‹ Doctrine médicale de l'École de Montpellier, et comparaison de ses principes avec ceux des autres écoles d'Europe;Chapitre 1 sur 2 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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Depuis long-temps nous avions formé le dessein de présenter le tableau de la Doctrine médicale de l’École de Montpellier. Cette exposition nous paraissait d’autant plus nécessaire , qu’aucun de ses Professeurs n’avait jamais, à proprement parler, entrepris cette tâche importante. Tout occupés du soiu d’agrandir l’édifice majestueux qu’ils élevaient à la science, avec cette sage lenteur , soûle capable

d’eu assurer la durée , et de suivre les développemens

progressifs de leur doctrine , soit daus les recherches d’une érudition vaste et choisie, soit daus les richesses toujours croissantes de l'observation clin!-

que , iis avaient négligé de résumer leurs principes sous un point de vue général , et de leur prêter le secours d’une exposition rapide et lumineuse. Placés trop haut pour entendre les injustes déclamations de l’esprit de secte, ils s’étaient contentés de publier, par intervalle, quelques-uns , de ces ouvrages capables de créer la gloire d’une I'eole , si elle n’existait déjà ; et , dans ces derniers temps, l’ Histoire delà maladie d' Andalousie , la Doctrine des maladies chroniques , le Traité des hémorrhagies y etc «, leur 'semblaient répondre dignement à ceux qui avaient l’air de croire qu’elle était déchue de son antique splendeur , et que chaque jour la voyait descendre du rang élevé que lui

avaient mérité tant d’honorables travaux.

Nous avons cru convenable , sous plusieurs rapports , de rompre un silence que l’on pourrait mal interpréter, et qu'il importait autant pour les

intérêts de l’Ecole que pour ceux de la Science ellemême, de réunir en un seul foyer les vives lumières qu elle a répandues dans divers ouvrages. Les nations étrangères pourront mieux connaître par ce tableau 1 ensemble systématique de ses principes , et s’en laisser moins imposer par les rapports mensongers de quelques élèves fanatiques qui croient servir 1 Ecole de Paris , en s’efforçant de rabaisser celle dont elle peut encore s’honorer d’être la rivale.

Nous nous garderons bien de donner à cet écrit raie ioriiie apologétique ; nous nous proposons d® faire connaître avec autant de simplicité que de Içancnisgj les dogmes de notre École ? ses vœux et

çes espérances , et de repousser des préjugés funestes que ne partageraient pas toujours ceux, qui mettraient le plus d’ardeur à les répandre.

Nous nous attacherons spécialement à saisir avec vérité l’esprit de la philosophie qui l’anime, esprit tout expérimental , même lorsqu’il s’élève aux: sublimités de la physiologie transcendantale : esprit tout pratique , et toujours dirigé vers les progrès de la vFaie médecine , qui n’est point pour elle l’objet d’une vaiuc et stérile contemplation , comme le serait une science naturelle destinée à amuser les loisirs d’un philosophe, mais bien la recherche importante des indications thérapeutiques.

Nous développerons les secrets de cette analyse clinique , instrument naturel de l'instinct médicaL perfectionné par le génie. Nous montrerons comment tous les principes île notre doctrine s’enchaînent les uns avec les autres, la physiologie et ses conjectures avec la médecine-pratique et ses calculs; et comment enfin tous ces dogmes se lient aux faits

dont ils embrassent si bien le vaste ensemble.

Nous ne présenterons que les idées fondamentales , adoptées généralement par tous nos Professeurs , négligeant les opinions particulières que quelques-uns d’entre eux peuvent avoir sur quelques points isolés de médecine. Cela nous sera d’autant plus facile , qu’écoutant tous le langage de l’observation , ils ne peuvent qu’être d’accord sur les dogmes essentiels ; et que notre École n’est point livrée à cette anarchie , et à cet esprit d’une inquiète indépendance ; qui prouve que l’on thrrcko

énfcof'ë k téfitm Éti effet i Ils së réunissent dâüf \e moyen * 1 enseifîttë des faits ; ainsi que dans le but j là recherche approfondie des indication^ fanées d’üiie même affection morbide i à l’aide d'une» investigation savante qui se plie à tous les cas.

C’est dans ces vues que nous analyserons avëO

soin les ouvrages les plus marquant de notre Ecole 3 ceux- sur-tout qui ont fixé nos principes f et qui depuis 5 O ans ont commencé à renouveler le système médical de l’Europe f par une révolution qui ü’est point encore achevée * tels sont les écrits de Sauvages , Lacaze f Borden * Barthez , FouqUet^ D-esèzë i Grimaud i Dumas 7 Lordat ? etc. etc#

Sons appuyerons par de nouveaux faits quelques propositions encore douteuses par elles-mêmes y ou qui peuvent le paraître à ceux qui ont des dogmes tout opposés; et nous nous efforcerons de les rendre si claires ^ qu’il ne sera plus permis de les rejeter^ sous le spécieux prétexte de l’obscurité dans le langage.

Dans certaines occasions nous donnerons un extrait des Cours de la Faculté ? qui présenteront des vues neuves et importantes. Nous ne manquerons pas d© faire inention des heureux efforts de M. le professeur Prunelle r pour Venger la France des reproches que les nations étrangères croient devoir encore adresser à notre enseignement de médecine-légale. Nous commutiiqueroiis aussi les observations intéressantes quë la médecine -clinique doit a MM* Broussotmet ^ Lafabrîe et Delpech.

