‹ Doctrine de l'Eglise catholique d'Irlande et de celle du Canada, sur la révolte [microforme]Chapitre 15 sur 23 · SENTENCE D’EXCOMMUNICATION · texte numérisé non relu

SENTENCE D’EXCOMMUNICATION

Nous ne pouvons trouver des paroles pour exprimer la peine et le chagrin profonds, dont nous sommes pénétrés à vue d’une rebellion si extraordinaire qui s’est éteudue dans plusieurs parties de cette province, et de cet Archidiaconé. Notre douleur s’est augmentée lorsque nous avons eu l’affliction de voir que plusieurs de notre communion, et comme on'est forcé de l’avouer, que plusieurs prêtres même (nous pe fesons mention de cette circonstance qu’avec horreur) s’y trouvent engagés, comme fauteurs et instigateurs. Rien n’a été omis de notre part pour préserver notre troupeau bien-aimé des tromperies et des perfides machinations des loups insidieux et ravissants, couverts de la peau des brebis, cherchant à dévorer les agneaux afin de parvenir à remplir le but intéressé qu’ils se proposent. Un très-orand nombre de personnes, néanmoins, se sont écartées de la bergerie, ont renoncé à la pâture salutaire, et ont quitté le sentier battu qui leur était indiqué par leurs fidèles pasteurs, Ils ont, pour leur malheur, adopté des principes et des pratiques condamnées par notre sainte religion qui commande la soumission à tous ceux qui ont autorité sur nous, et l’obéissance aux lois dans les affaires temporelles et civiles. Les catholiques romains d’Irlande se sont fait honneur de se distinguer, dans des temps déjà corrompus, en remplissant leurs devoirs de chrétien, et ils auraient continué de conserver leur réputation entière et sans tache, si les derniers ordres de leur communion n’a-

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vaient pas été séduits par des gens mal-intentionnés, admirateurs insensés des principes modernes des français, toujours affectant de mettre l’égalité dans toutes les conditions, principes qui leur ont fait quitter leurs anciennes habitudes, dans lesquelles ils trouvaient leur repos et leur bonheur, et ils se sont laissé tromper par lattente d’un changement favurable dans leur situation, sous la promesse d’une Jiberté illimitée, et d’une égalité illusoire. Les publications les plus impies, et même blasphématoires, les livres les plus séditieux et les plus dangereux ont été répandus d’une manière extraordinaire, sous toutes sortes de formes, et au plus bas prix, parmi les pauvres toujours trop crédules, pour entretenir cette fatale illusion, et les indisposer contre les autorités constituées, sur la ruine desquelles ces perturbateurs impies leur fesaient espérer le bonheur. Sous ces impressions qui ne pouvaient opérer que leur destruction, ils ont osé outrager les lois, et élever l’étendard de la rebellion. Le carnage, l’incendie, le pillage, d’autres maux innombrables ont succédé à ces habitudes paisibles, et à ces occupations industrieuses. Incapables d’être rappelés à leur devoir par ces calamités, ils restent sourds à nos remontrances et à nos exhortations réitérées, sans se soucier des déclarations solennelles qui leur sont faites de toutes les parties du royaume, par le clergé et par des laïques fidèles à leur devoir, tous trèsrespectables et très-instruits. Les mal-intentionnés et ceux qui se sont laissé tromper préfèrent de persévérer avec opiniâtreté dans leurs projets criminels et impies.

Dans ces fâcheuses circonstances, le sentiment d’un devoir dicté par la conscience, nous force impérieusement de venger la pureté de notre foi et de nos principes sur ce qui concerne la loi civile, quand

nous pouvons être suspectés ou calomniés à ce sujet, de purifier le vieux levain, et de rejeter le mal du milieu de nous, car un peu de levain aiorit toute la pâte. (LL Cor. 6.)

