XXXVI THÉORIE ASTRONOMIQUE
crucifié chaque jour dans la personne de ses continuateurs ?
Eh bien! ce caractère pratique, cette fructification actuelle, qui doit signaler dorénavant toute pensée élevée, je crois la retrouver dans l'œuvre cosmogonique exposée ici, M. J.-V. Dos Santos, fort de sa théorie, a proposé la création, par les mains de l’homme, de nouveaux satellites pour accompagner notre globe ; en tendant notre atmosphère jusqu'à Porbite de la Lune, il rassure les aéronautes, qui bientôt penseront à naviguer dans l'océan gazeux tenté par Montgollier. Le monde était petit au quinzième siècle, quand Colomb est venu le doubler. Aujourd’hui ilest plus étroit encore, et le nouveau Colomb ne peut tarder beaucoup à paraître. Les tessources du génie ne feront jamais défaut à l’essor de l'humanité, et, les yeux tendus vers le ciel, j'y attends bientôt les nouveaux Argonautes.
D'un autre côté, je ne crains pas de frapper du pied ce sol qui nous porte tous, sol que l'on croyait appuyé sur des colonnes de granit éternel, et qui n’est pour moi qu’une pellicule flottant sur des gaz enflammés. Je le frappe, et de son percement méthodique j'attends la lumière de nos nuits, la chaleur de nos hivers, la fusion des métaux qui coulent en ondes liquides dans le lit de ses océans et de ses fleuves intérieurs. N’est-il pas probable, en effet, que les maticres les plus pesantes sont tombées à la partie la plus basse, quand notre enveloppe terrestre a commencé à se former ? Les granits ne sont que l'écume refroidie de ces océans métalliques, où nous retrouvons quelques particules ox ydées que nous appelons des mines opulentes. Un jour l'humanité, au lieu d’effleurer l’épiderme du globe, saura traverser le derme et le chorium, et puisera à discrétion ces richesses, dont elle est si jalouse, dans des Nils souterrains à ondes d'argent, des Volgas de platine, des Amazones d’or. M.Jobard nous donnera les procédés du sondage indéfini, la main des géants tressera les cordes qui descendront au sein des continents. On établira des stations de lieue en lieuc avec des rafraîchissoirs pour les ouvriers, et un beau jour l'or et les diamants jailliront du sein de la vieille Cybèle. On me dira que nous n’en serons pas plus riches, Et moi je dis que si; car il est sain d’avoir des vases inoxydables, et je don-
DE JOSÈ VICTORINO DOS SANTOS E SOUZA. XXXVIL
nerais tous les trésors du monde pour avoir un mortier en diamant pour triturer mes médicaments homéopathiques. Le porphyre n’est à mes yeux qu'un pauvre pis-aller, qu'un excipient provisoire et indigne de la majesté de l'œuvre hahnemannienne.
Je n'arrête pour ne pas scandaliser quelques lecteurs méticuleux par l’excentricité de mes désirs et de mes espérances. Il est tant d'hommes qui ne croient qu'après avoir vu et touché! Il en est tant qui évitent de voir de peur d’être obligés de croire ! Hélas! il en est qui ne croient pas même après avoir vu. Aussi ces derniers sont académiciens ! Ils sont les propriétaires de la science. Ils posent les limites du possible, dictent des lois aux faits et disciplinent les théories. La presse périodique les glorifie, et le dix-neuvième siècle les admire ! Il faut être bien osé pour penser et écrire sans leur permission.
Peut-être qu’un jour cet autre océan souterrain, dont les pontifes de la science paraissent ignorer l'existence, sur les sommets fleuris de leur Parnasse, peut-être le peuple, las de renverser en vain des pouvoirs politiques, reconnaîtra enfin la cause véritable de ses maux, et s’attaquera alors à la foi menteuse, à la justice dévorante, à la science empoisonneuse, qui étouffent sous leur poids tout élan de la pensée, de la sociabilité et de l'amour. Un jour, versant par vingt cratères les laves bouillantes contenues dans son sein, l’Etna social croulera et laissera se redresser l’Encelade du génie humain, écrasé depuis des aspars d'années sous sa base, Alors tomberont les supériorités factices, et dans chaque branche du savoir humain le véritable suffrage universel fera surgir les capacités réelles, Alors les chefs de la science, stimulés par une noble émulation, l’entraîneront dans les routes du progrès, aux applaudissements de la foule.
Ce jour-là, je croirai à la révolution; car l’esprit humain émancipé saura se diriger lui-même, Jusque-là il ne fait que changer de joug. Jusque-là il marche au hasard, il s’avance de
chute en chute; car, aveugle lui-même, il n’a pour le guider que des aveugles. X
GONVERIION DE BROUSSAS
A EL'HOMÉOPATHEEX.
J'ai promis de faire connaître les détails du traitement homéopathique auquel Broussais s’est soumis dans les derniers temps de sa vie. Je vais tenir cette promesse.
Lorsque j'arrivai à Paris, dans le courant de 1839, et que je pris en main la propagation de l’homéopathie, un des premiers hommes que je rencontrai comme allié, fut le docteur Frappart, l’intrépide champion du magnétisme animal. Frappart, que la science vient de perdre, était en ce moment un des hommes les plus célèbres de Paris. Esprit ferme, jugement droit, plume vigoureuse, probité antique, il avait mis au service dela vérité les qualités les plus brillantes. Notre cause, nos idées, nos moyens d'action étaient trop semblables pour qu’une vive sympathie ne s'établit pas entre nous. Après la raideur d’un premier début, où cet homme singulier avait continué de cacher sous les formes les plus âpres les excellentes qualités de son âme, Frappart m'ouvrit son cœur et m'initia aux péripéties intimes de la lutte héroïque qu’il soutenait en ce moment. Pauvre, seul, méprisant les hommes, et fort seulement de son talent et de la justice de sa cause, il tenait en respect tous les corps savants et tous les individus ennemis du magnétisme . Ses lettres, monument immortel de logique, de force et de style, paraissaient de temps en temps, et chacune d'elles écrasait un de ses adversaires. {l analysait d’une manière si cruellement habile les dénégations confuses par lesquelles les grands hommes du jour voulaient éluder la connaissance des faits les plus patents, il poursuivait d’une manière si implacable les discours comme le silence des académiciens rétro-