‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie BrésilienneChapitre 73 sur 285 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La classification de la matière médicale homéopathique est une œuvre longue et pénible, que cependant nous n'avons pas hésité à entreprendre. Persuadé que tous les êtres concourent à l'unité de conception de l'univers, nous avons essayé, premier pionnier de ce grand travail , d'étendre aux espèces symptomatologiques les conséquences des lois qui régissent les corps qui leur ont donné naissance. Quelques disciples de flanhemann craindront peut-être que la classification des agents pathogénétiques ne nous ramène la reconstruction d'une pathologie, et la substitution d'abstractions si vigoureusement flétries par le maître à l'étude des symptômes bien déterminés.

Nous ne craignons pas ce reproche. En effet, nous attachant seulement à l'étude de tableaux pathogénétiques, nous ne nous écartons jamais de la route marquée par la nature elle-même. Les espèces naturelles mises en contact avec l'organisme doivent s'y manifester par des signes aussi susceptibles de coordination pour le médecin, que les caractères extérieurs eux-mêmes le sont pour le naturaliste. Chaque maladie produite par un agent bien déterminé doit être elle-même une entité distincte de toute autre. Il n'en n'est point de même en pathologie. Mille causes diverses se sont réunies pour produire le résultat que nous avons sous les yeux;

aucune sagacité humaine ne peut les démêler dans leur résultante. Comment donc ramener à un tout systématique le produit de la confusion et du hasard? Pourquoi chercher dans des effets enchevêtrés ce qui est si simple dans sa cause originelle? Pourquoi vouloir baser une des sciences accessoires de l'homéopathie sur des lésions matérielles qui succèdent à de longues infirmités, quand les nuances delà sensation altérée sont les guides les plus sûrs de l'observation pure? Enfin, n'oublions pas que le jour est proche où l'homéopathie curative et prophylactique généralisée enlèvera aux classifîcateurs pathologistes l'occasion d'examiner ces lésions affreuses que la fausse science a multipliées si longtemps. Or, peuton dire qu'elle est une science, celle qui demain aura perdu pour toujours le sujet de son examen ?

La pathogénésie , au contraire , offre un champ aussi vaste que facile de généralités fécondes. Hahnemann Fa dit (Organon, § 118), l'espèce symptomatologique existe, elle ne peut subir de modifications. C'est pour lui une espèce aussi évidente que le Soufre, la Belladone ou l'Aconit. Semblable donc à l'espèce naturelle qui a provoqué son développement, elle doit pouvoir se classer comme elle et suivant des principes analogues.

Pour nous, comme pour lui, l'organisme n'est pas la cause de la vie, mais seulement sa résultante, et, comme on Ta vu dans la théorie physiologique, cet organisme est une matrice dans laquelle viennent se créer tous les corps dont la vitalité a reçu l'impression. C'est ainsi que l'odeur permanente du Soufre produite à la suite d'une dose homéopathique de cette substance , les sueurs d'odeur semblable au Solanum tuberosum , sont des phénomènes morbides formant une des propriétés de l'espèce naturelle qui les a provoqués. Nous considérerons donc l'espèce symptomatologique comme une des formes de l'espèce naturelle créée par l'organisme sous l'incitation de celle-ci, et ne pouvant se développer que dans une condition spéciale qui est l'expérience pure.

Pour cette systématisation pathogénétique, nous ne pouvons puiser à aucune autre source que dans la matière médicale pure; nous devrons nous servir exclusivement des signes, des symptômes, en un mot des formes extérieures de la maladie provoquée artificiellement. Notre classification reposera donc nécessairement en grande

partie sur les organes spécialement atteints, ne pouvant remonter à aucune supposition hypothétique sur la nature même des symptômes, et par conséquent établir des théories basées sur des idées étrangères aux faits seuls. Nous croyons ainsi être dans l'esprit de llanhemann, qui recommandait avec tant de force d'éviter toute considération métaphysique qui ne peut qu'éloigner l'homéopathiste du but qu'il se propose, de l'étude directe des faits. Guidé par ces considérations, nous avons donné à notre classification une raison tout à fait en dehors des routes ordinaires de la nosologie.

