LXXI.C LECTURE
De la Paresse.
Qui seclatur olium replebitur e^estate mitltam mati-
tiani docuit otiositas.
Celui qui aime l'oisiveté , sera dans une extrême indigence ; l'oisiveté enseigne beaucoup de mal. Prev. 28. Seel. 35.
J-j A paresse est une lâcheté et un dégoût volontaire du travail , qui fait que l'on néglige ses devoirs plutôt que de se l'aire violence. Il n'y a point de péchés , point de désordres auxquels la paresse ne conduise ; parce qu'elle met l'ame dans un état d'engourdissement et de foiblesse qui l'empêche de résister à ses mauvaises inclinations : on l'appelle ordinairement la mère de tous les vices; ceux qui en naissent plus directement sont, i.° l'oisiveté et la perte du temps. Un paresseux passe les jours , les mois , les années , ou à ne rien faire , ou dans les amusemens frivoles. Il ne remplit point les devoirs de la religion ; la prière est ou entièrement omise ou mal fuite : les sacremens sont abandonnés , ou reçus sans la préparation nécessaire. Il ne s'acquitte pas mieux des devoirs de son état : un jeune homme , par exemple , ne profite point de l'éducation qu'on Jui donne ; il ne fait rien de ce qu'on lui prescrit , ou le fait mal , sans attention , sans application ; de là son esprit n'est point cultivé , sa mémoire n'est point exercée ; il sort de la maison d'éducation presque aussi ignorant qu'il y éloil entré. Qu'arrive-l-il?
ôo8 Doctrine Chrétiens.
On lui donne un emploi souvent très-important, et qui exige des lumières et des connoissances étendues , mais il est incapable, d'en remplir les fonctions ; il s'en acquitte mal : son ignorance perce , son incapacité est reconnue ; il tombe dans un souverain mépris. Que de regrets alors d'avoir perdu le temps de la jeunesse ! Regrets inutiles; il est trop tard , et cette perte est irréparable. Le second vice qui naît de la paresse, est la pusillanimité. Le paresseux n'a pas la force d'entreprendre les choses les plus faciles ; il est arrêté par le moindre obstacle ; tout lui paroit impossible , parce qu'il ne veut faire aucun effort. Malheur , dit l'Ecriture , à ceux qui manquent de cœur, vœ dissolutis corde ! La paresse produit l'inconstance. S'il arrive que l'en conçoive quelques désirs de se corriger , ces désirs sont foibles, et ils ne durent pas long-temps; on se lasse bientôt , et l'on retombe dans sa première indolence. « Les désirs tuent le paresseux , dit le Saint-Esprit ; il veut , et il ne veut pas ; il veut aujourd'hui une chose , et demain une autre ; aujourd'hui il veut le bien , et domain il changera d'avis. » De là cette tiédeur qui l'accompagne partout , c'est-à-dire une dissipation d'esprit et une langueur de cœur qui ne lui laisse aucun goût pour ses devoirs : de là , enfin , cette insensibilité qui le rend sourd aux remontrances et aux exhortations de ceux qui veulent le réveiller de son assoupissement : rien ne le remue , rien ne le touche , ni les reproches qu'on lui fait , ni les bons exemples qu'il a sous les yeux. Que de péchés dans une aine lâche et indolente ! L'Ecriture la compare à une terre inculte et abandonnée. «J'ai passé, dit l'au-
DttALOGUE. OOg
teur sacré , par le champ du paresseux , et il ôtoil plein de mauvaises herbes ; les épines en couvroient toute la surface , et l'enceinte de pierres qui devoit l'environner , éloit renvii m.. 1 Fuyez donc , mon cher Théophile, fuyez un vice si dangereux; écoutez les paroles que Dieu vous adresse lui-même dans le livre des Proverbes : « Allez à la fourmi , ô paresseux ; considérez sa conduite , et apprenez d'elle à être sage ; car quoiqu'elle n'ait ni chef qui la conduise , ni maître qui l'instruise, elle a soin de faire sa provision pendant l'été , et d'amasser dans sa moisson de quoi se nourrir. Jusqu'à quand dormirez-vous ? quand vous réveillerez-vous de votre sommeil? Si vous ne sortez de votre assoupissement , l'indigence viendra fondre sur vous , et elle vous accablera. » Retenez bien cette leçon , mon cher Théophile , et ne l'oubliez jamais ; demandez à Dieu la vertu contraire à la paresse , c'est-àdire , une sainte activité qui vous fasse aimer vos devoirs , et qui vous rende prompt à les remplir en vue de lui plaire et pour votre salut. Que les diflicultés du travail ne vous rebutent point; ayez bon courage , et Dieu rendra doux et facile ce qui vous avoit d'abord paru dur et pénible : c'est lui qui nous a imposé l'obligation de travailler; il nous aide a pratiquer ce qu'il nous commande, (iroyez-moi , l'ennui qui accompagne toujours l'oisiveté , est mille fois plus insupportable que le travail le plus fatigant.
\ ous avez condamné l'homme au travail , ô mon Dieu ! et il s'écarte de l'ordre que vous avez établi quand il se livre à la paresse , quand il passe son temps dans l'inaction ou dans de vains
5io Doctrine Chrétienne.
amusemens. Ce temps , vous ne le lui accorder «ju'alin qu'il l'emploie utilement, et vous lui demanderez compte un jour de l'emploi qu'il en aura fait. Le serviteur inutile sera jeté dans les ténèbres extérieures , où il n'y aura que des pleurs et des grincemens de dents. Ne permettez pas , Seigneur, que je tombe dans ce malheur affreux ; laites-moi la grâce de bien employer les premières années de ma vie. Je vous offre mon travail , c'est pour vous plaire que je m'y appliquerai: préservez-moi de la langueur, «lu dégoût , de la légèreté. Dès que je m'apercevrai que mon esprit se dissipe et s'écarte de l'objet qui doit l'occuper , je renouvellerai mon attention. Aidez-moi , mon Dieu , pour y réussir ; facilitez-moi celte application , en m'y faisant trouver du goût et de l'attrait: C'est vous qui donnez l'intelligence aux petits et la sagesse aux enfans.
Pratique.
Soutenir son attention dans le travail ; et quand on remarque que l'on s'est dissipé , y revenir promptement.