CHAPITRE II
LOI DES SEMBLABLES
Nous avons essayé de donner une idée de ce qu'était la matière médicale pure. Abordons maintenant les conséquences pratiques qui ne peuvent manquer de découler de cet immense travail.
Il est un fait, dont les allopathes prétendent avoir quelque connaissance, quoique leur pratique ne prouve guère qu'ils en aient tiré le moindre parti dans l'intérêt de leurs malades; c'est que tout médicament produit deux sortes d'effets très-distincts, l'un primitif, l'autre secondaire. Il est vrai que, pour faire cette distinction entre les effets multipliés d'une substance et pour classer en deux catégories les centaines de symptômes qu'elle produit, il fallait d'abord avoir étudié ces effets : or, comme Hahnemann est le seul, est le premier qui ait tracé dans tous ses détails l'histoire pathogénétique d'un médicament, il est le premier aussi qui ait pu les distinguer, les apprécier et les classer.
Deux questions se présentaient à son esprit: 4° quelle différence y a-t-il entre l'effet primitif et l'effet secondaire d'un médicament; 2° lequel de ces deux effets faut-il opposer à la maladie? Ces deux questions qu'il se posait, il les a résolues avec un bonheur et une hardiesse de génie à laquelle nous devons l'idée la plus précieuse qui soit jamais sortie d'un cerveau humain, le principe de la thérapeutique humaine, la loi des semblables.
La vie est l'ensemble des forces qui résistent à la mort, a dit Bichat. Cette définition, souvent critiquée, n'a point encore été remplacée par une autre plus heureuse. L'homme est en effet un être passager, dont la vie consiste à réagir contre les forces extérieures,
cS DOCTRINE HOMÉOPATHIQUE.
qui tôt ou tard finissent par l'accabler. La réaction énergique et facile, c'est la santé; la réaction difficile ou désordonnée, c'est la maladie. Or, toute substance médicamenteuse produisant d'abord un effet primitif ou direct, en produit plus tard un deuxième ou indirect, lorsque la réaction de l'organisme se prononce. Or, cet effet est simplement et purement l'inverse de celui qui s'était manifesté d'abord. Ainsi, quand un homme a plongé ses mains dans l'eau glacée, il sent une chaleur brûlante lorsque la première impression s'est dissipée, et ce simple fait, dédaigné par le vulgaire, est l'expression de la loi importante qui distingue les corps vivants de la matière inorganique.
Toutes les fois, en effet, que vous aurez affaire à un corps sans vie, les lois de la chimie et de la physique lui seront applicables dans toute leur pureté; mais lorsqu'il s'agira d'un corps vivant, vous devrez vous attendre à une réaction, qui produit un résultat tout opposé. De là découle la grande division entre la nature morte et la nature vivante, que Hahnemann a le premier énoncée et formulée en corps de doctrine, réservant la loi des semblables comme seule applicable à tout ce qui a vie. C'est aussi à lui que l'humanité doit d'avoir enfin des médecins ; car, sont-ils dignes de porter ce nom les hommes qui appliquaient à l'humanité la loi de la matière, ou qui, par un aveugle empirisme, employaient indifféremment les moyens les plus contradictoires, et ne devaient qu'au hasard de rares et incomplètes guérisons?
Nous ne nous appesantirons pas sur la supériorité du principe similaire et sur l'absurdité de celui des contraires. Si le traitement allopathique produit quelque effet à son début, qui ne sait que ce soulagement momentané entraîne avec lui les plus dangereuses conséquences? Ses funestes effets sur la santé publique et privée sont, hélas! trop évidents pour être prouvés. Heureux le père de famille qui sait écarter de sa maison une médication pernicieuse ! Les fraîches couleurs de ses enfants témoignent suffisamment que l'allopathie n'a point épuisé, par ses moyens perturbateurs, les sources de leur vie naissante.
Quant aux nations, n'ont-elles pas vu se renouveler à toutes les époques et sous toutes les formes l'impuissance absolue de la médecine? Quelle épidémie, quelle contagion a jamais été arrêtée par
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les ressources de l'art? Aucune, et notre époque n'a pas été plus heureuse. Les typhus, la fièvre jaune, le choléra, et mille autres fléaux se déchaînent à l'envi , sans que les phrases pompeuses des Académies puissent leur arracher une seule victime. La peste ellemême est chaque année aux portes de l'Europe savante, sans que l'on ait pu découvrir aucun traitement propre à sauver ceux qu'elle a frappés. Mais, sans parler de fléaux insolites, nos villes sont-elles donc exemptes de maladies non moins terribles, quoique plus lentes dans leur cours ? L'immense cortège- des maladies chroniques n'estil pas une preuve multiple de l'inutilité de l'allopathie?
