‹ Doctrine de l'Ecole de Rio de Janeiro et pathogénésie brésilienne contenant une exposition méthodique de homéopathie, la loi fondamentale du dynamisme vital, la théorie des doses et des maladies chroniques, etcChapitre 56 sur 313 · DYNAMISME VITAL ET LOI PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DYNAMISME VITAL ET LOI PHYSIOLOGIQUE

Ce qui vient d’être dit suffit pour une exposition pratique et pour les principales applications de la doctrine dé Hahnemann. C’est le résumé des instructions élémentaires publiées au Brésil pour les gens du monde; mais cela ne suffisait pas pour une école, où la théorie doit inspirer et devancer la pratique. Nous devions à nos élèves une conception Supérieure du principe de vie. Nous devions à l’homéopathie de lever le voile qui dérobait encore son dérnier mot aux regards des hommes; nous devions développer dans toute son étendue l’idée profonde contente sous le mot dynamisme vital.

La nouvelle loi physiologique, exposée seulement jusque-là dans des cours ou des conférences particulières, fut, pour la premiére fois, exposée publiquement dans la thèse de M. Ackermann, soutenue le 2 juillet 4847. Nous en extrayons quelques fragments.

« L’homéopathie est la doctrine vitaliste par excellence. Elle repousse les actions chimiques et physiques, par lesquelles on tend encore aujourd’hui à expliquer le jeu des fonctions. Elle nie l’action directe des médicaments dans acte thérapeutique; elle ne reconnaît que des effets secondaires dus à la nature; en un mot, dans la loi thérapeutique elle ne voit que la réaction vitale.

« Est-ce à ce point unique que doit se borner la réforme ? La physiologie vulgaire est-elle plus rationnelle que la thérapeutique ? Toutes cès idées de sécrétion, de filtration, d’assimilation ; toutes ces extravagances des chimistes, qui menacent d’exclure la médecine de la physiologie, comme les chirurgiens l'ont exclue de [a thérapeutique, ne sont-elles pas inconciliables avec l'essence même du nouvel art de guérir ?

« Le docteur Mure n’a pas hésité à aborder de front ce problème capital, en attaquant l’idée vulgaire de l’assimilation, et en donnant une nouvelle théorie de la nutrition. Une chose évidente, c’est l'insuffisance des théories actuelles pour expliquer cet acte merveilleux. Le corps n’augmente pas de volume en raison des aliments

DYNAMISME VITAL. 47 ingérés. Tantôt oh remarque une émaciation progressive chez des individus qui absorbent de grandes quantités d'aliments, tantôt on voit engraisser des hommes qui mangent trés-peu, et, enfin, la vie se Soutehir pendant fort longtemps sans aucune alimentation appréciäblé. On s’habitue à une abstinence prolongée. La diète morbide, dans les fiêvres nerveuses et plüsiéurs autres maladies, n’empêche pas la vie de persister. L’éxcitation produite par les boissons alcooliques supplée jusqu’à un certain point uné autre nourriture: Les passions ; les émotions violentes , l’excés de la joie où du chagrin , les travaux excessifs de l'esprit produisent le même effet, et renversent tous nos systèmes sur l’assimilation. Les aliments restaürént par leur sinple présence dans la bouche ét däns le pharyüx. Un sentiment de force et de bien-être parcourt le corps de la personne la plus äffaiblie par l’abstinerice, bien avant que les aliments aient descendu dans l’œsophage. (

« Les aliments les plus variés produisent un chyle identique, Chez l'Européen omnivore, chez le Gosaque qui ne mange que des substances graisseuses, et chez le Lapon, le Kamtschadale, qui vivent de poisson à moitié pourri, chez l’Indien qui ne mange qu’une petite ration de riz, l’änalyse présente les mêmes combinaisons dans le chyle, la lymphe et le sang. On nous dit bieh que le chyle est absorbé ; mais on ajoute que les canaux absorbants se dérobent, par leur ténuité, aux recherches microscopiques. Quant au Sang, on l’a toujours va passer des derniers vaisseaux capillaires artériels aux ramifications veineuses. Jamais on n’a pu le voir extravasé dans les tissus où l’on prétend qu’il se fixe, et devient fibre musculaire ou pirenchymateuse. Et quand on l'aurait vu, tous les doutes seraientils levés ? Combien de composés organiques, dont les éléments n’existênt pas dans le sang ou s’y trouvent en quantité trop faible : l'azote, par exemple!

« M. Magendie a bien prouvé que, nourri uniformément d’aliments non azotés, l'animal mourra. Mais nourri uniformément d’aliments azotés, il meurt également. Les sels calcaires qui entrent dans la composition des o$ se trouvent-ils dans le chyle? On a nourri avec le plus grand soin des poules avec des substances entiérement dépourvues dé chaux, et elles n’ont pas cessé de pondre des œufs qui en contehäient. Le fluide sanguin ne contient pas un

atome de gélatine ni de phosphate de chaux, et cependant les tissus fibreux et les os en sont composés en grande partie.

