CINQUIÈME THÉORÈME
/> sentiment doit être posé et déterminé.
Faisons d’abord quelques observations générales pour nous préparer à l’investigation très-importante que nous allons entreprendre.
1 . 11 y a primitivement, dans le moi, un effort qui doit remplir l’infini ; cet effort résiste à tout objet. 2. Le moi a en soi la loi de réfléchir sur soi-mème comme remplissant l’infini ; mais il ne peut réfléchir sur soi et en général sur rien, s'il n'est pas limité. L’accomplissement de cette loi, ou ce qui revient au même, la satisfaction du penchant de la réflexion , est par conséquent conditionnelle et dépend de l’objet. Ce penchant ne peut être satisfait sans objet, et par conséquent peut être défini comme penchant vers l’objet. 3. Par la limitation , au moyen d’un sentiment , ce penchant est en même temps satisfait et non satisfait, — a. — satisfait, — le moi devant absolument réfléchir sur soi, réfléchit avec une spontanéité absolue, et est satisfait par-là quant à la forme de l’action ; il y a par conséquent dans le sentiment quelque chose qui peut être rapporté au moi, qui peut lui être attrihué; — b. non satisfait
DE LA SCIEDCE.
quant au contenu de l’action, le moi devant être posé comme remplissant l’infini, tandis qu’il est posé comme limité. Toutefois, cela a lieu nécessairement dans le sentiment. — c. — Mais l’acte de poser cette non-satisfaction, a pour condition le passage du moi au-delà de la limite qui lui est posée par le sentiment. Quelque chose doit être posé hors de la sphère posée par le moi , qui appartienne à Tinfini ; par conséquent, ce sur quoi le penchant se dirige doit être posé comme non déterminé par le moi.
Recherchons comment est possible ce passage, et partant l’acte de poser cette non-satisfaction ou ce qui ’ est la même chose le sentiment. '
Le moi est limité aussi certainement qu’il réfléchit sur soi. Il ne remplit pas l’infini qu’il s’efforce néanmoins de remplir. 11 est limité, disions-nous, c’est-àdire pour un observateur possible , mais non pour soiméme. Soyons cet observateur, ou plutôt à la place du moi posons quelque chose qui ne soit qu’observé, qui soit sans vie, mais en quoi néanmoins doive avoir lieu ce qui, dans notre supposition, a lieu dans le moi. En conséquence , si l’on pose une balle élastique — A, et que l’on admette qu’elle reçoive une impression d’un autre corps,
a. — On pose eu elle une force qui, aussitôt que mollit la force opposée, se manifeste, et cela sans aucune influence extérieure, qui n’a par conséquent qu’en soi-même le principe de sa causalité. La force •existe, elle s’efforce en soi-même et sur soi-même
DOCTBINE
pour se manifester ; c'est une force qui se dirige en soi-méme et sur soi-méme ; c’est par conséquent une force intérieure, car c’est ainsi qu’on nomme une force de cette nature ; c’est un effort immédiat à la causalité sur soi-méme, mais qui , à cause de la résistance extérieure, n’a aucune causalité; c’est l’équilibre de l’effort et de la pression médiate dans le corps lui-même , par conséquent ce que plus haut nous appelions penchant. Ainsi est posé un penchant dans le corps élastique admis.
b. — Ce penchant dans le corps résistant B, est * posé force intérieure qui résiste à la réaction et à la résistance de A, qui par conséquent est bornée par cette résistance , mais n’a son fondement qu’en soi-méme ; en B, précisément comme en A , sont posés une force et un penchant.
c. — Si l’une des deux forces était augmentée, la force opposée serait affaiblie ; si l’une était affaiblie, l’autre serait augmentée ; la plus forte se manifesterait complètement, chassée de la sphère d’action de la plus faible. Mais elles sont maintenant en parfait équilibre, el le point de leur rencontre est le point de cet équilibre. Si celui-ci est dérangé le moins du monde , le rapport tout entier est détruit.
C’est ainsi que cela se passe pour un objet sans réflexion qui s’efforce (élastique, comme nous l’appelons). Ce qu’il s’agit d’étudier ici, c’est un moi, et nous voyons ce qu’il peut en résulter.
