I.” SECTION
I i A Science des méthodes est la première de toutes les sciences. Elle détermine ce qu'est la mérité par rapport à nous, et nous donne les moyens de l’atteindre : elle renferme donc la législation souveraine des autres sciences. Elle est à l'entendement ce qu'est la morale aux affections du cœur, l'hygiène à la santé, un maître quelconque à l'art qu’il enseigne. C'est la méthode qui fait , à proprement parler, la science; puisqu’elle seule préside à la formation des dogmes qui la constituent, et qu’elle est le principe de la liaison des idées qui la caractérise. Sans elle , en effet, cellesci se perdraient dans des détails confus et incoîiérens , et se borneraient à des individualités isolées ; l’esprit n’aurait à sa disposition que les sensations actuelles : c’est la méthode seule qui unit les sensations de cet ordre aux sensations passées* et impose des lois à l’avenir. Sous ce rapport , la méthode , prise daus sa plus grande extension , est en quelque sorte la raison humaine; et celle-ci
semble ne se séparer de l'instinct borné delà brute p que parce qu’elle se montre susceptible d’obéir à son empire. C’est elle qui parait décider ce qu’on pourrait appeler la comtitutien intellectuelle de rbomme en général ? des nations et des individus en particulier; constitution 7 d’où dérivent la santé et les maladies de l’esprit , la sagesse et la folie ? les raisonnemens exacts et les paralogismes , le génie ®t la stupidité.
D’après ces considérations rapides ; il ne doit point paraître étonnant que la science des méthodes ait toujours eu une si grande influence. En effet, c’est de son sein que sont parties toutes les grandes révolutions dans tous les genres , celles-là meme que l’on croirait le plus étrangères aux sciences; et il ne nous serait pas impossible de prouver que les derniers perfectionnemens qu elle a reçus p sont pour quelque chose dans les commotions et les espérances qui agitent ou consolent aujourd’hui le monde. Les changemeus qu’elle a éprouvés dans les différentes époques , donnent presque toujours la raison suffisante des évènemens importons que présente 1 histoire des sociétés, des sciences et des arts ; et elle peut être prise pour leur cause la plus générale et de l’ordre le plus relevé. Ce sont ces chaiigemens qui déterminent et fixent le caractère particulier de chaque siècle. La méthode est le ressort central de toutes les opérations intellectuelles et morales ; elle dirige les plus sublimes idées de la philosophie , comme les détails les plus simples de la conduite journalière > les calculs dg la théorie et
la routine do la pratique , les notions grossières du sauvage et les subtilités de l'homme civilisé.
L’empire des méthodes ne s’est pas moins I Vit Sentir en médecine que dans aucune autre science, et L histoire de ses révolutions nous ramène toujours à la logique régnante. La scivnce des méthodes alVecte les droits de souveraineté sur les autres sciences , et l’ou sait que le caractère du prince décide le plus souvent de celui de ses sujets. Il faut l’avouer, et au fond ce n’est pas à notre honte, les métaphysiciens conduisirent les médecins comme tous les autres savaus. Eu vain Ilippocrale crut pouvoir se vanter, avec quelque raison , d’avoir séparé la médeciue de la philosophie de son temps ; il fut inspiré par elle. Dans la suite , la logique péripatéticienne gouverna Galien , et par lui tout® la science, pendant plusieurs siècles. La scolastique barbare , enfant dégénéré de ce même Péripatéticisme, régenta long-temps la médecine , et parvint à lui faire croire qu’à l aide de quelques mots et de quelques divisions subtiles , elle lui ferait découvrir , comme par une sorte de magie et de scieuce occulte , les secrets de la nature entière. Le philosophe Descartes s’empara de notre domaine, comme par droit de succession , et le travailla à sa manière. Il le traita en véritable fermier , comme tous ceux qui l’avaient précédé. Il soumit la médecine, qui ne s’en accommodait pas trop, à sa méthode générale de raisonner par hypothèse, et à l'application despotique des théories particulières qui eu furent le résultat immédiat. IL ne
ferait pas difficile de montrer que les deux grandes sectes qui se partagèrent alors , et qui se disputent peut-être encore notre héritage , sous des noms différens, l’animisme et le mécanicisme , le vitalisme et l’organicisme , sont les enfans toujours ennemis d’un même père, et qu'elles doivent leur origine à la manière absolue dont Descartes concevait la matière toujours passive , et ses principes d’action toujours étrangers.
Lorsque Leibnitz admit , dans tous les êtres , des puissances particulières, des monades , de petits principes de mouvement , de vie et d’intelligence , la médecine se ressentit encore de ce changement dans la métaphysique ; et le savant Sprengel n’a pas eu de peine à saisir les rapports, qui existent entre les forces primitives , qu’il répandit généreusement dans l’univers , et le dynamisme , qui s’est étendu «§usqu’à nos jours. Avons- nous besoin de parler de l’immortel Chancelier d’Angleterre y et de sa belle méthode d'induction , pour signaler La cause des plus heureuses réformes qui aient eu lieu dans le système médical ?
Ces considérations suffisent , sans doute , pour prouver que les grandes révolutions de la médecine sont venues de celles de îa philosophie elle-même, et que les améliorations importantes que l’on doit espérer encore , ne peuvent être cherchées que dans cette source première. Ainsi , une école qui travaillerait au perfectionnement de la médecine , ne saurait trop insister sur l’étude des méthodes» Elle ue devrait point s’en laisser détourner pai
les reproches que ne rnanqueraicut pas de lui adresser, ceux qui lie verraient pas la science d’aussi haut. Si Montesquieu eut écouté les avis bénévoles des conseillers de sa cour, ou des huissiers de son parquet , il sc serait borné à juger les procès des Bordelais , et nous n’aurions pas Y Esprit des lois .
Plus que dans aucune autre école ancieune ou nfoderne, on s’occupe à Montpellier de la scienco ^Lcs méthodes. Ou ne s’eu cache pas; si nous parcourons les ouvrages des fondateurs de sa doctrine actuelle , nous nous assurerons que tous croient devoir commencer par établir leur manière de philosopher. Depuis long-temps, c’est pour nous un usago 6acré , une routine inviolable à laquelle ne juge pas pouvoir déroger le plus mince de nos auteurs. Nos Professeurs, dans leurs leçons, rappellent souvent les principes de l'art de raisonner ; et c’est à eux qu’ils ramènent presque toujours les questions les plus particulières, parce qu’ils pensent que la philosophie générale renferme, à proprement parler, le code de toutes les décisions de détail. Nos élèves, obéissant à leurs guides , suivent la route qui leur est ouverte : pour peu qu’ils aient acquis de l’instruction, et qu’ils soient à même de comparer les résultats des différentes méthodes , ils ne croient pas devoir renoncer à celle de l’École de Montpellier. Ausm les voit-on lire indifféremment les ouvrages des grands métaphysiciens , comme ceux des grands observateurs , Bacon et Hippocrate , Loche et Sydenham , Condillac et les Nosographes modernes. J’en conviens à notre honte , si l’on veut ; mais j’ai lieu
de cramdre que plus d’un de nos élèves répondit f avec plus d’assurance , sur certains dogmes de la manière de philosopher , cpie sur telle formule de? médicameus , ou sur tel point minutieux d’anatomie* Dans leurs conversations amicales et scientifiques , si communes dans un pays où il y a si peu de distractions, aux examens probatoires, ou y revient sans cesse: quelquefois même, à nous entendra, l’ou croirait moins être dans une école de médecine y que dans une école de philosophie. Je n’examine point ici si cette manière n’a pas quelques incon^ véniens, d’ailleurs très-faciles à éviter, et que le temps n’aura pas beaucoup de peine à faire disparaître , par plus de simplicité dans la méthode , et sur- tout par i’habitude de son application. Je dois raconter les choses en simple historien , je dois dire ce qu’on fait chez nous , et pourquoi l’oiî. le fait , autant que je l’entends.
Chaque école a son allure , ses mœurs , son langage. Ailleurs, on pense qu’il n’est rien de plus facile que de bien raisonner; qu’il n’est nul besoin de faire une étude particulière d’un art qui n’en est pas un , à proprement parler ; qu’il n’y a en ce genre qu’à se livrer à l’instinct de la nature , qu’à ramasser des laits un peu par- tout , et à laisser aller les conclusions d’elles-mêmes. Ailleurs, on croit devoir ne s’occuper que de l’art ; on met en contestation les droits de la science , on se hâte de jouir des Résultats, on ne fait pas trop d’attention à la cause a laquelle on peut les devoir. Bacon ne pensait pas tout-à-fait ainsij sa manière de voir se rapprochait çU
la nôtre; oti plutôt nous n’avons fait qu’emprunter à ce grand homme sa patience et sa méthode.
La métaphysique de l'École de Montpellier est deveuue un véritable sujet de scandale pour quelques faibles ( i); ou nous la reprochée comme un crime,
(i) Barthez a répond arec force cette inculpation qui le touchait «le si prés , dans sa préfar« du Traite des maladies goutteuses y p. L.\ XXIII. « Je crois devoir en finissant, dit-il, répondre à une objection qu’on lait assez communément contre les dogmes abstraits qu'on doit tirer des observations do médecinepratique , bien séparées et bien combinées , pour approcher , auta nt qu’il est possible, de déterminer les meilleures méthodes du traitement des maladies. »
« On dit souvent que cette doctrine n'est que de la métaphysique , et cette vaine objection <st avidement saisie, et assidûment répétée par beaucoup de médecins , qui sont d’autant plus oppressés de rejeter les vrais dogmes de la science médicale , qu’ils sont incapables de les méditer et de les appliquer. »
« En affectant de désigner, par le nom vague de métaphysique y des théories abstraites, qui appartiennent essentiellement à la science de la médecine-pratique , on veut faire entendre qu’elles sont vicieuses ou étrangères aux objets qu’elles doivent avoir. Maisr’est re qu'il faudrait établir a\ant tout, en réfutant solidement ers théories: et jusqu’alors une qualification quelconque qu’on emploie pour les dépriser , ne prouve rien. »
« Dans toutes les parties des sciences naturelles , les vues générales et abstraites qu’on tire des faits , suivant les réglé» d’une bonne logique , peuvent seules lier les expériences et les observations , de maniéré à en faire sortir de nouveaux principes qui soient simples et vastes. »
« Les auteurs qui se bornent à entasser des collections de faits propres à une science, sans faire naître de semblables principes de ces faits habilement séparés et combinés , ne produisent que des compilations qui ne peuvent être que d’une faible utilité par rapport aux autres compilations qui existaient auparavant sur les mêmes sujets. *
dont nos accusateurs s’avouent innocens. Une foig pour toutes , faisons notre profession de foi , afin que du moins notre arrêt de condamnation puisse être motivé.
Nous marchons ; tout le monde ne peut pas eu dire autant : ii y a tant de personnes qui reviennent sur leurs pas ! Eh Lien , nous voulons savoir où nous sommes , et quelle est la route que nous avons prise ? Nous regardons de temps en temps d’où nous sommes partis. Nous ne voulons pas cheminer à l’aventure , comme de simples naturalistes 7 qui parcourraient un pays en amateurs et ne feraient qu y passer. Nous voulons former des établisse-
.mi.-- ii -
« Dans tons les cours que fai faits sur la science de la médecine-pratique , j’ai montre' , par des exemples sans nombre, en quoi consiste la vraie philosophie de cette science • elle doit en fonder les dogmes , et sur Y analyse et sur la synthèse des observations; c est-à-dire , sur des séparations de faits qui sont lies ensemble , et qui doivent être distingués , et sur de# résultats généraux , qu’on forme de faits séparés qui sont analogues entre eux. »
& Quelques écrivains, venus plus récemment , ont cru suivre et ont mal connu celte bonne manière de philosopher dans la science de 1 nomme sain ou malade. Iis ont pensé qu’ils pouvaient multiplier à volonté: des dogmes propres â cette science, en faisant arbitrairement des séparations et des combinaisons des faits qui y sont relatifs. »
« Les abstractions qu’ils ont produites n’ont donné que des conjectuies cjui sont mal fondées , parce qu’elles ont toujours une étendue , sans comparaison plus grande que celle des obsuvations sur lesquelles ils ont voulu les faire porter. Il est essentiel , pour les progrès d’une science de faits , de mettre ju.-,.e proportion détendue entre les bases que donnent observations piopres à cette science ? et les dogmes qu’oa établit sur ces bases. *
mens durables et vraiment utiles ; nous aimonft mieux aller plus lentement , et ne pjis faire un seul pas eu vain. Ou prétend même que nous nous arrêtons de temps en temps’, et que plusieurs d’entre nous s'endorment ; cela est possible , la chose arrivait bien à Homère. M .iis nous pensons que tout cela ne fait pas grand mal , pourvu que nous nous réveillions , et que nous continuions sur la même ligne : nous pourrions bien devancer à la Gu ceux qui marchent toujours , même pendant la nuit. Lequel des deux voyageurs arriverait le premier au but ; celui qui irait sans cesse , mais ne suivrait que le désir d’arriver ; qui, ne s’informant pas assez du chemin qu’il doit prendre , s’engagerait dans mille traverses , s’égarerait mille fois, se retrouverait souvent, sans s’en apercevoir, au point d’où il était primitivement parti : ou bien celui qui s’occuperait d’établir avec beaucoup ^}e temps , de frais et même un peu trop d’appareil , un chemin commode et sur !
Afin de faire mieux saisir la manière de philosopher de notre École, nous la prendrons dans ses premières ébauches, et nous la suivrons graduellement dans ses perl’ectionnemcns successifs. Car, il faut le dire, et je ne pense pas qu’on en doive mal augurer , les grands Maîtres auxquels nous la devons , ne l’ont pas trouvée tout d’uucoup. D’abord, ils ont entrevu la route qui devait conduire au but qu’ils se proposaient d’atteindre; ils ont tracé les limites qui la dessinaient, établi les jalons qui devaient guider les travaux de ceux qui entre*
prendraient de l’achever, elles pas des voyageurs aui voudraient y passer. Ce n’était qu’un sentier inconnu, dans lequel s’engageaient quelques hommes favorisés par !e bonheur des circonstances et la rectitude naturelle de leur jugement; peu à peu, c’est devenu un chemin , une voie publique. Qui sait ce qu’il sera un jour , si 1 ou laisse quelque liberté au commerce des sciences , et si les progrès de la civilisation et de l’esprit humain s’opposent désormais à toute invasion dévastatrice des pirates, des barbares du nord et’ des chefs de secte? Ce n’est qu’en y marchant qu’il s’est formé ; tous les jours il devient plus facile ; le moment approche peut-être, où le voyageur le plus faible pourra gravir des obstacles que pouvait vaincre à peine l’homme le plus fort ; et l’esprit le plus médiocre pourra aller plus loin que le génie lui-même, à l’aide des moyens que celui-ci lui aura préparés.
Dans son premier établissement, l'École de Montpellier ne se piqua guère de philosophie (i). Les médecins arabes et juifs, qui la composèrent primitivement ou qui l’augmentèrent, ne prirent pas les choses de si haut. Les malades arrivaient en foule , attirés par i’inÜuence d’un commerce étendu , par les privilèges d’un climat délicieux, et par les miracles mêmes du pays , qui multipliaient les ressources d’une population spirituelle et industrieuse (2).
(0 Dans le courant du XI. e siècle, peu de temps après la londation de FEcole de Salerne, qui eut lieu dans les premières années de ce même siècle.
(2) Vo y. p, 5i du Discoms de M. le professeur Prunelle sur
Cependant les hommes devenaient tous les jours moins simples et plus éclairés, il leur fallait plus de remèdes et moins de prières. Ces circonstances décidèrent la tournure que prit dès - lors notre Ecole; tournure toute pratique, toute dirigée vers Y observation des maladies , et qu’elle s’est piquée de conserver jusques à nous (i).
l'Influence crcrcce par la me J ceints sur la renaissance des lettres , i8<*9, monument également honorable à notre art et à l’auteur de ce beau travail.
(i) I.e» praticiens de Montpellier eurent une très-grande réputation dés la première fondation de l’Ecole. Dés l’an 1 153 , l’on voit un Héraclius de Jdontboissier , Archevêque de Lyon, venir à Montpellier chercher le rétablissement de sa santé : tunique infirmait, tur , pertransiit usque ad Montem-pessulanum y ibi aliquandru cornnwra/us curn rncdicis. (S. Berna rdus , Epist. 3oj. ) Césarius , Religieux de l’ordre de Liteaux, tire parti de l’habileté des médecins de Montpellier, pour établir la vérité des iniraclcsde Notre-Dame: « Ces miracles , dit-il, .«e fout sur des malades qu'abandonnent les médecins de Montpellier, ubi forts est artis physicce. •» Mathieu Paris rapporte que Pierre d’F.gueblanche , Evêque d’Herfort , en Angleterre , étant attaqué, en 1207 , d’une espèce de polype au nez et de plusieurs autres maladies , on lui conseillait unanimement d’aller au plutôt à Montpellier pour se faire guérir. Au commencement du 1 j.» siècle, Jean de Luxembourg, Roi de Bohème, fils de l'Empereur Henri NII, et père de l’Empereur Charles IV; ou pour dire quelque chose de plus intéressant pour la nation, Jean, Roi de Bohême , ami constant de la France contre les Anglais , et beau-père de Jean, fils aine de Philippe de; Valois, Iîoi de France, avant perdu un ail dans une expédition qu’il avait laite en Pologne contre les Lithuaniens , qui étaient alors payons , et craignant pour l’autre qui commençait d’être malade , vint incognito a Montpellier , pour demander des remèdes aux Doc~ teurs de cette célèbre Faculté.
Le cardinal Conrard, légat du St. -Siège en Languedoc y dit dans la Bulle laïueuse par laquelle il organisa notre École: i'h.n
Nous ne îe dissimulerons pas cependant , elle partagea les erreurs du siècle qui la vit naître ; elle paya tribut, pendant long-temps, à la scolastique des Arabes : c’était un droit de conquête. Dès cette époque, on parlait comme tout le monde $ mais, le plus souvent , on agissait un peu mieux. On le sait , les malades sont exigeans , ils veulent être guéris à quelque prix que ce soit, même lorsque l’art n’y peut ou n’y entend pas graud’cbose. Nos praticiens se virent donc obligés d’observer avec soin, pour traiter avec succès. D’ailleurs, il fallait fournir des médecins aux Papes et aux Cardinaux, aux Rois et à leurs Ministres; presque toute! Europe malade était sur nos bras ; Ton ne pouvait donc pas perdre le temps à des discussions étrangères à l’art. On vit commencer à se former cette chaîne de praticiens habiles dont la succession non interrompue constitue, a proprement parler, notre École , et que nous oserons comparer , sous quel-
dudum medicinalis scientiœ professio sub gloriosis prœfectuurn tituhs in Monte - pessulano claruerit , floruerit et f rucimim fecerit iibertatem multipiiciler in dîner si s mundi partibus salubrem. Dans la première période de son existence , elle, compte de grands praticiens; Gilles de Corbeil , Blnsius , Ger. de Solo , Gordon , Cri isnoaid , ue Vînario, Saporta , Bruguières, Demoulin, Tornarnue, Miro, Piquet , Tremolet , Balescon de Ta rente , de Molières , Guy de Chauliac , Rondelet, Joubert , etc.
Les privilèges que les Papes et que nos Rois avaient accordés a de médecine de Montpellier , donnaient le droit
authentique aux Docteurs, qui y prenaient leurs degrés , d’exercer médecin* par-tout , ubique têrrarum. Iis ont joui long-temps de cet avantage ; on ne commença a contester l’étendue de ce privilège 3 que dans le milieu du i.y.e siècle et à Paris.
ques rapports , à celle dont l’Eglise Catholique .,at le fondement le plus solide de sou existence et d« sa gloire.
Dans la suite , l’Ecole fut chimique et mécanicienne , comme elle avait été scolastique dans le principe \ mais elle le fut peut-être d’assez mauvaise grâce y et elle sc montra toujours . docile à l’observation clinique. ïl y eut toujours dans son sein quelque mécréant , quelque philosophe, comme dirait le vulgaire des médecins. C est ainsi que Barbeyrac ne fut pas eu entier la dope de l’application de la chimie à la médecine : la pratique le retint dans des idées plus saines, elle lui lit sentir le danger de ces méthodes incendiaires que illis et sa secte avaient introduites si généralement dans la thérapeutique. Elle le fit créateur de cette méthode rafraîchissante , que les écarts des chimistes avaient rendue plus nécessaire dans le dogme et même dans la réalité ; car on ne saurait calculer jusqu’à quel point une méthode décidée altère les maladies de tout un siècle. On pense à Montpellier, et ce n’est pas sans raison, que Barbeyrac fut le précurseur et le maître de Sydenham. Locke, qui vint parmi nous, établit des communications entre ces deux grands médecins : et quel autre que Locke était plus digne, par sa manière de philosopher, de servir d’interprète à l’Iïippocrate Languedocien ! Le fait que nous rappelons ici est de la plus haute importance pour caractériser la méthode que l’on suivait habituellement à Montpellier* Fizes fut mécauicieu : devant scs élèves, il
courait en robe, et en latin, sur l’application des mathématiques à la médecine; auprès de ses malades , il observait avec une sagacité rare et rendait ses oracles en patois du pays. Je ne garantirai pas que nos Professeurs fassent les meilleurs physiciens du. temps; mais je puis dire , une fois pour toutes, parce que l’Europe entière l’a répété très-souvent, qu ils étaient comptés au nombre des meilleurs praticiens. Déjà ils avaient pris l’heureuse habitude de regarder la médecine comme mie science à part, et qui , pour sa plus grande gloire , devait conserver une existence indépendante. Ils adoptaient les théories du temps , on ne leur aurait point pardonné de les mépriser; mais ils étaient moins ardens à les répandre, ou, si l’on veut, moins habiles à les développer.
Les sciences physiques et naturelles seront toujours bien moins cultivées en Province que dans les Capitales. Elles exigent un concours nombreux de savaus dans tous les genres , des fonds considérables , des machines sans fin. 11 leur faut toute la puissance des Rois pour soutenir leur existence et leur éclat. La médecine n’a pas besoin de tant de ressources et d’un si grand appareil; des malades et des observateurs lui suffisent : voilà ses riches moyens et ses inépuisables trésors. Oserai - je le dire? Les grands praticiens ne se sont guère formés dans les grandes villes. La tyrannie plus despotique des sciences a la mode ; le besoin plus pressant de fane une fortune rapide dans un pays où l’argent fixe presque tous les rangs de la société ; la né-
cessité d’employer des moyens plus habilement combinés , auprès d’une population plus éclairée et plus diÜicile à manier ; le désir de la gloire exalté au - delà de toute borne , et dans un âge souvent si précoce, qu’il eu résulte quelquefois l’impuissance de le satisfaire : voilà quelles sont en partie les causes d une exception que les intéressés eux-mêmes auront quelque peine à coutester (i).
Ce ne fut pas à Athènes que parut Hippocrate ; le peuple frivole de la Métropole de la Grèce ne rendait justice qu’aux comédiens qui amusaient ses loisirs , et aux orateurs qui flattaient son amour-propre; il n’aurait pas peut-être récompensé dignement les soins des grands médecins ; tout au
(i) Voici ce qu’on lit dans le Dictionnaire des sciences medicales , vol. XXXI, art. médecine , p. agi. «Les grande» villes sont lo point de ralliement des médecins et des médicastres do tout genre; ils ne refluent dans les campagnes , qu’autant que des circonstances impérieuses leur en font une loi. Pour réussir dans une ville du premier ordre, il faut du temps, bcaueoup de patience, et sur-tout de savoir faire. Fixer l’attention publique est une tâche difficile; on ne peut y parvenir qu'en trouvant des routes inconnues à la foule qui s’empresse de courir au même but. Dans les petites villes, au contraire , si le médecin ne peut espérer autant d’opulence qu’il lui serait possible d’en acquérir ailleurs, au moins a-t-il l’avantage de posséder beaucoup plutôt la confiance publique: il peut y prendre autant d’expérience que dans les cités les plus populeuses. Un ancien règlement prescrivait aux médecins, qui se destinaient à pratiquer dans les grandes villes, d’exercer plusieurs années dans les campagnes voisines. Puisse ce que nous avons dit à cette occasion , faire sentir aux médecins des petites villes leur prix et leur dignité , et consoler leur amour-proprr du mépris injuste qu'on s’efforce trop souvent de répandre sur eux ! v
|ifc§? Hippocrate aurait-il pu ouvrir une école ffs philosophie , s’il avait voulu obtenir des suffrages en rapport avec son grand talent. Le Père de notre art se forma dans la petite île de Cos , dans l’ombre J du sanctuaire d’Esculape, au sein des foyers domestiques d’une famille divine , dont ou ne connaissait guère dans la Grèce les noms des divers membres que par une suite non interrompue de bienfaits. S’il faut en juger par ses ouvrages , il n’a pratiqué que dans des villages et dans des bourgs. C’est dans une ville d’Espagne (Àntequéra), inconnue au voyageur, qu@ se cacha. Soiano. Stoll pratiqua en Hongrie comme physicien avant d’aller à Vienne , Lieataud à Âix avant déliera Paris, Zimmermann à Brug, Tissot à Lausanne, etc. C'est dans les vy renées que Bordeu reçut sa première éducation médicale , sous les yeux d’un père qui avait déjà puisé dans notre École le goût de l’observation (i). Ce fut dans les quartiers retirés de notre ville provinciale , et perdu parmi la population studieuse et isolée de nos Élèves, que
fr) Je ne puis me refuser an plaisir de rapporter quelques îraits de ce drame admirable , dans lequel Bordeu met son père en scène, et lui paye le tribut de reconnaissance que lui devait son génie. « J’avais ouï parler d’un médecin célèb^fc dans une vallée des plus voisines d’Espagne. Je désirai de le aroir chez lui , il y consentit , et je m’y rendis } il me parlad’abord de son fils. »
«Je serais, dit-il , heureux, si je l’avais avec moi. » , je lui ai appris le secret de la médecine. Il est dans une des premières vides d Espagne, où sa façon de penser lui fera des affaires. I.c temps de parler vrai dans les cités fort peuplées n’est pas <$u«©re arrivé pour les médecin». Il est presque nécessaire qu’il®
ce grand liomme» perfectionna les leçons paternelles , et créa cette doctrine qui devait établir les
montent, ou qu'ils soient peu instruits du fond de l'art , dan* ces lieux oii régnent l'envie et la dissimulation, fruits dégénérés de la semenee de l'émulation et de la cordialité. Mon ami , beaucoup de vos habitons des villes ont perdu la plupart de leurs sens naturels ; leur vie n’est qu’une suite de symptômes d'une maladie habituelle et incurable, s
€ Je ne fus pas long-temps a m'apercevoir que mon dorteur «tait nn peu babillard, fort rempli de l’importance de sa profession , fort engoué du rôle qu’il jouait dans sa vallée, où il jouissait de la plus grande considération et ou sa famille osfc distinguée depuis plus de quatre siéeb s. Il était si accoutumé à sa logique médicinale , qu’il appréciait tout suivant ses règles, il n’aimait point a être contrarié. Je rc-olus de le Taire expliquer sur ce qu'il appelait le secret de la médecine , et je pris le parti d’écrire chaque soir ce qu'il m'aurait dit dans la journée. Je ne rapporterai ici que l'extrait de deux ou trois conversations. »
« Entrons , me dit-il un jour , dans ma bibliothèque : vous verrez ensuite mon jardin des plantes, mon cabinet «Diistoire «aturelle et mon laboratoire.... Mon premier livre c'est la Bible du Concile de Trente; je la lis et je l'admire , j’y trouve même de très-bons préceptes de médecine.... Ce paquet de feuilles volantes que vous voyez sont des lambeaux d»s Arabes, Bazès, Avicène et quelques autres. J'ai déchiré le reste de res ouvrages
comme inutile . J’ai conservé et élagué de la même manière
quelques livres de Galien et de ces autres , qu'un libraire a décorés du nom de Princes de la médecine. »
c Rivière de .Montpellier est chez moi tout entier , hors ses contes sur les élémens. C'était un des grands hommes du métier que ce Rivière; qu’il eût pillé ou non le gros Sennert, il était bon.... Son prédécesseur, Rondelet, était excellent aussi, de meme que Ranchin et lcPulnurens, dont je préfère l'anatomie à celle de Riolan.... Voilà les aphorismes d’Hippocrate et quelques autres livres de ce prince de la médecine.... Dioscoride rt> èléaué étaient des tètes bien meublées.. .. J’ai au^si le Fcfud
'Irais principes de la science de Fîiomme sur les débris du mécamcisme ruiné»
tout entier et il est me à force que nous l’avons lu, car il parle bien élégamment.... Ce Bailiou veut trop imiter Hippocrate ; ses petites histoires sur les bourgeois de Paris m’ennuient ; elles sont la plupart trop étranglées pour être utiles..., Doret , dont ■vous voyez les commentaires sur les Coaces , était trop sec , trop austère , trop serré.... Houlier que voilà était son maitreen tout — Je ne sais point comment la Faculté moderne de Paris n’a pas fait brûler ces ouvrages : ils condamnent scs dogmes et sa théorie , et sur-tout sa pratique. »
«Vous connaissez sansdoute la médecine de Chauliac...» , et celle «POribaze.... , et celle de Paracelse , le plus médecin de tous les fous , et le plus fou de tous les médecins.... Voilà le bon Ambroise Paré : c’était une des meilleures têtes d’hommes* qui aient vécu du temps de Henri H , de François II, de Charles ÏX , et de Henri III , auxquels il eut l’honneur d’être attaché. Je suis fâché qu’il n’ait pu servir notre Henri IV.... Ce V an-Helmonfc , qui est le vainqueur de l’ancienne école, fait Mies délices j je le prends souvent le soir pour m’endormir gaî~ ment.... Je ne hais pas Deleboé.. „. Je lis aussi mon Rabelais...., et |'ai quelques lettres du Gui-Patin.,.. Voilà Montagne : je me suis défait de Bayle pour de bonnes raisons.... Virgile , Corneille et Molière sont les seuls poètes que j’aime. ... avec quelques restesde nos troubadours et de nos chansons de la vallée.... »
« Je ne vous parle pas de mes auteurs espagnols : ils valent bien vos français. Je ne vous dis rien de tous ces fatras de livres que vous voyez dans la poussière: je les y laisse. Je conserve pourtant un rang distingué pour les Mémoires des Académies médicinales de nos jours , quoiqu’ils ne soient au fond qu’une répétition de ce que les anciens ont dit , ou bien un tissu de menus détails , de petits faits, dans le cas d’être prévus par les connaisseurs , ou du moins bien traités lorsqu’ils se présentent. » « \ oici mes manuscrits et ceux de mes pères: c’est un corps de médecine propre a notre pays : je le destine pour mon Fis. H ma empoi té de très-bons morceaux de Sthal, que je regrette ncaucoup. Sthal est, à mon avis, le roi des modernes,
La médecine - pratique exige l’absence de toute distraction, une réllciion sévère, du calme dans les passions ; ce que l’on u« trouve p;»s aisément dans les grandes villes. La plupart des praticiens qui ont illustré les Capitales , leur sont venus des Proviuces ; ils v ont apporté des trésors dont l’amour-propre n’a pas toujours voulu reconnaître la véritable source: ou si de grands médecins sc sont formés dans ces villes , ils ont vécu dans la retraite et dans les hôpitaux , long-temps avant que de se produire ; et cette exception ne lait que confirmer notre règle générale. Je dois dire, pour dédommager les Capitales , qu’elles sont beaucoup plus favorables à la chirurgie que les villes de province. Bien dilféreute de la médecine , la chirurgie demande un grand théâtre ; elle étale avec complaisance ses prodiges , elle .perfectionne son habileté dans les grands hôpitaux, sur les champs de bataille.