« Les physiologistes veulent nous faire croire que le fœtus recoit par les vaisseaux ombilicaux les éléments nécessaires à son développement; mais comment, sous la seule influence de la chaleur, l’albumine de l’œuf produira-t-elle les os, les muscles, les plumes du poulet, qui en sort aprés la couvaison, dans l’intérieur d’une coquille où rien du dehors ne peut pénétrer ?

« Enfin, lorsque nous demandons aux géologues l’origine Lou É Immenses dépôts calcaires qui abondent sur notre globe, ils nous répondent uniformément que ce sont des débris d’infusoires ou de coquillages amoncelés pendant la série des siécles. Il faut donc reconnaitre dans ce fait immense une faculté créatrice sur notre terre, et cette force, quelle est-elle, sinon la vitalité même des animaux ?

« Descendons au règne végétal : mêmes surprises, mêmes contradictions. Depuis des siècles, les alchimistes ont semé des graines de cresson sur un lit de fleur de soufre au fond d’un bocal de verre. Ces graines, arrosées d’eau distillée, germent, poussent des tiges nombreuses, dont on retire du carbone, et plusieurs autres éléments qui ne se trouvent ni dans l’eau, ni dans le soufre, ni dans l'air, au moins en quantité suffisante. On en a fait autant pour des céréales, qui contiennent de la silice, et pour toute autre espèce de légumes. Une plaque de verre et de l'électricité suffisent parfaitement pour développer tous les phénomènes de la végétation. Il est si vrai que la terre n’est qu’une matrice destinée à envelopper les racines des plantes, que le sol des pays anciennement cultivés s’est élevé constamment, malgré l’énorme quantité de fous emportés à la mer par les fleuves.

« L'ancienne théorie de l’assimilation matérielle est donc destinée à périr. On ne nous persuadera plus que la chair de bœuf ou les légumes, que nous avons mangés hier, sont devenus aujourd'hui la fibre sensible et vivante de notre propre corps. Il faut une nouvelle solution, et c’est encore à l’homéopathie elle-même que le docteur Mure l’a demandée. Dans la question des doses, il n’avait fait qu’étendre et appliquer plus largement la loi des semblables. Dans la question physiologique, il ne fait qu’étendre aussi l’idée de la réaction vitale, qui est la traduction de cette même loi. Combler ainsi

les lacunes laissées par Hahnemann, ce n’est pas se mettre en: opposition avec lui, c’est restituer ingénieusement des fragments oubliés d’un monument inachevé, c’est compléter, en le respectant, le plan dicté par l’inspiration du maitre.

« Guérir, disait Hahnemann, c’est réagir.

« Vivre, c’est réagir encore.

« Le médicament n’est qu’une cause de réaction. « L’aliment n’est pas autre chose.

« Stimulée à temps, la force vitale rétablit Le jeu des fonctions ; stimulée convenablement, elle entretient aussi l'intégrité des organes. Elle crée la fibre vivante comme elle crée le mouvement, le - calorique, le fluide magnétique et la pensée. -

« Les médicaments n’ont pas besoin d’être matériels. Les doses. infinitésimales, une commotion morale, l'imposition des mains, peuvent rétablir la santé. De même aussi la nutrition, qui dans l’ordre habituel de la nature a besoin d'agents matériels, s'opère aussi parfois, comme nous l’avons dit, sous une action toute méthaphysique. La joie, la honte, la colère, l’étude, vous ôtent l'appétit. Une fièvre typhoïde vous nourrit quarante à cinquante jours, pendant qu'un homme sain jeünerait à peine sept ou huit jours sans être mortellement atteint. |

«M. Liébig prouve, de nos jours, comme Franklin l’a fait il y a soixante ans, que le vin ou la biére contiennent trés-peu de matiéres alimentaires, et qu’un ouvrier économe fait mieux de consommer des aliments solides. Eh bien! des milliers d'ouvriers continuent à boire, chaque jour, en plus, un litre de liqueur fermentée et à manger une livre de pain de moins, et ils se trouvent trés-bien de ce régime en dépit des chimistes et des physiologistes.

« On nous a objecté dernièrement l'expérience des os colorés par une alimentation de tiges de garance. Chacun sait aujourd’hui que cette coloration est due à une interposition des particules colorantes, qui se dissipe par un simple lavage. L'Académie des sciences a été longuement occupée de cette question, sur laquelle nous ne revenons pas, pour ne pas mettre en doute la sagacité de nos lecteurs. Des corps étrangers peuvent s’égarer dans nos tissus ; qui songe à le nier? Ce qui nous paraît absurde , c’est que nos tissus

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eux-mêmes soieñit produits par une assimilation d’atomes venus du dehors. |

« C’est à l’occasion des réactions que les aliments provoquent en nous, que nos organes s’accroissent et se développent. C’est une grossière erreur de croire que ces aliments eux-mêmes $’incorporent et s’identifient avec nous; mais cette erreur était naturelle à des époques matérialistes , où le témoignage des sens était tout pour l'humanité, où l’on croyait que le soleil tournait; que les antipodes étaient impossibles, que la loi des contraires était applicable à la thérapeutique, que la combustion était un dégagement de phlogistique, que l'air n’était pas pesant, que la nature avait horreur du vide, etc., etc.

