‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 44 sur 285 · DES DOSES INFINITÉSIMALES · texte numérisé non relu

DES DOSES INFINITÉSIMALES

Un dernier caractère manquait au nouvel art : le caractère de l'infini. C'est la marque certaine de la réforme opérée sous l'inlluence chrétienne : toutes les- sciences du passé sont bornées et matérielles, celles de l'avenir ramènent toutes l'homme à l'idée de l'infini et laissent entrevoir l'image omniprésente de la Divinité. L'astronomie écrase l'homme par l'immensité des cieux; les infiniment petits, que le microscope du physicien nous révèle, ne sont pas moins admirables; la théorie des ondulations de la lumière a rendu appréciables des quantités d'une petitesse inouïe; l'œil de l'homme reçoit sur sa rétine l'impression des astres semés dans l'espace; une sphère de quinze cent millions de lieues vient se peindre sur une surface d'une ligne et demie. L'art de guérir, qui s'exerce sur des organisations exaltées par la souffrance, ne devait-il pas , à plus forte raison , sortir du domaine étroit de la matérialité, et devancer d'un vol hardi les sciences progressives dans le champ immense de l'infini? Jusqu'à ce jour, il n'en était pas ainsi. C'est au contraire une opinion commune, et en quelque sorte justifiée, que les études médicales ont une tendance matérialiste, et que la foi religieuse reçoit des atteintes réelles des études physiologiques. L'homéopathie met un terme à ce triste état de choses, et replace la médecine, si dégradée aujourd'hui, à la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Aussi hardi que les élèves de Lewhenhoeck et de Galilée, le disciple de Hahnemann fait dans les champs de l'infini ses plus précieuses conquêtes scientifiques. Il divise la matière et la subdivise d'une manière prodigieuse. Nonseulement il marche de pair avec le physcien armé de son microscope , mais longtemps après que celui-ci s'est arrêté éperdu devant la série indéfiniment décroissante des êtres, il montre à

l'homme étonné que l'action pathogénétique continue à se manifester d'une manière appréciable sur les tissus vivants, et peut soit altérer la santé humaine, soit la rétablir lorsqu'elle est altérée.

Grâce à cette découverte sublime, la plus grande de celles de Hahnemann, et que l'époque actuelle n'est point encore à même de juger à sa juste valeur, le caractère des sciences médicales est complètement changé, et leur influence sur les idées philosophiques et religieuses ne sera pas moins grande que sur le bien-être physique de l'homme. Grâce à cette influence, la médecine reparaîtra à sa véritable place; et la chirurgie, sans cesser d'être un art utile et respectable, sera subordonnée de nouveau à cette sœur aînée qu'elle éclipse et domine aujourd'hui. Nous ne craignons pas même de dire que le domaine de la chirurgie sera, par la réforme médicale, infiniment restreint. La chirurgie, il faut bien le dire, ne vit guère que des sottises de la médecine. Réduite à s'occuper des lésions extérieures produites par des accidents, elle perdra les neuf dixièmes Ae son empire actuel, de cet empire que l'on peut aussi nommer, comme le Dante, la città Dolente de l'homme, et que l'éthérisation achèvera peut-être de lui ravir en totalité.

Nous verrons, en traitant de la pharmacologie, par quels moyens pratiques Hahnemann est arrivé à découvrir et à généraliser l'emploi des doses infinitésimales. Cette découverte est, à nos yeux, le plus beau fleuron de son immortelle couronne.

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