‹ Doctrine de l'Eglise catholique d'Irlande et de celle du Canada, sur la révolte [microforme]Chapitre 6 sur 23 · REMONTRANCE · texte numérisé non relu

REMONTRANCE

Du très révérend Dr. En. Dirrow, évêque catholique romain de Kiimac-Duacu et KILFENORA, au peuple catholique romain des dits diocèses.

Salut et Bénédiction.

Un père qui reste dans une indifférence silencieuse, tandis que le danger et la ruine sous un milier de formes menacent sa famille, peut à juste titre être considéré comme coupable de haute trahison à l’égard de la nature humaine : son cœur n’a jamais été mis en mouvement par les teudres émotions de l'amour paternel; tout occupé de ses plaisirs, ne pensant qu'à lui seul, entièremeni livré à tout ce qui peut satisfaire ses inclinations, et à pourvoir à sa conservation, il ne se sent point alarmé à la vue des piéges qu’on tend à ses enfants, et il les laisse, sans éprouver la moindre peine, se précipiter dans une destruction inévitable. Ce serait exactement ma position, si Je n'avais pas soin dans ce moment:

ci de vous avertir des dangers qui vous environ: nent. Si le sentiment de la plus tendre sollicitude pour votre bonheur temporel et éternel, peut me douner le droit d’être considéré par vous cemme un père, je me regarde comme ayant nn droit incontestable à un nom si cher; mais un lien d’une nature supérieure, ce lien qui unit le pasteur à son troupeau, cette obligation sacrée et terrible que j’ai contractée, quand on m’a cunfié le soin de cette portion de l’Eglise de J. C., m'engage à m’entretenir avec vous dans une circonstance aussi périlleuse que celle où nous nous trouvons. Il n’y a personne parmi vous, même dans le hameau le plus éloigné et le plus obscur, qui n’ait entendu parler des serments et des associations qui ont attiré tant de calamités sur différents districts de ce royaume. Combien de pauvres exilés des comtés du nord avez-vous vu arriver parmi vous, envoyés à dessein, sans pitié ni remords, par une barbare association ? De combien d’atrocités n’avez-vous pas entendu parler, qui ont été commises par des personnes appartenantes à des sociétés encore bien plus dangereuses, s’il était possible ? Combien de villages détruits et de districts dévastés, en conséquence de serments illégaux et de conspirations ? Ce serait m'éloigner du but que je me propose que de continuer le récit de tant de malheurs ; il est encore beaucoup moins de mon devoir de parcourir ce labyrinthe de causes politiques et morales, qui ont concouru à produire cette inquiétude et cette agitation dans l’esprit public, qui viennent d’éclater dans différentes parties du Royaume.—Qu'il vous suffise d'observer que ces serments et associations ont été proscrits par la législature sous les peines les plus sévères ;—et ce serait faire injure à l’opinion que je me suis formée de vos principes, de supposer qu'’aucun de vous ait si peu de connaissance des obligations

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qu'il doit à la société, que d'ignorer qu'il est tenu, et par la loi divine et par la loi de nature, d’obéir aux ordonnances de l’état dans toutes les affaires civiles et temporelles. Pourrait il être une situation plus déplorable pour ce pays, que celle dans laquelle il serait permis à chaque individu de contredire les lois, de renoncer à la fidélité qu’il doit à son Roi, et de s’oppaser à la législature ? La loi de Dieu nous commande d'obéir à ceux qui gouvernent la terre. Le Sauveur du monde nous enseigne cette doctrine dans son Evangile, et l’apôtre des nations, le Lbienheureux Paul, s'exprime clairement sur ce sujet

Mais mettant même à part toutes ces considérations, votre propre intérêt, et le bonheur du district dans lequel vous résidez, doivent vous engager à éviter avec la plus grande précaution tous les ser. meuts illégaux et toutes les conspirations. Reyardez comme un avertissement ce qui est arrivé dans les différentes parties du Royaume qui ont eu le malheur d’éprouver les conséquences terribles de ces associations illégales. Apprenez à apprécier le bone heur inestimable de la paix et de la tranquillité dont vous avez joui jusqu’à présent. Quel bonheur n’estce point pour vous, si, tandis que le tonnerre de l'anarchie grorde autour de vous, vous pouvez avec tranquillité goûter les plaisirs d’un repas frugal, et Vous prépaier à vous livrer aux douceurs du sommeil, sans craindre l’assassin ou le voleur de nuit,