C’est pourquoi par l’autorité de J. C. notre bienheureux Rédempteur, communiquée par lui à ses apôtres et à leurs successeurs dans le sacré ministère, et pour nous conformer à la pratique constante de l’église, après une müre délibération, et l’invocation du St. Esprit, nous, de la manière la plus solennelle, la plus formelle, et la plus précise, nous retranchons du corps mystique de la sainte église catholique, apostolique et romaine tous et un chacun de notre communion dans l’Archidiaconé de Dublin, directement ou indirectement compromis dans la présente insurrection et rebellion dans ce royaume, soit sous la dénomination d’Irlandais Unis, Défenseurs, ou associés sous tout autre titre ou appellation quelconque, tendant à l’exciter ou à l’encourager, Nous les déclarons, eux, leurs instigateurs, conseillers, fauteurs de toute espèce, comme deshonorant le christianisme, indignes de la communion catholique, de laquelle nous les retranchons par l’épée de l’excomunication, comme membres gâtés et gangrénés, de peur qu’une communication continuée avec les fidèles commis à nos soins, ne répande de plus en plus l'infection, et le deshonneur sur l’église qu’ils ont déjà si grandement scandalisée et outragée. Vous devez donc les considérer comme privés de toute espérance du ciel, et consignés pour souffrir les tourments éternels, avec le Diable et ses anges, à moins que par une sincère conversion et un repentir exemplaire, ils n’expient leur désobéissance aux lois de Dieu et de l’église, qu’ils ne retournent à la fidélité qu’ils doivent à notre gracieux souverain, et au respect dû à l'autorité légale, Vous devez éviter

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toute communication avec eux, spécialement dans les cérémonies religieuses ; vous ne devez ni manger ni boire dans leur société, niles saluer, mais à tous égards les considérer comme’des payens et des publi. cains, exclus de l’église qu’ils ont méprisée. Les prêtres infâmes de cet Archidiaconé, qui oubliant leur caractère sacré, ont dû l’avilir jusqu’au point de favoriser ou chercher à propager l’insurrection cidessus mentionnée, sont plus particulièrement compris dans cette sentence d’excommunication, et conséquemment nous les déclarons suspens de leurs fonctions cléricales. Vous commettrez donc un très-grand péché en communiquant avec eux d’aucune manière,et vous encourrez l’excommunication ; en recourant à eux pour les fonctions ministérielles avec connaissance de cause et de volonté délibérée, en entendant leurs messes, en recevant d’eux les sacrements, vous aggraverez le péché, en participant au sacrilège, et à la profanation de leur ministère. Vous devez éviter ces vils prévaricateurs et apostats de leur religion, de leur loyauté, de leur honneur, et de toute décence. comme des monstres de dépravation quiont dégradé leur caractère sacré, etcomme, de tous les coupables, rebelles et séditieux, les plus criminels et les plus détestables.

Aucun de ceux qui ont été excommuniés par cette sentence, soit qu’ils soient dans les ordres, ou que ce soit un laïque de l’un ou de l’autre sexe, ne peut être admis au sacrement de réconciliation, ou à aucun autre, même à l’article de la mort, à moins qu’ils n’aient d'avance exprimé, ou de quelque façon que ce soit manifesté combien ils détestent la part qu’ils ont prise à la rebellion actuelle, ainsi que les principes sur lesquels se fondent toutes les associations contre S. M. et la constitution, qu’ils ne promettent solennellement, et qu’ils ne déclarent

authentiquement leur détermination de se retirer de ces associations, de les abjurer, et de n’y prendre jaais aucune part en cas qu’ils recouvrent la santé.

