sauveur. I«aic ,12,

«Jésus-Christ a institué les sacremens pour ê'.re comme des canaux par lesquels il nous communique la grâce de la justice qui conduit au Si'.ut. Il a établi certains signes extérieurs et s nsibles , auxquels il lui a plu d'attacher le don îaestimable de la justification. Ces signes, par la vertu divine qu'ils renferment , non-seulement signifient , mais produisent en nous la vie spirituelle , l'entretiennent et l'augmentent. On les appelle sacremens , ou signes sacrés. Ce pont des signes , puisqu'ils nous font connoitre une grâce invisible qu'ils opèrent dans notre ame; et ils sont sensibles , parce qu'ils tombent sous nos sens, Il y a donc dans les sacremens deux choses; l'une que l'on voit, et l'autre que l'on ne voit pas , mais que l'on croit. Ce que l'on voit, c'est l'action extérieure du ministre; par exemple , daos le Baptême on voit verser de l'eau sur la tète de l'enfant, et l'on entend les paroles que le prêtre prononce en même temps, •Ce que l'on ne voit pas , c'est l'opération invisible , par laquelle Dieu lave intérieurement , et purifie l'ame de la tache du péché. Jésus- Christ, , en attachant sa grâce h, des chot.es sea

Sacrf.mi-ns. 3i7

sibles , s'est accommodé à lu nature de l'homme. Si nous étions de purs esprits , Dieu se scroit contenté de nous luire des dons purement spirituels ; muis parce que notre amc est unie a un corps , il nous donne sa grâce qui est toute spirituelle , sous des signes sensibles et corporels. L'Eglise catholique , fondée sur l'Ecri turc et sur la tradition , a toujours reconnu sept sacremeDs : le Baptême ,1a Confirmation , l'Eucharistie , la Pénitence , l'Extrême - Onction , l'Ordre et le Mariage. Remarquez , mon cher Théophile, que ce petit nombre de sacremens suffit pour tous les besoins de notre aine : ces besoins dans l'ordre de la giàce , se réduisent à sept , comme dans l'ordre de la nature. Dans l'ordre naturel ,ilfaut naître , croître, senourrir; lorsqu'on est malade , il l'a ut des remèdes • après sa guérison même , il faut des secours particuliers pour détruire ce qui reste d infirmité , et pour rétablir parfaitement la santé. De plus , la sociélé a besoin de princes et de magistrats pour la gouverner. Enfin , comme les hommes meurent, il faut un moyen pour la perpétuer. Ce sont précisément les mêmes besoins dans Tordre de la grâce; et Noire-Seigneur y a pourvu par les sacremens qu'il a institués. Le baptême nous donné une nouvelle naissance et une nouvelle vie; la Confirmation nous fa't croître et nous fortifie dans cette vie spirituelle ; l'Eucharistie nous nourrit spituellement ; la Pénitence guérit les maladies de notre aine ; l'Extrême-Onclion nous délivre des restes de foiblesse que le péché a causés ; l'Ordre fournit à l'Eglise des ministres qui la gouvernent ; le sacrement de Mariage lui donne des enfaas

qui la renouvellent , et perpétuent sa durée jus qu'à la fin des siècles. Tous ces sacremens ont été institués pour notre sanctification : tous produisent cet effet ; mais il y a entre eux des différences qu'il est nécessaire de remarquer. Premièrement le Baptême et la Pénitence , nous trouvant morts par le péché , nous donnent la vie de la grâce , au lieu que les autres augmentent seulement en nous cette vie spirituelle que nous avions déjà en les recevant. Secondement , il y en a trois , savoir , le Baptême , la Confirmation et l'Ordre dans lesquels l'ame n'est pas seulement sanctifiée par la grâce , mais elle est encore marquée d'un caractère spirituel , qui nous consacre à Dieu d'une manière particulière. Celui qui reçoit ces sacremens avec de mauvaises dispositions , ne reçoit pas la grâce sanctifiante; mais il reçoit le caractère: déplus, la grâce , quand on l'a reçue , peutse perdre par le péché; mais le sceau divin que ces sacremens ont imprimé , ne sauroit s'effacer ; c'est pour cette raison que ces trois sacremens ne peuvent se réitérer , c'est-à-dire , qu'ils ne peuvent être reçus qu'une seule fois par la même personne. Remarquez encore , mon cher Théophile , qu'outre l'action et les paroles qui sont essentielles à chaque sacrement , l'Eglise , toujours conduite par le Saint-Esprit , a ajouté plusieurs cérémonies pour l'instruction et l'éducation des fidèles. Quoique ces cérémonies ne soient pas absolument nécessaires pour l'effet des sacremens , elles n'en sont pas moins respectables par leur antiquité : la plupart paroissent avoir été établies par les apôtres mêmes : elles servent à nous faire mieux connoître l'excellence et la

sainteté dos sacremens ; elles nous apprennent, l'iino manière sensible , avec quelles dispositions nous devons les recevoir , quels effets ils produisent , et quelles obligations ils nous imposent.

Je vous remercie , ô mon Dieu ! de ce que vous avez mis dans votre Eglise des sources inépuisables de grâces et de bénédictions : en me Fournissant tant de moyens de salut , vous me faites connoitre que vous voulez me sauver. Serai-je assez ennemi de moi-même pour les négliger, et pour me perdre au milieu de tant de secours si puissans ? Non , mon Dieu , je veux en profiler , je ne serai point insensible à vos bontés. Vous voulez me sauver ! mon désir le plus empressé sera de répondre aux vues de votre miséricorde sur moi ; j'irai puiser dans ces sources sacrées , l'eau vivifiante qui purifie l'ame de toutes souillures ; j'irai y chercher des lumières dans mes ténèbres , de la force dans mes foiblesses , des consolations dans mes peines. Mais pour y trouver des avantages si précieux , il faut ([ue j'y apporte de saintes dispositions; vos dons ne tombent que sur les cœurs bien préparés : faites, Seigneur , que je n'approche jamais des choses saintes qu'avec les sentimensde reepect, de religion et de piété que vous exigez de tous ceux qui les reçoivent.

Pratique.

Bénir la bonté de Dieu qui nous a fourni tant de moyens de salut , et prendre la résolution d'en profiter.

Ô2o Doctrine CiiRÉTrEX.VE.

Page 1