LEUR HISTOIRE
L'homéopathiste n'a nul besoin de suppositions imaginaires sur la nature des maladies ; il a besoin de savoir exactement quelles sont les douleurs ressenties, les parties affectées, l'époque où le mal a commencé ; en un mot, des faits, des faits et toujours des faits, que le malade seul peut lui fournir. Le rôle du médecin doit être entièrement passif, et se borner à celui d'auditeur bénévole. C'est une des gloires de Hahnemann, d'avoir compris le premier que le médecin doit écouter et non guider le malade, de même que, dans un autre ordre d'idées, Jacotot aussi entend que le maître écoute l'élève et vérifie son travail, au lieu de lui dicter des explications.
Le malade doit déclarer son âge, son tempérament, sa profession, ses habitudes, la nature des souffrances dont il est affecté, en se servant dans son récit de comparaisons bien claires et bien intelligibles, qu'il empruntera à sa profession et aux objets qui lui sont familiers.
Par exemple, on sent comme un poids, comme un clou, comme une cheville , comme des coups d'épingles , comme un arrachement, comme une secousse, comme un bandeau, comme un battement, comme un rongement, comme un engourdissement, comme une âpreté, comme une raideur , comme une griffe, comme une boule, comme un tampon, comme un picotement, un élancement, une douleur sécante, de tiraillement, de térébration, de tressaillement, de contusion, de contraction, de déchirement, de bouillonnement, de pincement, crampoïde, mordicante, brisante, d'ébranlement, de fourmillement, voluptueuse, chatouillante, démangeante, pruriante, chaude, brûlante, cuisante, pétillante.
Il faut noter les circonstances accessoires qui accompagnent chaque symptôme en particulier.
GUIDE DV MALADE ET DE l'EÏPÈRIMENTATEUR. 51
1° Celles qui dépendent des actions de l'individu, l'aggravation ou l'amélioration produite quand on marche, quand on est au lit, en se levant, étant assis, quand on chante, quand on parle, quand on mange, quand on respire, etc., etc.; 2° les circonstances de lieux, dans la chambre, à l'air libre, sur les montagnes, sur l'eau, etc., etc. ; 3° les circonstances de temps, le matin, dans la journée, le soir, la nuit, au printemps, en hiver, etc., etc. L'expérimentateur qui rédige son observation doit lui-même, lorsqu'il se manifeste un nouveau symptôme, se mettre dans les conditions qui peuvent le modifier. Il doit aller, venir, se mettre à la croisée, chanter, prendre les positions propres à mieux caractériser la douleur, et noter les améliorations ou aggravations qui peuvent résulter de ces actes. Quand l'exposition du malade est terminée, les personnes qui l'assistent peuvent prendre la parole et raconter comment il a été atteint par la maladie, et ce qu'elles ont remarqué en lui. « Le praticien voit, écoute, observe; il met tout en écrit, et dans les mêmes termes dont le malade et les assistants se sont servis. Il les laisse achever sans les interrompre, il a soin de les exhortera parler avec lenteur afin de pouvoir suivre en écrivant.
A chaque nouvelle circonstance que le malade ou les assistants rapportent on commence une nouvelle ligne, afin que tous les symptômes soient écrits séparément. Quand le malade a achevé de sa propre impulsion tout ce qu'il avait à dire, ainsi que les assistants, le médecin prend des informations plus précises sur le compte de chaque symptôme, et procède de la manière suivante après avoir relu tous ceux qu'on lui a signalés.
A quelle époque tel accident a-t-il eu lieu? Etait-ce avant l'usage des médicaments que le malade a pris jusqu'à présent, ou pendant qu'il les prenait, ou seulement quelques jours après qu'il en a cessé remploi? Quelle douleur, quelle sensation s'est manifestée en telle partie du corps? Quelle place occupait-elle au juste? La douleur se faisait-elle sentir par accès seulement, ou bien était-elle continuelle et sans relâche? Combien de temps durait-elle? A quelle époque du jour et de la nuit, et dans quelle situation du corps, était-elle plus violente, ou cessait-elle tout à fait? Quel était le caractère exact de tel accident, de telle circonstance? Le médecin a soin de s'en tenir à des termes généraux, afin que le malade soit
obligé de s'expliquer d'une manière catégorique sur ces divers points.