Je n’insisterai pas plus longtemps sur ces considérations : mais, d’après cela , je laisse à penser s'il est permis d’assimiler entièrement renseignement de la médecine-pratique à celui des sciences physiques et
qui me paraissent avoir un pou trop loue Sydenham.... Car son rival , Morton, que j'ai place auprès <le lui , n’était pas
un sot . , non plus que Willis qui m’amuse.... Ce livret , n’est-
il pas du Chirac? Sa tête était bien bouillante ! . J'ai oui
parler de Boerhaave, que je ne lirai point sur ce qu'on m’en a dit... J’ai assez lu.... Je ne lis pas même U gazette , non plus que toutes les thèses de v< s Facultés: en voilà quelques-unes que j’ai collées sur de la tuile pour me faire un paravent pour l’hiver,.,. » Œuvres de BurJeu , vol, Il , p, Ggi.
( So )
naturelles; de croire, comme on se plaît à le répété? dans certains lieux , que c’est seulement dans les capitales que l’on peut imprimer de grands progrès à l’une ; ce qui est incontestable par rapport aux autres» Nous ne vouions pas provoquer le système injuste des préférences. Nous pensons que l’émulation, la rivalité même, malgré ses petites injustices , tournent toujours aux profits de l’art. Nous voulons seulement faire pressentir, que si on se croyait obligé de faire un choix en ce genre , ce ne serait peutêtre pas les grandes villes qu’on devrait prendre pour établir le siège de l’enseignement médical. Encore un coup , s’il y était forcé par des préjugés ridicules , le législateur , désireux de servir les progrès de la médecine et les besoins de l’Iiuinanité., devrait préférer sans doute un pays assez en relation avec le centre des sciences naturelles pour en profiter , mais pas assez pour se laisser dominer par elles; un pays où les médecins obtinssent le plus liant rang de considération, et ne le partageassent qu’avec les ministres des lois et de la religion; un pays heureux qui, présentant un climat analogue à celui de la Grèce, permit a la nature le libre développement de ses forces , et 1 exercice normal de ses fonctions pathologiques , afin que 1 ou put observer la marche régulière de la Nature pour apprendre ii la diriger ; un pays enfin où le Ciel donnât aux habitans des sens fins et délicats , un esprit inventif, et quelque chose de cette imagination poétique qui fait les grands médecins comme le prétendait Huarte , et qui
rappelle qu’Apollon était à la fois le dieu de Lt poésie et de la médeciue (i). Nous ne craigtioitt pas que les vrais savons de tous les genres et les hommes sages des villes de tous les rangs, se scandalisent' de ce que nous venons de dire, et que Tou. nous preime pour un barbare, ennemi des science# comme un empirique , ou pour uu provincial entiché de sou pays comme un sauvage. Nous aiinon* les scicuces qui honorent et servent l'humanité, nous reconnaissons leurs rapports légitimes avec notre art; mais nous nous piquons aussi d'étre médecins (a). Nous avous voulu seulement arrêter ,
(i) Ranchiu , dans son slpoliinxre sacrum , a exalté ainsi le» avantages de la moderne Cos. y'agabatur olim sîpollo nasUr tu tslaris medicince Drus , tanquam exul , et prof ugus per Galliatn nostram Narbonrhscm } et de stabiliendo rnedico imperia s alliai tus , ab aliis sisiœ , Ajricœ et Europœ regianibus expulsas 9 vmnes istius prosûnciœ eipitates lust rabat , ut locurn sibi , suis que sectatoribus gratum et opporttinum inpeniret , eligeretque : tandem nopœ istius cipitatis , atque ex ruirtis urbis 3Iagalonens is # Lateranensis , et Sextantionis constructœ , situm , adspectumq up eontemplatus , locorurnque vicinorum parietatem , et commodi — iatem admiratus , et sibi f et saeerdotibus suis Sacrum in ho* Monte Pclio stabilire , utile , commodumque duxit. si pollua s desiderio fortuna ipsa faoere videbatur ; ùtgenio siquidem loci , hominumque nulla ri de tu r urbs aplior studio litterarum s*d prœsertim medicinœ nostrœ.
(2) Voici comment notre Bordcu s'exprime à l’occasion de l’application des sciences physiques à la médecine (OEuv.de Bord., toI. II, p. 799O® H n'est que trop vrai , plus le système des mécaniciens plaît aux esprits superficiels et nourris dans les principes physiciens , moins il entretient et fait naître le goût de la véritable médecine. Or, sans ce goût, il n’y a pins d'art; il se réduit à d’inutile* et trop faciles détails anatomique* , mécauique* 5 physique* , économiques : aussi, quels ouvrages
s*îl est possible , l’élan ridicule de certains amourspropres , et nous avons cru devoir faire pencher la balance dans un sens pour qu’elle puisse se remettre dans un juste équilibre. Revenons à notre sujet.
D’après ce que nous avons déjà dit , l’on peut se convaincre que notre École > durant le règne même des hypothèses , se distinguait honorablement par une tendance prononcée à observer la Nature ,
pour la médecine, que ceux qui sont établis sur de pareilles explications , et suivant la logique des Académies ! »
« Les médecins doivent s’en , défier et s’en garantir, sur-tout dans notre siècle où l’amour de l’histoire naturelle, de la chimie, de l’anatomie, des dictionnaires , des collections^ répand tant de fausses lueurs et fait tant d’illusion aux lecteurs qui n’y regardent pas d’assez près. Les médecins sont faits pour planer au-dessus de ces connaissances , et pour les contenir dans leurs bornes , en ce qui regarde l’économie animale et ses dérang-ernens ; ils doivent éviter de fatiguer leur mémoire , d’étouffer leur jugement, et d’user leur attention par ces immenses amas de petites connaissances et de nomenclatures, à quoi se réduisent toutes les sciences physiques, s
a Les anciens systèmes de médecine eurent des côtés beaucoup plus heureux que les modernes. Ces derniers ne brillent que dans les Académies , sur les chaires entourées d’enfans et de curieux, dans les assemblées du grand monde, et même sur les tréteaux , et dans les livres que tout le monde veut juger. Les élémens de Ja médecine ancienne s’apprennent et s’éclaircissent auprès des malades, dans les hôpitaux, et dans le commerce des hommes valétudinaires, dans la méditation, dans l’étude des phénomènes particuliers aux divers tempéramens , aux passions, aux talens, aux positions particulières où se trouvent les hommes, à leurs habitudes; enfin , la médecine s’apprend dans les vieux auteurs, ennuyeux pour les physiciens, qu’il faut étudier pour les entendre , et auxquels on ne peut appliquer ni le calcul , ni le compas , ni les expérience» amusantes qui arrêtent les passans. a
k considérer toutes les faces qu’une même rnaladie peut présenter, et à saisir toutes les indications dont cile est susceptible. La plupart de nos uiede-» ciiis , marchant sur les traces des erands maîtres de tous les temps, analysaient déjà les maladies à leur manière, et préparaient ainsi les découvertes ultérieures de la philosophie médicale. Les méthodes (^observation étaient donc connues et suivies parmi nous ; mais il faut avouer que ce n’était que comme par instinct , et par cette rectitude d’esprit que donne la pratique de la médeciue , le plus difficile et le plus philosophique de tous les arts, quoi qu oïl eu dise. La méthode de notre École , à cette époque , me parait être purement, empirique ; car j’écarte à dessein .les théories 'dont ou enveloppait ses résultats. Le naturisme, qui est une des conséquences les plus immédiates de l’observation , eut toujours , parmi nous , des partisans décidés. Selon Arnaud de Villeneuve, le médecin, n est que le ministre de la nature, de cette cause première , de cette chaleur naturelle , comme il là nomme , que l’anitnal apporte en naissant. Ce n’est pas , continue ce même auteur, eu faisant prendre beaucoup de remèdes , qu’on parvient à guérie le p[us de maladies. Malheureux celai qui serait obligé de mettre en eux toute sa confiance (i) 1 La guérison dépend sur-tout de la nature ; c’est elle qui prépare la maladie à être détruite; c’est la chaleur, c’est le feu qui cuit la matière morbifique
(ï) Amal'f, yiUmn. Parobolœ pi-<\!ica tienif , pasftîm.
(St en décide souvent l’évacuation* La médecine n’est que l’instrument employé par l’artiste pour seconder la nature dans son travail (i). Gordon , Dulaureut, Rivière , La Chambre, etc., reconnurent les droits de la nature : il les attribuèrent même à Vaine, et préparèrent ainsi l'animisme, système qui est devenu si fameux, quand il a été repris par Stahh C’est à tort qu’on l’a rapporté trop exclusivement au Professeur de Halle, et que l’on a accusé notre École de l’avoir reçu immédiatement et seulement de ce grand homme. Nous ne nions pas ce qu’elle
lui doit -, mais nous croyons pouvoir dire qu’elle î’a puisé également dans Hippocrate , son premier fondateur, et sur- tout dans l’observation des ma-* ladies. Le fougueux Chirac, formé dans notre École, n’avait pas osé renoncer formellement à la doctrine des crises , et à certains jours, où il suspendait l’action impétueuse de sa médecine turbulente.
Tandis que nos praticiens rassemblent avec peine les matériaux du système médical , arrêtons-nous mt instant à considérer la manière de raisonner introduite successivement dans les sciences en général , et dans la médecine en particulier; et voyons comment on parvint à animer, en quelque sorte , le corps de la science dont on avait rapproché et organisé jusque-là les élémens divers >
L histoire de la philosophie , depuis la renaissance des lettres jusques à notre siècle, paraît €C partager en trois grandes époques : la première
{*) -drnald, Villwu ^ Cahnlo , p, 219 et seq*
est celle de l’érudition -, la sêconde , celle des hypothèses ou des causes supposées ; la troisième, celle de i’iuduction ou de la recherche des causes expérimentales. Suivou* rapidement rinÜueucc de cliacune de ces méthodes sur la médecine.
i.° Les boulines inventent rarement les sciences, ils les reçoivent telles qu’elles, des mains de ceux qui les ont cultivées avec plus ou moins de soin et de profit ;*et les reprenant au point où ceux - ci les ont laissées , ils les augmentent k leur manière , pour les transmettre ainsi à leurs descendans. Leâ scieuces ne sont donc pas lp patrimoine d’un seul individu , d’un seul peuple , d’un seul siècle : elles appartiennent à l'humanité entière. On peut lfcs considérer dans leurs progrès, comme une suite d idées qui s 'enchaînent , se donnent naissance les unes aux autres, et arrivent ainsi graduellement à leur dernier développement. Les individus diltèreut d’opinion et périssent; l’esprit humain est un et immortel. Cette façon d envisager l’histoire philosophique de l’esprit humain, me parait
être la seule qui permette une solution satisfaisante
de tous les problèmes qu elle peut présenter.
Nos barbares ancêtres ne* pouvaient donç rien faire de mieux qüe de recevoir des anciens l’héritage des sciences, quoique leurs fils ingrats leur en aient fait si souvent un crime. Il Jeu,r fallut même un trèsdong temps pour interpréter ou pour deviner les Oracles de la tircce et de Home* D'abord, ils durent s’attacher beaucoup aux mots, très-peu aux choses. La médecine ne dut consister
qu*ù entendre on plutôt qu’à commenter Hîpptf-
crate et Galien. Cependant ces modèles les fami-
îiarisèrent peu à peu avec l’observation de la nature même ; la traduction était si fidèle , qu’elle rap** pelait forcément le texte. Le moment où les Écoles parvinrent enfin à comprendre ces immortels ouvrages , ne fut pas l’époque la moins glorieuse de leur existence. Ces heureux temps de docilité parurent peut-être obscurcis, je ne crains pas de le dire , par l’indiscipline et les hardiesses de l’époqüe qui les suivit. En dernière analyse , il n’y avait alors , dans les écoles,, que peu on point de philosophie: comme des enfans encore sous des régens de college , nos premiers aïeux étaient tout occupés de retenir les choses par la mémoire et lion de les inventer par le génie. L’esprit des nattions se développe par degrés, comme celui des individus. Aristote pour la philosophie, Hippocrate et sur-tout Galien pour la médecine : tels furent les chefs ou plutôt les précepteurs de ces premiers siècles.
2.0 Quand on eut saisi tout ce cpie les anciens savaient , ,ou que l’on crut du moins en être arrivé à ce point , les esprits accablés d’une sorte de satiété d’érudition furent pris d’nue certaine inquiétude qui présageait les plus grandes découvertes. Tout annonce déjà un mouvement , une révolution : l’esprit humain a grandi , et il semble ne pas 1 ignorer. Il est parvenu à l’àge de la jeunesse et de l indépendance -, ce n’est pas encore celui de la raison , mais il le prépare et l’emmène à sa s&ite.
Il ne se nourrit que d’illusions et do rêves; l'imagination se réveille et se développe. Dès - lors on voit s’établir une nouvelle logique , ainsi qu’il était arrivé aux premiers philosophes de l’antiquité » dans les mêmes circonstances. Ou veut connaître les causes premières de l’univers entier ; l’ambition d'une science qui ignore ce qu’clle peut, et comment elle le peut , pose des problèmes insolubles qu’elle entreprend de résoudre par des moyens chimériques : on procède par hypothèse. Pouvait-on attendre plus de l’esprit humain à cette période? Counaissait-on tous les faits? Nop , sans doute. Avait-on épuisé toutes les erreurs pour arriver à la vérité? Moins encore, et cependant l’expérience des temps prouve que cette condition singulière est de rigueur. L'on devait donc travailler la science par des hypothèses. On cherchait un trésor que l’on ne devait pas trouvur ; mais l’on, devait donner au sol , par cette culture active, sinon habilement conduite, toute sa fécondité naturelle. L’histoire des sciences rappelle la fable du laboureur et de ses enfaos. Ceux qui ont beaucoup blâmé les hypothèses , n’ont pas connu leurs usages et leurs services ; pas plus que ceux qui veulent le9 introduire aujourd’hui dans la science , ne connaissent leur place dans liordro des progrès de l’esprit humain. Que l’on me donne de la matière et du mouvement , s’écrie Descartes, et je vais faire le monde, la lumière et les ténèbres , la mort et la vie ; je vais créer des plantes, des animaux , l’homme lui-même. Les phénomènes
mécaniques avaient été étudiés les premiers ; la mécanique et les mathématiques fourniront donc l'explication de la nature entière. Trouver une hypothèse qui rende raison des phénomènes physiologiques et pathologiques y et prendre cette hypothèse dans la chimie et dans la physique: tel est le problème que se proposèrent tous les médecins de cet âge , et le moyen de solution dont ils se servirent.
Cette période ne fut pas favorable à la médecine; }a manière de philosopher qu’on suivait était trop dangereuse pour fournir des résultats vraiment utiles. Mais cependant tous ces efforts annonçaient de l’énergie morale ; c’était cette vigueur de la jeunesse qui ? le plus souvent ? ne donne que plus de force aux passions et aux. erreurs ; mais qui prépare les matériaux de la raison et les lui fournit à un pfix qui les lui rend précieux. La médecine^ pratique eut beaucoup à souffrir , elle s’enfuit loin des Académies savantes , et plus d’une fois elle fut même obligée de déserter les Ecoles , ou du moins de s’y cacher sous un costume étranger et sous un masque imposteur,
3.° Tandis que Oescartes affranchit F esprit humain et exalte ses espérances, Galilée lui présenté les moyens de les satisfaire par Fart de 1 expérience. Bacon crée sa méthode générale d’induction , qui doit soumettre les sciences à une administration plus sage que celle qui avait eu lieu jusqu alors. Ce grand homme établit que Fca ne peut ?e!R9?^e3: l-a recherche des causes que par 1^|
faits ; qu’il faut recueillir ceux-ci avec exactitude , eu multiplier le nombre avec zèle, les considérer sous toutes leurs faces avec attention ; des faits s’élever aux principes , des principes redescendre aux faits ; et des uns et des autres aux applications pratiques, pour remouter encore aux notions théoriques. Dès-lors , la route de toutes les sciences est ouverte : on pourra à l’avenir la rendre plus commode et plus sure *, on pourra retrancher quelque chose des prétentions hardies de l'immortel Chancelier , qui pense que , à l aide de l induction , on doit parvenir eufin à connaître leô causes et les premiers ressorts du monde , à maîtriser la nature, à faire de l’or, prolonger indéfiniment la vie humaine f trouver une panacée contre toutes les maladies, etc.; mais Bacon n’en aura pas moins toujours la gloire , quelque perle» tionnemeut que subisse jamais sa doctrine , d’avoir détruit l’aucienne manière de raisonner par hypothèse, ou du moins d’avoir créé une méthode qui multiplie les richesses de l’expérience , et qui , si elle aboutit quelquefois aux mêmes résultats , rend les hypothèses même plus probables, eu ne les puisant que dans les analogies d’un très-grand nombre de faits. Car il ne serait pas impossible de promer, par ses principes et par ses conséquences , que la méthode de Bacon ne s'écarte pas autant qu’on l’a cru de celle de De fie art es , et qu’elle n’en diffère peut-être essentiellement que par le chemin qu elle a pris pour arriver au même point.
L’immortel Newton simplifia cette méthode et
fappUqua à l’étude des phénomènes physiques j U prit, dans les phénomènes mêmes , une idée qui, si elle n’est pas le secret du monde, peut du moins en tenir la place. En effet, l’hypothèse de l’attraction, telle que l’a conçue son auteur, rend raison de tous les faits qu’elle n’avait pas renoncé d’expliquer (i).
Au reste, ce qui pourrait confirmer dans l’opinion que la méthode de Bacon et de Newton n’était pas , dans le principe, aussi pure qu cl’e le devint par la suite ; c’est la considération clés applications vicieuses que ces deux grands hommes en firent euxmêmes à la science de l’homme physiqqe. Eutr’autres idées erronées , Bacon admit chez l’homme , outre l’âme raisonnable . une âme irrationnelle produite des matrices des élémens , et qui lui est commune avec les animaux. Selon lui , cette âme est une substance corporelle , atténuée et rendue invisible par la chaleur -, elle tient de la nature de l’air dont elle a la mollesse , pour recevoir des impres*
sions , et de la nature du feu dont elle a la force,
pour propager au loin son action Dans les animaux parfaits, elle a son siège dans la téta, parcourt les nerfs, et s’entretient par le sang spiritueux des artères- Ï1 place chaque faculté de rintelligence dans diverses portions du cerveau , comme dans des loges , et il va jusques à dire que l’âme habite dans 1 eau des ventricules , etc.
Newton, de sou coté , a cru que les sensations dé-? pendaient de çetle matière éthérée, à laquelle il avait
(j) D?Alembert , Elém. de philos» , pt 229,
fantaisie , de temps eu temps, de rapporterions 1rs phénomènes de la nature. Je ne fais pas un crime k Bacon et à Newton d’avoir été mauvais physiologistes, mais je ne puis m’cmpéchei de relever un peu leur manière de philosopher , et de les accuser de procéder toujours par hypothèse comme Descartes , tout en parlant contre celles-ci / et eu vantant 1 expérience et l’observation. Ils ne lurent donc pas entièrement infidèles «à la philosophie de Newton et
k ses principes, les médecins cpii continuèrent les travaux des mécaniciens, a laide de l(jt traction et de nouvelles théories physiques j car Newton comme Descartes donna uaisssance aune secte mécanicienne pu physicienne. On peut voir dans l’iiistoirc de l école iatro - mathématicienne , comment elle commença par être Cartésienuc et finit par être Newtouienne, changeant ainsi de principes, mais non de méthode. Elle compta de tiès-grands médecins parmi ses prosélytes, s’étendit dans l’Europe entière et dura pissez long-temps ( i ).
Ce qui tendrait encore à les rapprocher , c’est qu’il ne faudrait pas penser que tous les mécaniciens procédassent par hypothèses pures -, on a beaucoup calomnié cette secte depuis qu’elle a été vaincue. Plusieurs avaient même été entraînés dans leurs erreurs par une maivl e* trop sévère et par une réserve trop timide. Jloiluia *«t , par oemp.e, qui était un excellent esprit, délestait les hypothèses, il ue remontait jamais jusqu’aux forces elles-mêmes , il
(0 Ypjc? SpccE^rl, IJ ist. de la mcd. , vol. Y, p. i55-i<)p
^cherchait les effets généraux , d’où il déduisait ensuite les effets particuliers. Le premier principe de son système est que le corps humain, de même que tous les autres corps de la nature, possède des forces 'matérielles à l’aide desquelles il opère ses mouvemens. Tout corps * selon lui , par cela même qu’il est "corps , a les forces de résistance et de cohésion qui lui ont été données par le Créateur,
et toutes les forces du corps agissent d’après le
nombre, la mesure et l’équilibre: on peut donc les expliquer toutes mécaniquement et mathématiquement (i). L’on voit que Hoffmann proteste contre
les hypothèses et la recherche des causes , qu’ii ne veut s’attacher qu’aux effets les plus généraux, et qu’il prend ensuite ceux-ci comme causes. L’effet dont il est parti , le mouvement et l’idée qu’il y ajoute, qu’il esj; soumis au nombre et à la mesure, sont incontestables 5 mais il a beaucoup trop généralisé l’un et l’autre , et il les a pris à tort pour les hases adœquatas de la science : voilà comment il s’est égaré.
Pitcairn , un des iatro-mathématiciens les plus hardis dans ses conséquences, raisonne dan^ie prin-* çipe avec cette même retenue.
« Tous ceux, dît-il, qui sont versés dans les mathématiques et dans l’étude de la médecine , Savent que la connaissance que nous avons des choses se réduit à celle des rapports qu’elles ont entr elles , des lois et des propriétés qui produisent
(0 Op. toî. 1 , p, gj, jOë diffèrent iis otganisini eft-tn&tani'srni «
on ne
en elles les cliangcmcns qu’on y remarque ; parle ici que des choses corporelles. Or , on connaît ces forces et ccs lois des mouvemens par les actions qu’elles exercent mutuellement les unes sur les autres, et ce sont ces actions et les effets qui en résultent, qui nous conduisent a la science des lois qu elles observent. A l’égard de la cause physique que les philosophes recherchent avec tant de soin , et qu’ils regardent comme le principe de ces forces , on l’ignore complètement. Comme donc on ne peut la connaître qu’on ne connaisse auparavant les forces et les lois qu’elles gardent entr’elles -, il S’ensuit que , s\ ctfs forces sont inconnues , la cause physique l’est de même , et que la connaissance de celle-ci serait inutile à ceux qui connaîtraient ccs forces. Les médecins doivent donc se borner à étudier, les forces des médicamens et des maladies au moyen de leur* opérations. Ils doivent les observer avec soin et s'efforcer d’en constater les lois , et ne point se fatiguer à la recherche des causes physiques, qu’on ne peut connaître qu’on ne soit instruit des lois que ces forces suivent , et dont la découverte est inutile au médecin , lorsqu’il est une fois instruit de ccs lois (i). »
A Dieu ne plaise que, par ces considérations et ces rapprochemeus , je veuille diminuer le mérite du grand Newton et l’importance de ses réformes dans les méthodes, je veux simplement relever un peu
(0 Pitcairn, Pref., p. io.
ïes mécaniciens qu’on a beaucoup trop rabaisses j je veux signaler une erreur, qui a été de tous les siècles et qui leur a xété très-funeste, celle que les savans qui nous ont précédés se sont tous égares ? et que ce n'est que de notre temps que I on a commencé , à proprement parler, à raisonner,* opL nioii qui calomnie les siècles passés et trompe les siècles présent et à venir Quoi qu’il en soit, je suis loin de contester l’heureuse révolution que Newton fît dans les moyens logiques ; s’il ne changea pas peut-être en entier le but de la science, il changea la route, et celle-ci devait à sou tour conduire à un but tout différent de celui que Ton s’était proposé d’atteindre jusques alors. Natura non amat saltus , ont dit les philosophes théistes \ la chose n’est pas très-sure par rapport à la nature à laquelle nous avons tort de prêter nos petites vues , mais elle est incontestable pour les progrès de l’esprit humain*
La science de l’homme ne devait pas être ctran-^ gère à cette grande révolution* l’application de cette méthode devait être ici seulement plus lente, parce qu’elle est beaucoup plus difficile. Les médecins s’élancent dans cette nouvelle route ; voyons tout ce que l Ecole de Montpellier fit en ce genre. C’est à ce point que nous avons pris rhistoire de sa doctrine, comme l’on pourrait commencer, à prosprennent parler, celle de toulhs les sciences.
Les sectes mécaniciennes dominaient daus cette Ecole, comme par -tout ailleurs; Boèrhaave , leur plus digne interprète , avait obtenu un empire que
rien ne semblait pouvoir lui disputer. Sauvages fut le premier, eu Europe, qui attaqua le inécaniiisme ( 17J7 )• J’exposerai , avec quelques détails , la manière de philosopher de œ grand homme , auquel Ou a été loin de reudre la justice qu’il mérite
sous ce rapport. On ne le considère ordinairement que comme un savant compilateur, et l’on s’est Servi de sa vaste érudition pour calomnier sou génie. Je prouverai qu’il peut être compté au rang des esprits les plus droits qui se soient occupés de médecine. C’est sur-tout par le discours préliminaire de sa Nosologie que l’on doit le juger.