Si après la publication de ces déclarations solennelles et de la sentence d’excommunition, quelqu'un de ce Diocèse professant la Religion Catholique, soit qu’il soit dans les ordres, ou que ce soit une personne laïque de l’un ou de l’autre sexe, à moins qu’il n’y soit en quelque façon forcé, concourt à exciter la présente insurrection ou rebellion soit par action, parole, écrit, ou message, ou si de propos délibéré il entreprend de se joindre aux insurgents et aux rebelles, où à quelqu’un de leurs partis, s’il vient à mourir après avoir refusé d’exprimer ou manifester l’abjuration et la promesse ci-dessus mentionnées ; cette personne sera considérée comme morte dans l’impénitence et indigne de la Communion Catholique, de laquelle elle a été retranchée par cette sentence d’excommunication, et conséquemment elle sera privée de la sépulture ecclésiastique, prescrite par l'Eglise Catholique. Les personnes réellement forcées de se joindre aux rebelles de coopérer à leurs projet et à leurs complots, n’encourront point cette excommunication, tant qu’elles seront privées de leur liberté, et de la faculté d’agir, mais une fois rendues à la liberté qu’elles sont obligées de se procurer par tous les moyens permis, elles ne pourront être admises à aucun sacrement sans avoir fait l’abjuration et la promesse ci-dessus mentionnées. Si elles refusent de les exprimer, ou de les manifester, elles seront considérées comme ayant encouru l’excommunication prononcée par cette sentence terrible, mais en même temps bien pénible pour nons.

Puisse Dieu, dans son infinie miséricorde, inspirer aux insurgents de se repentir à temas de leur énor-

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me trahison et rebellion, et prévenir un souvenir bien plus amer dans les esprits des Catholiques Romains qui se trouvent parmi eux, d’avoir méprisé nos exhortations si souvent répétées, et cette terrible sentence d’excommunication qu’ils nous ont extorquée par leur obstination ! Ils crieront en vain pour obtenir leur pardon du fond des enfers desquels il n’y a plus de rédemption à espérer.

Nous vous supplions, nos chers Frères, de vous réunir à nous dans vos fervehtes prières pour demander leur sincère et prompte conversion, comme une coudition indispensable de réconciliation avec l'Eglise et notre gracieux Souverain qu’il ont otfensé. En la différant, ils prolongeront non seulement leurs misères dans cette vie, mais ils s’exposeront encore à la damnation dans l’autre.

Dieu tout-puissant et miséricordieux ,la consolation des malheureux et des afiligés, le soutien de ceux qui souffrent, prête l’oreille, nous t’en prions, à nos supplications, afin que ta miséricorde se trouvant avec nous dans nos tribulations et nos nécessités, notre tristesse se convertisse en joie, qui te soit agréable, par notre Seigneur Jésus Christ. Amen ! J. T. TRov.

Dublin, ce 22 juin, 1798.

Le R. R. Dr. Daniel Delany, de Kiïldare et Leiglin, LeR. R. Dr. Jacques Lanigan, de Ossory,

Le R. R,. Dr. Jacques Caulfield, de Ferns, Suffragants du Très-Rev. Dr. Jean Thomas Troy Archevêque Catholique de Dublin, ont implicite. ment adopté les différentes exhortations de l’Archevêque, et les ont fait avec empressement circuler dans leurs Diocèses.

Les Evèques Catholiques, qui n’ont point écrit eux-mêmes au sujet de cette insurrection ont

eu le plus grand soin de faire circuler ces remontrances, et dans plusieurs circonstances ils ont été témoins qu’elles avaient été suivies du meilleur effet.

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[Toutes les lettres pastorales, etc., qui précèdent, ont paru à l’occasion de la rebellion de 1798. Nous terminons la première partie de ce recucil, celle qui a rapport à l’église d'Irlande, par l'extrait suivant d’une lettre pastorale adressée par le célèbre docteur Dove, évêque de Kildare et Leighlin, à son troupeau, à l’occasion des troubles dont l'Irlande était menacée en 1822, par les factions opposées des orangistes et des ribbonmen. Ce mandement contribua puissamment à sauver le pays des horreurs d’une guerre civile, et à préparer la voie à l’émancipation catholique ; il fut traduit dans la langue celtique, qui est celle des indigènes du pays, et il en fut répandu plusieurs cent mille exemplaires. (Cet ex-

trait a déjà paru en anglais dans la Gazette de Qué. bec du ler novembre 1837 ; il est tiré d’une vie de lillustre prélat publiée à Dublin en 1835.]

