HOMÉOPATHIE, XLIX
Mais qui sait? sourd peut-être à de pareils oracles, L'homme, pour croire en lui, voudra d’autres miracles. Écarté quelques jours, quelques mois tout au plus,
Le doute invétéré reprendra le dessus,
Et renaissant encor dans son âme obsédée,
IL y triomphera de la divine idée.
Mais toi, révele-nous, à sublime inventeur, Ces suprêmes desseins de l’être créateur ;
Dis selon quelles lois ces planètes pygmées Autour de leurs soleils flottent et sont semées ; Si la vie y réside, et quels secrets rapports Peuvent la faire agir et passer dans nos corps.
L’astronome du moins dans le vaste empirée Promène librement une vue assurée ;
Mais toi, hardi marin, Colomb d’un nouveau ciel, Tu n'as ni le regard, ni Le cristal d'Herschel ;
Et tu le sais, du reste, un mystere insondable Voile à jamais des corps l'essence impénétrable. Nous ne percevons pas lesprit qui vit en eux; La forme extérieure atteint seule nos yeux.
La plante, sous nos pas, s’anime et se colore
Et de l’azur du ciel et des feux de l'aurore;
Elle sait emprunter ses frimas à l'hiver,
Aux métaux leur poli, ses coraux à la mer.
Un prisme organisé fixe dans sa corolle
De l’éther lumineux la septuple auréole.
Mais formes et couleurs, multiples accidents,
Ne nous apprennent rien en traversant nos sens. Malheur à l’insensé qui, les prenant pour guides, Consulte imprudemment ces indices perfides,
Et mélange au hasard, pour combattre ses maux, Les sues et les débris des divers végétaux !
Peut-être cette fleur qui se montre à la vue
Si belle et de couleurs si douces revêtue,
Versera dans son sein un rapide poison,
Ou d’un délire impur frappera sa raison.
Chaque être a cependant, signe de sa puissance, Une voix que le sage interroge en silence ;
L'homme est un monde aussi. Germe d’un univers, Il sent agir en lui ses éléments divers ; Et comme, dans la sphère où son regard s'étonne, Jusqu’aux extrémités tout du centre rayonne,
Tel, en lui s’il pénètre, un atome étranger,
De son centre vital tendant à diverger, Quoique réduit par vous aux plus minimes doses, Apporte dans son ordre un autre ordre de choses. Triturez, écrasez, promenez le scalpel,
Divisez à jamais cet atome immortel,
Jamais vous n’atteindrez la dernière limite :
Et toujours décrivant son invisible orbite,
Qu'il suit tournant autour d’un atome soleil,
Il produira dans l’homme un désordre pareil.
Que dis-je ? hors de lui s’exhale sa puissance ;
Il se couronne auloin d’une atmosphère immense, Et répand les torrents d’un invisible éther
Qui peut agir sur l'homme en infectant son air. Écoute donc en toi, tu sauras le mystere, Homme qui te rattache à toute la matiere.
Chaque être tour à tour, s’il est admis en toi,
Te parlera son verbe..et tu sauras sa loi.
C’est ainsi que tu peux, toi, faible créature, Pénétrer les secrets de la vieille nature;
Et, lorsque tu deviens la victime du mal, Apprendre à le dompter par un agent égal.
Oui, tel est le secret tant cherché par le sage, Et qui devant ses pas semblait fuir d'âge en âge: L'art de vaincre le mal est enfin inventé.
L'enfer le sait, l'enfer en est épouvanté,
Et le ciel, abrégeant les jours de sa colère, Jette un regard d'amour à notre pauvre terre. Salut, bel arc-en-ciel! salut, divins rayons! Non, vous ne serez pas le dernier.de ses dons. Bientôt, bientôt peut-être, échappant à la haine Qui désole aujourd’hui son terrestre domaine, De ce fléau mortel l'homme enfin délivré
A ses nobles penchants un jour sera livré ; Établissant entre eux un savant équilibre, | Sans en froisser aucun, il sera vraiment libre,
1 Fourier.