XCVIII.e LECTURE
Qualités de la Prière.
i'aledicius qui facit opus Dei negitgcnter.
Maudit celui qui fait lJœuvre de Dieu avec négligence, Jerem. I\8.
.Les grands avantages de la prière sont attachés à la manière dont on s'acquitte de ce devoir. Pour bien prier , il faut d'abord que ce soit au nom et par les mérites de Jésus- Christ ; il n'a promis de nous accorder que ce que nous demanderions en son nom : Quelque chose que vous demandiez à mo?i Père en mon nom , je le ferai. C'est pour cela que l'Eglise termine toutes ses prières par ces paroles : Nous vous en prions par Jésus-Christ notre Seigneur. Secondement , il faut prier avec atteu,-
PnilcRE. 4 19
ilon , c'est-à-dire , penser à Dieu et à ce qu'on lui demande : Dieu écoute bien plus les paroles du cœur que celles de la bouche : la prière est une élévation de notre ame vers Dieu; ce n'est donc pas prier que de penser h toute autre chose qu'à Dieu , quand on lui parle. Il est vrai que les distractions , quand elles sont involontaires , ne rendent pas la prière mauvaise; mais Dieu est offensé par celles auxquelles on a donné occasion par sa faute , ou qu'on ne rejeté point , après qu'on s'en est aperçu. On mérite alors ce reproche que Dieu làisoit autrefois aux Juifs : « Ce peuple m'honore des lèvres , mais » son cœur est loin de moi. » Prenez garde de vous attirer le même reproche , mon cher Théophile ; comment voulez -vous que Dieu vous écoute , quand vous ne vous écoutez pas vous-même ? Si vous parliez à un prince , vous feriez attention à ce que vous lui «liriez ; combien ne devez-vous pas être plus attentif lorsque vous avez le bonheur de parler à Dieu ! Troisièmement , il faut prier avec confiance. Notre-Seigneur , en nous promettant d'exaucer nos prières , y met toujours cette condition , pourvu qu'elles soient faite* avec foi : Crédite quia accipictis , et evenient vobis. Il disoit ordinairement à ceux qui s'adressoient à lui pour obtenir leur guérison : Quil vous soit fait selon votre foi. L'apôtre saint Jacques nous avertit de demander avec confiance et sans aucun doute; car , ajoute-t-il : « Celui qui doute • et qui hésite , est semblable au flot de la » mer , qui est agité , emporté ça et là par la j> violence da veut ; que celui-là ne s'inn- » gine pas qu'il recevra quelque chose de
420 Doctrine Chrétiexive.
» Dieu. » Noire confiance ne sauroit être trop forme, étant appuyée sur la puissance de Dieu, qui peut faire infiniment plus que nous ne lut demandons , sur sa miséricorde qui n'a point de bornes , et sur les mérites infinis de Jésus- Christ, au nom duquel nous prions. Eh quoi ! nous nous adresserions avec confiance , dans nos besoins temporels , à un ami riche , puissant et éprouvé , et nous en manquerions en nous adressant à Dieu pour les besoins même spirituels , quoiqu'il nous commande , et qu'il nous invite lui-même à recourir à lui comme à un bon père ? Une telle défiance ne seroitelle pas injurieuse à sa tendresse ? Qu'est-ce donc que la bonté des hommes , comparée à celle de Dieu ? Ne mettez point de bornes à votre confiance , mon cher Théophile , et Dieu n'en mettra point à sa miséricorde. Enfin , il faut prier avec persévérance ; Dieu , par une conduite pleine de sagesse et de bonté , diffère quelquefois de nous accorder ce que nou» iui demandons ; ce délai n'est pas un refus , mais une épreuve. Il veut par là nous faire connoître le prix de ses dons , augmenter l'ardeur de nos désirs , et nous disposer à les recevoir avec plus d'abondance. On ne doit pas se décourager ni se lasser de prier ; Jésus-Christ nous l'ordonne ; et pour nous faire sentir la nécessité de la persévérance , il se sert de deux comparaisons; la première est celle dune veuve qui , par ses importunilés , touche enfin le cœur d'un mauvais juge , et le force à lui rendre justice ; la seconde est celle d'un homme qui , au milieu de la nuit , va demander à son ami trois pains à emprunter ; ce dernier refus«
PnikRE. 421
«le se lever; l'autre ne se rebute point , il continue de frapper à lu porte, et il redouble ses prières; sa persévérance e«1 récompensée , et
il obtient ce qu'il demandoit. iNolre-Seigneur termine celle parabole par une exhortation \i\e et pressante de prier sans relâche , et par une promesse formelle de nous accorder tout ce que nous demanderons avec persévérance. Instruit par ces exemples , encouragé par celte promesse, vous ne devez jamais vous rebuter, mon cher Théophile ; le moment où vous cesseriez de prier , est peut-être celui où vous auriez été exaucé. Retenez bien ceci ; c'est la prière qui demande, mais c'est la persévérance qui obtient.
Seigneur , apprenez-moi à prier comme il faut , je ne sais de moi-même ni ce que je dois demander , ni comment le demander. Donnez-moi votre Esprit saint , qui aide ma foiblesse , qui prie et qui gémisse en moi. Parlez vous-même le premier à mon cœur , afin qu'il soit en état de vous parler ; donnez-moi l'esprit de ferveur , afin que je ne désire pas foiblement , et que je ne demande pas avec négligence des biens dont le prix est inestimable. Faites que , dans ce saint exercice , je sois pénétré d'un profond respect pour votre présence, que je ne m'occupe que de vous seul, et que je ne m'arrête à aucune autre pensée. Vous connoissez , ô mon Dieu ! ma légèreté naturelle; aidez-moi à la fixer. J'éviterai avec soin tout ce qui pourroit me distraire; dès que. jt m'apercevrai que mon esprit s'égare , je le rappellerai à la pensée de votre présence. Aug mentez , Seigneur , ma confiance ; regardez
voire Fils unique mourant pour moi snr une croix : c'est en son nom que je vous prie; c'est en m'appuyant sur ses mérites; c'est en obéissant à son commandement , que j'espère obtenir de votre miséricorde tout ce qui est utile à mon salut. Si vous diflérez a m'accorder ce que je vous demande , je ne me découragerai point , je continuerai , je redoublerai mes instances; celte importunité ne vous déplaît pas ; vous ne refusez rien à une prière persévérante.
Ecarter les distractions , quand on s'en aperçoit.