Le penchant est une force intérieure se déterminant
DE LA SCIEECE.*
à la causalité. Le corps sans vie n’a de causalité que hors de soi ; qplle-ci doit-étre conti^nue par la résistance, rien pat^eonséquent ne s’éléVe à cette condition par la détctmination de soi-même : il en est ainsi du moi en tant qu’il se dirige sur une causalité hors de soi ; et il n'en est pas autrement à son égard lorsqu’il ne demande qu’une causalité extérieure.
Mais le moi, précisément parce qu’il est un moi, a une causalité sur soi-méme, celle de se poser, ou la faculté de réflexion. Le penchant doit déterminer la force de celui qui s’eflbrce, en tant que cette force doit se manifester extérieurement daaitioeiui qui s’efforce lui-^même ; de la détermination par le penchant doit nécessairement résulter une manifestation extérieure, où il n’y aurait pas de penchant,' ce qui contredit l’hypothèse. Donc, du penchant suit nécessairement l’action de la réflexion du moi sur soi-méme.
C’est une proposition importante qui répand sur notre investigation la plus vive clarté. 1 . Les deux éléments qui se trouvent primitivement dans le moi, et qœ ont été exposés, l’efiort et la réflexion , sont par là étroitement réunis. Toute réflexion a l’effort pour fondement, et iln’y en apas de possible s’il n’y a point d'effort. En renversant ralternative , il n’y a pas d’effort pour le moi ; donc il ,n’y a pas d’effort du moi et même pas de moi, s’il n*y a pas de réflexion. L’un résulte nécessairement de l’autre et ils sont tous deux en action réciproque. 2. On aperçoit ici dL’une' manière encore plus distincte que le moi doit "être fini et limité. Pas de limitation, pas de penchant, ( dans le sens transcendant) ; pas de penchant, pas de réflexion ( passage au sens transcendantal ) ; pas de ré-
flexion, pas de penchant, ni de limitation , ni de limitant ( sens transcendantal ). Ainsi se poursuit le cercle des fonctions du moi et la réciprocité d’action étroitement liée du moi avec lui-même. 3. Ici devient fort <«
clair ce qu’il faut entendre par activité idéale et activité réelle, comment ces deux activités sedilingueat et où se trouve leur limite. L’effort primitif du moi est considéré comme penchant, comme penchant qui' n’est fondé que dans le moi, en même temps idéal et réel. Sa direction est^sur le moi ; il s’efforce par sa propre force sur quelque chose hors du moi ; mais il n’y a là rien à distinguer si ce n’est par la limitation en vertu de laquelle la direction vers le dehors seulement est supprimée, mais non celle vers le dedans. Cette force primitive est également appréciée, et celle qui reste et qui retourne dans le moi est l’idéale. La réelle sera également posée en son temps. Ici donc apparaît en son plein jour la proposition : Pas d’idéalité, pas de réalité, et réciproquement. 4. L'activité idéale se montrera bientôt comme celle qui représente. Relativement à cette activité, le penchant doit donc être appelé penchant de représentation. Ce penchant est, par conséquent, la première et la plus haute expression du penchant, et c’est par lui que le moi devient intelligence, et il doit en être nécessairement ainsi, pour qu’un autre penchant puisse arriver à la conscience, et trouver place dans le moi, comme moi. 5. De là résulte, de la manière la plus évidente, la subordination de la partie théorique à la partie pratique. 11 s’ensuit que toutes les lois théoriques doivent se fonder sur lésdois pratiques et, comme il pourrait bien n’y avoir qu’une seule loi pratique, se fonder sur une seule et même loi ; il en résulte par
conséquent le système ie plus complet dans toute sou essence ; le point de vue s’y élèverait en proportion de l’élévation du penchant j il en résulte la liberté absolue de la réflexion et de l’abstraction à l’égard de la théorie, et la possibilité, conformément à son devoir, de diriger son attention sur une chose et de la retirer d’une autre chose, possibilité sans laquelle aucune morale n’est possible. Ainsi est renversé par la base 1e fatalisme qui se fonde sur ce que notre action et notre volonté sont dépendantes du système de nos représentations, tandis qu’il est démontré ici que le système de nos représentations dépend, au contraire, de notre penchant et de notre volonté. C’est la seule manière de réfuter fondamentalement le fatalisme. Ce système, en un mot, apporte dans l’homme tout entier l’unité et la liaison qui manquent dans tant de systèmes. *