Sauvages ne fut pas un praticien très-répaudu , il n’obtint pas une clientelle nombreuse , trop Souvent le prix de l’intrjguc. Il vit cependant des malades ; les étrangers , plus justes que ses compatriotes , selon l’usage de notre pays comme de bieu d’autres, le consultèrent de toutes parts ; il fut long-temps à la tête de l'hôpital général de Montpellier. Plus que tout cela, il vivait dans une ville médicale , et dans une école spécialement dirigée vers la médecine - pratique. Il connaissait parfaitement les écrits de tous les observateurs dignes de quelque attention, depuis Hippocrate jusques à lui ; de telle scu’te qu’il avait à sa disposition les matériaux du système médical. Ce ne sont pas les manœuvres auxquels on doit les édifices , mais bien aux architectes, qui en conçoivent le plan et en dirigent la construction. Le plus souvent les praticiens ne sont tout au plus que de simples maçons qui bâtissent des maisons particn-
liëfes * et non de ces monumens publics , Thonn>eur de l’art : les détails rétrécissent les vues. Il né serait pas difficile de montrer que les grandes révolutions , qu’a éprouvées la médecine , lui sont moins vènues des praticiens les plus habiles t que des théoriciens les moins occupés ; et que les premiers t)o.t presque toujours reçu, sans s’en douter > les lois que leur imposaient les seconds , si souvent l’objet de leurs plaisanteries. Je ne décide pas si c’est pour le plus grand profit de l’art que les choses vont ainsi -, je laisse à chercher aux médecins philosophes les moyens d’établir, èntre des hommes également recommandables , une association plus intime et plus solide , et une constitution plus libérale , qui confonde un peu mieux les rangs et les Services. Quoi qu’il en soit , j’indique ici les instruirions dont Sauvages se servit pour élever à la médecine le système le plus étendu que l’on eût encore jamais eu. Notre professeur ne possédait pas seulement les ouvrages des médecins, il était familiarisé avec les écrits des plus grands métaphysiciens , et sur-tout de Wolff, disciple fameux de Leibnitz. La connaissance de l’anglais et l’étude des mathématiques lui firent prendre part aux travaux de Newton. Il put admirer scs découvertes et participer aux bienfaits de sa méthode. En outre, il était très-habile dans les sciences naturelles, et sur-tout dans la botanique. De toutes parts, à cette époque , on s’occupait de classer les êtres et les idées -, on pensait être assez riche en faits particuliers ,• le moment semblait être venu de les réduire .en système»
SauvagC9 fait d’abord sentir tout le danger des hy*pothèscs appuyées sur de pures imaginations , et lie donne pour base à la saine théorie que le témoignage des sens. « La cause, dit-il, des erreur# que commettent les médecins , n’est , selon moi , tjue le mépris des observations évidentes ét des faits qui, avec le secours de la logique, pourraient fournir des corollaires aussi sûrs qu’utiles. Les médecins aspirent sans cesse aux choses cachées et qui passeut l'intelligence, et nioius elles sont à portée de leur esprit, plus ils s’opiniâtrent à les atteindre par la lorcc de l’imagination, et à fés exprimer par des paroles. Ce n’est que par une observation constante et assidue , qu’on découvre les phénomènes de chaque maladie. Ces phénomènes sont évidens, il ne faut aucun ell’ort d’esprit pour les saisir, et c’est celte facilité .même qu'on a à s’en instruire , qui fait mépriser l'histoire exacte des maladies. Ou ne la donne qu’eu passant et à la hâte, quoique ce soit le seul moyeu de déduire une bonne théorie , fondée sur la vérité ; de meme que c’est de l’observation exacte des phénomènes célestes, que les astronomes ont tiré leurs meilleurs systèmes. »
Effrayé de l’incertitude des hypothèses , Sauvages en vient à un paradoxe qui scandalisera saus doute les systématiques de tous les temps, et qui paraîtra cependant incontestable aux physiologistes de toutes les sectes, dès qu ils ne sera pas question de leur opinion particulière. La physiologie , selon lui , ne peut servir de base première, fpndameutalc fet uuique
^ vf
k la médecine-pratique. Il distingue à cette ôceasioîi deux sortes de nosologies , la nosologie historique et la nosologie philosophiqîfei La nosologie historique prend pour ses matériaux lés histoires partie
culières des maladies -, à l’aide de celles-ci , elle trace leur histoire générale ; elle s'élève enfin aux caractères essentiels des maladies. Elle les classe d’abord selon leurs grandes différences symptomatiques ; elle distingue ensuite les espèces selon les circonstances plus ou moins essentielles , quelquefois selon les causes quand elles sont connues , presque toujours d’après l’indication majeure ou secondaire* L’on voit que Sauvages a entrevu, sous certains rapports y la méthode analytique et élémentaire que Barthez devait développer. Sans doute que la classification de Sauvages n’est point parfaite : elle ne remplit pas , bien s’en faut , tous les vœux de la médecine-pratique ; mais elle les trompe peutêtre moins encore que plusieurs autres travaux dit même genre postérieurs au sien. *
Sauvages établit que la nosologie descriptive , tant connue dans la suite sons le nom de noso -
graphie y constitue seule la médecine-pratique ; et le premier, il donne à celle-ci des* fonde mens vraiment inébranlables. Il fit servir la classification des maladies à des vues neuves et très-philosophiques f qui n ont pas toujours été saisies par les nosologistes venus après lui. Selon cette excellente idée , la médecine-pratique ne reposerait point sur la notion pms ou moins exacte que l’on pèut se faire du
mécanisme de
la maladie j
mais sur les caractères
essentiels et évidens qui la signalent, et qui seuls peuvent être la source pure des indications ; il a trouvé eu partie la solution si long- temps cherchée > du problème de l'empirisme raisonné. « Que les mécaniciens renoncent aux préjugés des écoles ; qu ils obéissent à la raison plutôt qu’à l’usage , et qu ils n* autorisent point les abus. La théorie qu’ils suivent étant fausse , obscure et incertaine dans plusieurs points , elle ne peut les conduire a cette évidence et a cette certitude dont ou a besoin lorsqu’il s’agit de la vie des hommes , vu qu elle «u est elle-même dépourvue. La théorie est , par rapport à la médecine, ce qu’est l’hypothèse par rapport à la physique ; elle sert non point à prouver une thèse , comme quelques philosophes se l’imaginent faussement, mais à découvrir la vérité. Elle doit être pour le médecin , ce que sont pour les géomètres les fausses positions (fu’ils fout pour résoudre les problèmes . »
« Quelles erreurs les médecins ne doivent-ils pas commettre , lorsque , sans consulter l'expérience * et guidés par la seule théorie , ils osent décider do ce qui se passe dans le corps humain , et qu’ils se fondent sur des hypothèses ou dos principes evidern^ ment faux ! O chimistes , humoristes , mécaniciens , qui avez été si souvent trompés , ne conviendrezvous jamais que la connaissance historique doit servir de base à la médecine , et que la théorie est un guide infidèle (i) ! »
(i) Svuvag. N«s. mtthoi' , vol. I, p. 87,
Cependant Sauvages ne s’arrête pas à ce point; il entrevoit Futilité de la nosologie philosophique ou de la théorie médicale; et, le premier encore , il assigne la nature de ses véritables rapports avec la médecine clinique* Considérons les principes très^ sages, d’après lesquels il pense que Fou doit s’élever à la théorie des phénomènes vitaux.
« Le corps jouit de forces mortes et de forces animées. Ou donne le nom de force à t@ut ce qui contient la raison suffisante de l’existence d’une action. La force est donc une cause, dont l’effet est appelé action . Toute force suppose une faculté : car là où il n’y a ni puissance ni faculté, il ne peut y avoir d’action.,... C’est à tort que les modenrês ont banni les facultés des Écoles de médecine f pour leur substituer une matière subtile. Serait-ce parce que leur essence nous est inconnue ? Mais, sur es principe, ils auraient du également bannir les noms d élasticité, de gravité, dont on ignore l’essence ; Ou serait-ce parce qu’il y aurait à craindre qu’on ne donnât que des noms à la place des choses ? Ou voit Cependant des mathématiciens qui emploient les lettres x et y , pour désigner des quantités inconnues, et cela avec d’autant plus ‘de succès, qu'ils découvrent , à l'aide de ces moyens, des vérités inaccessibles aux autres philosophes. De même , les mécaniciens emploient , dans la pratique , des puissances animées dont ils ignorent l’essence, et iis font entrer dans leur théorie des choses dont ils ne connaissent les forces et les effets que par l’expérience. J’userai du même droit ; ^examinerai , à l’exemple des
tnocanicîens, les facilités qui sont propres \ l'homme , en tant que nous les connaissons par l'expérience -, je les examinerai comme causes des ellets et principes de plusieurs fonctions , sans prétendre expliquer la manière dont elles agissent sur le corps (i„). »
« Il déclare qu’il importe très-peu ail médecin de vwoir si les facultés motrices résident daus lame ou dans le corps (a). »
Sauvages avait donc vu que les causes devaient être expérimentales, que l’on devait se servir des dénominations abstraites pour la commodité du langage et Ja facilité des calculs analytiques» Il avait établi la distinction des forces animées et des forces mortes , et commencé ainsi la doctrine des propriétés vitales. Cependant le désir de trouver les causes des phénomènes vitaux, meme en les cherchant dans l’expérience ; le vœu formel de s’élever à l’explication du mécanisme des fonctions y à l aide dune hypothèse rendue aussi probable que possible par un très-grand nombre de faits y dernier reste secret de l’ancienne méthode, qui avait encore tant de partisans publics ou cachés ; des habitudes de raisonuement et d induction contractées dans l’étude des mathématiques; outre tout cela , les idées régnantes de l’application directe des mathématiques à la médecine : tontes ces circonstances conduisirent Sauvages à rapporter les mou- Vemens de la machine animée aux affections obs-
(1) 1d. vol. 1 , p.
(2) IJ, p. 53, §. 2f5>«
cures de Famé. Il pensa qu’il n’y avait pas d’autr* moyen pour expliquer l’énergie , l'automatisme , i’harmoiiie et les lois particulières des mouvemens vitaux ? que d’admettre un principe intelligent qui produisait et dirigeait l’action des organes. il modifia singulièrement l’hypothèse de Stahl 7 la rendit plus conforme aux faits } et la rapprocha heureusement de la Nature directrice et conservatrice des anciens. Sauvages eut donc la très-grand® gloire d’attaquer ? le premier en Europe , et de renverser le nié can ici s me : il imprima au système de Stahl des changemens qui devaient le faire adopter par tous les bons esprits j et prépara ainsi , dans le sein de notre Ecole , une révolution plus complète et plus légitime.
Il faut le dire , l’opinion de Stahl n’était au fond, cpi’une hypothèse ; comme celle de Boérhaave et d’Hoffmann ,* mais cette hypothèse embrassait un plus grand nombre de faits -, et sans être la vérité* elle pouvait en tenir la place , autant que cela est possible à la supposition et à l’erreur. Il est plus que douteux que ce soit une intelligence qui dirige l’exercice des fonctions ; dans l’état de santé et de maladie; mais il est incontestable que si un® intelligence en était chargée y elle ne les conduirait pas mieux ni autrement . pour la conservation et le rétablissement de l’ordre. « Je ne cherche points dit Sauvages, à découvrir l’essence des causes premières , mais celle des mouvemens de la machine. Il suffit que le médecin sache que les mouvemens du corps sont tellement liés avec ceux de Fanie^
que quand nvéme celle - ci les conduirait , ils ne seraient pas diffère us de ce qu'ils sont (i). »
Cette considération explique la différence éuorinc qui sépare les heureux effets des hypothèses métaphysiques et les tristes conséquences des hypothèses mécaniques ; elle montre comment l'animisme, passant graduellement ail sensibilisme et au vitalisme , doit arriver à la collection systématique et pure des laits physiologiques et pathologiques , but essentiel et définitif de la science.
Dans la nouvelle manière de raisonner , ou uc s’était servi jusques alors / pour établir les dogmes médicinaux, que des expériences physiques (2)
(1) IJ. vol. I, pag. 59, §. aao.
D’après Sprengel , ( Hist. Je la me'Jec. , roi . V , p. 2o3. ) Stahl n’aurait réuni les causes de tous les cliangcmcns du corps animal sous le nom collectif d’<$/«e , que pour obéir à la loi de Newton, qui défend de multiplier les forces et les causes à l’infini. Sous ce rapport, la philosophie de Newton aurait eu la même influence que celle de Descartes , qui eu médecine a donne* naissance à deux systèmes diamétralement opposés , le mécanicisme et l’animisme , comme , en métaphysique , aux •pinious contradictoires de ilallebranche et de Spinosa.
(2) C’est dans ce sens que Lacazc a dit qu’il méprisait la physique expérimentale , et non dans relui qu’a fait entendre M. Sprengel. En général, cet illustre savant a jugé trés-défa vorablement les auteurs de notre Ecole. Au milieu de scs lectures immenses, il n’aura pas eu le temps de méditer des ouvrages, qui exigent quelque réflexion et une certaine indulgence pour les expressions poétiques. Je ne vois pas comment l’ouvrage de Laeaze est fanatique , et celui d’Abadie mystique; je ne conçois pas comment un homme du mérite de M. Sprengel peut trouver insignifians les écrits de Robert , trop peu connus «Tailleurs même par les Français. Il en veut beaucoup au ton «jue prend Eacaze j selon lui, il n’aurait aucun droit à notre
faites sur des machines ou des cadavres , et c’était avec ces matériaux corrompus et toujours prêts à Se dissoudre, que l’on élevait l'édifice de la science de la vie. Sauvages lui-même avait eu recours à cet appareil étranger. On l’avait vu , dans nos hôpitaux , mesurer la hauteur d’une colonne de sang pour déterminer la force du cœur, évaluer la densité respective de chacun de nos organes pour détruire l'opinion de Willis , ou pour étudier la théorie des plaies. Il avait renversé le mécanisme par les moyens mêmes dont on s’était servi pour l’établir. Ce n’était , en effet , qu’en comparant
les principes mécaniques aux faits , que l’on pouvait découvrir leur peu de rapport. Cette marche était naturelle j elle annonçait les nouvelles idées qui, selon la coutume, partent toujours et se débarrassent du sein des anciennes : le jour est précédé par le crépuscule , état qui unit par gradation les ténèbres et la lumière. D’ailleurs , c’était
la méthode la plus efficace pour combattre l’erreur :
"toute autre n’eiit pas même été entendue et eut été sans relation avec les hypothèses régnantes. Mainte** nant ( 1761 ) Lacaz.e- ouvre une nouvelle source
vérités, établit un nouveau moyen 4
investigation 1
c est l’observation de ce qui se passe en nous dans létat de santé ou. dans les désordres de la inala-
Par sa jactance , qu’il dit être digne d’un Gascon. Je rfa‘'DS *}•*©' te savant allemand n’ait pas toujours pu suivre
Ül.r4-
naa-rdie tive et légère du médecin méridional , et qts’ïl. jgfaciit» p&itifcs tec |aet«mc©' HiaoîejiW uaie plidisaiffelie ingéiûcusi?»'
ftie(i). En effet , nous nous sentons vivre, nous dis-» cernons les un pressions [j .rtieulieres et quelques-uns des phénomènes qui accompagnent l’exercice de nos fonctions , suit dans l’organe qui eu e^t, iin-* media terne îU dirigé , soit dans les organes éloignés , mais qui ont pins ou moiu? d’union sympathique avec celui-ci. À.nst*, quand nous digérons, quand nous nous livrons à des efforts musculaires, lorsque nous pensons , etc. , etc. , nous avons conscience de diverses impressions qui nous •révèlent l’état des forces vitales, leur direction, leur concentration, leur concours , etc. etc, ; et de même que fe sens. intime fournit les matériaux de l’analyse métaphysique , de même, sous un rapport éloigné s’entend, les sensations qui ont lieu dans l'exercice des fonctions peuvent jeter quelque jour sur leurs lois les plus essentielles.
En outre , Lacaze établit la haute importance, p<*ir les progrès de la physiologie, de l’étude attentive de tous les agens extérieurs sur l’économie vivante ; agens que les anciens semblaient avoir vicieusement écartés sous le titre de choses no?ù naturelles , ot dont les modernes eux-mèmes se sont encore peu occupés , ou ne l’ont fait que d’après des hypothèses, comme Brown et son École- II. rendit ainsi la physiologie toute expérimentale- Lacaze me parait donc avoir commencé une révolution très - grande dans la logique ; il créa , à
(i) Voy. te* exceUens pcolégouaéaea de Vide* au l'homme />$/— figue i rt moiui*
proprement parler , la physiologie médicinale oU d’observation . qui, comme nous le verrons bientôt ,
caractérise et distingue honorablement notre Ecole. Cette nouvelle méthode rapprochait singulièrement îa physiologie de la pathologie , et préparait entre ces deux sciences une association plus légitime que celle que le mécanicisme s’était efforcé d’établir.
Nous verrons ce moyen d’investigation acquérir une perfection toujours croissante dans les mains de Bordeu et de ses disciples, de Barthez et de M» Lordat.
Lorsque nous exposerons les détails du système physiologique de Lacaze , nous indiquerons les grandes vérités qu’il a puisées dans cette idéemère. Nous nous assurerons qu’il a très-bien saisi que la physiologie médicinale , celle qui est plus immédiatement applicable à la clinique , celle qui devait prendre naissance dans une École de médecine , et non dans le sein d’une Académie étrangère à notre art 5 que cette physiologie , dîü-je , devait moins se perdre dans l’étude des détails d’un© fonction particulière , que s’élever à des considérations générales sur les rapports des organes, dans l’exercice de leurs fonctions respectives , sur leur concours et leur harmonie. Nous prouverons qu i! a été un des premiers fondateurs de la physiologie du système entier ; physiologie qui est line des découvertes de notre École les plus importantes par la fécondité de ses principes et l’étendue de Ses résultats.
Il faut 1 avouer ? Lacaze n’éfait point un esprit
du premier* ordre; et quand il l’eût été , il n’eût point échappé à l in Ifu ence imprescriptible des idées régnantes ; ou le voit mêler aux conséquences immédiates de 1 observation la plus profonde, les hypothèses les plus arbitraires. Ces hypothèses sont toujours puisées dans les idées mécaniques du temps: ce sont des mouvemens de ressort, de vibratiou , d élasticité physique , qui animent le corps vivant. Le mouvemeivt se communique , se suspend et se renouvelle ; il se renforce et s'affaiblit, toujours par des procédés mécaniques ; les fibres se tiraillent, s entraînent ou se balancent. Cependant tout annonce que la nouvelle logique va se perfectionner de plus en plus , et qu’eile avancera tous les jours la révolution que Sauvages a commencée. Les mécaniciens sont réduits au silence; battus de proche en proche , ils ont été obligés d abandonner le champ de bataille,* ils ne gardent l’empire de la science , que parce qu’aucune autre secte ne se présent pour prendre leur place. Le trône de l’opinion est vacant, du moins il en est ainsi dans notre École qui , dès ce moment , semble abandonner les
autres Ecoles d Europe dont elle ne peut plus partager les principes; dès-lors elie se porte en avant et marche à grands pas par des voies qui lui sont propres , malgré les réclamations vives des traîneurs, qui prétendent toujours qu’elle s’égare. Le temps seul justifiera les hardiesses de l’une ou les réclamations des autres , et sa sentence sera aussi promptement exécutée de part et d’autre qu’elle sera équitable.
Bordeu parait , il assure à jamais le sort de la nou-
Veîle méthode; il veut, il ordonne, avec Bascencfanï de l’esprit et du génie, que l’on étudie l'homme dans toutes les phases de son existence physique. Toujours il a recours à l’observation des phénomènes soit physiologiques , soit pathologiques ; et de même que Locke avait créé la méthaphysique, en l’arrachant aux principes abstraits au moyen desquels on l’avait cultivée jusqu’alors . et en la soumettant à l’observation directe des phénomènes ; de même, par ce procédé, Bordeu établit sur ces vérita** Lies bases la science de l’homme et crée la doctrine de .L'organisme. Profond anatomiste, il rattache les idées métaphysiques de Stahl et de Sauvages à l’étude de l’organisation , et leur prête ainsi un point d’appui. Il imagine un système mixte qui fait le passage des théories métaphysiques aux théories dynamiques ou à la doctrine des propriétés vitales. Il admet le sentiment et le mouvement comme propriétés inhérentes à la fibre animale, augmentées , dirigées et éclairées par l’âme immortelle. Ceux qui ont admiré les découvertes de ce grand homme, n’ont pas toujours peut - être assez apprécié la source où il les avait puisées. Il est d’autant pins important de tenir compte au génie des procédés qu’il emploie , que ce sont eux qui le distinguent et le caractérisent. Bordeu me paraît plus grand encore par la manière dont il a conçu que Ton devait étudier la science dos êtres vivans , que par les belles découvertes de détail qui ont été le résultat de cette manière de philosopher.
C est d’après les observations physiologiques et
pathologiques, qu’il vit que les organes sont animé* de sentiment et de mouvement; qu’ils jouissent d’une vie propre ; qu’ils sont liés les uus aux autres, d’abord en départemens plus ou moins étendus , et enfin en un seul tout. C’est de ce point ,1e plus élevé de la science , qu il étudia la marche des maladies et qu il les compara au mecauismc des sécrétions.
Pour s’assurer de la révolution que Bordcu opéra dans la logique médicinale , l’on n’a qu’à rapprocher ses ouvrages et ceux de sa nombreuse Ecole , de ceux qui paraissaient à la même époque. C’est ce qu’a très- bien lait Robert, son disciple.
Voici ce qu’il disait en i~66 : « Je dois observer que le goût de la médecine commence à s’épurer-; ou voit, avec regret, les jeunes médecins occuper un temps précieux à la discussion de mille questions frivoles, qui ne peuvent contribuer à l’avaneeineut de la médecine. Les médecins , désabusés pour la plupart de la vanité des systèmes , s’accordent à regarder leur science comme une science fondée sur des faits , et ils ont honte de la voir travestie par les faux brillans du raisonnement emprunté de la physique expérimentale (x). »
L’on se convaincra que l’observation directe des phénomènes vivans était singulièrement négligée avant Bordcu, que l’on faisait toute la science avec quelques principes généraux de mécanique appliqués à ces phénomènes, considérés toujours d’une manière
(0 Traité des principaux objets de' méd., dise. prçl, . p. xarjiÿè
vague et générale, jamais dans ces détails qui seuls révèlent et éclaircissent la vérité. Leurs auteurs* perdaient tout leur temps à faire ressortir les rapports imaginaires de ces principes mécaniques avec les phénomènes : chose tellement difficile par ellemême , qu’elle les occupait tout entiers.
Lorsque l’on veut juger une doctrine et apprécier i’inÜuence qu’elle a eue sur les progrès d’une science, il faut lire successivement, et dans l’ordre de leur publication, les ouvrages qui ont précédé et suivi l’introduction de cette doctrine. Dès-lors on voit naître celle-ci, et l’on peut mesurer sans, exagération les pas qu’elle a fait faire à la science.
 s’en tenir à des idées à priori , ou à des considérations générales c’est le moyen de n’avoir aucune notion claire et exacte. C’est pour avoir omis ce précepte, que tous les jours on attribue à un© doctrine ce qui ne lui appartient nullement.
Depuis Bordeu, l’École de Montpellier a marché d’un pas ferme et assuré dans les voies qu’il lui avait ouvertes. L’on doit avoir cette circonstance toujours présente à l’esprit , lorsqu’on veut saisir la manière générale de notre École. Celui qui veut connaître franchement ^ne doctrine, doit se placer dans le même point de vue , pour se convaincre si l’on ne s’est point mépris sur les objets que l’on a cm apercevoir de ce point. C’est par ce moyen que l’on verra comment tel principe de l’École de Montpellier , qui n’est pas démontré ou qui est même combattu par les expériences faîtes sur les animaux vivans ou par les analogies les plus
probables de l’anatomie comparée, lui semble suffisamment établi , si elle peut lui donner pour appui 1 observation médicale. C’est parla encore que l’on péut expliquer quelques préventions injustes , ou des craintes exagérées que les parties intéressées n’ont pas toujours l'indulgence de pardonner.
Quaut au système pathologique, il éprouva, a cette meme époque , une très-grande révolution , à ne le considérer toujours , comme nous le taisons ici , que sous le rapport de la philosophie médicale. Bordeu , eu recommandant l observatiou , en rétablissant le naturisme sur ses véritables hases, rappela la médecine hippocratique dont les hypothèses mécaniciennes avaient tant écarté les esprits ; et il n’y eut pas jusques aux derniers détails de la thérapeutique, qui ne se ressentissent des changemons généraux. Il remit la médecine au point où Hippocrate l’avait laissée, et permit tous les développemens ultérieurs dont on l’enrichit dans la suite. Ce fut Bordeu qui resserra la chaîne qui liait l'Ecole de Montpellier à celle de Cos; chaîne qui» sans se rompre , s'était plus d’une lois relâchée , et dont on avait pe.uj-à saisir la continuité.
Suivons un peu les développemcns de la méthode de Bordeu dans les ouvrages de scs disciples les*plus célèbres. C’est d’autant pi is nécessaire, qu’entraîné par la vivacité de son esprit, le maître négligea de résumer sa logique et ses principes fondamentaux. L’illustre Fouquct fut un des premiers. à se charger de ce soin. Il donna une place à la nouvelle doctriue
âaHS le Dictionnaire Encyclopédique (i) ; ee qu« annonçait déjà le rang qu’elle jouait dans la science et rinfîüeaee qu’elle obtenait, Fouquet eu le tort sains doute , comme on le lui à reproché , de rapporter tous les phénomènes de réconoinie vivante à un© seule force vitale, à la sensibilité. Mais il n’en est pas moins vrai que cette propriété embrasse un nombre immense de phénomènes , qu’elle ouvre presque toujours la sérié de n#s fonctions , et met en jeu toutes les autres propriétés vitales. La sensibilité devait frapper les premiers regards des premiers observateurs de la nature vivante*
Fouquet appuie toujours ses dogmes sur un grand nombre de faits j empruntés sur-tout à lâ médecine - pratique : tel était le caractère de la -secte ; mais nous convenons aussi qu’il hasarda plus d’une hypothèse. L’on ne lui rendrait point justice, si l’on comparait sa marche libre et queL quefois même égarée, à la marche sévère et quelquefois même gênée que l’on suit aujourd’hui. Pour apprécier toute l’excellence de sa méthode , I on doit la rapprocher de celle qui régnait à la même époque en Europe.
En outre, Fouquet a le défaut propre à l’Ecole entière de Bordcu , défaut qui se rattache peut-être a 1 influence du climat méridional sous lequel elle s était formée. Une imagination ardente, spirituelle et poétique , donne presque toujours une forme positive à ses conceptions les plus abstraites : il
{0 Art, Sensibilité
personnifie, il réalise tout. Il était d’autant plu» porté à saisir ces fantômes, qu’il lui avait paru à propos de rechercher l’essence ou la nature de la sensibilité. Il veut remonter aux causes , et par voie de conjecture , il se permet des hypothèses plus ou moins gratuites. Suivons le fil (pii l’égara dans ce labyrinthe.
La sensibilité consiste essentiellement dans une intelligence purement animale , qui discerne futile et le nuisible des objets physiques. La mobilité n’est que l'expression muette du sentiment, c’estù-dire , l’impulsion qui nous porte vers un objet, ou nous en éloigne. Ainsi l’araignée se contrat' te toute en elle-même *, les limaçons retirent soudainement leurs cornes, lorsqu'ils sc sentent jfiqués ou blessés : au contraire , ces mêmes animaux se dilatent , s’épanouissent , pour ainsi dire , à l’approche des objets qu’ils reconnaissent leur être utiles ou qui flattent agréablement leur sensibilité. Daus le plaisir, l’àmc sensitive semble vouloir s’élargir, s'amplifier, pour présenter plus de surface
à la perception . -, c’est un principe sentant et sc
mouvant en soi, une âme corporelle . -, tous le»
mouvemens de l’animal sont inspirés par la seiw sation intime de son existence , e t dirigés par le désir de son bien-être.... Di uv < ontraircs, l ame et le corps ne peuvent être associés que par un milieu,
c’est 1’àme sensitive . L’âme sensitive petit être
considérée comme une dépendance de l ame du monde, admise par les Stoïciens : elle est la silique de l’àm£ raisonnable. S’il faut se décider sur ces uaa-
tières pat le nombre et le poids âe$ autorités , o» sera porté à croire que la sensibilité ou lame sensitive est substantielle et non simplement formelle* Cela posé, et en n’adoptant ces opinions qu’à titre de théories lumineuses , et à quelques égards même sublimes , il est à présumer que cette substance est nu composé d’atomes subtils et légers comme ceux du feu, non de ce feu grossier et destructeur, appelé feu élémentaire j mais une émanation d’un principe plus sublime, ou le feu intelligent des Stoïciens, »
« Ces atomes ainsi animés s’insinueront dans la texture de certaines parties du corps , disposées à les admettre, eu sorte qu’on pourrait se 'représenter l’assemblage distributif de ces atomes comme un tout figuré ou modelé sur l’ensemble de ces mêmes parties. Cette forme du principe sensitif est justifiée par ce qui s’en manifeste dans les passions. C’est, en effet, le relief de cette âme qui semble varier celui du corps sous des caractères relatifs aux affections qu’elle éprouve ; souvent même ces caractères restent représentés sur certaines parties, quelques moniens après la mort ; ce
qui rend plus qu’applicables à des êtres réels les
expressions figurées des historiens et des poètes, eomrne par exemple le Belictœ in vultibus minoe de Fiorus, lib. /, et le e morte anco minaccia du Tasse. De tout ce que nous venons de dire , il suit qu’on peut regarder le sentiment , dans les animaux , comme une passion physique ou de la matière, sans qu’il soit besoin, pour rendre raison des spasmes affreux que peut causer un stimulus même.
léger, de recourir a l’àme spirituelle, qui juge ou estime les sensations, comme le prétend Stald ... C’est donc une condition inséparable de l'état d’animal , que celle de percevoir ou de sentir matériellement, comme on d t , ou dans sa substance. L’âme raisonnable peut sans doute ajouter à ces sensations par des circonstances morales; mais, encore une fois, ces circonstances n'appartiennent point à l’animal considéré comme lot , et il est meme probable qu elles n’eut point lieu chez plusieurs. R stera toujours cette différence entre l’iionnne et la brute , que , dans l'homme-», la sensibilité ou l'animalité est dirigée ou modérée par un principe spirituel et immortel qui est lame de l’homme, et que, dans la brute , elle tient à un être moins parfait et périssable appelé instinct ou Ame dis bêles. »
L’on doit remarquer ici que Fouquet ne voulait pas de l’hypothèse de Stahl, et qu’il l’adopte cependant malgré lui et suis s’en douter. Il rapporte seulement à lame sensitive les phénomènes que Stahl attribuait à l'Ame spirituelle, non pas en tant que raisonnable, mais eu tant qu’animé© de forces seusitives dirigées par l'instinct ; ce qui revient à peu près au même , tant il est vrai que, lorsque Ton sort des faits pour se perdre dans la recherche des causes , ou ne sait trop où l’ou
arrivera
Nous insistons à dessein sur les erreurs qui ont échappé à notre École et sur les hypothèses qu’clle a pu se permettre, soit j our l'instruction de ceux
qui continueront sa doctrine , soit aiiu de donner
à chaque instant au lecteur la garantie de noir© impartialité.
L’on peut encore étudier avec fruit la manière de philosopher de Bordeu , dans les Recherches physiologiques et philosophiques sur la sensibilité ou la vie animale . Par cet ouvrage , écrit avec autant d 7 esprit dans l’expression que de profondeur * dans la pensée , M. Oesèze ne contribua pas peu à répandre la doctrine de Bordeu , et l’on regrette , en le lisant , que ce médecin estimable n’ait pas continué une carrière dans laquelle il était entré
avec tant d’éclat , et qu’il n’ait pas suivi dans
ses progrès ultérieurs line révolution à laquelle il avait coopéré avec tant de gloire.
Ï1 me parait que , dans l’ouvrage de M. Desèze f la nouvelle logique prend plus d’assurance et de fermeté y et sous ce rapport il doit nous arrêter quelques instans, malgré la marche rapide à laquelle nous nous sommes astreints , nous occupant, dans cette partie de notre travail , moins d’exposer les principes de chaque auteur que sa manière de philosopher, et les dogmes fondamentaux qui en ont été 1® résultat.
il commence ses recherches par attaquer le niécanicisme : tel était l’usage consacré pour tous les ouvrages qui sortaient de notre Ecole à cette epoque. L’on n’a pas assez vu que si le mécanicisme est tombé , c’est à elle que la science doit sa chute. D ailleurs , on a toujours aimé un peu à ferrailler dans notre Ecole, c’est encore un des effets du. climat \ et puis ^ nou.s l’avons déjà dit , depuis
quelque temps nous nous piquons de nous porter eu avant , ou en a ici la preuve évidente ; les traîneurs nous tiraillent ci nous harcèlent , nous le# aiguillonnons, nous voudrions le6 débarrasser de l’équipage qui les surcharge , et le6 empêche de nous tenir pied ( i ).