Nos très-chers frères en Jésus-Christ,

Nous vous prenons aujourd’hui à témoin que nous sommes purs du sang de vous tous ; en ce que, depuis trois ans, nous n’avons cessé, jour et nuit, d’exhorter chacun de vous, avec larmes, à vous désister de ces associations illégales qui dans tous les temps ont aggravé les maux de notre patrie, et qui tendent maintenant à couvrir d’ignomivie notre sainte religion. Lorsque nous étions avec vous, dans nos visites, nous n’avons cessé de vous avertir de ces choses dans nos instructions pastorales, imprimées et distribuées parmi vous ; nous avons expliqué au long la nature et la tendance de ces sa-

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sociations, leur folie, leur injustice, leur opposition àtoutes les lois, humaines et divines, auxquelles vous êtes obligés d’obéir. Nous vous avons expliqué l’impiété du serment qui les liait ensemble ; et vos curés, dans leurs paroisses respectives, n’ont cessé de travailler avec nous à remplir ce devoir sacré, Cependant nous ne voulons pas vous parler le langage des reproches, nous ne voulons pas surtout, nos très-chers frères, vous reprocher l’opiviâtreté et la perversité d’un petit nombre d’entre vous : mais comme le but de notre ministère est non de détruire, mais de sauver ; “ non d’appeler les justes, mais les pécheurs, à repentance,” nous voulons avertir encore une fois ce petit nombre même, quelque pervers qu’ils soient, espérant que par l'influence de l’Esprit-Saint ils prêteront cette fois l’oreille à nos paroles, et reviendront enfin de leur égarement.

Les principes de notre religion, nos très-chers frères, au sujet de nos devoirs civils, sont clairs et positifs, et la doctrine de notre église à l’égard de ces devoirs, a été la même chez toutes les nations et dans tous les temps. Jésus-Christ, pendant sa vie terrestre, paya tribut à l’état, et fit faire la méme chose à saint Pierre, le premier de ses apôtres et le représentaut de son église. Les juifs, parmi lesquels il vivait, et de la race desquels il était né, avaient perdu leur indépendance ; ils étaient alors un peuple conquis, soumis aux romains; César était leur roi, et il déclara qu’il fallait payer tribut à César quoique païen et quoique le conquérant de sa patrie.

Celui qui pouvait, comme il le dit à ses disciples, obtenir de son Père des légions d’anges pour le défendre, désarma son disciple, guérit la blessure que G

celui-ci avait faite, et sc laissa conduire comme un criminel au tribunal de Pilate, dont il déclara que le pouvoir lui était donné d’en-haut. Il ne démentit Jamais sa propre maxime, “ que son royaume n’était pas de ce inonde”; et “il souffrit l’ignominie de la croix” pour se montrer “ obéissant jusqu’à la mort,” non-seulement à la volonté de son père, mais aussi aux lois de son pays, quelque injustement qu’elles fussent administrées à son égard.

Saint Pierre, qu’il avait fait le dépositaire de sa doctrine et de son autorité, suivit son exemple. “ Lorsqu'il était persécuté dans un lieu, il s’enfuyait dans un autre”; mais il ne parla jamais le langage de la résistance : bien plus, il disait à ceux qui par son ministère avaient cru en Jésus-Christ : “ Soyez soumis, pour l’amour de Dieu, à toutes les puissances humaines, soit au roi comme au souverain, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part pour punir ceux qui font mal; car telle est la volonté de Dieu.” (1 Pet. ii. 14) Et il ajoute : “Craignez Dieu, honorez le Roi” Il unit ces deux obligations, parce que l’une ne peut subsister sans l’autre. Si le roi, ou celui qui porte l'épée, est “le ministre de Dien, pour exécuter sa vengeance en p'nissant ceux qui font mal”, comment peut-on craindre Dieu, ou le servir, en désobéissant à son ministre? Saint Pierre, dans ce passage, n’a fait que déolarer la doctrine qu'il avait entendu son maître enseigner et qu’il l’avait vu mettre en pratique. Saint Paul aussi prêchait la rxême dectrine à toutes les nations qu’ilavait converties à la foi,

