CONVERSION DE BROUSSAIS A L'HOMÉOPATHIE
A Monsieur le docteur Mure. Paris, 20 janvier 1840.
Mon cher complice en homéopathie,
La
Vous qui vous êtes entièrement consacré à la propagation d’une vérité, comme tant d’autres se consacrent entièrement aussi à l’utilisation d’une erreur ou d’un mensonge, vous paraissez stupéfait de ce qu’en France l’homéopathie rencontre infiniment plus d'obstacles qu’en Sicile, où vous l’avez si courageusement et si vite implantée, puis vous me demandez, à moi qui connais le terrain, la raison de cette différence. Sans préambule, je vais vous la dire : c’est qu’à Palerme, s’il y a des savants, il se trouve sans doute fort peu d’académiciens ; tandis que dans notre antique Lutèce, les académiciens et les savants pullulent.
Or, actuellement il faut que vous sachiez d’une part que, quelque importante que soit une vérité, on ne l’accueille en ce pays, les yeux fermés, que quand elle est admise par les corps savants ; et d’autre part, que ces mêmes corps savants ne vivent guère que de vieilles idées, surtout de celles qui sont lucrati-
ves. Leur mission semble être toute conservation de ce qui est déjà, et toute répulsion de ce qui n’est pas encore; de sorte qu’il est vrai de dire, et l'histoire nous le prouve, que ce n’est qu'après de pénibles luttes qu’une vérité, si elle ne succombe pas à la peine, pénètre dans les Académies. Mais qu’arrive-{-il quelquefois à la longue de tout cela? C’est que de guerre lasse
UN
Émile