Tous les médicaments n'attaquent pas l'organisme avec une égale violence ; les uns semblent activer l'exercice des fonctions vitales, tandis que les autres tendent à troubler ou à détruire cet accord des forces dynamiques qui est l'état de santé. En prenant parmi ces médicaments, d'une part, celui qui agit le plus dans le sens de la vie, et de l'autre celui qui portera le désaccord le plus profond dans tout l'ensemble de l'organisme, nous aurons deux termes extrêmes, opposés l'un à l'autre, et formant des limites entre lesquelles viendront se classer tous les médicaments en progression croissante et suivant leur plus ou moins d'affinité pour l'un des deux ; et non-seulement les phénomènes organiques devront nous donner ces deux termes, mais encore les caractères moraux devront coïncider exactement avec eux. En cela, nous nous conformons encore au véritable esprit de Hanhemann, qui attachait tant d'importance aux symptômes psychiques, au point de leur subordonner tous les autres.

Nous disposons les espèces suivant une forme sériale et linéaire, comme étant la plus simple à concevoir et la plus indépendante de toute division arbitraire que l'on peut y introduire. Cette série forme une espèce de cadre, qui n'aura besoin que d'être élargi pour contenir les espèces futures.

En appliquant ces principes aux pathogénésies brésiliennes, que nous publions en ce moment, nous trouvons comme points extrêmes Pediculus et Elaps corallina. Le premier, si les règles que nous posions tout à l'heure sont vraies, doit s'éloigner aussi peu que possible de l'état normal. Nous trouvons, en effet, qu'il agit sur un organe trèssuperficiel, sans attaquer l'organisme dans ses parties essentielles. Son action se limite presque au tissu cellulaire cutané. Ses carac-

téres moraux sont en rapport avec cette action physique peu profonde; il se borne à exciter l'esprit dans les occupations usuelles, sans produire les effrayants phénomènes de Crotalus etd'Elaps corallina. Ce dernier, au contraire, trouble profondément l'économie et affecte tous les organes depuis le tissu cellulaire jusqu'aux appareils sensitifs. Les symptômes moraux, qui touchent presque à l'anéantissement de la pensée, sont parfaitement en rapport avec son action physique. Outre ce plan général, où se classent les médicaments selon leur action subversive et leurs affinités réciproques, il fallait une loi secondaire qui entrât dans tous les détails des symptômes et devînt un critérium de la classification faite à priori. Nous trouvons cette loi dans l'ordre de succession des symptômes. Leur chronologie ou leur apparition successive n'est point, en effet, une circonstance indifférente, comme on l'a cru jusqu'ici. On peut même très-bien se figurer deux collections de symptômes qui, classées selon les cadres des répertoires actuels, présenteraient un aspect identique, et qui, cependant, seraient profondément dissemblables dans leur essence. Les mêmes symptômes diversement combinés peuvent constituer des maladies et des pathogénésies différentes. C'est ainsi qu'avec les mêmes mots deux auteurs font deux œuvres entièrement dissemblables. C'est ainsi qu'avec les mêmes éléments le chimiste crée plusieurs corps isomères, égaux par leurs atomes, différents par l'ordre dans lequel ils sont groupés. Heureusement que cette pensé, présente à notre esprit depuis plusieurs années, nous a engagé à conserver les procès-verbaux originaux des pathogénésies brésiliennes, et nous a rendu facile un travail que l'ancienne matière médicale ne comporte pas.