Dans cette réflexion sur soi-mème, le moi ne peut pas arriver comme moi à la conscience, parce qu’il n’a jamais conscience immédiatement de son action. 11 existe cependant comme moi, j’entends pour un observateur possible. Et la bmite se trouve id, là où le moi se distingue du corps sans vie, dans lequel toutefois il peut y avoir un penchant. 11 est quelque chose pour lequel il peut y avoir quelque chose, quoiqu’il ne soit pas pour soi-méme. Mais il y a nécessairement poui’ lui une force intérieure de penchant qui n’est que sentie ; puisqu’aucune conscience du moi, par conséquent au-
Digilizf-l l.y Cî.î<->gU-
Cime lelalinn de lui-même à lui-mémc n'est possible; étal difficile à décrire , mais que l'on peut sentir et de l’existence duquel chacun peut puiser la conviction dans son propre sentiment. Le philosophe ne peut que prouver l’existence de cet état (car elle doit être rigoureusement démontrée, sous la supposition d'un moi ) ; mais il ne peut rien dire sur ce que doit être cet état. Demander l’existence d’un certain sentiment, n’est pas procéder d’une manière fondamentale. On fera connaître ce sentiment à l’avenir non par soiméme , mais par ses conséquences.
Ici, ce qui est vivant se sépare de ce qui est sans vie, disions-nous plus haut; la faculté de sentir est le principe de toute vie et le passage de la mort à la vie. En elle, si elle est seule, la vie est encore trèsincomplète; mais elle est déjà séparée de la matière morte.
a. — Cette force est sentie comme quelque chose qui a penchant : Le moi, comme on l’a dit, sc sent poussé et même poussé en dehors de lui-même. D’où vient cet en dehors du moi? On ne peut l’apercevoir encore ; mais cela ne tardera pas à s’éclaircir.
b. — De même que plus haut, ce penchant doit avoir la causalité qu’il peut. Il ne détermine pas l’activité réelle , c’est-à-dire il n’y a pas de causalité sur le nonmoi ; aussi certainement qu’il y a un penchant, il peut et doit déterminer l'activité idéale qui ne dépend que du moi. L’activité idéale s’élève donc et pose quelque
chose comme objet du penchant, comme ce que le penchant produirait s’il avait causalité. Il est démontré que cette production doit avoir lieu par l’activité idéale ; mais on ne peut voir ici comment elle sera possible ; cela suppose une foule d’autres recherches.
c. — Cette production et ce qui agit en elle n’arrivent pas encore ici à la conscience. Par-là donc ne s’élève ni un sentiment de l’objet du penchant, ce sentiment n’est pas possible , ni une intuition de cet objet. Il n’en résulte rien , si ce n’est qu’il est expliqué comment le moi se sent poussé vers quelque chose d’inconnu ; ce qui ouvre une voie aux considérations suivantes.
Le penchant devait être senti comme penchant , c’est-à-dire comme quelque chose qui n’a pas de causalité ; mais en tant qu’il penche vers la production de son objet par l’activité idéale, il a de la causalité , et à cet égard il n’est pas senti comme un penchant.
En tant que le penchant se dirige sur l’activité réelle, il n’y a rien à remarquer à cet égard ; car il n’a pas de causalité, et par suite il n’est pas senti comme penchant. Réunissons les deux cas. Aucun penchant ne peut être senti, si l’activité idéale ne se dirige pas sur son objet ; et elle ne peut s’y diriger, si la réelle n’est pas limitée.
Cette réunion donne la réflexion du moi sur soi comme limité; mais comme le moi, dans cette rc-
DOCTBIKE
flexion de soi-même, n'a pas conscience de soi, elle est un simple sentiment.
Le sentiment est ainsi complètement déduit. Ce qui le caractérise c’est le sentiment de la faculté, de la force qui jusqu’à présent ne se révèle pas extérieurement, un objet qui ne se manifeste pas non plus : un sentiment de contrainte, d’impuissance, telle est l’expresssion du sentiment qui devait être déduite.
DE LA 8CIEECE.