Si les causes de la maladie ont quelque chose d'humiliant, et que les malades ou ceux qui les entourent hésitent à les déclarer spontanément, on doit chercher à les découvrir par des questions faites avec ménagement ou par des informations prises en secret. Dans le nombre de ces causes se rangent les tentatives de suicide, l'onanisme, l'abus des plaisirs de l'amour, les débauches contre nature, les excès de table ou de boisson, l'abus d'aliments nuisibles, l'infection vénérienne ou psorique, un amour malheureux, la jalousie, les contrariétés domestiques, le dépit, le chagrin causé par des malheurs de famille, les mauvais traitements, l'impossibilité de se venger, une frayeur superstitieuse, la faim, une difformité aux parties génitales, une hernie, un prolapsus.
Dans les maladies chroniques des femmes il faut surtout avoir égard à la grossesse, à la stérilité, à la propension à l'acte vénérien, aux couches, aux avortements, à l'allaitement et à Tétat du flux menstruel.
Pour ce qui concerne ce dernier, on n'oubliera jamais de demander s'il revient à des époques trop rapprochées ou trop éloignées, combien de temps il dure, si le sang coule sans interruption ou seulement par intervalles, quelle est la quantité de l'écoulement, si le sang est foncé en couleur, si la leucorrhée se manifeste avant qu'il paraisse ou après qu'il a cessé de couler; mais on cherchera surtout à savoir quel est l'état du physique et du moral, quelles sensations et douleurs se manifestent avant, pendant et après les régies ; si la femme est atteinte de flueurs blanches, de quelle nature elles sont, quelle en est l'abondance, quelles sensations les accompagnent, enfin dans quelles circonstances et à quelles occasions elles ont paru. » Enfin, pour faciliter le travail de rédaction, nous donnons ci-joint un tableau des principaux appareils organiques et des affections les plus communes, en rappelant bien à nos lecteurs que c'est un simple moyen d'aider leur mémoire que nous leur donnons, et en leur recommandant d'éviter les expressions générales, dont parfois nous nous sommes servi pour plus de brièveté. La position des organes devra être déterminée par un homéopathiste à qui l'anatomie soit familière. A son défaut, on pourra recourir à l'instruction suivante, dans laquelle nous donnons le moyen d'indi-
quer les organes contenus dans l'abdomen et dans le thorax, les seuls qui puissent présenter quelque difficulté.
Une personne d'une complexion régulière, se tenant debout, placent les mains naturellement ouvertes sur les côtés du ventre, les pouces dirigés en arriére vers la colonne vertébrale, les autres doigts en avant et ouverts, la paume des mains appuyée sur les lianes, le bord interne (inférieur dans cette position) appuyé sur les os de la hanche, les doigts indicateurs touchant les côtes ; nous aurons en contact avec les pouces les bords externes et les extrémités supérieures des reins. Entre les deux doigts indicateurs se trouve l'estomac : l'indicateur droit correspond au lobe droit du foie et à la vésicule du fiel ; le gauche couvre la rate et arrive à l'endroit où les fausses côtes recouvrent le lobe gauche du foie. Entre la pointe des deux doigts du milieu, se trouve le côlon transverse ; celui de droite couvre le côlon droit ou ascendant, et celui de gauche, le côlon descendant. Les deux doigts annulaires répondent également au côlon droit et au côlon gauche. Le petit doigt de la main droite repose sur le cœcum, et le gauche sur l'S iliaque du côlon. Entre. les côlons ascendant, transverse, descendant et le pubis, se trouve la masse des intestins grêles et de leurs annexes. Derrière le pubis se trouve la vessie, qui s'élève même au-dessus quand elle est pleine. Derrière la vessie est le rectum, et entre eux l'utérus chez la femme. Chez elle les ovaires setrouventsousles petits doigts, mais dans la grossesse l'accroissement de la matrice change tous ces rapports. On en peut dire autant des personnes trop grasses, enllées ou hydropiques. Cette instruction, nous l'avons dit en commençant, n'est certaine que pour les personnes d'une constitution ordinaire.