C'est pendant les premiers temps de l'expérience que se manifestent les principaux traits qui doivent la dominer dans son ensemble, et indiquer sa place dans la série. Ainsi dans Pediculus, les phénomènes d'excitation morale et physique paraissent dés les premiers jours. Ils sont suivis par des symptômes secondaires anormaux qui se représentent dans les médicaments suivants, en tendant toujours à devenir primaires. Mais il est bien évident que chacun de ces symptômes ne peut descendre d'un bout à l'autre de l'échelle médicamenteuse en occupant un ternie de chaque formule, car ils ne présentent pas assez d'éloigneinent de l'état normal pour venir

correspondre directement à ceux d'Elaps corallina. Conséquemment nous avons placé en tête de notre classification les médicaments dont les symptômes, s'éloignant de l'état normal de l'organisme, se sont montrés à la fin de l'expérience; et, en dernier lieu, ceux dont les symptômes les plus anormaux se précipitent aux premiers jours en diminuant graduellement d'intensité, et sont remplacés par des symptômes normaux à mesure que l'expérience est plus avancée. Ce qui est une confirmation de ce que nous avancions tout à l'heure. Du reste, nous ne pouvons mieux nous faire comprendre que par la figure suivante, où l'on voit les six exposants venir commencer chacun une formule, de manière à ce que les premiers symptômes des derniers médicaments aient seuls les signes de perversion ou de désorganisation, et réciproquement.

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Nous formons, avec ces exposants, une espèce de table de Pythagore, dont la seconde partie reproduitla première, mais dans Tordre inverse. Et, en effet, à mesure que les symptômes anormaux sont de plus en plus primaires, ceux qui se présentent dans le courant de l'expérience tendent aussi graduellement à se rapprocher de l'état normal, jusqu'à ce qu'enfin l'on arrive à trouver une même excitation que dans les premiers médicaments de la série. C'est ainsi que leBufo sahytiensis, après avoir produit primitivement une prostration extrême des facultés intellectuelles, excite, au contraire, dans les derniers jours la gaieté et la vivacité de l'esprit; état qu'il ne faut pas confondre avec une simple réaction ou effet curatif, car les actes vitaux s'écartent encore du type normal. La concentration des symptômes de quelques médicaments sur les mêmes appareils organiques nous a fait établir plusieurs divisions dans celte série, que nous avions d'abord disposée linéairement sans nous inquiéter d'autre chose que des rapports des médicaments entre eux ; ces divisions se sont trouvées être les mêmes que celles qui ont été indiquées dans

l'ordre des appareils de la théorie des doses. Nous leur avons conservé les mêmes noms, à l'exception du premier groupe qui nous a paru être spécialisé par les symptômes du tissu cutané ; cependant nous croyons, lorsque les médicaments qui le composent seront mieux connus, pouvoir le faire rentrer dans la division formée par l'appareil locomoteur.

Voici l'ordre de ces groupes :

ieT. Appareil Nerveux cutané.

2e. Appareil Locomoteur.

3e. Appareil Circulatoire.

4e. Appareil Sécrétoire.

5e. Appareil Digestif.

6e. Appareil Gémto-urinaire.

7e. Appareil Sensitif.

Ces divisions nous ont paru naturelles, et s'effectuer pour ainsi dire d'elles-mêmes. Il est probable qu'elles deviendront de moins en moins tranchées, à mesure que de nouveaux médicaments y seront introduits; dans l'état actuel, on peut voir que chacune d'elles parcourt quelquefois des limites très -éloignées Tune de l'autre. Par exemple, pour le premier groupe, on part d'un simple prurit de Pediculus pour rencontrer dans Guano une insensibilité complète de la peau. Ce symptôme, qui au premier abord paraît devoir rejeter ce dernier médicament beaucoup plus bas, montre que dans un même groupe l'organe typique affecté s'écarte de l'ordre des fonctions normales autant que possible, et même en apparence plus que le premier médicament du groupe suivant. Mais si l'on s'élève à des considérations plus générales, on voit que les espèces de ce groupe portent sur des organes plus importants et altérés plus profondément, et que par conséquent ils sont bien à leur place. Delà on est conduit à considérer toutes ces divisions comme parallèles entre elles tant qu'on les considère individuellement, mais se liant linéairement les unes aux autres quand on leur applique la loi générale que nous avons posée en commençant.

Nous donnons ici les formules des médicaments contenus dans cet ouvrage, classés suivant les principes qui viennent d'être exposés,

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