« Le principe des mécaniciens est -il vrai ? Le corps humain est-il une machine stato- hydraulique? Y a-t-il du sentiment dans une machine? Y a-t-il une mobilité spontanée ? Le premier mobile if est-il pas étranger aux rouages qu’il fait mouvoir? Est-ott bieu sur, d’ailleurs, qu’il y ait une physique dont les lois puissent embrasser tous les corps naturels? La vraie philosophie doit-elle toujours généraliser les causes , et restreindre la nature aux seules manières d’agir analogues à nos conceptions ? Pourquoi n’accorderions-nous pas aux corps animés uni» physique particulière? Les facultés qu’on remarque €ii eux, et qu’on ne remarque qu’en eux, u’amioncent-elles pas qu'ils fout une classe à part, qui a scs lois d’action , ses lois de mouvement , indépendantes de celles qui dirigent les autres corps ? La sensibilité, qui est leur premier ressort , a-t-elle le
(i) Certain» amour? - propre» pourront être blessé» par le nAtre , et on ne manquera pas peut-être de nous **n faire ub «rime. Les personnes charitable» s'apercevront, j’espère, que je île parle pas ici pour mon propre compte , quoique je me serve d'une expression qui m’identifie avec mes maitres. Ce n’est que pour la commodité du langage, et de la même manière qu’un, tambour parle des victoires de son général, comme s’il y avait coopère d« tout autre façon qu’eu faisant un peu de bruit»
moindre rapport avec les forces motrices cônmies? A-t-elle une marche que l’on puisse calculer? Quoi! mie machine active et sensible dans toutes ses parties , pourra être comparée à une machine inactive P insensible , morte „ dont une force étrangère meut tous les ressorts ! Jetez, les yeux sur la marche des maladies > sur le travail de la coction , sur les mou» vemens tumultueux des crises f sur les sympathies de tous les organes , sur les dépôts critiques , sur les métastases ; sout-ce là des phénomènes coucordans avec les lois physiques admises dans l’éco* momie animale , et n’annoncent-ils pas un agent conservateur , qui modifie à son gré tous les mouvemens vitaux pour le plus grand avantage de l’être qui reçoit de lui le sentiment et la vie ? »
« L’esprit humain , lassé de l’erreur , se repose enfin du mouvement rapide qui l’avait si long-temps entraîné vers elle j il fuit , dans les sciences , les hypothèses ingénieuses qui , presque toujours > ne sont fondées que sur de fausses applications ; il veut monter des faits aux principes , et non descendre des principes aux faits. Grâces à la révolution générale qui s’est opérée dans toutes les branches de iat philosophie naturelle , le règne de l’observation renaît *, on s’occupe à rassembler les faits, à suivre la marche de la nature , à épier ses mouvement secrets ; et de là naîtra , sans doute , une théorie plus lumineuse , la seule vraie , la seule qui éclaire la pratique ? et qui en soit éclairée à son tour (î). »
(i) Iiecherch. pag. 16,
Voici comment il s’exprime sur l’opinion de Stahl , qui , à cette époque, faisait tant do bruit à Montpellier , et comment il croit devoir la modifier : co passage est très-important pour montrer les rapports et les différences qui existent entre les deux doctrines. u La théorie de Stahl est simple et étendue; elle joint à la fécondité des détails l’unité du principe ; si elle n’a pas séduit tous les esprits , c’est qu’ils ont été rebutés par le style barbare de son auteur : elle a eu pourtant pour partisans des hommes célèbres, qui l’ont exposée dans un jour plus favorable. Les difficultés qu'on a faites ne tombent que sur le premier mobile que Stahl a choisi ; mais plus on méditera le fond «le cette doctrine, plus on en sentira la vérité. Ainsi , en admettant un autre principe que l’âme pour diriger toutes nos fonctions, principe intimement uni avec elle, mais qui ne jouit pourtant pas des mêmes attributs , ou résout une partie des objectiaus qui combattent le Stahlianismc (i). »
Il est évident qu’ici , comme dans le Staldianisme, on reçoit la nécessité d’un principe pour diriger nos fouctions , et les faire concourir à un Lut commun ; ou cherche à expliquer ce s fonctions, on les attribue à une cause positive et absolue. Le dogme fondamental du Professeur de Halle est admis, ou ne s’écarte du système gé aérai que par quelques différences secondaires qui doivent avoir cependant , dans la suite, de très.- grandes et très -heureuses influences. D’après cetto manière de raisonner*
feti Se Jetterait Bientôt dans deâ Bypoffege# qm ^Itéreraient les résultats des meilleures méthodes l’on s’efforcerait vainement de pénétrer dans Fessene® des choses*
« Si , dans la nuit profonde qui nous environne, îious osions toucher au voile qui couvre l'essence
des choses ? nous- ne serions pas éloignés de croire 9
avec les Stoïciens r en nous- restreignant pourtant dans les bornes qu’ils ont négligées , que la matière ne peut passer , p-ar des progrès sensibles-, de l’état d’inertie ou de mort à l’état d'activité ou de vie, qu’en admettant dans sou sein une substance qui lui est étrangère, et qui contient en elle des facultés vitales* Cette substance , qui ne peut être conçue,. unissant les propriétés d’un esprit pur aux propriétés- de la matière , parce que ces deux sortesd’êtres sont d’une nature opposée , peut cependant avoir ? sous une forme matérielle, des propriétés dont la matière ordinaire ne jouisse pas. On peut croire que les facultés qu’elle a en puissance ne sont réduites en acte que dans les corps dont l’organisation en favorise l'exercice ; elle déploiera , par exemple ? dans les minéraux et dans toutes les masses de matière brute qui , d’après la configuration de leurs- molécules intimes , ou- d’après- le plan initial de celui qui créa tout, ne peuvent recevoir les qna^ lités d’une nature vitale ; elle déploiera , dis-je , une simple force d’attraction dans la masse totale, ou d affinité dans les agrégés de ces corps.*.. 33 •
« Dans les végétaux, le principe' du mouvement général ma&de&tâ une nouvelle puissance^ les lois-
qui en ont combiné le mécanisme et qui le son« tiennent , se compliquent. Il faut que la sexe cii> cule pour nourrir tous les rameaux (le la plante , qu’elle circule dans des routes tortueuses , et que néanmoins son cours soit toujours réglé. Ce suc peut s’altérer, se corrompre*, il faut doue uu principe conservateur qui agisse d’après un plan fixe , qui garantisse la plante des maladies qu’elle peut éprouver et de la mort qui la^meuace. Le fond de la vie végétale parait être borné au mouvement tonique et à une sorte d’irritabilité obscure dans quelques-unes , assez manifeste dans les sensitives, etc. Cette espèce d’irritabilité des végétaux a bien
pour cause la sensibilité à l'impression de la lumière , du fluide électrique, ou d’un stimulus quelconque ; mais cette sensibilité n’est qu’individuelle , elle ne donne pas la conscience des perceptions qui n’appartient qu’à l’animal ; elle veille seulement à la conservation de l’individu \ eLle lui fait exécuter
toutes scs fonctions . »
« Le même principe , se combinant avec des corps doués d’une organisation moins simple et bien plus délicate, accroît encore le nombre des propriétés qu’il a développées dans les autres règnes. Il unit,, dans les animaux, à cette force d’attraction, de combinaison dont jouissent les minéraux , qui réside dans les élémens particuliers qui les composent, et à l’irritabilité des végétaux , la sensibilité, faculté précieuse qui ‘seule établit l’excellence du système animal, et lui fait occuper la place la plus honorable parmi les merveilles de la création. . ... »
« Si rbomme tient à tous les règnes de la nature'* l’ii fait partie de Fensemble des corps organisés ? soit par les molécules matérielles dont l’union forme le tissu, de ses organes , soit par ce germe vivifiant qui en dirige tous les mouveraens. suivant des lois particulières , il en. est séparé par un principe plus noble, rayon de Inintelligence divine, qui échappe ans vicissitudes des combinaisons de la matière ? et va, quand le corps est détruit, se rejoindre au foyer céleste dont il est émané* »
« La substance vivante circule donc , comme 1$ substance ignée , dans, toute la matière ; elle es anime toutes les formes , y déploie toutes ses facultés ; c’est un genne indestructible , un véritable élément qui. fait croître le corps auquel il s’attache.*» Ce feu ne s’éteint point, il pénètre. de nouveaux corps , déploie de nouveau tous ses attributs , jouit dans ces nouvelles créations des. avantages, qu’il c’aurait plus dans des corps. épuisés et languissons (ï).s> M. Desè&e sent cependant qu’il s'enfonce de. plus, en, plus, dans les ténèbreSo « Ne scrutons pa§ plus avant , dit - il , dans l’essence du principe universel, La nature, est. un. abîme dont l’homme
mesure la surface , et dont Dieu, seul sonde la profondeur. Dans, des matières aussi obscures , et qui ne sont d’ailleurs que de pure spéculation, ne nous suffit-il pas d’avoir un point fixe.; et ce point , c’est l’existence de çe mobile intérieur attaché à l’orgauisation , comme Se germe à une matrice ou il se déploie? Et pourquoi nous refuserions- nous à !«,
CO M. p. 73.
mr.ryjnTagSQ
regarder comme une émanation de l'esprit de vie
circulant dans tous les corps, si cette idée, trèsprobable en elle-même , 11e nuit à aucune vérité , 31 elle sert à agrandir la sphère étroite de nos conceptions , et à faire briller à nos yeux , de couleurs plus vives, le tableau de lUnivers. L’homme peut -il concevoir rien de plus beau que ce qui existe y et le plan le plus vaste qui s'offre à sou intelligence, n’est - il pas nécessairement le plan qu’a suivi la puissance créatrice , ou celui qui en approche le plus (1) ? »
L’on voit avec quelle réserve M. Desèze s'engage dans toutes ces hypothèses : tel était déjà le caractère propre à son École. J’ai voulu rapporter tout au long ce passage remarquable pour faire voir comment 011 raisonnait à cette époque, et pour faire mieux apprécier les dangers de cette méthode séduisante. M. Desèze me paraît faire la nuance entre Bordeu et Barthez. Il avait été disciple de tous les deux, lorsque l’un portait sa gloire au plus haut degré, et que l’autre la commençait avec tant d’éclat.
Jusqu’ici les perfectionnemens successifs que l’École de Montpellier a introduits dans la science de l’homme , se réduisent aux trois chefs suivans: i.° à l'affranchissement de la médecine , soumise jusqu’alors au despotisme de la physique et de la chimie (Sauvages, Bordeu); 2.* à l’observation plus attentive et plus étendue des phénomènes de l’état de santé et de maladie ( Lacaze , Bordeu,
,( ») ld . p. 88.
Bobcrt J; 3.0i a la découverte de quelques propriétés fondamentales des êtres vivans, que l’on étudiai! d’après les phénomènes et de toute autre manière q n "on l’avait fait. C’est ainsi que Bord eu avait rapporté tous les phénomènes vitaux au sentiment et au mouvement , et qu’il les avait déjà soumis à une analyse heureuse , quand il les avait considérés sous deux modes diffère us le mode laten t ou caché , et le mode sensible ou manifeste II avait considéré les rapports de c a s deux forces fondamentales et de leurs divisions ? et avait enfin rattaché toutes les fonctions à ces deux phénomènes primitifs'’
« En poussant 7 dit - il , aussi lom que possible les recherches sur la vie , on voit qu’elle consiste dans la faculté qu’a la fibre animale de sentir et de se mouvoir d’eile-mêrne. Cette faculté , innée dans les premiers élémens du corps vivant 7 n’est pas plus étrange que le sont la gravité T l’attractiois et la mobilité qui appartiennent à divers corps (i).5> L’on voit ici un essai de l’application de la méthode Newtonienne à la science des êtres vivans. C’est encore ainsi que Haller avait distingué les parties vivantes en irritables et en sensibles.
Cependant on ne sait pas recevoir en entier ces propriétés comme le résultat pur et simple de Inexpérience , quoique l’on en ait bien la fantaisie £ Ion y ajoute toujours quelque idée hypothétique ? ou se croit obligé d’en donner l’explication. Oe ne sait donc point encore où l’on doit s’arrêter 9
(i) Sw&eug ouv. oit, 9 vol, II 3 p. 924*
quoique l’on sache enfui où l’on doit fendre. Haller compare son irritabilité avec l’élasticité et les autres propriétés mortes, il les compare d’après des faits f il proclame leur différence essentielle; et il persiste à croire qu’elle dépend du gluten de la libre et de l’élasticité de celui-ci.; ce qui ramène l’erreur qu’il s’est efforcé de détruire ; mais Haller est disciple de Boèrhaavc, et l’on connaît la force des premières habitudes. On le tracasse sur ce point , il se retire d'assez bonne grâce , il se retranche sur cette proposition générale que rien oe rend d’ailleurs plu» assurée, quoiqu’elle soit plus vague, savoir, qu’en dernière analyse , l’irritabilité doit dépendre de la. fabrique de la libre ( i ). Les sécrétions, les excrétions et une foule d’auties phénomènes vitaux sont toujours expliqués par la chimie et la physique , dans sa grande physiologie, comme ailleurs.
Bordeu avait admis la sensibilité et la mobilité comme propriétés primitives : il les avait considérées comme purement vitales et inhérentes à la libre animale, comme un des attributs caractéristiques de la matière vivante qu’il distingue de la matière morte. L’àme ne faisait plus que prêter sa lumière et sa vivacité à ces propriétés vitales. Le moment approche oïi l École de Montpellier ne sera plus Stahlienne. Il avait encore mêlé ce Stahlianisme modifié à quelques opinions mécaniques du temps, la vibration des nerfs , etc. L’étude de ce système mixte est un exemple frappant de cette marche de
£r) Mena, sur la nature irritable et sensible. Tissot , vol, I , p. 8a«
Pesprit humain que nous nous plaisons à signaler et à suivre. Les- idees se perfectionnent par nuances j elles ne tranchent jamais les unes sur les autres.
Ou n’étudie plus maintenant les phénomènes vitaux d’après des hypothèses préconçues., comme Taraient fait jusque-là les médecins anciens et modernes , ainsi que le prouve l’histoire de la première origine du système des quatre humeurs^ du calidurn innatum , du luxam et du slrictum f du chimisme y du mécanicisme , de l’ animisme * etc» On ne commence pas par l’hypothèse pour finir par les faits que l’on plie à celle-ci, bon gré ou malgré ; mais on commence par les faits , et l’on finittrop souvent par l’hypothèse : ce qui est bien différent ; les hypothèses de ce genre font beaucoup moins de mal , mais elles en font encore» Tel serait un homme qui voudrait se corriger de ses vices t et qui , faute de notions exactes sur la vertu p ou plutôt par la force de l’habitude seule, ne serait encore rien moins qu’un honnête homme t au moment même peut - être où il se glorifierait d’être un sage.
Voilà quel était l’état de îa logique de la science de l’homme *, et ce qu’il y a de remarquable , mais ce qui doit peu nous étonner, c’est que îa logique de toutes les sciences présentait les mêmes espérances et les mêmes imperfections à cette époque» De toute part, on détruisait les hypothèses et l’on, vantait 1 observation ; on ramassait des faits , et 1 on pressentait déjà que , pour les théoriser , il ïig fallait que les classée : seulement on n’était pas,
wncore bieu fixé ni sur les bases , ni sur les règle* de cette classification.
Ce fut au milieu de ces circonstances favorables f que se forma 13 art Le z («777-177^) C1 2)- U saisit avec génie que toutes les erreurs et les incertitudes de la médecine provenaient de ce qu’on n’avait pas pleinement suivi les règles de la bonne manière de philosopher dans la formation des dogmes médicinaux» Il vit qu’il ne fallait pas s’amuser à éuiouder quelques branches mortes et dégénérées du vieil tirbre de la science; mais qu’011 devait le transplanter sur un sol plus favorable , qui put lui permettre tout son développement naturel , et lui rendre la fécondité dont il était susceptible.
« C’est en vain , dit-il (2) avec Bacon , qu’on espère de grands accroisscmens dans les sciences , lorsqu’on se borne à y sur-ajouter ou à hanter les counaissances nouvelles sur les anciennes; mais il faut en reconstruire le système entier, depuis leurs premiers principes , si l’on ne veut y être toujours borné à un mouvement comme circulaire , qui ne permet que îles progrès presque insensibles. »
Marchant ainsi sur les traces du chancelier d’Angleterre , le médecin veut avoir la gloire d’étre compté au nombre des législateurs dans la science
(1) Dans cette partie importante de notre travail , nous avons dû nous servir très -sou vent de la Doctrine médicale de Jlarthe* par M. le professeur Lordnt , ouvrage qui honore autant son auteur que le grand homme à la mémoire duquel il est consacré.
(2) Nouv. élém. de la science de l’homme, seconde ed.it. a *8o6 , pag. 3.
âeis méthodes ; ïî donne plus de précision et de netteté à la philosophie de Bacon ; il la rend moins ambitieuse , et commence , si j’ose me servir do cette expression . à couper un peu les ailes de cet aigle hardi, toujours prêt à voler vers la rechercha des causes premières. Barthez St une réforme qu’ap» pelaient les vœux de tous les savans de cette époque , qu’ils entrevoyaient , qu’ils embrassaient même , mais qu’ils n’étrâignaient pas peut-être avec assez de force pour qu’elle ne leur échappât bientôt® La philosophie naturelle (i) a pour objet la re-
(î) La philosophie de Barthez est exposée dans le discours préliminaire des Nouveaux éiémens, dans les notes correspondantes et dans plusieurs passages de ses ouvrages. Je recommande ces divers morceaux à l’attention du lecteur ; je conviens qu’ils sont abstraits et obscurs , mais , au fond , ils sont très-courts et pas aussi difficiles à entendre qu’on le suppose , pourvu qu’on se dépouille de ses préjugés pour adopter un moment la manière de voit' de Barthez. J’ose assurer le lecteur qu’il sera amplement dédommagé des peines qu’il aura prises en ce genre. Il ne s’agit point ici d’un systématique dont les opinions n’intéressent que les curieux , il s’agit d’un très-grand médecin qui affiche la prétention de réformer la science sur les principes de la bonne manière de philosopher > et qui semble l’avoir légitimée. Dans le temps , nous comparerons le discours préliminaire des Nouveaux éiémens, avec les beaux prolégomènes de l’anatomie générale; et l’on verra quelle différence dans la force de tète et dans la pureté des principes ! Je ne connais aucun morceau de ce genre dans aucun ouvrage de médecine. On lira encore avec le plus grand fruit, dans les mêmes vues , la Doctrine médicale de Barthez 9 pag. iiç-i/jO, et passim ; les Nouveaux conseils sur la manière d etudier la physiologie de l’homme; l’Eloge funèbre de Dumas, par M. Prunelle, pag. 16-22 et passim . Ce dernier discours est remarquable par la Iranchise et la sage liberté avec lesquelles va prolesseur de 1 Ecole de Montpellier s’exprime sur le rompt#
cherche des causes dos phénomènes de la nature^ Lieu différente de l’histoire naturelle , qui ne s'occupe que do l'exposition de ces mêmes phénomènes* La philosophie naturelle classe et {généralise les faits: elle seule crée la science. L’expérience ne peut nous faire connaître ce en quoi consiste essentiellement Faction des causes , même les plus simples; par exemple, nous ne savons pas par quel mécanisme intérieur le mouvement se communique dans l'impulsion ; comment un corps élevé eu l’air et .abandonné à lui même est ramené vers la terre. Nous ne pouvons que constater les effets , les résultats de ces causes, l’ordre de succession des phénomènes entre eux, les lois auxquelles ils se montrent soumis. On entend doue par cause, ce quelque chose d’inconnu pour nous , mais qui n’en existe pas moins , et qui fait que tel phénomène aient toujours à la suite de tel autre, ce lien secret des phénomènes , dont nous ne voyons que les apparences et le jeu extérieur. Il est donc évident que nous n avons aucune idée , aucune conception de la causalité eu général , ni d aucune cause en
d’un collègue , la gloire et l'orgueil de son F.role. Pour ce qui me regarde, je me suis servi des propre» expressions de Barthez^ afin de présenter sa doctrine avec plus de pureté, me réservant seulement le droit de les étendre, lorsqu’elles me paraissent avoir besoin de ce secou rs. Il est possible qu’après toutes ces lectures et toutes ces explications, il y ait tel passage particulier que l’on ne comprenne pas ; mais , s’il en était ainsi d<* l’ensemble des <lo gmf1*, ce qui est le point important, ne pourrions-nous pas accuser la bonne foi d'un lecteur prévenu , si d’ailleurs il avait uae intelligence ordinaire.
particulier. Barthez pense seulement que nom mm* mes forcés d’admettre îa possibilité de la causalité connue fait fondamental de îa philosophie des sciences, et qu’il faut nécessairement établir que les effets, quels qu’ils soient, reconnaissent des causes,» Ses prétentions en ce genre ne vont pas au-delà.
Il suit de ces principes , que nous ne pouvons connaître les causes que par les lois que Fexpé-
rience consacre sur leur action. Nous ne pouvons pas voir directemenr les causes, nous n’avont aucun sens , aucune faculté qui nous mette en rap» port avec elles , nous ne pouvons les étudier qu’à travers leurs effets.
On peut donner à ces causes générales , qu’il appelle expérimentales , les noms synonymes et pareillement indéterminés de principe , de puissance 9 àe force , de faculté , etc. Ges mots ne désignent par eux - mêmes que l’admission présumable des causes en générai ; ils ne disent rien sur leur nature et leur mode d’action.
Toute explication des phénomènes naturels ne peut en indiquer que la cause expérimentale prise en ce sens. Expliquer un phénomène , se réduit > toujours à faire voir que les faits qu’il présente s® suivent dans un ordre analogue à l’ordre de succession d’autres faits qui sont plus familiers, et qui dès-lors semblent être plus connus.
C’est ainsi, qu’après avoir trouvé que îa pesanteur et la force centripète de la lune suivent une même loi dans leurs effets, Newton a dit que leur saitf* commune est la gravitation.
L’état présent de chaque science naturelle doit y faire admettre un certain nombre de causes expérimentales qui correspondent à la comparaison analytique des phénomènes et de leurs lois. Il est également nuisible à la marche de cette science ,
d’y trop étendre le nombre de ces causes, ou de le trop resserrer. Les anciens ont eu trop de facilité a multiplier, dans l'étude de la Nature, le nombre des causes expérimentales* Ils ont introduit souvent une cause ou faculté nouvelle , pour rendre raison des phénomènes qu’ils auraient pu expliquer , par leur analogie avec d’autres phénomènes dépendans des facultés qu ils avaient déjà admises.
Ils ont aggravé encore cette multiplication vicieuse des causes données par l’expérience, lorsque, au lieu d’énoncer simplement une de ces causes, ils l’ont définie par une affection morale ou autre, qu’ils ont supposée arbitrairement dans un principe inconnu. C’est ainsi qj'ils ont donné pour cause de l’ascension de l’eau dans les pompes , l’horreur du vide, qu i s attribuaient à la Nature ou au principe universel.
Les modernes ont porté trop loin leurs préjugés sur l’imperfection de la philosophie ancienne j elle n’est pas répréhensible pour avoir établi des causes ou des facultés occultes, mais elle l’est pour if avoir pas limité le nombre de ces facultés, d’après l’état présent des connaissances positives sur les résultats des faits.
La plupart des modernes sont tombés dans un
défaut opposé , en diminuant , dans les sciences naturelles , le nombre des causes expérimentales, fort au-dessous de celui qu’indique l’observation. Quelques-uns d’entre eux ont voulu rapporter toutes les forces motrices des corps à la seule force de communication du mouvement par l’impulsion ; et ils ont ainsi voulu réduire à une seule force, les facultés occultes des anciens , qu’ils croyaient d’ailleurs pouvoir détruire. Mais ce n’est qu’en multipliant de vaines hypothèses, qu’on peut diminuer à ce point le nombre des causes expérimentales.
Dans toute science naturelle, les hypothèses qui lie sont pas déduites des faits propres à cette science , mais des. faits empruntés à une science plus ou moins étrangère , sont contraires à la bonne méthode de philosopher. Il serait absurde, pour voir un objet , d’en regarder un autre dont on n’aurait pas prouvé l’identité avec le premier; ce serait aller à Londres pour savoir ce qui se passe à Paris. C’est cependant ce qu’on a presque toujours fait dans la science médicale ; au heu d’étudier les êtres vivans dans les phénomènes qui leur sont propres , on les a considérés dans les corps privés de vie. Encore un coup, c’est tourner le dos à un objet pour le mieux voir. On croyait , il est vrai , qu’il y avait analogie entre les uns et les autres ; mais c’était cela meme qu’il fallait préalablement établir, et dans ces vues il fallait commencer par étudier les phénomènes vitaux en euxmêmes. On a suivi la marche inverse, et quelque yieieuse qu’elle paraisse, elle était cependant na-
turelîe; l’esprit Immun va toujours du connu h r inconnu , il a du passer ainsi de la physique et de la cimnie à la physiologie.
Lorsque l*o u veut deviner la nature par des hypothèses où l*oii emploie des principes etrangers aux faits qui sont l'objet de cette science , on négligé ou ou altère ces laits , selon qn ils se refusent ou qu ils s’accommodent à ces hypothèses.
C’est en combinant et en calculant , c'est-à-dire > en déterminant le nombre respectif des laits bien observés qui se rapportent à chaque cause générale ou faculté experimentale une fois établie , qu’on parvient à la découverte des lois secondaires de celte cause. Ainsi, et s lois secondaires ne sont que le résultat des laits arranges d après iiuis grandes et légitimes analogies.
Il est évident que , d’après cette manière de philosopher , on ne prend aucun engagement avec aucune idée préconçue , pas même avec les dogmes qu’on est parvenu à établir. L’on peut changer les causes expérinu ntales elles-mêmes , si , par une comparaison analytique plus exacte de leurs lois, lou juge convenable de les classer ditTi remment.
Un n admet aucune notion intermédiaire entre les phénomènes , pour leur servir de lien et île moyen d’explication. O i déclare formellement qu ou ne veut ni qu’on ne peut pénétrer dans leur mécanisme intérieur. On se croit obligé seulement de reconnaître que ces phénomènes, mxquels on est r mi >nté graduellement et en suivant leur succession , doivent avoir une cause ; ou proclame iexisleuce générale
«3e celle cause ; on ne dit rien sur sa nature , ni sur son mode d’action ; tout ce dont on est assuré , c’est qu’elle agit. On étudie cette action d’apres les résultats de cette action même : résultats que l'on rédige en lois générales ou particulières.
M aïs 3 dira- t~ on, pourquoi s’arrêter a telle ou telle force , à i’aUraction , par exemple , pour les corps physiques ? Parce que , au-delà du fait qu’elle est censée produire , je ne vois plus rien -, parce que ce fait me parait seul de son espèce , qu’il ne peut être comparé à aucun autre ?* du moins il en est ainsi dans l’état actuel de la science. Car , si un examen ultérieur de la Nature faisait découvrir un phénomène antérieur à l’attraction ; dès-lors celleci ne deviendrait qu’un effet secondaire , et il faudrait créer un mot qui exprimât la nouvelle faculté que le nouveau phénomène supposerait.
Comme cette méthode est très-abstraite , comme elle demande .un esprit dégagé de toute espèce de prévention et même des préjugés les plus naturels , ©u consacrés parles habitudes les plus fortes , il faut convenir qu’il n’est pas très-facile de la concevoir, et moins encore d’en faire l’application aux détails des sciences ; mais cependant elle devient très-simple une fois qu’on l’a saisie, et très-avantageuse quand ou sait s’en servir.
Elle avait été entrevue , il est vrai, par Bacon, dans son dogme fondamental , quoique ce grand homme me semble avoir plus insisté sur les moyens logiques , que sur le but définitif de la science qu’il a placé beaucoup trop haut, dans la,
région des causes transcendantales et premières y c’est * ii - dire , au sein même des ténèbres. Elle avait été sur -tout suivie par Newton, et mieux encore par ses nombreux disciples , qui chaque jour lui faisaient faire de nouveaux progrès. Elle était, si l’on veut , une conséquence des principes du Chancelier d Angleterre ; mais je ne crains pas d’aflirmer quelle n’avait jamais été établie, avant Barthez , d’une manière aussi précise et aussi formelle, qu elle n’avait jamais été mise en pratique aussi franchement , et qu elle ne l avait été encore que par rapport aux sciences physiques , beaucoup plus faciles à étudier que les sciences physiologiques.
A voir comment cette méthode a été appliquée aux sciences , et sur - tout à l’étude des êtres vivans , j'ose déclarer que même aujourd’hui elle est méconnue en partie par un grand nombre de philosophes très-recommandables. Pour s’en assurer , on n’a qu’a faire attention à la manière dont la plupart des médecins proposent les divers problèmes physiologiques, et aux solutions qu’ils prétendent en donner. Les détails ultérieurs que nous aurons à présenter éclairciront ce point important de philosophie médicale, et justifieront ces reproches.
Dans la recherche des lois secondaires d’une cause ou faculté expérimentale , l’on doit employer le nom de cette faculté , préférablement à tout autre. Ainsi , par exemple , je dois me servir du mot de sensibilité y lorsque j’étudie les lois de cette propriété, quoique cependant je ne sache pas ce que c’est que la sensibilité. Cette déuoiainatiou a poujç
mol un sans vague et indéterminé, elle ne spécifierien sur la nature de cette force ; je dois l’employer cependant pour m’empêcher de me jeter dans quel» crue hypothèse que ce soit. Alors , je puis étudier les phénomènes avec pureté, et selon leurs analogies les plus légitimes,0 mon esprit n’est embarrassé par aucune prévention. Encore un coup , les mots de ce genre n’indiquent rien par eux- memes , ils ne signalent que la cause inconnue des phénomènes* Si on y ajoute une autre idée quelle qu’elle soit, et quelque probSable qu’elle paraisse, ce ne peut être qu’une hypothèse , qui sera la source féconde de mille erreurs. Ce ne sont que des moyens artificiels de classification , qui ne sont destinés qu’à fixer la pensée sur certains points de vue, afin qu’elle ne s’égare point dans Es vaines illusions de l’esprit ils ne doivent avoir d’autre sens que celui que leur donnent les faits eux-mêmes. Que îe sens ajouté soit formel et décidé , ou indéterminé et vague , que ce soit une idée positive ou une simple conjecture , une conception subtile ou grossière , métaphysique ou mécanique , on ne la recevra jamais sans de graves inconvéniens, selon
ÏIOUS.