Nous donnerons une place , toujours relative h leur importance ? â l’analyse de nos Dissertations

Inaugurales , résultat des leçons de Professeurs qui ne sout pas dans l usage de faire un livre toutes les fois qu'ils ont uue idée , ou le fruit des méditations de jeunes savans destinés quelquefois à honorer notre École, et à continuer la chaîne des grands hommes qui soutiennent l’éclat de sa gloire depuis ses premières lueurs.

Nous n’oublierons pas les travaux et la pratique des Médecins les plus recommandables qui sont sortis de son sein , soit de ceux qui conservent l’antiquo réputation de la nouvelle Cos, soit de ceux qui la portent au loin. Nous nous attacherons à constater particulièrement leur pratique générale , et tout ce qui peut rendre raison de leurs succès: ainsi , après avoir parlé de MM. les prof. Baumes, Fages, etc. , de MM. Chrcstieu, ltoucher , Caizergues , Double, Ste. Marie , Gilibert, Martin, Latour, Portai, Bally , Crespi , Rodamel , Tourdes, \iguerie, etc. etc., nous mentionnerons successivement Lamure, Vend, Fize , Fouquet, Barbeyrac , dont l’illustre Sydenham se glorifiait d être le disciple, le fameux Rivière, etc. etc. Nous insisterons sur les méthodes nouvelles de traitement qu’on leur doit dans une foule do maladies chirurgicales et médicales ; méthodes qu’iL est d’autant plus important de rapporter à leur véritable source, que plus d’une fois l’on s’est plu à faire méconnaître celle-ci.

Il nous sera facile , avec tous ces matériaux, de donner une idée complète de la Doctrine. Nous la comparerons , avec toute l’impartialité dont nous sommes capables > à celle des Écoles les plus célèbics*

âfm. de faire Sentir la différence qtn le£ âépafe et de faciliter le jugement définitif sur les points de contestation. Nous montrerons par quels principes f seule de toutes les autres Ecoles , nous oSôïiS I© dire, celle de Montpellier a su se préserver de ce Brov&msme funeste qui, sous des noms diffère ns et même opposés , a envahi le domaine entier de la médecine. Nous hâterons peut-être ainsi la chut© d’un despotisme presque universel contre lequel lîil Professeur de Paris dirige des coups d’autant plus forts, qu’il Se Sert des- armes de la secte, armes qui sont déjà usées , et qui doivent se briser enfin dans les mains de celui qui s’en sert avec autant d’adresse que d’opiniâtretés

Noü-s prouverons que les travaux de FÈcoîe de- Montpellier ne sont que la continuation progressive et l’exéeution achevée des grandes Vues qu’avait saisies la célèbre École de Cos , et que ce n’est point par le sentiment injuste d’un vain orgueil , rju à la fil ce de 1 Europe elle s’est constituée son héritière légitime. Nous nous appliquerons encore à démontrer , par un exposé détaillé de leurs ouvrages , que tous les grands praticiens ont suivi, même à leur insu , les inspirations de cette analyse qu’elle à en quelque sorte créée , puisqu’elle l’a tirée de l’instinct médical dans le sein duquel elle était cachée ou perdue ; ainsi , nous établirons une sorte de communion entre les médecins de tous les temps et de tous les pays, et nous préparerons l’heureuse époque où ils n’auront tous qu'un seul système ,

les faits physiologiques- et pathologiques , arrangés

wd on leur* plu# grandes et légitimes analogies, uni# pur des liens réciproques indissolubles.

Nous nous occuperons de l’Histoire de la constitution de l’École , et nous suivrons les eflct 0 naturels des changemetis auxquels elle a été soumise. Nous la dépeindrons toute brillante de gloire au-dedans et au-dehors, lorsqu'elle n’avait d'autre* ressources que le mérite de se9 membres , et les trésors inépuisables d’une sage indépendance ,• et nous ferons entrevoir le danger qu’il y aurait à reuebainer par des liens trop étroits à une autorité étrangère ou rivale.

Les circonstances pénibles dans lesquelles se trouve la Faculté , nous ont engagé à presser la dernière rédaction de notre travail (1). A en croire certains

bruits venus du dehors , l'existence de l'Ecole de

Montpellier serait menacée, et celle de Paris obtiendrait de l’autorité une suprématie qui n’est que ridicule, lorsqu’on l’accepte de toute autre autorité que de celle de la supériorité du talent. A Dieu ne plaise que nous partagions des préventions aussi , calomnieuses à un corps aussi respectable: ce ne sont pas les Pinel , les Halle , les Boyer , les Dupuytren , etc. qui ont pu concevoir de pareilles idées. Ces grands maîtres tiennent à la gloire médicale de la France par trop de liens , pour vouloir la diminuer dans la portion qu elle doit à d’autres qu’à eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, si l École de Montpellier était à jamais détruite , elle devrait au inonde médical }

(1} Cm a été écrit dans le mois de mai 1819,

le soin de faire connaître l’ensemble de ses dogmes et ses vues ultérieures pour le complément de son système ; afin que le même édifice continué par~ d’autres mains, f&t-ce dans un autre hémisphère, put servir à la fois les intérêts de la science ? et venger sa gloire méconnue*

Nous considérerons spécialement notre sujet sous les cinq chefs suivant et dans autant de sections.

i.° Manière générale de philosopher de l’École de Montpellier.

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