La phthisie est là, elle ne surprend ni le médecin, ni le malade. La mort qu'elle amène vient à pas lents, vous la voyez approcher. Sauvez donc, sauvez la victime qu'elle menace ! Mais non, vous ne pouvez rien pour elle, vous ne pouvez rien pour vous-même, et c'est autour de vous, c'est sur vous-même que la mort porte ses plus rudes coups.
Quelque allopathe indigné s'écriera que l'on exagère l'impuissance de son art. « Que les conquêtes de la médecine moderne sont réelles; qu'elles sont immenses. Que la vaccine, par exemple, a dompté un horrible fléau. » Eh quoi ! prend-on, par hasard, la vaccine pour un fait allopathique? Peut-on, à ses bienfaits, méconnaître en elle une émanation de l'homéopathie? Loi des semblables, simplicité du moyen, petitesse de la dose, tout ne se réunit-il pas pour la ranger dans les faits purement homéopathiques? Ah! si vous en avez douté, ouvrez les yeux, et reconnaissez dans Jenner un précurseur providentiel de Uahnemann , et dans la vaccine une branche détachée du tronc salutaire de l'homéopathie.
Nous ne multiplierons pas davantage les preuves pratiques de la loi homéopathique, dont nous avons donné la preuve raisonnée.
Hahnemann s'est donné la peine de rassembler un nombre considérable de guérisons homéopathiques dues au hasard, et ce qu'il y a de piquant dans ce tableau, c'est que, s'abstenant avec soin de consulter sa matière médicale, il emprunte à l'ancienne médecine seule l'histoire du traitement et l'énoncé des effets primitifs du médicament choisi, arrachant ainsi à l'allopathie l'aveu de sa défaite et de son impuissance. Il est impossible de parcourir cette admirable collection de faits, sans sentir la conviction pénétrer dans
10 DOCTRINE HOMÉOMTHIQUL.
les esprits, et nous invitons tous les amis de la vérité à en faire l'épreuve. Quant à nous, nous avons préféré donner de la loi des semblables une démonstration qui, étant plus générale et appuyée sur des considérations physiologiques, aura peut-être plus d'autorité.
Les faits, en effet, tant qu'ils sont isolés, prouvent bien peu par eux-mêmes. Ils ne constituent une vérité féconde que lorsqu'ils sont éclairés par un principe général. Or, quel principe plus compréhensif peut être offert au médecin , que celui qui constitue la vitalité humaine elle-même?
Evidemment rien ne peut lui échapper. Nous écartons par là cette objection vulgaire, que l'homéopathie peut être bonne dans certains cas, et l'allopathie dans quelques autres. Il n'y a pas deux vérités. Lorsque vous agissez sur des corps inanimés, employez la loi des contraires, c'est le procédé du chimiste, du physicien et du tailleur de pierre; mais lorsque vous aurez à modifier d'une manière durable la vitalité humaine, lorsque vous voudrez agir en médecin, il n'y a qu'un moyen à employer, c'est celui des semblables.
Ainsi, grâce à Hahnemann, la thérapeutique, qui est toute la médecine, se trouve élevée au rang des sciences. Elle a un principe propre, par lequel elle peut expliquer l'action des substances qu'elle emploie, rendre compte de ses succès et de ses revers, auquel elle doit une existence indépendante et le beau nom d'homéopathie, qui doit être un jour si doux et si précieux à l'humanité. L'ancienne médecine, elle-même, ne doit qu'à Hahnemann une apparence scientifique et un nom général qui lui manquait. Le mot d'allopathie, par lequel il l'a caractérisée, est enfin l'expression la plus heureuse sous laquelle on puisse réunir un assemblage aussi monstrueux d'opinions opposées ou contradictoires. C'est un drapeau autour duquel il a groupé ses ennemis épars, et grâce auquel il a pu entreprendre contre eux une campagne régulière. C'est donc un gage de succès; car on peut atteindre et combattre une armée, tandis qu'une foule échappe à toute attaque générale. Toujours est-il que, sans l'homéopathie, cette coordination imparfaite n'existerait pas.
Ainsi, quand le soleil parait sur l'horizon, les ombres se distin-
DES DOSES INFINITÉSIMALES. il
guent de la lumière; avant cet instant, tout était confondu dans
une même nuit.