Ces mots remplissent les mêmes fonctions que les œ et j dans les mathématiques. Ces lettres n expriment aucune valeur par elles memes ; mais elles tiennent heureusement la place d’une valeur arbitraire et erronée , que l’on prendrait nécessairement , si l on croyait devoir commencer le problème par une solution approximative , et si l’on,
faisait entrer celle-ci clans les calculs, qui pnr cela seul deviendraient de plus en plus inexacts. Ils permettent la suite des calculs qui doit conduire à la solution véritable. C’est ainsi que la dénomination de sensibilité ne signiliail pas graud’ehose , quand je in en suis servi pour la première fois ; mais lorsque , à l aide de ce mot , j’ai eu étudié tous les laits relatifs à la sensibilité , que j’en ai eu établi les lois générales , ce mot me les rappelle à la lois: il les réunit en un seul faisceau, les empêche de s’isoler et de sc perdre dans Ica hypothèses : ce qui serait arrivé inévitablement , si j’avais commencé par prendre une idée plus décidée de la chose. « Une solution indéterminé©
abrège donc le calcul analytique des phénomènes,
comme le dit Barthez , calcul dans lequel on ne peut substituer aucune explication qui ne soit hypothétique , et qui ne rende les propositions où ou la fait entrer incertaines ou fausses (i). » Ou voit dans quel sens il a pu dire qu'il est utile d’em*. ployer le nom d’une cause oh faculté expérimentale, comme si cet élément était connu.
' Tels sont les dogmes fondamentaux , à l aid© desquels on doit entendre le langage de ce grand philosophe , toutes les fois qu’il exprime une cause quelconque. Nous allons voir comment Barthez a suivi l'application de ces dogmes.
« D’après ma manière de raisonner, dit-il, je donue le nom de principes aux causes générales des phénomènes du mouvement et de la vie , qui ne
(îj Oüv, cit . , vol. I , dise. prêt. , p. îïL
sont connues que par leurs lois que manifesta l’observation. Je n’entends désigner par ce mot que ie commencement, l’origine, le principe de ces phénomènes , qui existe , quel qu’il soit. Ainsi ? j’appelle principe du mouvement , les causes qui produisent les mouvemens de la matière morte, D ans l’état actuel des sciences physiques , ces causes expérimentales sont l’impulsion , l’attraction ou la gravité , l’élasticité, l’affinité chimique; l’expérience île nous conduit pas au - delà de ces phénomènes primitifs, et des causes qu’ils supposent et représentent. » Ces mots , je le répète encore, dusse-je ennuyer mon lecteur , pourvu qu’il me comprenne à la fin ; ces mots , dis- je , ne font qu’exprimer ces causes cachées j occultes , inaccessibles à tous nos moyens d’investigation. Vouloir pénétrer plus avant et s’enfoncer clans le mécanisme intérieur de ces phénomènes primitifs , c’est vouloir s’égarer dans mille hypothèses, c’est abandonner l’expérience pour se livrer aux suppositions. Les anciens ont commis cette faute , lorsqu’ils ont rapporté ces mouvemens à des affections morales, à des attractions ou à des répulsions. Les modernes suivent les mêmes erremens , lorsqu’ils s’imaginent pouvoir les attribuer à l’action des agens impondérables , de l’électricité , du galvanisme , du magnétisme , etc. Le point fondamental , dans la philosophie des sciences physiques , consiste à ne donner aucune solution de ces questions insolubles par elles-mêmes, ou à rendre la science indépendante des conjectures que l'on peut faire à ce sujet, si toutefois même
cette complaisance ne présente pas quelque danger,' et si elle est également permise pour toutes les sciences , pour tous les temps et pour tous les esprits.
Barthez étend la même manière de raisonner à la science des êtres vivans -, ainsi , il reconnaît que les plantes obéissent à des lois qu’on ne peut rattacher aux lois physiques et chimiques ; il faut donc admettre ici de nouvelles forces, de nouvelles causes qui correspondent à d’autres modes d’action , et à une nouvelle série de faits.
Ces forces, ces causes ne doivent pas être expliquées , pas plus que l’attraction et l'aÛlnité : il y a le plus grand inconvénient à prendre parti en ce genre. C’est cependant ce qu’ont fait et ce que font eucore aujourd hui toutes les sectes- 11 n’en est aucune qui ne se soit e (forcée de rendre raison de ces forces , ne fùt-ce que d’une manière vague et générale, en les rapportant à l’organisation, à la constitution chimique , ou à uu principe métaphysique plus ou moins analogue à notre âme ; et cette erreur première , fondamentale , a modifié tous les résultats ultérieurs de l’observation ; de telle sorte, qu’ainsi que nous le verrons, tous ces systèmes sont essentiellement ruineux par cette seule circonstance. La base sur laquelle ils reposent n’est qu’un sable mouvant, qui ne saurait prêter uu point d’appui solide à l’édifice , celui-ci fut-il d’ailleurs construit selon toutes les règles de l’art, et parfait par lui-même.
Les forces vitales diffèrent ; sous un très-grand
rapport, des forces physiques; celles-ci sont isolées et indépendantes. Les forces sensitives et motrices au contraire, se correspondent, s’unissent, se lient de manière à paraître ne faire qu’un seul tout ; il semble donc qu’une même cause enchaîne ces deux phénomènes , qui ne seraient alors que les deux actes de cette cause unique. En outre ? les forces ■vitales concourent au meme but ; les fonctions qui en sont le résultat paraissent être dirigées par Une seule et même cause , du moins les phénomènes se présentent dans une sorte d’unité incontestable.
D’après ces considérations , et plusieurs autres répandues dans Imposition de la doctrine, Barthez croit devoir admettre une cause unique de la vie.
qu’il appelle principe vitale
Selon lui , le nom de cette cause est assez indifférent ; celui qu’il a choisi peut être pris à volonté ; il est susceptible de plusieurs sens trèsvariés, même opposés, ou plutôt de tous les sens, et par cela seul il ne lui paraît susceptible d aucun en particulier. C’est par cette raison qu’il préfère cette dénomination indéterminée , h d’autres qui donneraient des idées plus limitées , comme le n o ni. à' impelum facicns (Hippocrate) , ou autres par lesquels ou a désigné la cause des fonctions de la vie. Ce mot de principe vital n’indique donc , dans la doctrine de Barthez , que la cause, quelle qu’elle soit , de la vie , fût -ce un principe matériel ou métaphysique , un être substantiel ou une simple modalité de la substance organisée. II peut se
duire indifféremment par cause de la tic, pui$~ san ce vitale , force vitale , vie , être vivant * sjstème vivant , etc. etc., même par un carat tire algébrique. Si Barthez réunit toutes les forces vitales Nious une seule dénomination, c’est, encore un coup, parce que ces forces particulières se correspondent étroitement et paraissent dépendre d une même cause, et (pie cette circonstance particulière des propriétés vitales ne pouvait pas être impunément négligée. Elle est fondamentale dans l’ordre des mérités de la science, et la plupart des systèmes de physiologie sont ruineux , parce qu’on n’a pas fait entrer cette idée essentielle dans la base même.
Plusieurs auteurs, avant Barthez , avaient bien admis un principe vital j mais tous, comme il serait aisé de le démontrer, avaient cherché à s’eu faire une idée* en partant de notions empruntées à la physique ou à la métaphysique. Barthez est le seul , et je ne crains point d’étre démenti , qui ait présenté le principe de vie , comme une notion abstraite, indéterminée, dont il a dit qu’il fallait bien se garder de pénétrer la nature et le mode d’action , parce qu’on ne le peut que par des hypothèses qui détruiraient toute science physiologique. Celte opinion, n’a pas été émise en passant, comme on pourrait la trouver implicitement dans quelques ouvrages où l’on a été forcé de convenir qu’on uo devait point rechercher la cause de la vie , mais elle a été établie formellement et en termes précis ; elle a été posée comme le principe essentiel de la manière de philosopher dans toutes les sciences, et
est devenue le fondement d’un système de pliy~ Biologie entrepris sur ce plan et suivi jusque dans ses derniers détails»
Tout en établissant que le principe de vie devait être conçu d’une manière indéterminée , il a senti cependant que l’esprit humain aurait toujours une propension invincible à vouloir en prendre une idée plus positive *, il s’arrête ici pour prouver qu’il est impossible à un esprit sage de décider les questions de ce genre, et que par conséquent, sur ce point , il faut se fixer comme à une ancre sacrée, à un scepticisme absolu. Il invoque à la fois les autorités les plus imposantes et les raisonnemens les pins puissans , pour établir celte thèse si importante pour les destinées ultérieures de la science ; il montre que , dans tous les temps , les philosophes et les médecins n’ont point su s’ils devaient rapporter les phénomènes de la vie à un principe isolé de l ame et du corps, ou bien si la vie n’était qu’une simple modalité de l'organisation ; ou plutôt il établit qu’ils ont embrassé alternativement ces opinions opposées, et qu’ils n’ont pu se fixer à aucune d’elles.
Selon lui , on ne peut donner J à cet égard, que des assertions négatives, des. doutes et d’es conjectures. il est utile de développer et de fortifier ce scepticisme , pour diriger plus sûrement l’étude des forces de la vie. En effet , lorsque aucune opinion préjugée sur les causes prochaines et immédiates des faits n’entrave les recherches dé l’esprit, 1 on arrive , d’une manière sans comparaison plus iaede et plus directe 5 à des formules ou exprès-
sions générales (les analogies de ccs faits ; et ce* analogies sont toujours vastes et fécondes, si elles ont été conçues avec une grande intelligence , et examinées avec une logique sévère.
Ainsi, je suppose que I on décide avec Bichat , et tant d’autres, que la vie dépend de l’organisation et des propriétés locales des tissus ; avec Culleu , de l’action nerveuse; avec HoÜYnann,du (luidc nerveux; avec S t liai , de lame , etc. etc. ; il est très-sûr que, dès cet instant, l’esprit sera fixé dans une hypothèse gratuite , et que c’est à travers ce prisme trompeur qu il examinera tous les faits. 11 est incontestable que l'on ne tiendra compte que de ceux qui seront en rapport avec l’hypothèse qu'on aura choisie; que l’on écartera les uns et torturera les autres. On sera loin de les considérer eu eux-mèmes , et de les réunir en lois expérimentales ; mais on ne s’occupera que de les rattacher tant bien que mal à cette même hypothèse, c'està-dire, à rendre plus probable une proposition qui par sa nature est souvent arbitraire et supposée- En un mot , il serait aisé de démontrer, qu’en partant de pareils principes , on travaillerait la science pendant des siècles entiers presque en pure perte , ou du moins sans autre profit que celui des faits nouveaux, auxquels l’hypothèse aurait pu conduire.
C’est dans ces vues que Barthez balance toutes les opinions. « Il se peut , dit-il , sans doute que, d'après une loi générale qu’à établie l’Auteur de la nature, une faculté vitale, douée de forces motrices et sensitives, survienne nécessairement, d'une manière iu-
définissable , a la combinaison de matière dont chaque corps animal est formé, et que cette faculté renferme la raison suffisante des suites de mouvemens qui sont nécessaires à la vie de l’animal , dans toute sa durée (i). » « il est possible , ajoute-t-il dans le même sens, que ce principe ne soit qu’une faculté innée ? ou qui advient au corps animal , et qui y produit et dirige , suivant des lois primordiales , toutes les chaînes de mouvemens spontanés dont ce corps est susceptible. Un art divin peut faire que, dans un système de matière , les mouvemens automatiques de chaque partie concourent à la formation et à ia réparation du tout , et que le corps animé ressemble , suivant la pensée ingénieuse de Galien, à îa forge de Vulcain , où les soufflets meme étaient vivants (2) , pourvu toutefois qu’on ne croie pas être en droit d’expliquer les phénomènes de îa matière, en tant que vivante , par les lois chimiques et mécaniques auxquelles elle est soumise, en tant que morte ; car , dans l’état actuel de la science , on ne le peut que par la vole de l’hypothèse, et nullement par la voie d’une légitime analogie des phénomènes et de leurs lois respectives. » Mais il se peut aussi, d’un autre côté, que Dieu unisse à la combinaison de matière qui est disposée pour la formation de chaque animal , un principe de vie qui subsiste par lui-même , et qui diffère , dans l’homme , de I âme pensante (3), pourvu toutefois qu’on étudi©
(1) Ouv. cit. , vol. I , p. 97*
(2) IJ. p. 106,
'(3) Id. p, 93,
l'action et les lois de ce principe dans l’expéricrKe pure et simple , et non point dans des analogies arbitraires prises des phénomènes moraux, qui suut totalement diderens. »
Je le répète encore, on ne peut avoir sur cos opinions diverses, que «les probabilités dont la discussion ne donne pas seulement matière à des spéculations curieuses, niais est encore indispensable , pour établir dans la science un scepticisme qui devient la source unique de la certitude de tous les dogmes ultérieurs (i).
Il a paru superflu à Barthez de recueillir des probabilités en faveur de la première opinion , qui a été la plus généralement suivie dans ces derniers temps , et qui semble être la plus naturelle par Sa simplicité, savoir: que le principe vital , quoique différent des principes mécaniques connus, peut n’avoir point d’existence séparée de celle du corps de l’animal qu’il vivifie. Il se borne à indiquer des probabilités que l’on a trop négligées , et par lesquelles on peut rendre fort vraisemblable , selon lui , le sentiment de ceux qui croient que le principe vital a une existence distincte et substantielle. Il me paraît insister avec trop de ‘complaisance sur les
probabilités de ce genre , et l’on voit qu’il tend à par-
tager l’opiniou de ces derniers , en ne l’admettant cependant que comme une conjecture , dont ii se promet de ne tirer aucune conséquence. Mais quand même Barthez aurait commis cette faute , comme
£i) IJ, p. 98.
je le croîs, elle n’en fait pas moins sentir la né ce s* site et la sagesse de sa manière de philosopher , elle en confirme même le besoin.
Voici la conclusion définitive à laquelle il s’arrête. « Dans tout le cours de mon ouvrage, je personnifîe le principe vital de l’homme pour pouvoir en parler d’une manière plus commode \ cependant , comme je ne veux lui attribuer que ce qui résulte immédiatement de l’expérience , rien n’empêchera que , dans mes expressions qui présenteront ce principe comme un être distinct de tous les autres et existant par lui* même , on ne substitue la notion abstraite qu’ou peut s’en faire , comme d’une simple faculté vitale du corps humain qui nous est inconnue dans sa naissance, mais qui est douée de forces motrices et sensitives (i). »
En effet , que l’on prenne tel passage que l’on voudra des Nouveaux élémens , et j’ose affirmer que l’on peut toujours substituer le nom de force vitale ou tel autre , à celui de principe vital que , dans l’ensemble de l’ouvrage, on ne se sert point.du principal vital comme moyen d’expüeation, tandis que S thaï et Van-Helmont ont employé constamment dans ce sens les noms à' âme et d'archée-, que ces idées étaient pour eux la conséquence rigoureuse de leur manière de philosopher par hypothèses pures, et des idées primitives dont il étaient partis ; qu’ils se sont entièrement livrés à ces conséquences ; que les notions métaphysiques faisaient le fond de leur
(i) Ouv« cit, g vol. I, p« 107,
système ; tandis que si quelquefois Barthez paraît s’oublier , il est eu contradiction formelle avec ses principes fondamentaux , ses erreurs en ce genre no sont que passagères , elles n’embrassent jamais la totalité d’un dogme ; elles peuvent altérer seulement sa pureté sans jamais la défigurer complètement; il y a très-peu de changement à faire pour rectifier celui-ci , taudis que , dans le système de Stfial et de Van-IIelmont , tout est vicieux.
«Il ne m’importe, continue Barthez , qu’on attribue ou qu’on refuse une existence particulière et propre à cet être que j’appelle principe vital ; mais je suis la vraie méthode de philosopher ,• lorsquo je considère les fonctions de la vie dans l’homme t comme étant produites par les forces d’un principe vital , et régies suivant ses lois primordiales. Ces lois , qui règlent l’usage et les directions des forces vitales , doivent toujours être déterminées d’après des résultats de faits propres k la science de l'homme , et peuvent ensuite être confirmées par leurs applications à d’autres résultats de faits analogues. »
« Il me parait essentiel , pour la bonne méthode de philosopher , dans l’état actuel de la science de l’homme , et pour les véritables progrès de cette science , de reconnaître un principe vital qui produit , dans les organes du corps humain , une infinité de mouvemens nécessaires aux fonctions de la vie, d’après des sentimens aveugles , et par des volontés non réfléchies ; et de bien séparer ces mouvemeus de ceux qui sont opérés dans l’homme
%iVaiit j diaprés les sentimens éclairés et les volonté tt raisonnées de L’âme pensante. »
« On manque aux règles de la méthode philosophique , lorsqu’on assure à présent qu’une seul® âme , ou un seul principe de vie , produit , dans l’homme, la pensée et les mouvemens des organes vitaux. Cependant , 011 11e doit pas affirmer qu’il soit impossible que la suite des temps n’amène la connaissance de faits positifs qui sont ignorés aujourd’hui, et qui pourront prouver que le principe vital et l’âme pensante sont essentiellement réunis dans un troisième principe plus général. » « Si ce cas a lieu un jour, ce sera seulement alors equ’eii se conformant aux règles de la méthode philosophique, 011 pourra réduire ces deux causes oit facultés occultes , à une seule cause ou faculté occulte, indiquée par l’expérience..... »
« On n’a pas su ou voulu m’entendre , quand 011 a assuré que je fais consister la nouveauté de ma théorie (ou manière de voir) en physiologie et en médecine , dans l’adoption d’un principe vital , comme d’un être dont il suffisait de ^supposer inexistence et l’action , pour expliquer toutes les fonctions de la vie. »
« Mon objet est de rappeler les faits que présentent les phénomènes de la vie , à des analogies simples et très-étendues, pour approcher de plus en plus de connaître les forces , les fonctions et les affections de ce principe vital inconnu. Si ces analogies que je proposerai sont bien formées , il résultera un corps de doctrine nouvelle ? qui
fera du genre le plus utile pour assurer les progrès de la science de l homme , et pour fonder solidetuent les méthodes de l’art de guérir (i). »
Je crois avoir déterminé , par les propres expressions de Barthez , le sens qu’il attache au mot do principe vital , d’après sa manière de philosopher» Je vhs suivre celle-ci dans quelques exemples qui achèvent d en donner une idée complète, me réservant , dans l'exposition particulière de la doctrine physiologique, le soin de faire ressortir sa méthode par tous les détails.
Le principe de vie ou la force vitale agile et meut les parties vivantes. Barthez constate , d’après les faits , quelles sont celles qui jouissent spécialement de cette faculté , et quels sont les divers modes sous lesquels elle se présente. Haller, qui, par une idée purement arbitraire, quoique presque généralement reçue encore aujourd’hui , admettait que les propriétés vitales dépendaient de l’organisation, fut très- prompt à profiter des expériences qui paraissent rattacher la force motrice à la libre musculaire, et il dut être très-peu disposé à tenir compte des faits physiologiques et pathologiques qui prouvent qne tons les organes vivans possèdent pins ou moins cette propriété. Jusqnes à Barthez , on avait cherché à expliquer ce que I on appelait le mécanisme des mouvemens vitaux, et on avait cru presque toujours y être parvenu par des hypothèses ; on n’avait d’autre manière de concevoir
(i) Quv. cit. , p. 1085 Notes 17 et 18 , p. 9(4,
le mouvement que par impulsion , attraction ou combinaison chimique. Le mouvement tonique d« Stahl n’était que l’élasticité des parties , dont l’âme était seulement le premier agent. Baglivi , Lacaze? Bordeu n’avaient vu, dans les mouvemens animés^ qu’une force de ressort; les nerfs eux-mérnes n’exéciitaient les fonctions motrices si étendues, dont on les avait chargés, qu’à l’aide d’une semblable pro» prié té morte. Les théories chimiques et physiques que l’on donne de nos jours des mouvemens vitaux 9 reposent sur les mêmes bases fondamentales , et prouvent qu’encore I on n’a pas renoncé à expliquer le mouvement vital , quoiqu’on y ait été pris si souvent ; et qu’on s’obstine à ne pas recevoir la force motrice comme un fait, comme un mouvement particulier, propre aux êtres vivans, dont il faut étudier les lois et les circonstances d’après l’expérience seule , et non d’après des analogies chimiques ou mécaniques que rien ne justifie.
Au lieu de se perdre dans toutes ces hypothèses y inévitables dans la manière ordinaire de raisonner, voici tout ce que dit Barthez d’après la sienne. « Je pense que tous les mouvemens vitaux sont produits par le principe vital ou par une force vitale , de quelque nom qu’on l’appelle, qui agit immédiatement dans chaque partie du tissu musculaire , c’està-dire, en d’autres termes , que les muscles ont la propriété de se mouvoir , soit qu’ils la tiennent du tissu même vivant , ou d’un principe qui est présent à tous nos organes. »
« Cette manière de voiv Faction du principe vital ?
comme opérant immédiatement les mouvemcns mtisculaires davis tous les poiuts des libres des muscles auxquels il est inhérent, uie parait présenter les notions les plus sûres et les plus simples , sur ce que disent les faits concernant le mouvement quelconque des muscles, et le passade qui pout se faire daus l’instant dt> ce mouvement à un parlait repos.»
« D’ailleurs , il est aussi facile de concevoir que la lorce vitale agit immédiatement sur les molécules de la fibre musculaire pour les mouvoir, que d imaginer qu elle meut les fibrilles nerveuses ou les esprits animaux à l’origine des nerfs, comme on l’a prétendu dans les deux hypothèses vulgaires par lesquelles on a jugé pouvoir expliquer tous les phénomènes du mouvement musculaire (i)..
Les expériences et les observations pathologiques , sur lesquelles on a fait reposer ces hypothèses, n’ont donné de pareils résultats , que parce qu elles ont etc interprétées par des hommes qui ne rapportaient les phénomènes vitaux qu’à des agens mécaniques ou chimiques , et ne pouvaient concevoir d’autre communication d’organe à organe que celle qui a lieu par des voies mécauiques. Ces expériences, considérées en elles-mêmes, prouvent seulement que l’intégrité des communications nerveuses est uue des conditions du mouvement musculaire, <t C’est , dit Barthez , en me bornant aux faits même qui sont essentiellement relatifs à l’action des forces musculaires, que j’établis une théorie qui est expérimentale sur la force motrice des muscles. »
(0 Qur, cit. , p. ii8*
En effet , Barthez, est le seul de tous les physiofogistes qui ait donné une véritable théorie des mouvemens des muscles , c'est-à-dire , une simple collection de faits ; seul il n’a point été au-delà de ces faits , et il a admis avec franchise un mouvement vital et essentiel , dont il a considéré les lois toujours d’après l'expérience ; tandis que tous les autres , sans exception , ont voulu expliquer ce mouvement par des idées métaphysiques , physiques ou chimiques , par des circonstances organiques ou par des agens intermédiaires purement hypo.** thé tiques (i).
Prenons un autre exemple ; l’idée des forces sensitives a été toujours embarrassée , dans les autres doctrines , par des notions plus ou moins arbitraires. On a très - souvent confondu ces forces, avec les forces motrices , quoique l’observation directe ne légitime pas cette union. On a même rapporté les unes et les antres à un mouvement mécanique , à un fluide nerveux , à une combus** iion chimique, etc. j en un mot, l’on s’est efforcé de se faire des conceptions matérielles de ces forces; et cela, nous ne saurions trop le répéter, parce qu'on a voulu expliquer ce qui est inexplicable , et que l’on a prétendu pénétrer dans 1© mécanisme de la sensibilité par des analogies trompeuses.
Voici le langage de Barthez clans sa manière do philosopher. La force vitale ou les orgaues vîvans
C1) "W. notre article Force musculaire , vol, 3ÇVÎ du lioaiiftiFê des sciences médicales*
( io3 )
jouissent de forces sensitives. Le sentiment: voilà un fait primitif, un fait au -'delà duquel il n’y en a point d autre dans l'état actuel de la science. Je suppose une force qui le produit et je m'arrête à ce point. J’examine toujours , d’après les faits , ses modes , ses lois , ses conditions vitales et organiques, ses véritables rapports avec les forces motrices, etc. Barthez donne ainsi une place commode à tous les faits , même à ceux que l’avenir cache dans son sein ; tandis que toutes les autres doctrines n’eu embrassent qu’une très-petite partie. Elles s’établissent en guerre ouverte avec leur plus grand nombre j et si elles ne sont point le résultat des faits connus , à grand peine pourront-elles s’accommoder à ceux que la science peut découvrir uité-» .rie u rement.
Ainsi , par exemple , pour ne pas parler des hypothèses mécaniques , chimiques et organiques de la sensibilité, hypothèses qui ne sont presque en rapport avec aucun fait , je rappellerai les opinions plus vraisemblables par lesquelles ou a rapporté les phénomènes vitaux à la sensibilité et à l’irritabilité > à la force nerveuse , à l’incitahilité , etc. Tontes ces doctrines se sont mises dans l’obligation de repousser les faits qui établissent que, dans certaines circonstances , les mouvemens vitaux sont spontanés , et 11e se montrent pas subordonnés à une excitation préalable.
Je crois qu’en voilà assez pour faire sentir quelle est la manière de philosopher de Barthez ; comment elle ue consiste pas daus l'admission d’un principe
( io4 )
particulier , moyen d’explication ; mais dans la collection de tous les faits sous les dénominations qui désignent les forces expérimentales auxquelles il pense qu’on doit les rapporter , comme il le répète si souvent en principe , et le montre presque toujours dans l’application. Il voulait ainsi réduire la science de l’homme physique aux rapproehemens des faits bien observés , aux analogies simples et étendues de ces faits , aux lois spéciales que ces analogies indiquent et qui mènent aux causes expérimentales qui ; selon lui , sont les seuls moyens artificiels de réunir ces faits. Par cette méthode , on ne s’oblige à rien qu’à tenir compte de tous les faits , quels qu’ils soient , des plus extraordinaires ainsi que des plus communs , des exceptions les plus rares comme des lois les plus générales de la nature.
Cette méthode , prise en elle-même , ne saurait être mauvaise , Sors meme que toutes les classifications de faits données par Barthez seraient démontrées fausses. C’est la seule qui puisse amener des progrès réels dans la science ; seule ? elle embrasse les principes les plus élevés comme les détails les plus particuliers.
* Tel est l’esprit fondamental de la doctrine de notre illustre Professeur -, telle est la marche qu’il a généralement suivie* Avouons cependant que Barthez n’est pas sans reproche, et la liberté avec laquelle nous signalerons ses fautes , nous mettra à couvert peut-être de toute accusation de fana* tisme et de prévention*
Le mot de principe vital dit un peu plus que ce que fauteur voulait dire; il n’evpriine pas simplement l’existence d’une cause quelconque , de la manière la plus vague et la plus indéterminée , comme le voulait Barthez ; mais il décide qu’il existe un principe vital , indépendamment de l’organisation matérielle. Ainsi ce mot consacre ou inspire , si l’on veut, une hypothèse qu’il repoussait par ses principes fondamentaux de philosophie. Il aurait dû mettre son langage plus en harmonie avec sa pensée. Les mots, en effet , ont une signification, une valeur par eux-mèmes ; ils réagissent sur les idées , et bon gré malgré ils les modifient. L'on peut se défendre quelque temps contre une notion étrangère dont on connaît tous les dangers et qu’on a pris l’engagement de rejeter ; mais l’on n’est pas toujours sur ses gardes , l’on cède à la fin, même sans s’en apercevoir. L’on ne peut pas à chaque instant , et par un effort d’esprit d’ailleurs aussi ennuyeux que pénible , rendre à une expression sa valeur réelle 7 absolue et métaphysique.
Je suppose qu’en physique ou en chimie on employcàt la dénomination de principe moteur ou toute autre analogue , et qu’on parfît sans cesse de Y action de ce principe, de ses affections , de ses déterminations y de ses idées , de son attention , de sa mémoire , etc. , etc. ; certes l’on se jetterait bientôt forcément dans une foule d’hypothèses plus ridicules les unes que les autres.
Nous avons établi , uous avons démontré que
Barthez n’avait jamais fait usage du principe "vital comme d’un moyen unique et absolu d’explication ? ainsi qu’on le lui a reproché ; mais nous sommes obligés de convenir , que la notion théorique que ce mot représente , a pu entrer dans les coin» lunaisons de sa pensée , altérer plus d'une fois la pureté des résultats de l’expérience, et que „ comme il le dit lui-même, ce mot a pu lui servir pour faciliter la conception des phénomènes , ce que précisément il devait éviter , d’après ses principes ; car il est évident que nous 11e pouvons pas concevoir les choses ; nous ne pouvons que les voir telles qu’elles sont , ou plutôt telles qu'elles nous paraissent , sous des considérations générales ou particulières.
Barthez devait prendre ses précautions avec d’autant plus de soin contre l'animisme , que çe système, déjà très - heureusement modifié, était celui de ses maîtres et de ses collègues', et que les défenseurs de Stahl l’accusaient de donner une idée inexacte de cette fameuse théorie, soit pour la réfuter avec plus d’avantage, soit pour séparer avec plus de netteté la doctrine qui lui était propre, de celle de l'illustre professeur de Halle avec laquelle il ne voulait pas qu’011 la confondît. Barthez poussait 1 injustice , par rapport à Stahl , jusques à ne le considérer que comme un grand chimiste et k ne vouloir presque pas reconnaître son mérite comme physiologiste (1 ). Il faut le dire, Barthez a
(0 \°J* Nouv. élëm. , vol. ï, notes, p. 26 3 Mena. sur le sskédi. de* 11 us. et suçlejr col» iliacp ï8i63 p. 94*
été aussi injuste envers Stahl , qu’on l’a etc» envers lui -même, et en faveur de celui-là même qu’il g était tant efforcé de déprécier ; punition sévère qu’il eut évité peut - être , s’il avait eu la noble franchise d’avouer le premier ce qu’il devait à Stahl et à plusieurs autres , et de se donner ainsi le droit incontestable de revendiquer ce qui lui était propre. Sa portion de gloire réelle eût été aussi grande que légitime, et il l’eut même augmentée par de pareils aveux qui ne doivent coûter qu’à la médiocrité qui a tout à perdre en les faisant. On ne peut pas contester que les opinions qui régnaient dans notre École , à l’époque où parut Barthez , n’aient eu plus de part qu’il ne voulait le faire croire à la formation de ses dogmes. Nos idées ne se forment pas de toutes pièces, et comme si elles venaient du ciel , ou si elles étaient créées par les inspirations seules du génie; elles naissent de lexamen et de la discussion des idées de ceux qui nous ont précédés, et sur-tout de ceux qui nous environnent. Il ne peut qu’en arriver ainsi, à moins qu’un homme ne vécût complètement isolé de ses semblables ; et alors même il ne produirait rien , pas plus qu’une terre qui n’aurait pas été ensemencée.