Ce fut ce grand apôtre (qui vivait du temps da Néron, empereur païen, le plus cruel persécuteur de l’église), qui écrivant à son bien-aimé disciple Ti mothée, prescrivit cette forme de prière quo nous récitons tous chaque fois que nous assistons à la

messe, l’offrant, dans ses paroles, ‘“ pour le roi et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que

entit de | 1 Re était nous puissions mener une vie paisible et sainte.

de la Mais l’apôtre ne s’en tient pas là : dans son épitre rt?” aux romains (c. xili.) il inculque, d une manière noël spéciale, les grands principes del obéissance à L état, les et il le fait avec tant de force et de clarté que je ne

puis m’abstenir de citer ce passage en entier. “ Que toute personne,” dit-il, “ soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c’est lui qui a établi celles qui existent : celui donc qui résiste aux puissances, résiste à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent à son ordre, achètent leur propre condamnation; car les princes ne sont point à craindre pour ceux qui font bien, mais pour ceux qui font mal. Si vous faites mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n’est pas en vain que le prince porte l’énée : car il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance en punissant celui qui fait mal: c’est pourquoi il est nécessaire que vous lui soyez soumis, non seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par un devoir de conscience. Rendez donc à chacun ce qui lui est dû : le tribut, à qui vous devez le tribut ; les impèts, à vous devez les impôts ; la crainte, à qui vous devez la crainte ; l'honneur, à qui vous devez l’hcaneur; acquittez-vous envers tous Je tout ce que vous lenr devez, ne demeurant redevables que de l’amour qu’on se doit les uns aux autres, car celui qui aime le prochain accomplit la

rs La doctrine de l’église catholique est fondée sur Ti ces autoritéset d’autres, et quoiqu'il y ait eu des à révolutions chez divers peuples professant la foi de la cette église, elle les a toujours abhorrées, lors-

qu’elles étaient produites par la force ou la violence,

ou avec effusion de sang. Le dessein dans lequel sont entrés, à ce qu’il paraît, quelques-uns d’entre vous, de bouleverser l’état, et de renverser le gouvernement établi dans ce pays par la permission divine, est donc opposé aux maximes et à l’exemple de notre divin Rédempteur et de ses apôtres, et à la doctrine uniforme de cette église dont vous professez la foi: mais le temps que vous avez choisi, et les motifs qui vous ont conduits dans ce projet vain et insensé, ne vous rendent pas seulement criminels, mais vous deshonorent et comme hommes et comme chrétiens.

L’Irlande, mes frères chéris mais égarés, l'Irlande sera-t-elle toujours condamnée à souffrir, et à souffrir par l’aveuglement et la méchanceté de ses propres enfants ? Qui dorénavant pourra compatir à ses malheurs ? Qui voudra maintenir ses droits ? Qui proclamera les vertus de ses enfants, si une partie d’entr’eux paraissent non-seulement déloyaux, mais aveugles sur leurs propres intérêts, et si l’on peut, ce qu’on n’a jamais pu jusqu’à présent, leur reprocher de l’ingratitude ?

Et quels sont les motifs qui vous ont … ‘ts à en agir de la sorte, et même à profaner le nom redoutable de Dieu, et à l’appeler témérairement à témoin de vos desseins pervers ? Vos souffrances ? Votre haine contre les orangistes ? Votre amour pour la religion ? Votre foi dans les prophéties ? Ou votre espérance de voir votre pavs libre et heureux ? Examinons, mes chers frères, examinons de sang-froid chacune de ces raisons avant d’en venir à vous démontrer l’absurdité de vos projets, aussi bien que l'impossibilité de les jamais mettre à exécution.