Les organes contenus dans la poitrine sont plus faciles à apprécier. De chaque côté, sont les poumons enveloppés chacun d'une membrane séreuse comme d'une espèce de sac. Entre eux et un peu à gauche est le cœur, dont la pointe vient battre entre la sixième et la septième côte.
Tableau des organes et de leurs principales affections.
T. Tète externe. Front, vertex , occiput, nuque, pariétaux, tempes, cuir chevelu, cheveux.
Tète interne. Cerveau. Vertiges, migraine, 'pesanteur, céphalalgie, congestion, apoplexie.
"S", yeux. Conjonctive, sclérotique, cornée, pupilles, les sourcils,
les paupières, les cils, les angles, glande, caroncule, sac et
canal lacrymal. Orgelet.
vue. Amaurose ou obscurcissement de la vue. Amblyopie ou
affaiblissement de la vue, cécité. Diplopie ou vue double. Héméralopie ou vue diurne, hémiopie ou vue à moitié. Myopie ou vue proche, photophobie ou crainte de la lumière. Presbyopie ou vue longue, nyctalopie ou vue nocturne. Blé-
pharite. Ophthalmie ou inflammation de la conjonctive.
O. oreilles. Région externe de l'oreille. Lobes, conques, tragus, antitragus, cartilage, région mastoïdienne. Le cérumen, sa couleur, sa consistance.
ouïe. Illusions diverses, faiblesse de l'ouïe, surdité. Oreillon ou
parotite, otalgie ou douleur nerveuse de l'oreille. Otorrhée ou écoulement par l'oreille, inflammation de la membrane muqueuse de l'oreille, polype.
NT. nez. Régions latérales, dos, cloison, racine. Ailes, narines, angles, portion osseuse. Fosses nasales.
Mouchement, mucosités, écoulement, coryza, épistaxis ou saignement, éternuement.
Ozène ou ulcération de la membrane pituitaire. Carie, polypes.
odorat. Illusions diverses. Anosmie ou diminution et perte de
l'odorat.
F. face en général. Aspect. Prosopalgie ou névralgie faciale. Couperose. Région osseuse malaire et zygomatique. Joues, lèvres, mâchoires.
D. dents. Agacées, cariées, arrachées, branlantes, déchaussées, saignantes.
Grincement, odontalgie ou mal de dents.
Gencives. Ulcérées, excoriées, gonflées, gercées, saignantes, etc.
B. bouche. Mastication, salivation, sécheresse. Aphthes, scorbut ou ulcération fétide de la bouche.
Jlémorrhagie, trismus, serrement convulsif des mâchoires.
Fétidité. Palais. Altération et dépravation du goût.
Langue. Glossite ou inflammation de la langue.
Paralysie.
Langue chargée, couleur de Vendait.
Parole. Ses défauts. Mutisme.
G. gorge. Inflammation des amygdales. Angine, étranglement. OEsophage.
Pharynx. Déglutition. Inflammation, spasmes, ulcères syphilitiques. Paralysie.
Luette. Allongement.
E. estomac. Appétit et digestion.
Anorexie ou manque d'appétit. Boulimie ou faim insatiable. Hoquets, renvois, nausées, pituites, régurgitation et vomissements de diverses natures.
Gastralgie ou douleur d'estomac.
Gastrite on inflammation d'estomac, squirrhe, cancer, pyrosis choléra, etc., etc.
A. abdomen. Région externe, muscles.
Diaphragme, intestins, péritoine.
Foie, rate, ilancs, ombilic, aines, hypogastre. Colique, ballonnement, carreau, hydropisie, hernies. ands. Rectum, périnée.
A<J». Fonctions. Selles. Nombre, consistance, couleur. Constipation, diarrhée, dyssenterie.
Ténesme ou envie continuelle et inutile d'aller à la selle. Choléra-morbus.
Hémorrhoïdes, chute du rectum, fistules, blennorrhée.
U. voies urinaires. Reins, uretère, vessie. Urines abondantes, ischurie ou rétention complète d'urine. Calculs, gravelle, polypes. Cystite ou inflammation de la vessie.
Urètre. Emission, jet, sédiment. Cuisson, rétrécissement, inflammation , blennorrhée ou écoulement muqueux par l'urètre.
Dysurie ou difficulté d'uriner. Strangurie ou sortie goutté a goutte de l'urine.