Une fois pour toutes , donnons la généalogie des idées de notre École, généalogie sur laquelle on a jeté tant d’obscurité , soit pour rabaisser , soit pour relever leur origine. Elles se composent primitivement de l’animisme , puisé dans l’observation clinique ainsi que dans les travaux analogues des anciens, de Stahl et de Vaa-lielmont, modifié
par des notions plus saines et plus exactes (Sauvages)^ associé à l’admission des propriétés vitales inhérentes à la fibre nerveuse ( Bordeu ) , rendu peu à peu indépendant des volontés et des affections de l’âme pensante , et soumis à des lois propres. De ce point à l’admission du principe vital , il n’y avait qu’un pas ; aussi Bordeu , avec un peu de cet amour-propre d’auteur dont tous les grands hommes n’ont souvent que trop , pouvait se faire illusion jusques à accuser Barthez de l’avoir copié (i). Mais Barthez eut le mérite , ce qui l’élève bien au-dessus de Bordeu et de tous les autres physiologistes; il eut, dis-je, le mérite d’établir les principes généraux de la méthode de philosopher , de considérer les faits sous un point de vue plus large , de les débarrasser de tout nuage d’explication , et d’arriver presque à la contemplation pure des phénomènes , quoiqu’il fut peuttêtre primitivement parti d’une hypothèse et qu’il y revînt de temps en temps. Cette position singulière de Barthez rend raison de rincertitud® qu’on remarque quelquefois dans sa doctrine , et de sa tendance manifeste vers certaines erreurs.
En supposant que Barthez se sentît assez fort pour résister à un piège auquel aucun autre géni® n’avait encore échappé, devait -il avoir une idée aussi favorable du commun de ses disciples ? Ceuxci devaient- ils avoir la même puissance intellectuelle, la même prudence, ou, si l’on veut, la meme adresse ? Sauraient - ils éviter l’erreur , ou
(i) QEuv. de Bordeu , vol, II , p. 972,
«lu moins la cacher? Distingueraient-ils toujours la doctine positive à laquelle il n'était pas permis de rien changer , et les opinions sur lesquelles le maître laisse uu peu plus de liberté malgré tout le despotisme de lÉcole , en d’autres termes , la doctrine extérieure et intérieure , exotérique et èsotetique ? N’était-il pas à craindre que quelqu'un d’entr’eux u’iusistàt spécialement sur l’hypothèse , comme il est déjà arrivé si souvent ; et que ce système , ainsi que tous les autres , se détruisit par les efforts mêmes destinés à le défendre.
Plus on réfléchit sur l’histoire des sciences, plus l’on voit que les grands maîtres avaient été toujours assez tidèles à l’observation. Mais ils avaient laissé échapper une conjecture , ils s’étaient permis un mot équivoque-, le germe d’erreur a fermenté et le système entier est tombé en pourriture. Quiconque veut établir une doctrine de quelque durée , doit sur-tout prendre ses précautions contre l’avenir: c’est l’ennemi qu’on redoute le moins, et celui cependant qui est le plus à craindre. L’on doit se prémunir moins contre les attaques des adversaires, que contre les exagérations des amis. Les disciples de Boërhaave ne devaient pas être tous des Van-Swieten (i); ni ceux de Barthez des Lordat. C’est Chirac qui fut la cause de la chute du Boërhaavianisine par sa pratique hardie et téméraire *, il divulgua tous les secrets que le maître avait
(i) Encore m£me beaucoup de personnes pensent - elles que
STaü-Swieten gâta plus d'une fuis les aphorismes de son maître;
( no )
tenus cachés et qu’il avait enveloppés avec art <3aii§ Tin vaste ensemble de faits précieux et d’autoritéâ imposantes. D’ailleurs , le génie se corrige , la médiocrité n’est susceptible d’aucune réforme On le sait , Boérhaave changea d’opinion vers la fin de sa vie, sans que l’on s’en aperçut -, du moins il n’y eut guère que nos Professeurs de Montpellier qui furent assez habiles pour le prendre sur le fait et assez malins pour le dire à l’Europe entière. Stahi souriait aux incartades de ses disciples -, il avait tort 9 il aurait dû les tancer vivement , et les ramener à 1 ordre : ils lui firent plus de mal que les mécaniciens les plus acharnés. Encore un coup , dans les sciences comme dans la morale , dans la conduite privée comme dans les grandes révolutions publiques , c’est souvent de nos amis que nous devons le plus nous défier.
Le mot de principe vital répand dans le langage physiologique une très-grande obscurité -, il détourne l’attention de l’observation des phénomènes et de leur comparaison analytique, ce qui constitue, selon nous , toute la science, pour la diriger vers la recherche des causes ou vers leur prétendue découverte , ce qui doit la détruire tôt ou tard* Si les ouvrages de Barthez sont si peu lus , si peu compris, si mal entendus , c’est à lui-même qu’oiï doit s’en prendre. Ce mot métaphysique , qui revient à chaque ligne et que l’auteur répète avec une dangereuse complaisance , distrait le lecteur et use toutes les forces de son intelligence dans des abstractions trop relevées et souvent perdues dans U|
Yague des hypothèses. Si l’on donnait une non* \elle édition des FJ émens de la science de l’homme, en retranchant complètement l’expression de pria* €Îj)e vital et en lui substituant celle d e force vitale } en se servant même de celle-ci aussi peu que possible, et se contentant d’exprimer tout simplement les differentes classes de phénomènes et leurs lois expérimentales -, la doctrine de Barthez deviendrait par cela seul et sans autre changement, aussi claire dans l’exposition qu’elle est inébranlable dans les dogmes. Elle le serait même beaucoup plus que toutes celles où l’on s’efforce en vain de faire concevoir les phénomènes vitaux par des analogies physiques , mécaniques , chimiques, ou organiques, auxquelles on n’entend rien au fond , pour peu qu’on ait l’esprit juste et qu’on ne se paye pas de mots ou d’idées superficielles. Elle n’aurait dès-lor9 plus besoin que de développement dans les détails , chose que Barthez a un peu trop négligée ; mais Barthez n’était pas un maçon, c’était un architecte; c’était Michel-Ange , concevant le plan de l’église de Saint-Pierre, et laissant à des mains moins habiles le soin de l’exécution.
Une observation importante à faire encore pat rapport à la manière de Barthez , c’est qn’il procède presque toujours par la méthode synthétique. C’est ainsi qu’il arrive de plein vol , et dès sou entrée dans la carrière de la science, a l’expressiou ou à la formule la plus gén érale de tous les mouvemens du corps vivant ( principe vital ); en descendant ensuite de cette expression ou de ce fait
( na )
primitif aux faits secondaires , il découvre , dans ces derniers , des analogies moins étendues , il en forme des combinaisons nouvelles, les étudie sous le plus grand nombre de leurs rapports , et s’essaie ainsi à déterminer la valeur de l’inconnue f exprimée dans l’énonciation du problème*
Cette méthode suppose et annonce sans doute un grand génie , mais elle me paraît dangereuse. C’est la voie la plus courte , mais la moins sûre. Il se pourrait que l’on se fût trompé dans la première vue, sur-tout en regardant si vite-, dès-lors tous les travaux successifs seraient altérés par une première erreur. C’est prendre une lunette , au lieu de se servir de ses yeux ; on peut y voir plus au loin y mais le verre peut prêter aux objets des couleurs mensongères. D’ailleurs , on borne les progrès que l’on peut faire dans une science. Enfin , cette méthode est nécessairement obscure , puisqu’elle semble souvent supposer préalablement la connaissauce de ce qu’elle veut enseigner.
Au contraire , la méthode analytique , c’est-àdire, celle qui dans la physiologie s’élève des faits particuliers aux phénomènes généraux; de ceux-ci aux forces qui les produisent ; de celles-ci à la notion de leur réunion en une force unique ; celte méthode , dis-je , est sûre et facile ; elle permet un libre examen des dogmes, et laisse une place commode à tous les perfectionnemens possibles.
Au reste , Barthez n’a fait que suivre ici l'influence et le goût de son siècle : celui-ci était porté vers les “ méthodes synthétiques. Les choses ont changé ; de
toute part on introduit aujourd'hui dans la médecine les méthodes analytiques. Peut -on calculer tous les effets de cette réforme que réclame plus d’un esprit sage , par rapport à la doctrine do Barthez? On prendrai^ les choses en sens inverse, on partirait d un point opposé ; devrait-ou toujours arriver au même résultat ?
A Dieu ne plaise , que par ces remarques nous voulions rabaisser le mérite de Barthez ! Mais a-t-il pu arriver seul à tous les perfectionnemens des méthodes de philosopher? Y-l-il pu les suivre dans tous leurs détails? De même qu'il a emprunté à ses devanciers, n est-il pas à croire qu’il a laissé à faire quelque chose à scs successeurs ? sera un aussi grand homme que l’on voudra; mais euûn il tient sa place dans la chaîne des intelligences. Quelque admiration que j’aie pour un homme , j’en ai encore plus pour l’esprit humain. Barthez a-t-il pu s’arracher eu entier à l’influence de son siècle, qui passait encore des faits aux hypothèses , et qui était peu familiarisé avec les saines rné thod es à peine Introduites dans les sciences ? S’en est-il tenu aux faits seuls ? N’at-il pas donné quelque chose a l’esprit d’hypothèse? Il aurait franchi un espace trop grand. Pour honorer dignement le génie , faut-il renverser les lois éternelles de la Nature ? L’homme marche , mais ne vole pas. A-t-il pu résister à l’entraînement d’une des tètes les plus métaphysiques , et échapper à un piège dans lequel était tombé Aristote? La méditation profonde , en donnant pins de netteté «aux idées abstraites 7 finit presque toujours par les réaliser.
On pourrait dire , pour excuser Barthez , qu'il a senti la propension invincible de l’esprit humain à la recherche des causes, et que, ne pouvant la surmonter , il a cru convenable de la tromper par des mots qui n’avaient d’autre valeur que de laisser toujours en supposition le problème insoluble. C’est ainsi que Cotes défendait Newton d’avoir présenté son attraction comme une hypothèse, et non comme un fait généralisé On occupe ainsi , par un mot , une place qu’il faut toujours remplir par quelque chose. Mais il me paraît que cette excuse ne peut être reçue; on ne s’amuse pas ainsi impunément défi poisons , il n’est pas peu dangereux de nourrir l’espérance de la découverte des causes , et de la tromper en l’irritant ; à la première occasion oix est puni de cette complaisance. Il est à présumer cependant que l’introduction de la doctrine de Newton aurait été retardée d’un demi-siècle , s’il avait donné son attraction comme une simple observation. Je n’ose affirmer, même pour son honneur , qu’il y ait entendu finesse , et que cette conduite soit le résultat d’un calcul ; il me paraît plus probable qu’il a subi la loi de l’enchaînement des intelligences , a laquelle n’échappent pas même les plus grands génies.
Exposons maintenant la manière de philosopher de Barthez dans la médecine-pratique.
La médecine, considérée comme l’art de guérir ou plutôt de traiter les maladies , doit être définie La science dogmatique des indications. Son but est donc la thérapeutique , en prenant ce mot
dans le sens le plus étendu , et non comme synonvme de matière médicale on de simple formulaire. Jusqucs à Barthez on n’avait envisagé les maladies que sous des points de vue plus ou moins rétrécis, quelquefois même purement hypothétiques et erronés ; et c'était de ces notions incomplètes, arbitraires ou fausses , que l oti avait déduit les indications. Ainsi , les médecins s’étaient tous partagés en humoristes ou en solidistes , en cxpectans ou en agissans , en métaphysiciens ou en matérialistes; certains prenaient même des bases moins larges d’indication , ils ne tenaient compte que do la constitution physique de la fibre , qu’ils supposaient lâche ou serrée ; des troubles de la circulation , qu’ils imaginaient embarrassée par des obstructions et des stases; du dérangement des premières voies , qu ils croyaient surchargées de matières surabondantes ou putrides ; de l’état dynamique des forces , dont ils n’admettaient que les lésions en plus ou en moins , etc. Tous n’étudiaient la Nature qu’à travers le prisme trompeur d’uno idée plus ou moins bornée , et ne considéraient les maladies que par un champ de vision très-étroit.
Les esprits sages de tous les temps avaient senti les inconvénieus ’ et les graves dangers dé cetto manière de procéder, et n’avaient trouvé d’autre moyen pour les éviter, que d’avoir recours à l’empirisme ou à l'éclectisme* Mais l’empirisme grossier et brut, si j’ose me servir de cette expressiou, c’està-dire, celui qui n’est soumis à aucune règle dogmatique ; détruit presque toute médecine, à force
de restreindre son domaine ; il la décomposé en ja réduisant à ses matériaux primitifs. L’éclectisme n’est souvent qu’une association bizarre d’erreurs et de suppositions , dont les détails particuliers n’ont pas plus de valeur que leur ensemble général.
Barthez conçoit la belle idée de plier la médecine-pratique à la meme philosophie qu’il a introduite dans la science physiologique. Il présente à son esprit le tableau complet de toutes les méthodes variées que l’on a jamais appliquées aux. maladies ; il les prend à leur source et à leur première origine -, il détermine leur caractère, évalue leurs avantages et leurs inconvéniens ; il les met à leur place respective , et les coordonne selon leurs légitimes usages. Il fait, en un mot, pour la médecine-pratique , ce que le génie de Montesquieu avait fait dans l’étude des gouvernemens et des lois. Il se garde bien de s’attacher à telle ou telle idée particulière ; il embrasse tout son sujet et ne lui donne d’autres limites que celles que lui ont laissées les travaux réunis de tous les grands observateurs. Jamais médecin , nous osons le dire ,
ne s’était élevé si haut : et l’on s’assurera bientôt que lors même que l’on pourrait lui contester , sous quelque rapport que ce soit, quelque application particulière de ses principes généraux, ou ne pourrait pas lui refuser la gloire d’avoir créé la philosophie de la médecine-pratique considérée sous le point de vue le pins étendu , philosophie , qu’aucun des grands hommes qui l’avaient
clans ce vaste
précédé n’avait jamais conçue ensemble (t).
Il- entend par méthodes les plans divers de traitement ([ne l’on peut opposer a ux maladies. Jusquos
à lui on n avait guère connu que les médicamens
(i) Galien , esprit éminemment systématique , avait eu le premier de* idées analogues , quoique très - éloignées encore de celles de Barthez, lorsqu’il avait distingué les méthodes de traitement en deu% ordres, les méthodes rationnelles et les méthodes empiriques. ( Gîraudy , Traite Je therap. gr'aer. , p. i\z , i î>i iî. ) II tant ensuite franchir des siècles et arrive^ a Fordvce. M. Lordat a prouvé ( Dact% me J. , p. 3 <hj 3» ». ) contre M. Dumas, que Stahl n’avait eu rien moins que des idées de ce genre ; et que notre illustre Professeur avait été trompé a cet égard , par une analogie d’expressions , et peut-être par le désir secret de diminuer le mérite du Barthez, qui ne reconnaissait pas assez le sien. L’auteur anglais parait s’être plus rapproché de Barthez; mais, dans le peu qu'ils ont de commun , il n'a fait qu’entrevoir vaguement ce queBarthcza vu d’une manière üxe et arrêtée. D’ailleurs le principal mérite <1*. celui-ci est moins encore, selon nous, d’avoir distribué le* différentes méthodes de traitement que d’avoir fait servir ces vues à la philosophie entière de la médecine-pratique ; et c’est sous ce jour particulier qu’il faut considérer et apprécier sa doctrine. Elle est la clef et la basa de la médecine-pratique. Sous ce rapport , Barlf«.'z est sans égal , et il ne peut être compare a personne. C’est pour ne s’étre pas formé une idée •xacte des Méthodes Barthézicnnes , qu’on ne les prend trèssouvent que pour des divisions scolastiques assez indifférentes. M. Lordat a très-bien relevé celte erreur , quand il a dit (Üuv. cit. , p. 3o8) : « dans ce grand travail , il éclairait toutes les faces des faits pathologiques ; il en faisait réfléchir la Lumière sur les lois de l’économie animale; il rangeait sous des principes solidement établis un nombre prodigieux d’obser. rations thérapeutiques, qu’un empirisme timide et grossier laissait isolées, et que le 'dogmatisme hypothétique rejetait 3 quand elles ne s’accordaient avec la théorie reçue, *
et leur classification systématique plus ou moins heureuse. J’affirme même que les médecins étrangers à sa doctrine ne savent pas trop encore ce cjue c’est qu’une méthode» On ne s’occupe que de nosographie, de thérapeutique et de matière médicale ; on n’a pas d’idée d’une science antérieure à toutes celles-là % et qui décide de leur direction et de leurs destinées ultérieures, la philosophie «le la médecine-pratique ou la science des méthodes» La science des méthodes est à la thérapeutique , ce qu’est la tactique à l’art militaire % la légisiaiion à l’administration.
11 dist ingue les méthodes en naturelles, eu analytiques et en empiriques (i).
i.° Méthodes naturelles. La nature guérit les maladies , elle les guérit par des actes sensibles ou cachés; il arrive quelquefois que ces actes s’annoncent ? se commencent , mais ne s’achèvent pas.
(i) II faut lire sur les méthode» la préface de la Noua doctrina , i774 î fes Nouveaux çlémens , v ol. I, p. 44 ? notes * p. 9.5 , (9); Mém, sur la col. il , , §, V ; Traité des malad. goût •* teuses '7 pa Préface est consacrée en entier à l’exposition et à l’application de ces méthodes ; — Consult. de Barthez , préface de M. Jjordat; — Dumas , Traité des mal . c-hron ,, p. 6025- Bérard, Dict , des sciences médicales art. Elément, Je crois avoir rendu à l’analyse le service d’ailleurs très- facile :■
1.0 De l’avoir isolée de toute discussion physiologique et métaphysique , dont on ne l’embarrasse que trop souvent,
2,Q D’avoir insisté plus spécialement sur les caractères essentiels de chaque élément et sur leur description à la manière de la célèbre Ecole de Pinel,
3.o D’avoir restreint à un plus petit nombre les élémens des maladies, et d’avoir établi des principes plus tranchons et plus sévères pour distinguer le symptôme de l’éléoicat.
Dans ce cas , l’art a les moyens Je les préparer > de les faciliter et de les fortifier : ainsi, par exemple, une fièvre inllaininatoirc parait-elle vouloir se jugée par une hémorrhagie uasale , et cependant les efforts en ce genre sont- ils incomplets , ou ne remplissent-ils pas entièrement leur but , l’art peut les aider , les soutenir et les terminer.
Ces méthodes ont composé la pratique d'un trèsgrand nombre de médecins. Hippocrate et la plupart des anciens, Sydenham, Stalil , Bordcu , et les plus sages parmi les modernes , en ont fait l’emploi le plus étendu , et quelquefois même ils se sont bornés vicieusement à elles seules , ce qui a rendu leur pratique timide et rétrécie. Barthez restreint sagement leur domaine aux cas où la uaturc a une tendance manifeste à affecter une marche réglée et salutaire.
2.0 Méthodes analytiques . L’art ne sc contente pas de faciliter les mouvemeus de la nature , il a encore d’autres iustrumens en sa puissance. Il peut combattre des états morbides par des moyens directs : ainsi , il peut faire disparaître l’état inllammatoire que nous venons de considérer dans ses rapports avec les crises , par des saignées plus ou moins répétées j aiusi, ou attaque l’état vénérien par le mercure , la faiblesse par les toniques , la douleur par les narcotiques , etc. etc. Ces moyens n’agissent plus en imitant la Nature , ou plutôt en facilitant ses efforts spontanés ; bien loin de là, ils détruisent les états morbides auxquels on les oppose directement, de quelque manière que ccl^
se fasse; car, pour le moment actuel, nous ne Tenions ni ne devons entrer dans aucun détail à cet égard : rendons la question générale indépendante de toute discussion particulière»
Or, il; est prouvé par l'expérience journalière, que les états morbides diffèrent les uns des autres ; que la diminution des forces n’est point la même chose que leur augmentation, la douleur que le spasme, etc» Je ne veux ni ne dois., encore donner aucune idée, déterminée de ces états, fixer leur nombre et leurs, caractères ; je ne sais ni ne veux dire jusques à quel point Fou peut s’en tenir aux analyses qui ont été faites en ce genre : tout ce que je prétends , c’est qu’il y a des états morbides diffère ns ; que , dans l’état actuel de l’observation clinique, il y a plus d’une maladie et même plus de deux , quoi qu’en disent les systématiques anciens et modernes ; qu i! y a plus , par exemple , qu’atonie ou qu irritation prises exclusivement ( Brown , M. Broussais ) „ réunies., ou suivies dans toutes leurs combinaisons» D’un autre côté , l’expérience prouve qu’il y a plusieurs classes de médlcamens ; que chacune de ces classes bien distincte est ou doit être en rapport avec quelque état morbide particulier : enfin, cette même expérience établit qu’un individu, dans la meme maladie , n’a pas toujours un seul état îriorbide, qu’il peut en avoir plusieurs à la fois , qu’il ne faut pas se servir d’une seule classe de remèdes , mais bien en employer de plusieurs classes adaptées à chaque état morbide différent. Décomposer ainsi nue maladie- ? c’est Fana lyser ; k traiter
d’après cette analyse, c’est la traiter d’après une méthode analytique. En d’autres termes, saisir les indications fondamentales et essentielles que présente une maladie; les saisir dans leur nombre pins ou moins multiplié et dans leurs r paorts respectifs ; les remplir par des moyens convenables et proportionnés, c’est ce qu’on eutend par méthode a na* lytique.
« Les méthodes analytiques , dit Barthez , sont celles où, après avoir décomposé uno maladie dans les affections essentielles dont elle est le produit, ou dans les maladies plus simples qui s’y compliquent, on attaque directement ccs clémcus de la maladie, par des moyens proportionnés à leurs rapports do force ou d’influence (i ). » Citons quelques exemples pour faire ressortir cette vérité importante : un individu est atteint d’une fièvre inllammatoire-bilieuse, Y a-t-il un seul praticien qui nie les faits de ce genre; car, pour les systématiques, je le déclare une lois pour toutes , je les récuse , ce n’est pas devant leur tribunal que j’en appelle dans le moment; j’ai recours à une cour suprême et de l’ordre le plus relevé dans la hiérarchie médicale, à l’expérieuce ou à l’observation clinique pure et simple. Eh bien! n’y a-t-il dans ce cas qu’une seule affection , ou mieux encore , pour parler un langage moins sujet à discussion , n'y a-t-il qu’une seule indication a remplir, qu’une seule classe de moyens thérapeutiques à employer ? Non, il y en a deux: la saignée et l’ensemble des moyens anti-plilpgistiques,
[i ) Traite des mal. goutt. , pref. p. xj\
les évaeuans et l’ensemble des moyens anti-ga$~ triques , an ti -bilieux 7 tout comme on voudra les appeler. Pour tout praticien , ces deux ordres de médicamens ne seront jamais les mêmes.
Maintenant est-il indifférent de commencer par la saignée ou par l’émétique? Non ; il y a donc un art qui apprend à distribuer ces différens agcns thérapeutiques , à les proportionner aux rapports qu’ont les deux affections élémentaires; donc il y a une analyse clinique , une analyse thérapeutique ; il y s des méthodes de ce nom ; et Barthez ne s’est pas perdu dans de vaines abstractions métaphysiques p quand il les a admises dans sa belle classification des méthodes.
A-t-il trop étendu leur domaine? Ce n’est point ce dont il s’agit; nous devons examiner seulement si ces méthodes existent. C’est à l’expérience , suffisamment instruite, à prononcer sur toutes les questions de détail , et à juger tous les incidens ; mais la question générale est complètement et irrévocablement décidée aujourd’hui ; la cause de l’analyse est gagnée.
Mais, qti’est-ce qu’un élément ou une affection essentielle ? C’est un sujet d’indication majeure ; ce n’est pas autre chose. Mais, telle indication qui nous paraît aujourd’hui majeure , pourra , dans la suite , devenir très-secondaire , et être réunie à une autre indication déjà connue. Eh bien! il y aura une indication de moins dans le tableau gé~ lierai. Cela ne détruit pas le système ; bien loi£| de là , cette circonstance le confirme.
Les méthodes analytiques se confondent avec les méthodes symptomatiques. 11 est possible que certains auteurs aient très-souvent cum uls cette faute; que Barthez lui-même s eu soit rendu aussi coupable que l’on voudra (i). Dans un très -grand
(i) Barthez me parait avoir commis l'erreur fondamentale d'avoir considéré , comme rie mens des maladies, tous les divers ut trs qui constitue» t une même allée t tou ; ainsi , par exemple, dans une inflammation , il prend p urses démens, dans tous les cas , la douleur , la fluxion , l'irritation phloçistique , etc. Je craindrais beaucoup que la doctrine, si l'on s’obstinait à lui donner ce sens , ne fut jamais reçue parles esprits sévères qui opt une juste appréhension des abstractions métaphysiques, et qui ne redoutent rien tant qu’un système qui consacrerait, par la philosophie la plus relever, la médecine svmptoiuatique , la plus mauvaise de toutes les médecines.
J'ai jugé convenable de présente r la doctrine de l'analvse thérapeutique dans ses principes les plus géuéraux, et abstraction faite de l’application particulière eju’a pu en faire Barthez. J'ai cru en outre devoir rapportera Barthez, comme à son premier auteuV, tous les développemens ultérieurs qu'elle peut avoir reçus.
M. Lordat, qui a expose; la doctrine de Barthez dans d'autres vues , et nécessairement avec plus elc détails que nous, pourra nous en fournir les principaux trait*. Il l'a développée à sa manière, avec autant d’esprit que de profondeur, il se mble n’avoir rien oublié pour la faire ressortir; il a meme osé divulguer des secrets que Barthez aurait réservés peut-être pour les adeptes. Chaque secte a scs expressions consacrées , qu'il ne convient peut-être pas pour ses intérêts, de trop répéter devant les profanes , qui pourraient les prendre dans un mauvais sens et en faire leurs profits.
« Se lon Barthez ou selon M. Lordat , une maladie se compose d’affections variéesou d '‘idées différentes de la puissance vitale; et pourejuoi la modification de l’unité vitale , d’où dépend la maladie qui détermine cette cause active à proeluire divers actes insolites tfcans lcsvstémc entier ou dans quelques parties , ne pourrait-elis
nombre de cas limitrophes , elles sont analogues , et on ne doit pas même trop se piquer ? pour les intérêts bien entendus de la médecine-pratique,
pas s’appelier idée morbifique? (Barthez avait laisse échapper , en passant, cette opinion Helinontienne , dans les Nouv. élém. , voî. II , p, 3i , idée de mouvement , p. 212 , idée canine. ) Cette dénomination serait d’autant plus commode que , si elle devenait usuelle, on pourrait continuer d’emprunter à la physiologie les mots qui expriment les qualités et les relations des idées intellectuelles , pour rendre des qualités et des relations analogues des idées morbifiques , comme la simplicité , la complication , la composition , l’association. »
« On sait que les operations mentales, quelque variées qu’elles soient, se résolvent en un petit nombre d’actes simples, dont l’âme arrange la succession selon le but qu’elle se propose. On sait encore que toutes les fonctions naturelles se composent de combinaisons et de suites de phénomènes simples que l’unité vitale exécute au moyen des facultés sensitive, motrice, altérante, plastique, etc., dont elle est douée , phénomènes qu’ellô co-ordonne suivant des lois primordiales qui se rapportent à des fins utiles. Ces analyses doivent aider à concevoir que les maladies , quelque longue qu’en soit l’énumération, se résolvent de même en un nombre circonscrit de phénomènes élémentaires que présente la puissance vitale vicieusement modifiée : ce sont des altérations de la sensibilité, un exercice insolite des mouvenaens , une aberration des actes qui règlent la constitution, chimique des humeurs, etc. etc. » C’est là ce que Barthez nomme les élérnens des maladies. ( Doct. méd . , p. 28g. )
«La complication proprement dite est d'autant plus digne d’attention , qu’elle embarrasse singulièrement la marche des maladies connexes, comme les fièvres périodiques doubles, triples, en offrent la preuve journalière. La puissance vitale est, dans la conduite de ces affections simultanées , aussi sujète à des aberrations, que la puissance morale, lorsqu’elle veut mener de front deux opérations intellectuelles, disparates , comme dicter deux lettres sur deux sujets ditférens. On me pardonnera ces comparaisons fréquentes tirées de l’ètre pensant : je 11e puis comparer dy alité vitale qu'a un principe d'unité , et U est naturel
Je tracer une ligne Je démarcation rigoureuse entre les unes et les autres : mais enfin , dans l’exemple que uous avons supposé d’une fièvre réellement inflammatoire - bilieuse , peut-on considérer l’etat inflammatoire comme fournissant une simple indication symptomatique; d’autres en diront autant de l’état bilieux. Que deviendra la maladie? Observez que je ne nie pas qu’il ne puisse en être ainsi dans certains cas, mais ce n’est pas de ces cas dont il s’agit maintenant, et celui dont il est question ne peut pas être révoqué en doute.
Une fois la méthode générale étant établie , si l'on la considère dans tous ses détails , l’on verra bientôt qu elle sert admira bl etnent pour classer tous les faits que la pratique présente; que seule, clic se plie avec facilité à toutes les formes des maladies, et peut suivre toutes leurs combinaisons ; que seule, elle utilise les travaux des observateurs de tous les temps , de tous les pays et de toutes les sectes , pourvu qu’ils soient exacts , lors meme qu’ils seraient en opposition plus ou moins directe
do préférer o<Jui que nous sentons en nous-mêmes. » ( Ou? . cit. , >. 598. )
Au reste , je dois avertir que ees expressions métaphysiques , qui peuvent arrêter ceux qui ne sont point habitués à ec langage , ne sont que métaphoriques; ce mot à* idée mort ’fique n’est que synonyme d’affection vitale , dans l’intention de son auteur. J’avoue que je ne puis déterminer jusques à quel point Barthez aurait été bien aise de voir introduire dans sa doctrine le langage de Stahl. Je soupçonne qu’il n’était pas assez ami du professeur de Halle, pour souffrir un si grand rapprochement , même dans les expressions.
entre eux, ce qui arrive assez souvent : tandis que J dans les autres systèmes exclusifs et absolus , comme ils le sont tous sans exception , l’on n’embrass® forcément qu’une série de faits , l’on néglige tous les autres et l’on se jette nécessairement dans un très-grand nombre d’erreurs graves.
