DYNAMISME VITAL
ingérés. Tantôt on remarque une émaciation progressive chez des individus qui absorbent de grandes quantités d'aliments, tantôt on voit engraisser des hommes qui mangent trés-peu, et, enfin, la vie se soutenir pendant fort longtemps sans aucune alimentation appréciable. On s'habitue à une abstinence prolongée. La diète morbide, dans les fièvres nerveuses et plusieurs autres maladies, n'empêche pas la vie de persister. L'excitation produite par les boissons alcooliques supplée jusqu'à un certain point une autre nourriture. Les passions, les émotions violentes, l'excès de la joie ou du chagrin, les travaux excessifs de l'esprit produisent le même effet, et renversent tous nos systèmes sur l'assimilation. Les aliments restaurent par leur simple présence dans la bouche et dans le pharynx. Un sentiment de force et de bien-être parcourt le corps de la personne la plus affaiblie par l'abstinence, bien avant que les aliments aient descendu dans l'œsophage.
« Les aliments les plus variés produisent un chyle identique. Chez l'Européen omnivore , chez le Cosaque qui ne mange que des substances graisseuses, et chez le Lapon, le Ramtschadale, qui vivent de poisson à moitié pourri, chez l'Indien qui ne mange qu'une petite ration de riz , l'analyse présente les mêmes combinaisons dans le chyle, la lymphe et le sang. On nous dit bien que le chyle est absorbé ; mais on ajoute que les canaux absorbants se dérobent, par leur ténuité, aux recherches microscopiques. Quant au sang, on l'a toujours vu passer des derniers vaisseaux capillaires artériels aux ra mificalions veineuses. Jamais on n'a pu le voir extravasé dans les tissus où l'on prétend qu'il se fixe , et devient fibre musculaire ou parenchymateuse. Et quand on l'aurait vu, tous les doutes seraientils levés? Combien de composés organiques, dont les éléments n'existent pas dans le sang ou s'y trouvent en quantité trop faible : l'azote, par exemple!
« M. Magendie a bien prouvé que, nourri uniformément d'aliments non azotés, ranimai mourra. Mais nourri uniformément d'aliments azotés, il meurt également. Les sels calcaires qui entrent dans la composition des os se trouvent-ils dans le chyle? On a nourri avec le plus grand soin des poules avec des substances entièrement dépourvues de chaux , et elles n'ont pas cessé de pondre des œufs qui en contenaient. Le lluide sanguin ne contient pas un
atome de gélatine ni de phosphate de chaux, et cependant les tissus fibreux et les os en sont composés en grande partie.
« Les physiologistes veulent nous faire croire que le fœtus reçoit par les vaisseaux ombilicaux les éléments nécessaires à son développement; mais comment, sous la seule influence de la chaleur, l'albumine de l'œuf produira-t-elle les os, les muscles, les plumes du poulet, qui en sort après la couvaison, dans l'intérieur d'une coquille où rien du dehors ne peut pénétrer?
« Enfin, lorsque nous demandons aux géologues l'origine des immenses dépôts calcaires qui abondent sur notre globe, ils nous répondent uniformément que ce sont des débris d'infusoires ou de coquillages amoncelés pendant la série des siècles. Il faut donc reconnaître dans ce fait immense une faculté créatrice sur notre terre , et cette force, quelle est-elle, sinon la vitalité même des animaux ?
« Descendons au régne végétal: mêmes surprises, mêmes contradictions. Depuis des siècles, les alchimistes ont semé des graines de cresson sur un lit de Heur de soufre au fond d'un bocal de verre. Ces graines, arrosées d'eau distillée , germent , poussent des tiges nombreuses, dont on retire du carbone, et plusieurs autres éléments qui ne se trouvent ni dans l'eau, ni dans le soufre, ni dans l'air, au moins en quantité suffisante. On en a fait autant pour des céréales, qui contiennent de la silice, et pour toute autre espèce de légumes. Une plaque de verre et de l'électricité suffisent parfaitement pour développer tous les phénomènes de la végétation. Il est si vrai que la terre n'est qu'une matrice destinée à envelopper les racines des plantes, que le sol des pays anciennement cultivés s'est élevé constamment, malgré l'énorme quantité de débris emportés à la mer par les fleuves.
« L'ancienne théorie de l'assimilation matérielle est donc destinée à périr. On ne nous persuadera plus que la chair de bœuf ou les légumes, que nous avons mangés hier, sont devenus aujourd'hui la fibre sensible et vivante de notre propre corps. Il faut une nouvelle solution, et c'est encore à l'homéopathie elle-même que le docteur Mure l'a demandée. Dans la question des doses, il n'avait fait qu'étendre et appliquer plus largement la loi des semblables. Dans la question physiologique, il ne fait qu'étendre aussi l'idée de la réaction vitale, qui est la traduction de cette même loi. Combler ainsi