Il y a, n’en doutez pas, même parmi vous, quelques-uus de ces cœurs corrompus, et dont les esprits sont pervertis, qui n’ont jamais demandé avec humilité au Père des lumières de les éclairer, qui cependant veulent tout décider, et raisonner sur tous les sujets ; dont toute l’éducation consiste à citer quelques morceaux pris dans des auteurs immoraux ou lmpies; qui, sur l'autorité de quelque innovateur sa-

crilége, blasphèment cette religion à laquelle ils sont totalement étrangers ; qui, effrayés de sonder le fond de leurs cœurs qu’ils n’ont jamais enrichis de la pratique d’aucune vertu, et n’osant regarder le Ciel qu'ils n’ont jamais cessé d’insulter, voudraient s’oublier eux-mêmes au milieu du tumulte et de la confusion.—I[ls jettent les yeux en avant dans u'-» attente inquiète de l’arrivée de leurs frères en impiété. Ils nous disent avec une satisfaction maligne et mal dissimulée, que nous ne devons point nous flatter d'échapper à une visite de la part des français. Je ne prendrai point sur moi de rien prononcer sur un événement qui cependant repose encore dans les secrets de la providence. Des obstacles qu’il leur est bien difficile de vaincre, se présentent partout sur leur chemin. Cependant je n’hésiterai point à déclarer que la colère du Ciel peut difficilement employer un fléau plus terrible pour nous frapper. Témoins les atrocités dont leurs pas ont été marqués dans tous les pays où ils ont pu pénétrer: les trésors, les effets les plus précieux, emportés sous le nom de contributions ; la plus légère opposition à la volonté de ces apôtres de la liberté, suivie des plus horribles dévastations ; les églises pillées et profanées, notre sainte Relivion proscrite; et même encore tout à l’heure une nation respectable livrée aux meurtres et au carnage, pour avoir vouln défendre la constitution et les lois sous lesquelles elle vivait depuis des siècles; peuple renommé par sa valeur, sa frugalité et le bonheur dont il jouissait ; le suprême pasteur de notre église, non seulement injurié et calomnié de la manière la plus impudente, mais encore dépouillé de cette propriété qui le mettait en état de déployer une générosité et une bien-

faisance dignes de la place éminente où il était élevé,

et de propager l’évanvile de Jésus-Christ jusqu’anx extrémités du globe ; telles sont en partie les béné-

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dictions qui ont été répandues sur plusieurs contrées qui nous avoisinent, sous le nom spécieux de liberté, par ceux qui gouvernent aujourd'hui le peuple français !

Peuple infortuné! destiné à traverser des torrents de sang, pour trouver cette liberté quia échappé jusqu'à présent à sa poursuite! plus agité que les vagues de l’Océan qui viennent se briser sur ses bords, nous l’avons vu plongé de révolutions en révolutions, dont chacune des factions qui l’emporte sur l’autre se fait une espèce de divertissement, et enfin il a été forcé de plier sous la verge de fer de tyrans plus despotes mille fois qu'aucun des rois qui ont porté le sceptre de leur nation. Mais, mes chers Frères, mettons notre confiance dans cette providence qui dirige tous les événements humains.— Que l’impie renonce à son iniquité, et que l’homme vertueux redouble la ferveur de ses prières, et le Dieu de miséricorde détournera sa colère de dessus nous ;—car celui qui a mis sa confiance dans le Seigneur n'a jamais été confondu. Je vous conjure donc par le Sang précieux de notre divin Rédempteur, de la mort duquel nous fesons aujourd’hui mémoire, (*) d’avoir pitié de vous-mêmes, de vos enfants, et de votre pays ; de rejeter avec horreur les serments clandestins qu’on viendrait vous proposer. Quant à moi, ce sera l’orgueil de ma vie, et la plus grande consolation dont je pourrai jouir ici-bas, si Je puis en quelque chose contribuer à vous préserver des embüches des hommes dangereux et malveillants. Je puis sûrement dire sans présomption, que j'ai un droit mieux acquis à votre confiance que ces ouvriers d’impiété, qui se plaisent dans les ténèbres. Le Dieu de tonte vérité sait que je suis étranger à tout ce qui est politique, et que

(*) Le Vendredi-Saint.

dans cette adresse, je ne suis influencé que par le désir de procurer votrc bonheur, et par la voix impérieuse d’un devoir sacré.

En effet, quand je réfléchis aux jours heureux que j’ai passés, chaque année, avec vous dans vos Chapelles respectives, depuis que j'ai été nommé pour présider à ces diocèses; quand je me rappelle ce respect, cette vénération que vous manifestiez pour le c:: :vtère épiscopal, Pavidité avec Jaquelle vous receviez les grandes et consolantes vérités de l’Kvangile, les vives expressions de gratitude et d’affection tendre avec lesquelles vous reconnaissiez tous les efforts qu’on pouvait employer pour vous exciter à l’amour de la religion et de la morale; je suis rempli de l’espérance la mieux fondée que ce n’est point en vain queje m'adresse à vous; mais si j'avais le malheur de reconnaitre que je me suis trompé dans l’opinion que je m’en étais formée, j’aurai du moins la consolation de penser que j’ai rempli mon devoir, que je ne me suis point endormi à mon poste, et que je n’ai pas manqué de vous avertir du danger dont vous êtes menacés. Immédiatement après la fête de Pâques qui approche, je me rendrai aux jours marqués dans vos Chapelles respectives, et je vous tracerai le plan de conduite qui me paraît le plus convenable à suivre pour vous dans cette conjoncture. Je conclurai donc avec les paroles de lApôtre St. Paul, —" que la paix du Seigneur, qui ‘surpasse tout entendement, remplisse vos cœurs et

vos ames en J, C.” Kilcoran, le 6 Avril 1798,

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