Et d’abord quant aux souffrances : celles qui règnent parmi vous sont grandes et générales,et dans bien des cas sont telles que nul pouvoir humain ne

saurait y remédier ; mais il est digne de remarque que quoique j'aie conversé avec un grand nombre d'individus qui étaient autrefois engagés dans ces criminelles associations, je n’en ai pas connu un seul qui ait été contraint par le besoin d’y entrer.

Et maintenant, permettez-moi de vous le demander, comment ces associations peuvent-elles remédier à vos besoins et à vos souffrances ? Est-ce en coupant les canaux, en détruisant les animaux, en brûlant les maisons, les blés et les foins, en établissant le règne de la terreur dans tout le pays, que vous obtiendrez de l’emploi? Est-ce en vous liguant eontre les propriétaires que vous les engagerez à faire des améliorations à leurs maisons et à leurs domaines ? Est-ce en fesant loger chez les possesseurs du sol un établissement de police dispendieux, et maintenu à leurs frais, que vous les mettrez en état de vous employer ? Non ; vos procédés ne sont propres qu’à les obliger à s’enfuir du pays, à convertir leur terres en pâturages, ei à y placer une force armée pour . garder leurs animaux et vous traiter, s’ille faut, avec la plus grande rigueur. Vos conspirations tendent donc, non à soulager, mais à augmenter au centuple votre misère.

Votre haine contre les orangistes ? Les crangistes peuvent être des insensés, des méchants, ils peuvent être vos ennemis: mais s'ils sont des insensés, Ms méritent votre compassion ; s’ils sont des méchants, vous devez chercher à les convertir par la pWèreet le bon exempie; s'ils sont vos ennemis, votre Rédempteur vous apprend comment les traiter larsqu’il vous dit: “ Aïmez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vons haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ” Et son apôtre vous Nit qu'il ne faut pas “rendre

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le mal pour le mal,” mais “ vaincre le mal per le bien.” ‘“ Si votre ennemi,” dit-il, “a faim, donnez-lui à manger ; s’il a soif, donnez-lui à boire ; et par-là vous entasserez sur sa tête des charbons ardents' ? (c’est-à-dire, selon saint Augustin, le feu de la charité) qui consumeront son inimitié. Mais ces hommes qui sont si haïssables à vos yeux, sant vos frères en Jésus-Christ; chacun d’eux lui est aussi cher que la prunelle de son œil ; ils ont tous été baptisés dans son sang, Si, donc, ils sont vos ennemis par un malheur qui luer est commun avec vous, ils n’en sont pas moirs les enfants de votre ‘< Père qui est aux cieux ;”” Jésus-Chrst est mort pour eux, et vous devriez non-seulement leur pardonner, mais les aimer pour l’amour de lui.

Vos associations sont cependant le meilleur moyen que vous auriez pu imaginer pour augmenter leur nombre et pour étendre leur influence. Leur association, à eux, avait perdu toute respectabilité ; le Roi l’avait frappée, comme l’ange avait frappé l’armée de Sennachérib, et elle était devenue un corps sans vie ; ceux qui autrefois y avaient appartenu, en avaient honte ; l'opinion publique l’avait condamnée ; elle était dans les convulsions de lagonie, et n’avait pas encore une année à vivre : mais l’esprit de votre conspiration a soufflé sur ses ossements,

les nerfs et les chairs s’y réunissent ; elle sera ren-

due à la vie et redeviendra formidable. Si donc on insulte encore à vos sentiments, si l’on abuse de vos femmes, si l’on viole vos filles, ne vous en prenez point aux orangistes ; prenez-vous-en à vos propres procédés, aussi absurdes que criminels.

Votre amour pour la religion ? Hélas! mes chers frères, combien souvent on abuse du nom sacré de la religion ! combien de crimes et de profanations il se commet en son nom ! Si la religion pouvait se pe.