Prenons un exemple remarquable. L’ouverture des cadavres constate que , cliez des individus qui ont succombé à différentes espèces de fièvres , l’on trouve très-souvent des traces d’inflammation dans la muqueuse des voies digestives. Si nous avons arrangé le système médical de telle manière que bous 11e puissions avoir qu’une seule idée, qu’une notion absolue sur ce que les théoriciens appellent la nature de la fièvre , et que nous supposions , pat exemple, que l’excitation générale du système circulatoire , qui constitue, dit-on, la fièvre , est toujours produite par un point d’irritation locale que Fou décide positivement ne pouvoir avoir d’autre Siège que les muqueuses abdominales , il en résultera forcément que toutes les fièvres ne seront que des inflammations abdominales. Si on nous montre au contraire des cas dans lesquels l’autopsie cadavérique offre des traces de relâchement et d’atonie dans les tissus , avec ce même système absolu et décidé , avec cette manière tranchante de philosopher , nous nous jetterons dans le système opposé, leBrownisme. Le matin nous aurons une opinion , le soir nous en embrasserons un© autre , le lendemain nous en changerons encore, h moins que nous n’ayons une opiniâtreté qui non#
mette au-dessus des faits , et dans tons les cas nous nous égarerons également , nous ne ferons que tourner dans un cercle continuel d’erreurs , et j’ose affirmer encore, à cette occasion , que quand plusieurs millions d’individus du plus grand mérite travailleraient de cette manière la médecine-pratique pendant plusieurs millions d’années , le système général li en serait pas plus parfait et resterait toujours frappé du même vice radical.
C’est ce qui est constamment arrivé depuis l’origine de la médecine jusques à nos jours ; mais dans les premiers temps on était pardonnable , on ne peut pas tout voir «à la fois, et le meilleur moyeu de découvrir un objet, n’est-il pas de commencer par en étudier chaque face , meme avec ces pré- «ventions qui animent le zèle? C est dire en d’autres termes, j eu conviens à notre bonté , qa aujourd’hui que nous n’avons pas les mêmes excuses , les fautes de ce genre commencent à être véritablement criminelles. Dans le principe , c’était des péchés de simple omission , des péchés véniels selon les casuistes les plus sévères ; ceux d'omission sont beaucoup plus graves et ont d’autres conséquences pour le salut.
Voyons, au contraire , comment , d’aprèsla méthode d'analyse dont nous parlons , l’on peut étudier le rôle que jouent les inflammations abdominales dans les fièvres. Il faut classer les faits selon leurs grandes analogies: telle est la loi fondamentale. Or, il y a des cas dans lesquels on n’oberve, duraut la maladie, aucun phénomène d iuüammalfon ou d’irri-
tatîon quelconque , dans lesquels on constate même la présence de phénomènes diamétralement opposés> des cas où l’autopsie ne laisse aucune trace de phlogose dans la muqueuse. Il y en a d’autres, au contraire , dans lesquels , d’après les symptômes , la marche de la maladie , le traitement et les lésions cadavériques bien interprétées, il y a incontestablement phlegmasie. Ici l’inflammation doit être considérée comme état essentiel, la fièvre n’est que symptomatique *
M. B coassais a rendu un très-grand service à la médecine , en faisant mieux connaître qu’ou no l’avait fait avant lui les cas de ce genre , en dévoilant les formes différentes les plus insidieuses sous lesquelles se cache l’inflammation , en corrigeant des écarts que les méthodes de classifications symptomatiques multipliaient tous les jours. Nous l’en remercions au nom de tous nos confrères de tous les pays ; mais que l’on prenne garde de ne pas faire payer trop cher à la science un service qui reconnaît enfin ses bornes , quelque grand qu’ii soit, et qui ne mérite pas qu’on lui livre en revanche la médecine entière (i).
Il y a d’autres cas où l’inflammation se combine 9
(i) Nous nous plaisons à rendre cet hommage public à l’immortel auteur du Traité des phlegmasies chroniques. îl me semble que ce médecin s’était fait déjà un assez beau nom parmi les grands observateurs , pour ne pas craindre un peu plus de se compromettre auprès de la postérité la plus reculée , par deâ exagérations qu’elle n’a jamais pàrdonnées. Les grands
hommes ne doivent pas se permettre de ces faiblesses qui font
Souvent la fortune de la médiocrité.
*e complique avec d’autres états morbides. Tqut prouve qu elle n’existait pas auparavant , qu’ellq n a paru que durant le cours de la maladie ; ou bien que , si elle existait primitivement, elle marchait avec d’autres symptômes qui notaient point le résultat de celle-ci ; que ces symptômes particuliers avaient leprs causes , leurs marches et auraient pu avoir lieu sans elle. L on doit donc ici, par une analyse exacte, rechercher quels sont les élémens de la maladie composée , et quels les rapports de ces élémens; en d’autres termes ^ si, dans les cas de ce genre, il ne faut employer que la saignée , les sangsues , leau de gomme, etc., ou bien s’il faut faire concourir d’autres méthodes.
Enfui, il y a de? cas où l'inflammation n’est que symptomatique : elle n’a paru que vers la fui fie la maladie , et elle n’est que le résultat des autres états morbides qui ont précédé.
Il est incontestable que l’on ne peut pas uier toutes ces distinctions essentielles, rejeter l’existence de toutes ce.s combinaisons , et par conséquent contester la nécessité de l’analyse clinique et thérapeutique. Il n’est pas facile, dira-t-on , de .suivre ces divisions dans la pratique : j’en conviens autant que l’on voudili ; mais toujours faudra-t-il recou-
naître qu’elles existent , et qu’il importe d’étudier les maladies d’après cette méthode.
3.° Méthodes empiriques. Dans ces méthodes , pu s’attache directement à changer la forme entière de la maladie par des remèdes qu’indique le
raisonnement foudé sur l’expérience de leur utilité
^fatts des cas analogues» Ces méthodes empiriques sont ou vaguement perturbatrices , ou imitatives des mouvernens salutaires que la nature affecte dans d’autres cas de la même maladie , ou administratives des spécifiques que l’expérience a fait connaître
dans cette maladie.
Nous développerons dans la suite F application
heureuse de ces différentes méthodes au traitement
des maladies goutteuses. Pour le moment , nous
devons nous borner à l’exposition de la manière générale de philosopher dans la médecine-pratique.
On le voit aisément, Barthez a suivi ici le même esprit que dans la physiologie. Embrasser tous les faits de fa science pathologique, toutes les méthode? thérapeutiques , les lier selon leurs plus grandes analogies, arriver ainsi à des dogmes généraux; faire
autant d’espèces de maladies qu’il y a de classes de faits semblables et de méthodes identiques , tel est le principe fondamental de sa doctrine, telle est la méthode dont il a donné le premier l’exemple , quoiqu’il faille reconnaître encore ici qn’il n’a pas pu ni voulu la présenter dans tous ses détails et dans toutes ses applications , exposer toutes les
vérités qui en émanent dans leur gradation de pro-
habilité et de certitude , se dépouiller sur-tout de toute espèce de prétention à l’explication des phénomènes , du moins comme médecin - praticien. Car il faut le dire , il s’est trop liaté d’associer ^a pathologie à la physiologie , et il parait n’avoir pas assez insisté sur leur indépendance réciproque que je crois être la hase de la constitution la plus
heureuse de la science médicale. Il faut, eu effet, que celle-ci établisse la liberté et les rapports de$ pouvoirs , pour préveuir l'invasion du despotisme des dogmatiques et de l'anarchie des empiriques» Les sciences se sont perdues comme les états, parce* que l’on n’avait pas assez nettement déterminé ces pouvoirs . Dès - lors la pratique n’a pas voulu, reconnaître de maître , ni la théorie de lois: mais aussi les états politiques ne commencent-ils qu» xie nos jours à entendre ce que c'est qu’une constitution libérale. Peut-on exiger plus des sciences ? L* ▼érité n est-elle pas fille du temps et de l’expérience» domine la félicité des natious et du genre humain?
Je dois cependant le dire à la défense de Barthez» Il ne recevait les applications de la physiologie à la mcdeciue-pratique , que comme de simples conjectures plus Ou moins fondées j et dans son Traité des maladies goutteuses, il ue donue sa théorie suc cette maladie que comme extrêmement probable , et il insiste spécialement sur les faits thérapeutiques qui semblent démontrer que l’état goutteux doit être considéré comme essentiel et spécifique. Sans doute que la physiologie de Barthez , sortie presque toute entière du sein de la pratique , pouvait lui être appliquée ou mieux encore rendue plus aisément que toute autre ,* sans doute que l’on doit admirer les beaux résultats cliniques auxquels les théories physiologiques l’eut couduLt dans le traitement méthodique des fluxions , dans la doctrine et la thérapeu** tique des affections nerveuses , de la malignité et de j.s. p^raly^ie oui a lieu a^rès U colique de Pyitou
nv\iB nous n’en pensons pas moins que ces heu* reuses exceptions ne doivent pas renverser ia loi générale que nous avons posée, savoir que l’analyse purement empirique doit être le fondement de la médecine-pratique , et que les théories empruntées à la physiologie ne peuvent être considérées, surtout dans l’état actuel de la science, que conjme des moyens d investigation toujours plus ou moins infidèles, et même comme essentiellement dangereux $ quand on s’en sert habituellement..
Une des preuves qui porterait le plus à penser que la manière de philosopher de Barthez ne fut point d’abord saisie , et qu elle favorisait même sons certains rapports l’introduction des hypothèses Stahli.eimes qu’il avait voulu écarter à jamais de ta science , ce sont les efforts de Grimaud, son élève , son ami et son suppléant dans ses fonctions, pour renouveler sous ses yeux ce même animisme que le maître avait proscrit avec tant d’empire. L’on doit remar quer que Grimaud part des mêmes principes logiques , ce qui peut faire soupçonner que ceux-ci sont entachés de quelque erreur grave ou de quelque imperfection secrète , puisqu’ils ont pu conduire un esprit aussi sevère et aussi conséquent que celui de Grimaud , à des résultats aussi hypothétiques et aussi éloignés du but primitif.
Il commence par établir , comme Barthez , que les causes ne peuvent être que les lois que nous avons aperçues et observées dans l’ordre successif ffes phénomènes que nous présentent les objets de la nature-, et il cite l’autorité de Berkeley, à
îTappui de cc dognïe impartant,, à côté de celle de son illustre maître (i).
Il pense que 1* véritable manière de raisonner consiste à comparer ces lois les unes aux autres, et k s’assurer de leur ressemblance ou de leur opposition. D’après ces vues, il sépare à jamais les phénomènes Vitaux des phénomènes mécaniques (2). Selon lui , riiistoïrc aussi exacte que possible des loin lions physiologiques et des maladies est la base de la science (le l’homme. « Tous les raisonuemeus , dit-il , qui 11c portent pas sur les laits, ne sauraient aboutir qu’à des Conséquences vicieuses, par rapport aux choses vraiment existantes , oit par rapport aux productions récites de la nature (3 ... La vie nous est absolument inconnue dans sa nature; tout ce que nous en savons se réduit aux phénomènes que nous avons pu saisir, et l’ensemble ou la coiieclion systématique de ces phénomènes observés pendant l’état de santé, compose , à proprement parler , tout le londs de ■notre science physiologique. De meme encore , pour acquérir sur l’état maladif des- connaissances solides , il faut suivre la même route, il faut observer de la même manière , il faut également amasser des faits pour nous procurer des idées ; et ces idées seront d’autant plus lumineuses, et elles seront d’autant plus éminemment applicables à la pratique , que noua aurons plus multiplié ccf
(1) Premier mémoire sur la nutrition , p. 25.
( ’.) T J cm , et Cours de physiologie , vol. I , p. 33/p £3) Cours de physiologie, toi. I , p. 1.
laits y ci que Tordre de distributloii épie nous M*
tons établi entre eux répondra plus exactement h leurs rapports naturels de dépendance et de suc-
Cession.... (î). >3
« Pour étudier les fonctions , Ton doit rechercher l’ordre dans lequel elles se suivent , marquer les Rapports qui les unissent , et sur - tout il faut tâcher de s’élever par des analogies simples aù;^ lois qui les dirigent (2 11 faut négliger les hypothèses , il faut étudier les faits dans toute leùr sim¬
plicité , dans toute leur pureté ^ il faut savoir le# «dépouiller de toute interprétation $ car toute interprétation qui n’eSt pas déduite des faits mêmes y èiî des faits analogues y eàt arbitraire et vaine , et
touteà les théories qui tlè Sont pas des faits observés y Jaugés selon Tordre de subordination naturelle ? ne sont que des nionumeiis élevés à Terreur; nloiiumens d’autant plus funestes qu’ils auront été élevés par des hommes d’un plus grand génie (3)* a D’après ceS excellentes Vues de philosophie , Griinaud classe tin très-grand nombre de faits physiologiques et pathologiques, les considère sous le jour le plus vaste, et les débarrasse d’une foule Aë petite! «explications*, mais malheureusement il n’échappe pas au danger de les réunir tous soiis une seule hjpo* thèse : l’admission d’un principe substantiel qui produit également les phénomènes vitaux et lès phéno»
(1) tfoürS <lé fièvres , vol. ï , p, î , 2.e e'dition publiée pal* M, ^inëtcy-Déllettfe (l8i5), et ènrichié de siipplémens précieitsi
(2) Coürè dé physiologie y vol. I , pi u Idem $ p, 3g<
mènes moraux ; et observons encore qu’il s’est engagé dans ces suppositions, toujours par cette seule et même raison qui a égaré les plus grands et les plus sages physiologistes , savoir, que Tou peut sortir des faits, que l’on peut s’élever des phénomènes à leurs causes par U voie de l’expérience ; qu’il n’y a aueun danger dans la recherche de ces causes, lorsqu on y parvient par la comparaison analytique des laits , et que c’est même eu cela que consiste le fonds de la science, que l’on ne croit pas pouvoir exister san9 cette détermination des causes.
Cette philosophie parait si probable , si sure, si modeste , si bien eu rapport avec nos facultés intellectuelles , ou du inoius avec l’analyse que nous ou ont donnée jusqu’ici les meilleurs métaphysiciens, qu’on regardera peut-être l’opinion par laquelle on veut l’ébranler , comme un paradoxe insoutenable , inutile à proclamer , d'une application impossible , et ne tendant qu à jeter la science dans un empirisme trop étroit ou dans un vague iudélini.
Griiuaud nous servira d 'exemple pour faire apprécier au juste cette manière de raisonner, et faire entrevoir tousses dangers. Il adopte sans façon l’hypothèse de Stahl , et donne ainsi les motifs de sa conduite ; « on reproche, dit-il , communément à ce grand homme d’ayoir rapporté à l’àme toutes les opérations du corps ; mais ce beau génie avait bien vq, comme Hippocrate et comme tous les autres philosophes théistes, que la raison d’individualité d’un être vivant ne pouvait être que dans l'unité du principe qui l’anime ; il avait bien vu que k*
différentes parties qui lé composent fie peuvent s’uoir , s’accorder, concerter leurs opérations , et teiidrè à certaines tins pat des moiiverrieiis communs , qu’autànt qu’elles sont Soiis la dépendance cTonêtré simple qui , à raison de éa simplicité, peut exister à la fois dans toutes ses parties, et lès faite concourir à des fonctions qui ne se rapportent îii à telle? partie , ni à telle autre , mais qui sé rapportent au tout formé par leur assemblage ; il avait bieii Vu qu’en admettant dans îë corps animal deuâ principes différens , comme OU le fait si commuJ nément dans ce siècle , et nié me encore en le livrant a Faction rigoureuse et nécessaire des causes mécaniques , c’était introduire dans ce corps une Opposition ou un conflit de mOuveriieiis qüe rîeti fie pourrait calmer, c’est-à-dire, qiie c’était rèfldrë Üe tout point impossible Fexisteuce de Familial $ qui ne subsiste que par le concert , l’ordre ét l’hartabulé qui régnent dans ses fonctions (i). »
Î1 est incontestable que Grimadd ne donne danà celle hypothèse, que parce qu’il cherche la raiàoii de l’individualité de l’étrè vifant , qiiè parce qu’il tie petit pàS expliquer, sans 1 admission de Ce principe lui et intelligent , le concours des fonctions , leur îiafmbnié , lèùr manière d’ètrè, leur tendance ïhaiiifeste à la conservation de la santé et à Son i*étabîissesiiënt par des moyens très-variés , trèsbompliquéâ , et toüjOurs proportionnés aux bésoins t iiiêrnë à ceux dû moment ou à cëux qui sont pürë^
tal; I , p„ 325«
ment accidentels. On pourrait s’amuser à remarquer ici que Barthez avait eu plus d’une fois l’imprudence de faire Valoir ces méuies raisons pour appuyer l’existence de sou principe vital , et pour démontrer , selon lui , la nécessité de son admission. Barthez, comme Grimaud et tant d’autres, quand il établit des dogmes ou attaque ceux des autres, sc Sert presque toujours moins des faits directs , * que de la possibilité ou de l’impossibilité de concevoir une chose dans un système donné î manière de raisonnér aussi puissante dans la dispute qil’elle est faible dans la recherche de la vérité.
Je le déclare avec assurance , et il ne me sera point impossible de soutenir ma proposition devant tout homme de bonne foi , et qui réfléchit un peu Sur les conséquences d’un principe. L’hvpothèse de l'animisme, en tant qu’elle se charge d’expliquer Jes phénomènes vitaux et surtout l’unité de l’hom* hie physique et moral , l'harmonie des fonctions, Ctc. , me parait la plus probable de toutes , la plus rigoureuse et la plus inévitable (i) * et cependant tlie est la plus insoutenable i et j’oserai dire la plus ridicule , quand ôn ha suit dans tous ses déA Vcloppeinens ultérieurs. D’après ces vues , Voilà la science jetée dans une position singulière > que
fc— . . . . - - - f. .... L' .. 'I
(i) Si "je me croyais condamne à choisir entre les hypothèses métaphysiques et celles mécaniques, chimiques, organiques et même dynamiques de Brown et de plusieurs autres modernes, je ne balancerais pas; je me déciderais en faveur des premières: elles s’accordent avec un plus grand nombre dé faits , et expliquent mieux les phénomènes»
|€ me plairai volontiers a prolonger pour î« forcer* de changer de méthode. De deux choses l'une : ou il faut renoncer à l’obligation de remonter à la cause des phénomènes y et de s'arrêter en ce genre à F hypothèse rendue la plus probable par le pins grand nombre de faits , il faut être formellement d écidé k ne s’en tenir qu’aux faits eux-mêmes , généralisés et exprimés dans toute leur pureté ; ou bien il faut recevoir, bon gré malgré, l'hypothèse de Stahl. G est cette circonstance qui explique, sans doute, comment cette opinion a été admise 7 sous des noms différens ? par les plus grands génies qui se sont occupés de la science de l’homme , depuis Hippocrate jusque s à nous. Cette hypothèse est tellement dans les faits , qu’elle a été celle des meilleurs praticiens , même de ceux qui protestaient contre toute espèce d’explication , comme l’illustre empirique Sydenham* Rien ne prouve mieux , ce me semble , que cette manière de s’enfoncer dans la recherche des causes peut être aussi dangereuse daim ses résultats qu’elle est séduisante dans ses moyens* Si l’on suit Grimaud dans les détails , l’on s’aperçoit avec étonnement qu’il . se sert précisément des mêmes faits que Barthez , qu’il les interprète de la même manière , qu’il les rattache aux mêmes, lois , aux mêmes forces , qu’il les réunit et les coim fond comme lui dans un seul principe. L’on ne peut souvent distinguer entre ces deux grands hommes que la différence des expressions , et encore même Grimaud employait- il quelquefois le mot d& principe vital *
systènrie etc Grimaud se rapproche d’autant plus aisément de celui de Barthez , qu’on n’y rapporte po int les fonctions vitales a des affections purement morales , à des impressions avec conscience , et à des volontés réfléchies* Selon Grimaud , et selon Stahl dont il sc charge ici de faire connaître les véritables idée» (O, lame dirige les fonctions vitales %
d’après des notions intuitives , par des impressions Sans conscience, par des déterminations instinctive», automatiques, non réfléchies et forcées par des lois primordiales que le physiologiste doit étudier d’après l’observation et l’expérience. Dès-lors tombe l’objection que Barthez avait faite k l’animisme $ objection contre laquelle Stahl lui-même avait constamment protesté , comme dirigée contre une opinion qu’il déclarait n avoir jamais été la sienne* Enfin, après tant de réclamations, on commence aujourd’hui k rendre justice k Stahl sous ce rapport. Sprcngcl a relevé, avec impartialité, cette infidélité de Haller et de tous les adversaires de V animisme (2).
« C’est k tort , disait Grimaud, qu’on à Cru devoir regarder le sentiment intérieur comme le caractère nécessaire des opérations de l ame. L ànie est susceptible d’autres facultés , ou plutôt le sentiment qui accompagne ses actes n’est qu’un accident , qu’une circonstance qui sc trouve ou 11e se trouve pas avec eux. Je n’ai jamais pu concevoir comment M. Barthez avait cru pouvoir combattre avec
(t) Cours de phrsiol. , vol. î , p. 927.
(2) Sprçngcl , Hist, de U med. , t, V, p. 368«
avantage lé Stahlianisme , d’après cette opinion de
Locke (i). »
Grimautd fait cette dernière remarque aussi judicieuse qu’importante dans une note de l’ouvrage ; je ae crois pas qu’il ait eu le courage de la proclamer dans ses leçons 7 le maître ne Faurait pas souffert patiemment^
Nous avons vu comment Stalil protestait contre toute explication métaphysique empruntée de l’ordre moral, nous avons cm devoir recevoir ces ré* clamations. Eh bien 1 nous devons convenir maintenant , avec la meme impartialité , que toutes
les explications qu’il a données sont cependant
frappées de ce vice radical et que l’on a eu raison de le lui reprocher (2)*
De toutes ces contestations et ces incertitudes , résulte le dogme le plus intéressant pour la phi-
(1) Cours de physiologie , vol. ï , p. 4«80
(2) De cette circonstance résulté la très-grande différence qu’il y a entre la doctrine de Stahl et celle de Barthez. Celle d'6 Barthez est toute tournée vers les faits , cle temps en temps seulement elle se dévie vers- l’hypothèse ; ses désirs le portent peut-être et l’entraînent vers ces régions inaccessibles, mais la sagesse ié retient : d’ailleurs l’analogie des mots peut tromper quelquefois ; iis répètent, en effet , les 'üèmes mots , mais ils y attachent des sens bien différées, Ces considérations , cependant , font sentir la nécessité de faire cesser cette ambiguité dans les termes qui peut permettre à tout le monde des méprises funestes. On me reprochera peut-être de ne pas distinguer assez cè® deux systèmes, d’autres m’accuseront de ne pas assez les confondre. Je me suis efforcé de lès présenter tels qu’ils sont , et de ne pas être plus tranchant dans mon jugement qu’ils ne le sorri eux-mêmes dans leurs doctrines, qui se touchent il est vrai par «ertains peints , mais s’écartent par beaucoup d’autreso
Josophie de la science Je l’homme: savoir , que f malgré lui , Stahl a été conduit à des résultat? qu’il déclarait lui-même absurdes, et qui étaient cependant la couséqueiLce rigoureuse de sa manière de philosopher qui admettait la recherche des causes et s’eiforçait de concevoir le mécanisme intérieur des phénomènes.
11 est incontestable qu’avec toutes ccs notions intuitives et ccs affections sans conscience, il raisonne dans les détails particuliers , comme s’il avait admis des notious rélléchies et avec conscience ; et uc peut-on pas se servir de cet exemple pour faire connaître tous les daugers des systèmes métaphysiques , et plus généralement encore de l’idée de remonter des phénomènes à la recherche de leurs causes? La vue de ces écarts ne serait -elle pas propre à prévenir la tendance vicieuse que pourrait prendre , dans certains cas , la doctrine de l’Ecole de Montpellier , si elle u’était suffisamment surveillée ? Elle doit marcher désormais au milieu du mécanicisme et du Stahlianâsme , et se tenir également éloignée de ces deux écueils contre lesquels se sont venues briser presque toutes les sectes de physiologie. Cela lui sera d'autaut plus facile , que si nous avons bien fait connaître l’esprit de la philosophie de Barthez , encore plus que ses principes, celle-ci n’a contracté aucun engagement avec aucune opinion \ que pour elle les hypothèses n’ont guère été qu’un Vain-luxe auquel la véritable richesse peut toujours aisément renoncer; que l'esseutiel est la collection sysléma-
i'iquc des faits, d’après leurs analogies les plu# Vastes et les plus exactes.
Quant à la médecine-pratique } Grimaud adopta l’applicatioii de f analyse telle que Barthez i’avaif; conçue , et suivit les développemens de cette doctrine dans l’étude des fièvres. Le Cours de fièvres est un recueil immense de faits admirablement classés -, nul autre n’offre un cadre plus commode tà tous ces faits, ne précise mieu^ les indications variées eju combinées de ce genre de maladies ? nul autre ne présente la médecine plus débarras r @ée de toutes ces petites hypothèses , que l’oia .admet dans tous les autres systèmes ; l’on a ce? 'pendant toujours à lui pardonner son idée Stah?lienne, ;à laquelle il revient sans cesse. Mais , ce qu’il y a de remarquable 9 c’est que , malgré sa doctrine métaphysique , Grimaud analyse en véritable pratL ci en ; presque jamais, il ne se perd dans les division? trop subtiles auxquelles celte méthode est presque naturellement exposée.* JJ la consacre par les obserr valions .de tons les grands modernes , et la jusr tifie par les autorités les -plus respectables.. Pour ceux qui ont médité le -Cours de fièvres , et qui gavent avoir quelque indulgence pour les faiblesses de P humanité , qui jusqu es ici n’a pu se refuser de payer mi tribut plus on moins fort agx hypor thèses, c’est un des ouvrages de médecine-pratique dont la philosophie est la plus pure et la plus étendue»
L’opinion de St ah! fut encore embrassée par un. .autre élève de Barthez ? par l’ingénieux auteur du fy slème physique et. moral de l'honinj-Q et de lg>
femme y et nous pouvons encore profiter de cet exemple dans les mêmes vues \ nous ne ferons que rapporter Les priucipaux passages , nous nous dispenserons de toute icllcxion , nous observerons que lloussel associe le plus souvent les idées de Bordeu, son maître et sou ami , à celles de Barthez , et qu’il se jette cependant dans le Stahliauisoie que l'un et 1 autre avaient proscrit, et sur-tout le dernier. C’est dans un Essai sur la sensibilité , que lloussel expose ses idées fondamentales.
« La faculté de sentir est le moyen que la nature a donné à tous Jes corps vivans , de choisir ce qui est propre à maintenir leur existence , et de
rejeter ou de fuir tout ce qui peut leur nuire .
dette faculté de sentir nécessite à chaque instant les êtres vivans à des niouvemeus spoutanés , dont leur bien-être et leur conservation est toujours
l’objet plus ou moins éloigné ( p. 3 j*2. ) . Tous
les phénomènes de la sensibilité indiquent dan* l'animal un instinct vigilant , dont les efforts pour repousser les atteintes qui peuvent lui être funestes , setnbleut moius répondre à la nature et a la puissance des causes dont elles émanent qu’au jugement qu’il eu porte et au danger qu’il aperçoit. ( p. 3 jj. ).... L’essence de la sensibilité, considérée indépendamment de ses effets , ne pourra pas plus V se chercher , que l’essence du mouvement , du temps et de l’espace ( p. 3/^6. ). » Pourquoi cet auteur la cherche-t-il donc, et prétend - il l’avoir trouvée comme tant d’autres?
# 11 en est de la médecine comme de la politique.
celle-ci se propose de parvenir à la connaissance de l’homme moral , en s’attachant à démêler le piotif de ses actions dans la société ; la médecine aspire à connaître l’homme physique 9 on , pour mieux dire , le caractère vital de l’homme , en tâchant de découvrir le but des mouvemens et des actions organiques. La première a pour objet rji.o aime extérieur ; la seconde ? l’homme intérieur; les actions de 1 un et de l’autre dépendent du même principe , qui est l’amour de nous - mêmes. Cet amour prend le nom d intérêt dans l’homme extérieur ; on peut l’appeler , dans l’homme intérieur » désir de la vie et de la conservation . » (p 3 5 4-)® -
« Tous les organes ou tous les sens dont chacun
a ses fonctions particulières à remplir ( ce qui a fait dire à Bordeu que chaque organe était eu quelque sorte un animal ), sont cependant soumis à un principe universel ? à un moteur unique qui régit toute la machine; l’activité de chaque organe lui est subordonnée, C’est pourquoi les mêmes par» îles ne sont pas toujours également sensibles , son énergie s'appliquant tantôt à Tune , tantôt à l’auT ire (i). Ce phénomène singulier qu’ Hippocrate avaif aperçu, est inexprimable par les idées de ceux qui croient que tout ne s’opère dans le corps vivant que par l’irritabilité locale des parties qui le$ constitue»,., » ( p. 356, )
(i) C’est ce que Fouquet expliquait à sa manière par l’admissien des forces disponibles que Faîne sensitive distribuait » U>a gré.
