QUATRIÈME THÉORÈME
L’effort du moi, l’effort opposé du non~moi et V équilibre entre les deux doivent être posés.
L’effort du moi doit être posé comme tel.
1 . — Il est posé en général comme quelque chose , d’après la loi générale de la réflexion; par conséquent non comme activité, comme ce qui est en mouvement, mais comme quelque chose de fixé , de solide.
2. — Il est posé comme un effort. L'effort se termine parla causalité; il doit donc être posé comme causalité. Or, cette causalité ne peut être posée comme déterminant le non-moi, car alors il serait posé une activité réelle et agissante, et non un effort ; c’est donc une activité qui ne pourrait que retourner en soi-même. Mais un effort se produisant soi-même, qui est quelque chose de fixé, de déterminé, dé certain, s’appelle penchant.
Il y a dans la notion du penchant : I . Qu'il est fondé dans l’essence intérieure du principe, où il se trouve par conséquent produit par la causalité de ce pincipe sur soi-même , par sa faculté d'être posé par soi-
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même : 2. Qu’il est donc quelque chose de fixe, de permanent : 3. Qu’il se termine en causalité hors de soi ; mais en tant qu’il ne doit être que penchant, par soimême il n’a pas purement de la causalité. Le penchant n’est donc que dans le sujet , et de sa nature ne sort pas de la sphère du sujet.
L’effort doit être posé ainsi, s’il £fo/Vêtre posé, et — que cela arrive immédiatement, avec ou sans conscience, — il doit être posé s’il doit être dans le moi, et si la conscience, qui, d’après ce qui précède, se fonde sur la manifestation de l’effort , doit être possible.
L’effort du moi ne peut pas être posé, sans qu’un effort opposé du non-moi ne soit posé ; car l’effort du moi tend à la causalité, mais n’en a pas; et qu’il n’en aie pas, la raison ne s’en trouve pas en lui-même, car autrement son effort ne serait pas un effort, il ne serait rien. Donc, s’il est posé, l'effort du non-moi doit être posé hors du moi, mais seulement comme un effort; car autrement l’effort du moi , ou comme nous le savons maintenant, le penchant serait comprimé et ne pourrait être posé.
L’équilibre entre les deux efforts doit être posé.
11 ne s’agit pas de prouver ici qu’il doit y avoir équilibre entr’eux ; nous l’avons déjà montré dans le § précédent ; mais on demande seulement Qu’y a-t-il de posé dans le moi , cet équilibre étant posé ?
Le moi s’efforce de remplir l’infini ; c’est en même temps sa loi et sa tendance de réfléchir sur soi, sans être limité, et même, sans être limité relativement au penchant. Soit le penchant limité au point G : la tendance à la réflexion est satisfaite en G; mais le penchant est limité, quant à l’activité réelle. Le moi se limite alors lui-même et est posé en réciprocité d’action avec soi-même. La limite est repoussée par le penchant et maintenue par la réflexion.
Tous deux réunis donnent l’expression d’une contrainte, d’une impuissance (d’un non-pouvoir). Ge qui caractérise cette impuissance c’est : a. un plus grand effort ; ce que je ne peux pas ne serait rien pour moi, ne serait en aucune manière dans ma sphère ; b. la limitation de l’activité réelle, par conséquent l’activité réelle elle-même ; car ce qui n'est pas ne peut être limité; c. que le limitant se trouve non en moi , mais hors de moi. Que l’on suppose qu’il n’y eût pas d’effort, il n’y aurait pas impuissance, mais absence de volonté ( non -vouloir). Toute manifestation de nonpouvoireü une expression d’équilibre.
La manifestation du non-pouvoir dans le moi, s’appelle un sentiment. Dans le sentiment sont intimement unies, l’activité — je sens, je suis le sentant, et cette activité est celle de la réflexion ; — la limitation, — je sens, je suis passif et non actif; il y a contrainte. Gette limitation suppose nécessairement le penchant d’aller au-delà. Ge qui ne veut pas, ce qui ne désire pas, n’embrasse rien, et n’est pas pour soi-même bien entendu, limité.
DOCTRIKE
Le sentiment n’est que subjectif. Nous avons besoin pour son explication — qui est une action théorique — d’un limitant ; mais non pour sa déduction, en tant que doit se présenter dans le moi la représentation de ce limitant.
Ici apparait aussi clair que le jour ce que n’ont pu comprendre tant de philosophes, qui, se fiant à un prétendu criticisme, n’ont pu se dégager encore d’un dogmatisme transcendant ; ici, dis-je, il est manifeste que (et de quelle manière) le moi ne peut développer que de soi-méme tout ce qui doit se présenter en lui, sans sortir de soi-méme, sans briser son cercle, comme cela doit nécessairement avoir lieu, si le moi doit être un moi. Il y a en lui un sentiment, c’est la limitation du penchant, et si ce sentiment doit être posé commo un sentiment déterminé et être distingué des autres sentiments, ce dont nous n’apercevons pas encore ici la possibilité, pour distinguer des autres penchants la limitation d’un penchant déterminé, le moi doit poser un fondement à cette limitation et le poser hors de soi. Il ne peut poser le penchant limité que par un penchant tout opposé, et place évidemment ainsi dans le penchant contraire ce qui doit être posé comme objet. Si le penchant est par exemple déterminé = Y, — Y doit nécessairement être posé comme objet. Mais toutes ces fonctions de l’esprit ayant lieu avec nécessité, on n’a pas conscience de son action et l’on doit nécessairement admettre que l’on a reçu du dehors ce que pourtant on a produit soi-méme par sa propre force, d’après des lois particulières. Cette manière d'agir a pourtant une valeur objective ; car c’est le procédé uniforme de toute raison finie, et il n’y a et ne peut y avoir d’autre va-
leur objective que celle-là. Au fond de toute prétention à une valeur objective différente il n’y a qu’illusion grossière et palpablement démontrable.
Il semble que dans cette investigation , nous ayons brisé le cercle dont nous venons de parler ; car, pour expliquer l’effort en général, nous avons admis un nonmoi indépendant du moi et qui s’efforce contre lui. La raison delà possibilité de ce procédé et ce qui le justifie, c’est que, quiconque nous accompagne dans la présente investigation, est lui-mème un moi; mais qui depuis long-temps accomplit les actions déduites ici, et par conséquent a posé un non-moi ( lequel , il doit en être convaincu par la présente recherche , est son propre produit) ; il a achevé avec nécessité toute la sphère de la raison et se détermine maintenant avec liberté à parcourir encore une fois la route qu’il a faite, à suivre du regard la marche qu’il a prescrite à un autre moi qu’il pose arbitrairement sur le point d’où il est parti et d’où il a fait son expérience. Le moi qui doit être étudié arrivera lui-même au point ou se trouve maintenant l’observateur ; là , ils se réuniront tous deux , et cette réunion fermera le cercle.
IKKTIUNE