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ser danse la balance, on ne trouverait pas une once de religion pure dans tous ceux qui soni entrés volontairement dans vos associations. Car, comment la Justice pourrait-elle habiter avec l’iniquité, la lumière avec les ténèbres, ou Jésus-Christ avec Bélial ? C’est par la douceur, l'humilité, la patience, la souffrance, et par une charité sans bornes, que Jésus-Christ a fondé sa religion ; c’est par les mêmes vertus que ses disciples l’ont propagée jusqu’aux extrémités de la terre ; c’est par eiles que notre saint apôtre Patrice, dont vous profanez le nom, et dont vous faites blasphémer la religion, planta la foi dans cette île, qui était autrefois appelée une île de saints, mais que vous travaillez à convertir en une caverne de voleurs, La religion peut-elle être servie par des conjurations ? Peut-elle être propagée, comme la superstition de Mahomet, par le fer et le feu ? A-telle besoin, pour se soutenir, de l’aide de ceux qui négligent tous les devoirs qu’elle prescrit, qui désobéissent à ses ministres et les méprisent, qui violent tous ses commandements et se livrent, en son nom, à tous les vices qr’elle condamne ?

Votre catéchisme ne vous enseigne-t-il pas que la partie la plus essentielle de votre religion consiste dans les deux grands préceptes de la charité, ‘ d’aimer Dieu par-dessus toutes choses, et votre prochain comme vous-mêmes pour l’amour de Dieu ?”? et que par le mot “ prochain ” il faut entendre tous les hommes, quels qu’ils soient, même ceux qui sont d’une religion différente de la vôtre ?

Mais vous avez, dites-vous, la vraie religion, et par cette raison, sans doute, vous vous croyez en droit de haïr ceux qui diffèrent avec vous. ‘“ Montrez-moi vos œuvres,” dit un apôtre, “ et d’après elles je dirai quelle est vatre foi ;” et ailleurs, “ la foi sans la charité est une foi morte :” bien plus,

quand vous auriez assez de foi pour transporter les montagnes, elle ne vous servirait de rien si vous n’aviez pas la charité; car la foi ‘ qui opère par la charité ”” est la seule qui soit agréable à Dieu, et personne, quelle que soit sa foi, ne peut entrer dans la vie s’il ne garde le premier et le plus grand des commandements, qui oblige d’aimer son prochain comme soi-même, de quelque religion que soit ce prochain. Assurément, mes frères, les péchés contre la charité offensent Dieu autant que ceux contre la foi ; et si, selon saint Paul, une adhésion volontaire et obstinée à l’erreur en matière de foi exclut les hommes du ciel, il dit aussi que “ la fornication, l’impureté, l’immodestie, la mollesse, la sorcellerie, les inimitiés, la colère, les querelles, les dissentions, l’envie, le meurtre, l’ivrognerie ” méritent l’enfer.

Pourquoi donc tout votre zèle est-il dirigé contre un seul vice, tandis que vous vous abandonnez aux

autres ? Vous êtes intolérants et peu charitables sur ce point, mes frères ; mais ce n’est pas votre religion, ce sont vos préjugés et vos passions qui vous rendent tels.

Ceux qui diffèrent de religion avec vous ne devraient pas tous être flétris du nom odieux d’hérétiques. Ce ne sont pas les erreurs en matière de religion qui constituent l’hérésie, mais une adhésion volontaire et obstinée à ces erreurs. (C’est ce qui fait dire à Saint Augustin : “ Je puis errer, mais je ne veux pas être un hérétique.” IL dit aussi dans son épître 162e, que “ ceux qui cherchent sincèrement la vérité, et qui sont prêts à se corriger en la trouvant, ne doivent nullement être regurdés comme hérétiques.” Tel est l’esprit de votre Eglise, qui assemblée à Trente dans la personne de ses pasteurs, en même temps qu’elle anathémise les hérésies en vogue alors, parle ainsi (sess. 13) des per.