« Cette erreur était naturelle, comme celle du professeur qui croit infuser des notions nouvelles à un élève par son enseignement, tandis qu’en réalité il ne peut que solliciter l’intelligence à réagir sur elle-même, pour qu’elle y trouve les mathématiques, le droit, le sentiment du beau, la notion de Dieu et de l’ordre universel, en un mot, tout ce que le maître explicateur croit y introduire.

« Oui, force vitale, âme, intelligence, l’homme tire tout de son propre fonds. Aussi il ne peut rien acheter à prix d’or, comme cela serait, si la nutrition était une assimilation de matériaux étrangers. Savoir, génie , talents, vertus, force, beauté de corps, la richesse pourrait tout acquérir si tout venait du dehors: Il y aurait, au marché alimentaire, des denrées privilégiées qui développeraient des races de géants ; il y aurait, aû marché académique, des méthodes substantielles qui, sous un petit Yolume, contiendraient tous les sucs du savoir, et; convenablement digérées, développeraient des intelligences colossälés: Console-toi, fils du pauvre, que nourrit un pain grossier, et pour qui les Bossuet et les Fénelon n’écrivent pas d'enseignement sublime ! Console-toi, c'est en toi-même que réside la source de tout savoir et de toute vie! Tu ne seras pas le nourrisson de la Faculté, ni l’élève du génie ; mais tu es par toi-même bien plus que cela, tu es l’enfant de Dieu; e*est Hahnemann, c’est Jacotot, c'est le Christ qui te Le disent; et; si tu le veux, tu obtiendras de ton pére plus que les enfants des rois; il ne refuse rien à la simplicité du cœur, à la prière, à la foi et à la volonté.

«Qui, quoi qu'on en ait dit, l'homme est avant tout une vie, c’est-

àä-dire quelque chose d’absolument individuel, qui n’admet aucune agrégation étrangère. Il est bien plus impossible de concevoir qu'un seul atome du monde extérieur s'ajoute à nos tissus vivants, que de trouver un rapport commun entre un arc de cercle et la ligne droite, entre la mort et la vie, entre la matiére et l'esprit. Loin de chercher dans notre organisme l’accomplissement des lois physiques ou chimiques, nous n’y pouvons voir qu'un démenti continu donné à ces lois, par le triomphe non interrompu de la vie, depuis le moment de la naissance jusqu’à la mort.

« Assez longtemps les médecins matérialistes ont considéré le corps humain comme une horloge, une clepsydre, ou une machine à vapeur. Il est temps de s'élever à nne notion plus haute. Etincelle de la toute-puissance divine, la force vitale, par une simple émanation de sa vertu intime, se manifeste par un corps matériel, dans lequel elle palpite, qu’elle agrandit dans les limites qui lui sont imposées, et qu’elle laisse dépérir quand un pouvoir supérieur l'appelle à revêtir une nouvelle forme pour accomplir d’autres destinées.

« Le don créateur, ce sublime attribut de Dieu, est évidemment concédé à l’homme, et c’est ce que les écrivains sacrés ont entendu, quand ils ont dit: Dieu a créé l’homme à son image. Or, cette similitude ne peut être complète, qu'autant que nous participons au pouvoir surnaturel de corporifier les substances spirituelles, ou tout au moins de matérialiser dans le temps notre âme immortelle.

« À ce point de vue, la médecine, qui a si longtemps été le fléau de toute idée religieuse, en deviendrait le plus ferme appui. Chaque instant de notre existence, chaque fibre de notre chair, deviendraient un miracle incessant, une preuve continue du triomphe de l'esprit dans le monde matériel.

« Pour ceux qui ont compris la doctrine de Kant et qui savent que le temps et l’espace ne sont que les formes de notre intelligence, la matière elle-même n’a plus une existence absolue comme les physiciens se le figurent. Elle peut fort bien n’être elle-même que le mode par lequel les esprits se manifestent les uns aux autres dans notre sphère phénoménale. Or, l’homéopathie, en nous révélant des forces vives dans tous les corps de notre univers, nous prépare à cette conception d’une matiére contingente et relative, d’une

matiére que notre force vitale est aussi appelée à créer pour accomplir certains usages et pour se manifester dans le temps. A l'inverse de ceux qui veulent ramener lhoméopathie à une simple méthode de guérison, nous appelons de tous nos vœux ces rapports et cétte alliance avec la métaphysique et la théologie. On a assez parlé des sciences, des doctrines, des théories : l'heure approche où nous devons avoir une théorie, une doctrine, une science, et au-dessus d'elles toujours présente, L’IDÉE DE DIEU. »

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