‹ Doctrine chretienne en forme de lectures de pietéChapitre 79 sur 87 · SECONDE DEMANDE · texte numérisé non relu

SECONDE DEMANDE

Que votre règne arrive.

1 ar ces paroles , que votre règne arrive , nous ne demandons pas que Dieu possède un pouvoir souverain sur toutes les créatures , cette souveraineté lui appartient nécessairement et essentiellement; rien ne peut se soustraire h son empire. C'est de cet empire absolu de Dieu que le prophète parle, lorsqu'il dit : Votre règne, Seigneur, est le règne de tous les siècles, et votre empire s'étend à tous les âges : mais il y a,un autre règne , un règne de grâce auquel nous devons coopérer , et que Dieu fait dépendre de notre consentement; un règne tout spirituel, où i'ame prévenue et aidée par la grâce obéit volontairement et librement à toutes les inspirations de Dieu , se conforme en toutes choses et sans réserve à son bon plaisir , exécute avec une pleine fidélité tous ses ordres , et n'a point d'autre règle d& conduite que sa loi et ses divins comiuandemens; un rè^ne où le cœur se donne lui-même à Dieu , alin qu'il le possède tout entier , afin qu'il le gouverne selon son gré , pour qu'il le dégage de toute aliection terrestre , de toute attache humaine. Voilà le règne que nous désirons que Dieu établisse en nous dès à présent. Il y a un règne de gloire où Dieu a préparé à ses élus une couronne immortelle , où il ee donne à eux pour qu'ils le possèdent à ja-

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mais , où il répand sur eux tous ses trésors et ses richesses , où il les enivre de l'abondance des biens de sa maison et d'un torrent de délices , où ils les fait régner avec lui dans tous les siècles des siècles. Voilà le règne que nous désirons de voir arriver. Ce que nous demandons , c'est donc que Dieu règne dès à présent dans nos cœurs par la grâce , et qu'il nous fasse régner un jour avec lui dnns la gloire. En faisant cette demande , vous devez , mon cher Théophile , désirer sincèrement que le règne du péché , que le règne des passions soit détruit en vous , et que votre esprit , votre cœur et votre corps soient soumis à Dieu , qu'il en soit le Maître et l'unique souverain. Si vous êtes dominé par de mauvaises habitudes , et assujetti à des vices , il faut que vous gémissiez de cette malheureuse servitude , que vous souhaitiez de briser vos chaînes , et de rentrer dans la liberté des enfans de Dieu : il faut ensuite que vous éleviez vos pensées et vos désirs au-dessus de la terre, qui n'est pour vous qu'un lieu d'exil; que vous soupiriez après votre patrie , où plongé dans les délices éternelles , vous régnerez avec Jésus-Christ. Ce doit être là l'objet de nos désirs et de notre espérance , la consolation de nos travaux et de nos peines. La vie de l'homme , si courte dans sa durée , est remplie de beaucoup de misères. Comment pouvons-nous être attachés à celte vie misérable , nous qui sommes destinés à une vie éternelle? Comment pouvons -nom appréhender la séparation de ce corps mortel et corruptible , qui nous empêche de voir Dieu , de nous réunir à la société des esprits bienheureux ! « Pendant qne nous habitons dans co

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» corps de boue , nous sommes éloignés du » Seigneur; nous savons (jnc si celte, maison » terrestre rient à se dissoudre, Dieu nous don- ■ ncra une autre maison qui n'est point faite - «le la main des hommes , et qui durera éter- » utilement. » Que peut-il donc nous arriver de plus avantageux que de sortir de cette prison , que de quitter ce monde visible , où nous sommes exposés à tant de dangers*, où tout est piège pour nous , où nous Gourons risque do périr à chaque Instant? lin bon Chrétien a sans cesse devant les yeux la récompense qu'il attend : il se regarde sur la terre comme un voyageur ; il est déjà citoyen du ciel , par la vivacité de sa foi et de son espérance : assis sur les rivages de Babylone , il pleure amèrement au souvenir de la Jérusalem céleste qui est sa véritable patrie; illève souvent les yeux vers la montagne sainte , où est le séjour de la paix, où son li ritage l'attend, où Jésus-Christ doit le couronner et le rendre éternellement heureux.

Je gémis , o mon Dieu ! de me voir tous les jours exposé an danger de vous offenser : quand serai-je affranchi de la triste servitude du péché ? quand serai-je délivré de la tyrannie de mes passions ? quand est-ce que vous régnerez parfaitement dans mon cœur? Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce eorps de mort ?> Rompez , Seigneur, rompez les liens qui m'atchent à In terre. Qu'il vienne cet heureux lègue , où l'on vous voit sans nuage ; où l'on vous aime sans partage , où l'on vous possède sans craindre de vous perdre Je désire de sortir de ce monde , et d'être avec vous; je n'ose cependant vous demander la mort , paroi1 que je

crains de ne pas y être préparé. Préparez-moi par votre grâce , et mettez-moi dans l'heureuse* disposition de ces âmes parfaites , qui souffrent la vie avec patience , et qui reçoivent la mort avec joie. Hélas ! mon Dieu, ne me fais-je pas illusion à moi-même ! Malgré la vue que la foi me donne du Ciel , je sens toujours le poids de la misère humaine qui me retient , qui m'appesantit , qui m'attache h cette vie ; mais , Seigneur , ce sont les sentimens d'une nature foible et aveugle que je désavoue. Qu'elle y répugne ou qu'elle y consente , tous mes vœux s'élèvent vers le Ciel. Que votre règne arrive; que mon ame dégagée des liens de cette chair corruptible qui l'arrête, puisse elle-même bientôt arriver à la terre des vivans , car ce n'est ici que la région des morts : je serois bien ennemi de moi-même , si pour une vie périssable et sujette a tant de misère , je voulois prolonger mon bannissement , et retarder la jouissance de mon unique et suprême bonheur.

Pratique.

Exciter et nourrir dans son cœur le désir du eîe!'.

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