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sonues qui y adhéraient : ‘ Le saint synode, comme une tendre mère qui gémit etenfante, désire qu’il n’y ait point de schismes parmi ceux qui portent le nom de chrétiens, mais que, comme ils reconnaissent tous le même Dieu et le même Sauveur, ils aient aussi la même foi, le même langage et la même opinion; le saint synode, se confiant dans la miséricorde de Dieu, espère qu’ils reviendront, dans l’espérance et la charité, à la sainte et salutaire unité de la foi.” Quelle différence, mes frères, de l’esprit qui dicta ces sentiments, à celui qui anime vos assemblées impies !

Mais, supposart que tous ceux qui diffèrent d’opinions religieuses avec vous ne soient pas comme ceux dont parle saint Augustin, pourquoi n’espérez-vous pas et ne demandez-vous pas au Seigneur qu’au lit de la mort, au moment de sortir de cette vie, il daigne considérer ceux qui étaient vus et qu’ils ont vêtus, ceux qui avaient faim et qu’ils ont rassasiés, le pain qu’ils ont donné à l’orphelin, la larme qu’ils ont essuyée sur la joue de la veuve, et, en considération de ces œuvres, les éclairer de la lumière de sa vérité, enflammer leurs cœurs de contrition, les remplir de son amour et les couronner de sa miséricorde ? Demeurez fermes dans votre foi, mes très-chers frères, et priez pour ceux qui diffèrent d’avec vous, mais prenez garde aux paroles de l’apôtre: “ Qui êtes-vous pour juger le serviteur d'autrui ? c’est pour son maître qu’il reste debout ou qu’il tombe : mais il restera debout, car Dieu est puissant et il le relèvera.”

Dans ce pays votre religion est non-seulement tolérée, mais protégée par la loi ; elle est pauvre, mais la pauvreté a été le berceau du christianisme, et la richesse en a toujours été le fléau. Vos pasteurs ont un revenus uffsant, également éloigné

de l’indigence et de l’affluence, et provenant d’une source qui vous assure leur attention, et qui protége la’pureté de leurs propres vies : ils ne cherchent, ils ne désirent rien de plus. Il est donc évident, quant à la religion, que vos complots sont sans objet, et que c’est l’ange de ténèbres qui se transforme en ange de lumière pour vous séduire et vous engager à violer tous les préceptes de charité de l'Évangile, sous l'apparence du zèle pour la foi.

Et d’abord quels sont ceux qui veulent entreprendre de renverser les lois et la constitution de ce pays? Des personnes sans argent, sans éducation, sans armes, sans conseil, sans discipline, sans un chef ; liées entr’elles par un lien d’iniquité, que c’est un devoir de violer et un crime d’observer ; des hommes sans religion, et abandonnés aux passions les plus effroyables ; ayant le blasphême à la bouche, et les mains pleines de rapiue, et quelquefois de sang. De tels hommes peuventils régénérer un pays et le rendre heureux? Non, mes frères : laissés à eux-mêmes, ils se détruiraient mutuellement ; mais opposés à une force régulière, ils se disperseraient comme un troupeau de moutons sur une montagne, lorsqu'un orage éclatant, le tonnerre les épouvante,

Pour finir,nos très-chers frères rappelez-vous qu’un corps de nation ressemble en quelque sorte à notre propre corps; les divers rangs, les divers ordres qui le composent, sont établis par la volonté du Créateur, pour la conservation du tout. Si l’un d’entr’eux cherchait à usurper la place de l’autre, la discorde s’ensuivrait. Si vos pieds, voyant vos mains oisives, refusaient de marcher ; si vos mains entreprenaient de remplir les fonctions de la tête, cor +, bien cela ne vous paraîtrait-il pas absurde et mon.

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qu’un notre es qui

réad’en- 4 dis- 4 ains >ntre-

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