«Le défaut essentiel de cetle hypotHèse , c'est de présenter les diverses parties qui composent ranimai , trop isolées et trop en détail , et de nous dérober la connaissance des effets qui résultent do leur ensemble. Ce dernier point de vue est celui qui doit le plus intéresser le philosophe et le médecin y qui ne peuvent point considérer le corps vivant comme un assemblage d’individus , mais comme un seul individu, comme un composé de parties liées entre elles par des rapports plus ou moins évidens , et toutes sous la direction d’un mobile principal ; car les actions les plus solitaires
et les plus indépendantes en apparence sont le fruit du concours harmonique de tant de parties, qu elles semblent plus appartenir à la machine qu’à aucun organe particulier. Selon les partisans de l’irritabilité , chaque partie faisant séparément ses fonctions et sans aucune dépendance réciproque , il n’y aurait point d’unité sensitive daus les êtres organisés , point de moi • les mouvemens dont * chacun ne teud pas moins à la conservation du tout qu’à celle de chaque organe particulier, n’y seraient point subordonnés à un principe qui les dirige et les dispose à propos pour les rendre eflicaees ( i ). Sans ce surveillant , sans ce principe modérateur, il n’y aurait dans tous les corps doués de sentiment et de vie qu’une multiplicité d’actions sans çrdre , sans liaison, de laquelle ^ésul-
' rT' -1
CO M. Lordat a tics-bien développé ce point de doctrine;
t'eraît un être bizarre , et non un animal bien
ordonné.... » ( p* 35^.)
« Les fonctions ne sont pas bornées à la seule action de l’organe immédiat où elles s’exécutent..... La digestion n’est pas l’ouvrage du seul estomac.... (p. dôy.) Le principe vital , dans ce cas, dirige les efforts nécessaires des organes qui doivent avoir part à cette fonction, dispose les humeurs, détermine leurs divers courans de la manière la plus avantageuse.... ( p. 36o. ) Toutes les sensations vont se confondre dans le sentiment commun de l’existence..... Toute perception est un jugement rapide en vertu duquel Taine émue se porte aussitôt vers l’objet qui Ta causée , ou tâche de se dérober à son impression. Si cet objet intéresse l’individu en bien ou en mal, c’est sur le jugement des diverses impressions auxquelles l’animal est en butte , que sont fondées toutes ses fonctions organiques. Les objets de ses perceptions qui sont liors de lui produisent les passions , comme les impressions des causes qui sont au-dedans de lui produisent le bien-être ou les maladies. Si j à l’as- * pect d’un serpent ou d’une bête féroce , un homme timide recule , en pâlissant , et manifeste tons les symptômes de la frayeur.; si la présence d’un objet propre à réveiller en lui Tidée du bonheur , dilate au contraire ses organes , et en y allumant le feu du désir , en augmente le mouvement et Faction 5 en un mot , si chaque passion donne constamment a l’animal une détermination conforme à la nature de cette passion : de même , lorsque quelques
causes de maladie affectent le corps vivant et !• menacent de quelque danger , ses organes prenuent plus ou uaoius promptement une disposition propre , ou du moins tendante à repousser cetto cause ou à éluder ses effets. Par la meme raison que les regards d’un homme s’auimeut , et quo sou pouls s’élève , lorsqu il est frappé des charmes d’une belle femme , les impressions d’un venin dangereux ou d’une humeur malfaisante excitent en lui des convulsions ou la fièvre. »
« Tous ces différeus mouvemens découlent d’une source commune. Rien ne serait plus inutile et plus contraire à l’observation des phénomènes do la vie , que de les rapporter à des principes différens.... » ( p. 3(5* • )
« On doit donc reconnaître combien il serait superflu d’admettre plusieurs principes d’action dans les corps vivans , pour expliquer les di flore ns ordres des fonctions auxquelles ils sont assujétis , et avouer que l’exercice de toutes ces fonctions est l’ouvrage d’un même principe doué d'autant de facultés qu’il y a d’espèces de faits dont la machine qu’il gouverne est capable ... » ( p. 364. )
On voit à quelles conséquences conduit une première hypothèse , et comment elle peut envelopper les faits les plus précieux qu’il faut cependant toujours conserver.
Jusqu’ici nous avons prouvé qu’il se formait graducllement dans le sein de l’Ecole de Montpellier une nouvelle manière de philosopher, qui consistait à observer avec soin les phénomènes vitaux ; .et à
remonter de Tensemble des faits à la recherche de leurs causes et de leurs lois expérimentales. A mesure que nous avançons , nous pouvons nous convaincre qu’on s’arrête tous les jours plus longtemps dans les faits, et qu’on s’élance avec moins d’ardeur vers la recherche des causes. Ces causes mêmes ne sont le plus souvent que des expressions de faits plus ou moins correctes. Telle était , d ailleurs , la tendance favorable de la logique de toutes les sciences à cette même époque. La ra4? iaphysique avait déjà éprouvé la plus grande révolution; Tempire des principes abstraits, qui avaient si long-temps despotisé la pensée , était complètement détruit. Locke , et Condiilac après lui , avaient démontré que toutes nos idées , du moins intellectuelles sinon affectives , venaient primitivement des sens, et ils avaient établi sur ces bases solides un empirisme universeL Newton était entendu de l’Europe entière , et sa philosophie perfectionnée par l’esprit français, si propre à en tirer les meilleurs résultats , était généralement appliquée. L’on sentait tout le vide des explications f et l’on acquérait de plus en plus la conviction profonde que l'intelligence humaine ne peut sortir du cercle des sensations ou des phénomènes que par l’arrangement et la classification abstraite de ces sensations mêmes, et que par conséquent la connaissance des causes lui est à jamais interdite. L’on n’a peut-être pas encore une idée nette et précise des moyens dont il faut se servir pour dogmatiser l’empirisme , afin deu faire un système vraiment rationnel ? digne de
reproduire d’une manière aussi fidèle que commode la collection immense des faits que U science possédait déjà. Mais tous les jours la lumière devient plus vive et plus pure , et le moment approche où l'astre qui éclaire les sciences , arrivé en quelque sorte à son zénith , s’arrêtera à jamais dans ce point iixe r et ne fera que prolonger ses rayons dans l’immensité des siècles à venir.
Cette amélioration importante dans la logique était très -avancée vers la fin du siècle dernier y sans qu’on puisse trop déterminer quel a été le chef d’une révolution dont les progrès ont été trop exaltés par les uns et trop rabaissés par les autres. Il en a été de celle-ci comme de presque toutes les autres : car je suis tenté de croire que dans les sciences , comme en tout autre genre , jamais un individu n’a fait r à proprement parler , une révolution. Les hommes marchont dans un certain sens; quelques-uns d’entre eux, plus habiles ou plus ambitieux , mont un peu plus vite , se trouvent ainsi à la tète et se donnent les airs de conduire la troupe.
M. Dumas reprit les travaux de scs prédécesseurs et continua la suite de leurs perfectionnement naturels , en se servant d’ailleurs du secours de la philosophie régnante ( 1800 ). Il commence par établir les moyens que nous avons pou? acquérir des connaissances solides. Ces moyens sont y selon lui , l’expérience , l’analyse et l’inductiou. L’expérience embrasse la collection complète et légitime des laits ? soit que la nature se présente
à nous dans l’observation 9 ou que nous allions au-devant d’elle par l’expérience proprement dite. « L’analyse décompose les objets , distingue leurs parties , montre successivement chacune de leurs faces à l’attention qui éprouve moins de peine que si elle était obligée de les considérer dans leur ensemble. Elle écarte toutes les circonstances excédantes ou accessoires ; et remontant à leur origine y elle les livre à la réflexion dans leurs premiers élémens ; elle leur rend ensuite toutes les parties qu’elle en a retranchées ; elle les unit de nouveau , et par des combinaisons successives elle les rétablit dans l’état où ils doivent être , en observant la liaison de leurs parties et ia suitô de leurs rapports » (i)«
«L’induction rapproche les faits travaillés, épurés par l’analyse ? les compare , saisit leurs traits de similitude et de dissemblance, en déduit des conclusions rigoureuses qui sont autant de vérités inconnues. De ces vérités naissent de nouveaux faits , de nouvelles idées ? qui ? analysés , comparés , mènent à d’autres découvertes (2),... Si l’on procède dans cet ordre , on viendra sans doute à bout de déterminer les lois qui règlent la production successive des phénomènes de la nature , et d’assigner
(t) Principe de Physiol. , i.re édit. , vol. ï , p. i/Ç C’est sur-tout dans cette première édition que Pon doit étudier les dogmes de ja philosophie médicale de M. Dumas, ainsi que dans Son j Discours sur les progrès futurs de la science de l’homme* (2) Our. cil* 3 p. ï5«
des causes expérimentales semblables a tous les effets naturels du même genre- . . . Déduites de cette manière, les notions que l’on aura prises des objets exprimeront du moins l'ensemble de leurs propriétés constitutives » ( i ).
C’est sur ces bases larges et solides que M. Dumas fait reposer l’édifice de la science de l’homme ; et l’application de ces trois inslrumens de l’intelligence lui donne la division la plus étendue et la plus utile qu’on ait présentée de la physiologie ) il partage celle-ci en partie expérimentale ou historique, en partie philosophique ou raisonnée, en partie médicale ou pratique. Voici le programme qu’il se proposait de remplir.
« Le traité de physiologie philosophique ou générale aura pour but de présenter la science dans sa plus grande extension possible , et de suivre les changemens ou les modifications de sou objet dans toutes les circonstances capables de le faire varier. On y recherchera les conditions , les effets , les causes de l’action vitale , eu parcourant l’universalité des êtres où elle s’établit. On montrera les développemens et Les progrès de cette action chez l’homine qui l’éprouve avec toute l’éucrgie , toute la plénitude de ses moyens. On examinera d’abord comment elle opère sur la constitution entière du corps animal, puis sur les systèmes d’organes dont il se compose , ensuite sur chacun de ses principaux
(i) IJ. p. 17.
organes séparés. On évaluera le caractère , la ctiu.
rection , finfluéfice respective des propriétés et des forces par lesquelles les phénomènes de la vie se succèdent ; enfin , faction vitale sera considérée Sous l’aspect le plus général 5 et si, dans un genre de travail tout-à-fait neuf , il était permis de se proposer un modèle d’un genre différent , nous
Oserions le comparer à cette nouvelle statique , où
îe savant Bertbollét, avec toute la profondeur du génie | éclaircit les résultats de faction chimique P en déterminant les conditions les propriétés , le» forces qui concourent à là produire. «
k Le traité de physiologie expérimentale ou d&? inonstrâtive devra s’appliquer à recueillir avec choix, à distribuer avec ordre les expériences et les observations intéressantes, qui , faites pour éclairer la science , en constituent les véritables matériaux. Ce sera une sorte de répertoire , de magasin ou de recueil dans lequel on aura réuni et rangé tout ce que les épreuves tentées sur les animaux vivans nous ont appris. Il s’agira d’établir de bonnes divisions auxquelles toutes les expériences puissent être ramenées , d’opposer ces expériences les unes aux autres ) de signaler celles qui paraîtront fausses j de tirer à la suite de chacune les seules inductions qu’elles doivent rigoureusement fournir* de mettre au jour les conséquences arbitraires, les résultats hasardés qu’on a voulu en déduire?, et ds désigner le terme où les produits de l’imagination ië mêlent à ceux dé l’expérience. On aura koiu de rattacher ces îdée^ expérimentales aux df*
vers ordres de phénomènes qu’elles peuvent éclaîcir, en distinguant les expériences qui se rapportent aux phénomènes physiques et chimiques, .celles qui concernent les phénomènes organiques et anatomiques; enfin, celles qui regardent les phénomènes hvperorganiques ou vitaux. En méditant sur l’objet d’un tel ouvrage, On se rappelle cette vaste collection de faits et d’expériences que le restaurateur de la philosophie forma pour l’histoire naturelle ; et sans la crainte d’être taxes de témérité ou d’orgueil , nous 11’hésiterions pas de comparer, notre dessein Avec celui de Bacon , dans le silva 6ilvarum , qui fût à la connaissance de la nature, ce que le traité de physiologie expérimentale bien exécuté serait à la connaissance de l’homme et des animaux.
« Le traité de physiologie médicale ou pratique offrira l’application des principes et des connaissances physiologiques à l’étude de l’homme malade. Il considérera la science de l’économie animale dans ses rapports avec la médecine-pratique, et l’action de la vitalité dans le9 chângeirtcus qu’elle subit par 1 effet des maladies. On y développera les circonstances et les causes qui altèrént les forces , les propriétés , les fonctions des corps vivans, et il eu résultera un tableau fidèle de toutes les vérites physiologiques strictement applicables' à la manière de traiter ces altérations et de les réparer. La meilleure classification des maladies indiquera l’ordre et la méthode de cet ouvrage , qui géra sans doute plus utile à la science que ne l’ont
été les livres d'anatomie pathologique auxquels on pourrait le comparer » (i).
M. Dumas classe les phénomènes que présentent les êtres vivans, toujours avec cette même étendue de vues. Il reconnaît des phénomènes physiques et chimiques , des phénomènes organiques et des phénomènes hyperorganiques ou vitaux. Plus on étudiera la physiologie, et plus on se convaincra combien ce système de distribution est vrai en luimême et utile dans scs conséquences*, comment
seul il embrasse l’ensemble des faits dont l’étude
partielle et isolée a donné naissance aux opinions de toutes les sectes.
Il faut reconnaître sans doute que, dans l’état actuel de la science , il n’est pas toujours facile de déterminer à quel ordre de phénomènes appartient telle circonstance particulière, et que l’on ne doit pas s’en tenir en ce genre aux premières apparences , sur-tout pour les phénomènes physiques et chimiques qui, le plus souvent, ne fournissent que les matériaux on les inst rumens du travail des forces vitales, et de simples données pour la solution des problèmes physiologiques : mais il n’en sera pas moins incontestable que cette division est la seule qui s’accorde avec tous les faits, et qu’elle présente un modèle de la méthode générale à l’aide de laquelle l’on doit cultiver désormais la science.
De la comparaison analytique des phénomènes
(l) Principes de physiologie , 2,e édit., sslpert. , p, $m
ainsi distribues en trois grandes classes, M. Dumas s’élève à la recherche des causes, « Les premiers principes de la vie des corps animés sont encore à découvrir (i), et ceux des mouveuiens des corps matériels ne sont pas mieux connus; ils résultent pareillement des lois que la nature suit dans la succession des phénomènes sensibles qu elle développe, tantôt sur la matière vivante , tantôt sur la matière morte : et comme il y a , de part et d’autre , des phénomènes qui ne sont point produits par les mêmes lois , il doit y avoir dans la nature autant de principes divers, que ces lois combinées doivent fournir des résultats diflérens. » « Si l’on observe avec soin l’ordre non interrompu dans lequel les phénomènes les plus constans se succèdent, on trouvera bientôt que, d’effets en effets , il faut remonter à quelques effets plus généraux dont les particuliers dérivent. Ces effets généraux sont pour nous les vraies lois auxquelles on ramène tous les faits du même genre qui paraissent en dépendre , et dont il ne nous est pas permis de deviner les causes. Ces lois ne déter-
(i) L’on voit que M. Dumas ne renonçait pas en entier à la connaissance des sources premières de la vie ; c’est dans ccs rues qu’il recherche les causes des phénomènes, du moins par des suppositions de convention prises des faits. La méthode est conséquente au principe, mais le premier me parait faux , et la seconde en outre fort dangereuse. Nous ne pénétrerons jamai* les causes, nous classerons seulement les effets; il faut prendre son parti , c'est ce qu’il y a de mieux à faire ; niais il faudra encore quelque temps pour que l’homme se soumette franchement et *ans restriction a l'arrêt irrévocable de la nature.
( ir*6 )
minent rien par leur propre énergie , mais elles représentent les- seuls principes des choses cpie notre esprit ait la capacité de concevoir, Elles ne suffisent pas pour expliquer F histoire du monde et le système de la nature, mais elles dispensent d’imaginer des explications et des hypothèses. Elles ïie sauraient donner la raison des faits qu’on y rapporte , mais elles renferment l’énoncé ou l’expression même de plusieurs faits principaux , d’où l’on peut partir peur connaître tous ceux qui en découlent... » (i).
« Ces lois que Tobservation et l’expérience ont découvertes peuvent recevoir les noms indéterminés de principes y puissances , forces , facultés , etc., en attendant que , par une suite dé observations nouvelles et dé expériences réitérées , on vienne à bout de leur assigner une cause' déterminable et certaine » (2).
g Dans un calcul analytique où il y a nécessairement des inconnues qui balancent les données , il faut pouvoir exprimer ces inconnues d’une manière abstraite , indéterminée , qui facilite cependant les moyens d’en faire ressortir la valeur. La première chose qui nous frappe , lorsque nous Venons à étudier les êtres vivans , c’est la diffé* rence qui les sépare des êtres morts et inanimés. Toute la science physiologique se borne à développer cette différence^ Pour la trouver , nous 1%
(0 Princip. de phvs. , i.re édit. , p, 3i/p (2) Onv. oit» , p. 3 1 Gcr
supposons sans la connaître , exprimée par un principe quelconque qui existe dans les et res vivans , et n'existe pas dans les morts ; car il est évident que leur diiVérence réelle doit être prise de quelque chose qui sc trouve chez les uqs , et ne se rencontre pas chez les autres. Ce quelque chose , nous l’appellerons âme , archée, esprit , principe vital, je y y y z , comme les quantités inconnues des géomètres, peu importe, il ne nous reste qu’à déterminer la valeur de cet inconnu , dont la supposition facilite , abrège le calcul des phénomènes que nous connaissons, et de ceux que nous cherchons à connaître ( i ).
{i) Ouv. cit. , pag. fit.
M. le Pro fesse u r Prunelle , dans son excellent Eloge de M. Dumas, ne parait point disposé à reconnaître les avantages de cette roiupa raison , et il montre très-bien qu’il n’y a pas identité complète daii" ses élémeos: « Il est farile , <lit*il p. i3 , de remarquer que lorsqu’on met des quantités en équation , et qu’on exprime les termes inconnus de cette équation par des caractères convenus , les opérations ou transformations que l’équation subit ensuite , conduisent à découvrir la valeur de l’inconnue. La chose ne se passe pas ainsi dans l’histoire d’une fonction animale , dont on peut bien mettre les phénomènes principaux en équation , pour les comparer plus aisément entre eux ; mais aussitôt que le problème physiologique est réduit à l’état d’équation , on ne s’occupe plus des moyens de le résoudre, en cherchant la valeur des quantités inconnues qui s’y trouvent exprimées. » Nous avons déjà indiqué à la page 8b de aiet ouvrage le seul sens légitime dans lequel on peut se servir de la dénomination des forces pour faciliter la suite des recherches. Il parait ici que M. Dumaséirlagèrc leurs avantages et les rattacha toujours <;i cette espérance secréte de la découverte des causas. Ceci indiquerait en partie levœu caché de la doctrine Barthézienne* Ce qui îuc le prouverait encore , c’csl que cette laineuse comn^
D’après ces vues, M. Damas conçut la notion des forces vitales , et il eu établit une classification plus complète que toutes celles qui avaient été proposées jusque - là. Aux forces sensitive et motrice , admises par tous les vitalistes , il ajouta la force assimilatrice sur laquelle Barthez n’avait donné que quelques idées heureuses , mais trop vagues, et qui rendirent très-précieux les développernens de Grimaud sur ce point de doctrine. Il créa , enfin , une force de résistance vitale dont on peut bien contester la nécessité, mais non pas mettre en doute les faits importans et trop négligés qu i! a rappelés à cette occasion.
Les quatre forces qui animaient la matière vivante , répondaient , selon lui , aux quatre propriétés de la matière morte : l’impulsion , l'attraction, l’affinité et l’inertie, qui n’est pas plus une propriété pour les corps morts , que la résistance vitale pour les êtres vivans. M. Dumas se plaisait dans ce rapprochement, et il était à craindre que ce sentiment ne l’attachcàt un peu trop à une analogie d ailleurs fort peu importante et même dangereuse. Dans ses derniers conrs , il avait réduit à trois phénomènes principaux tous les phénomènes de l’économie animale, la réaction, l’assimilation et la résistance vitales * mais la dénomination de réaction
raison prise des caractères algébriques, et qui a été l’objet d’une dispute a ss 2 vîve entre Barthez et M. Dumas , n’appartient ni à 1 un ni à l’a itre , mais bien à Sauvages, en propres termes , comme nous l’avons prouvé, p. 5o , et l’on sait que le Stahlien Sauvages l’employait adroitement pour légitimer ses hypothèses*
Vitale me paraît confondre les forces sensitive et motrice par une circonstance qui n’est qu’occasionolle par rapport à leur développement , et qui ne détruit point leurs différences primitives et fondamentales , quelques rapports qui existent d’ailleurs entre elles.
L’on peut se convaincre que M. Dumas suivait , en général, la manière de philosopher de Barthez ; il sentit cependant vivement le danger des abstractions réalisées, cl reconnut que son illustre maître n’avait pas toujours échappé à ce danger. M. Dumas me parait donc faire une époque très-importante dans l’histoire de la philosophie de notre École; il s’efforça le premier de la débarrasser de quelques abstractions métaphysiques , qui n’en faisaient pas sans doute le fond et l’essence , comme fou nous le reproche encore si souvent , mais qui enveloppaient et défiguraient sa véritable doctrine. Il a mis les travaux de ce corps illustre en harmonie avec les progrès de la philosophie , et Ton peut calculer déjà les grandes améliorations qui seront nécessairement le résultat d’une direction plus sage et plus modeste. Que l’on y fasse cependant bien attention , l Ëcole de Montpellier n’a pas changé pour cela ses dogmes fondamentaux , ce qui justifie l’excellence de la méthode dont elle s’était servie jusqu’alors.
Ainsi, au lieu de considérer les propriétés vitales comme les actes divers du principe vital, M. Dumas les étudie dans les organes qui les recèlent et les appliquent. La vie n’est plus une simple abstractiou fugitive , toujours prête ù se perdre ou à
/obscurcît dans de vaines abstractions ; elfe devient quelque chose de réel et de sensible , c’est l’action vitale des différents organes. Il faut même le dire, M. Dumas ne se tint point dans un juste équilibre à cet égard. Il poussa cette opinion trop loin et parut soumettre la physiologie au matérialisme qui à c ette époque avait envahi le système entier des connaissances humaines , et n’avait pas même épargné les sciences métaphysiques et morales. Il regarde toutes les propriétés que la matière organisée nous offre, telles que la vie , le sentiment et la pensée, comme attachées à cette matière et une dépendance .de sa nature essentielle ; quoiqu’il soit incontestable ? lorsqu’on ne sort point des faits , que nous ne connaissons la nature de la matière sous aucun rapport , que nous ne pouvons point saisir le lien qui unit à elle Jes propriétés mortes , et encore moins les propriétés de la vie et de la pensée» Ici M. Dumas violait à sa manière et en sens inverse le principe fondamental de la philosophie de Barthez , par lequel il était expressément défendu de décider les .questions de ce genre , même de la manière la plus générale et la plus indéterminée. Et observons toujours qu’il Ta violé sans s’ejn apercevoir, tout eii protestant de son pyrrhonisme, et que cependant iL n’en a pas moins été puni par plusieurs erreurs graves qui ont été la suite iné? vitable de cette première faiblesse. Barthez avait souvent spiritualise la vie : M. Dumas la matérialise à son tour. Barthez avait considéré la science sous lui point de y ne trop vague : M. Dumas do nue
quelquefois à ses idées une précision rigoureuse que la nature n’avoue pas toujours. Barthez n’avait tenu compte que des forces vitales : M. Dumas s’appesantit sur l’action des organes et des systèmes d organes, sur leur influence , leur harmonie et leur antagonisme. C’est entre ces deux directions que la doctrine de l’École de Montpellier doit marcher désormais d’une manière ferme et assurée ; ce sera d’autant plus facile , que les deux grands hommes dont nous venons de signaler les méthodes peuvent servir de guide presque toujours dans cctto route difficile : ils ne s’en écartent que rarement et de très-peu de chose. En rapprochant, en effet, ces d«ux doctrines , On les ramène dans les faits., on redresse la déviation que chacune d’elles avait commencée , et qui conduirait inévitablement aux erreurs les plus graves , si l’on ne corrigeait cette tendance vicieuse. La scieuce des êtres vivans n’a souvent été étudiée que par des analogies physiques ou métaphysiques', elle peut être comparée, sous certains rapports , à une personne qui ne Sachant pas se servir de ses membres naturels et ignorant même qu’elle en avait , aurait long-temps marché sur deux jambes factices; elle s’est tenue tantôt sur l’une , tantôt sur l’autre ,• elle apprend tous les jours
de plus en plus qu’elle peut aller par elle-même ; tous les jours elle acquiert plus de force, et scs pas deviennent moins incertains. Les enfans ont besoin de lisières dont se passent très -bien les adultes.
M* Dumas a rendu les plus grands services à la
philosophie médicale de l’Ecole appliquée à la pathologie. Ï1 a placé en tête de sa Doctrine générale des maladies chroniques , un discours préliminaire dans lequel il expose la manière d’étudier ce genre de maladies 5 ou plutôt, ses préceptes , comme tous ceux de son ouvrage , embrassent le système entier des maladies, et c’est sous ce point de vue plus étendu que nous allons les présenter.
Il trace les obstacles, les difficultés et les moyens de l’esprit d’observation. Il indique avec plus de précision qu’on ne l’avait fait avant lui , même
dans notre Ecole , les divers sens dans lesquels l’on doit prendre le mot d 'analyse 7 afin d’épuiser toutes les ressources de la méthode. D’abord , il commence par établir que ce n’est qu’à l’aide de cet instrument que l’on peut étudier les symptômes d’une maladie , en les considérant isolément , c’està - dire qu’il développe tous les avantages de l’analyse , telle que l’a conçue Condillac , et que les nosographes modernes l’ont appliquée , avec tant de succès , à la détermination des maladies : mais il ne s’arrête pas à ce point ; tout en reconnaissant les avantages incontestables de ce genre d’analyse , il la considère encore sous un autre rapport plus important pour la médecine-pratique ou la science des indications. « C’est en faisant connaître , dit - il , les principes ou les élémens des maladies , que l’analyse est particulièrement utile ; c’est eu cela que ses procédés brillent et triomphent. La première espèce d’analyse est l’origiue et le fondement de la seconde 3 car une,
maladie est bientôt ramenée à ses élémrns prî* mitifs , lorsqu’on possède une bonne distinction analytique de ses phénomènes. Les divers ordres de signes évalués et connus indiquent assez les divers principes dont ils dépendent , et remontant, par cette voie , des phénomènes aux causes; ils en développent pleinement la géuératiou et U nature.... » (i).
« Ce serait avoir une idée bien fausse de l’analyse, que de la borner uniquement à tracer la description exacte des maladies, à représenter leurs caractères distinctifs sous forme de tableaux , à déterminer la place qu’elles peuvent occuper dans un cadre nosologique , à énumérer les espèces , les genres, les ordres et les classes qui composent une distribution arbitraire , à recueillir beaucoup de faits particuliers , et à fonder leurs connexions sur des rapports tirés des circonstances les moins essentielles. Ce sont là certainement des choses utiles et curieuses. Mais il faut se proposer un objet plus élevé, et tendre vers de plus grands résultats ; c’est de comparer les faits connus , d’y joindre les observations nouvelles , de les examiner sous leurs différentes faces, de les combiner ensemble , de fixer leur similitude et leur dissemblance, de les rattacher à des faits plus généraux, de remonter par leurs secours aux principes et k la formation des maladies, de développer les affections simples dont elles résultent , d’établir les
(i) Doctrine ge'aér, Disc, prél, , p. xxj.
Rapports qu’il y a entre leurs élémens, de montrer comment ceux-ci se mêlent, se succèdent, se modifient, Se compliquent ; et d’appliquer enfin cette marche vraiment analytique au perfectionnement des méthodes curatives» (i).
Il ajoute à Inobservation et à l’analyse , d’autres moyens logiques d’une utilité non moins incontestable , quoique plus bornée : l’analogie dont il signale les inconvéniens et dirige les avantages, et la méthode par exclusion qu’il a, en quelque sorte, acquise à la philosophie médicale. Le premier , il a donné la description détaillée des élémens des maladies, et il a trace les caractères essentiels qui séparent l’élément de raffection symptomatique. \7oici par quelle méthode habilement combinée M. Dumas arrive , par la doctrine des élémens , aux causes immédiates des maladies , et s’efforce d’en déduire, sans hypothèses intermédiaires, les vrais principes des théories par lesquelles on explique leur formation. Il a développé cet usage de la doctrine , d une manière aussi neuve que profonde 5 et les considérations qu’il a présentées ont tant d’intérêt par elles-mêmes qu’elles valent bien la peine qu’on cherche à les saisir au milieu même d’un langage un peu trop abstrait et métaphysique. On aura d’ailleurs le plaisir d’y reconnaître toujours l’unité des principes propres à notre École. «L’objet d’une théorie est de remonter aux faits les plus généraux , et de lier étroitement avec eux les faits
(i) Ouv. cit. , p, LY«i
particuliers qui en dépendent» L’observation lit l’expérience recherchent , vérifient, constatent et multiplient ces faits. La théorie et le raisonnement les rapprochent les distribuent, les unissent et les expliquent mutuellement les uns par les autres, d'après l’ordre de leur filiation et de leurs rapports. Cette méthode établit une suite d’inductions rigoureuses , qui s’élèvent des phénomènes sensibles à quelques phénomènes essentiels et primitifs dont les autres dérivent , et que l’on peut regarder, comme leurs causes. C est la méthode la plus sage pour nous éclairer dans 1 étude et 1 explication des phénomènes de la nature. Elle a lait découvrir les principes du mouvement des corps célestes , et ceux de l’action intime des molécules de la matière. En l’appliquant aux maladies, elle nous fera parvenir, sinon aux causes prochaines, du moins aux principes les plus immédiats de leur fo rmatiou. »
« Les phénomènes les plus généraux des maladies, ceux qui semblent être les plus propres ii fournir les principes simples dont elles résultent le plus directement , sont les affections essentielles et primitives auxquelles tous les autres phénomènes de ces maladies peuvent se rattacher » (i).
La théorie consiste donc à déterminer l’ordre de succession des phénomènes qui constitue?^ une maladie, à remonter ainsi aux phénomènes-
(i) Otm cité, chap. VII. Théorie générale ds la format:?;*, des maladies chroniques , p. 45.2»
principes, à ceux qui renferment la raison de tous les phénomènes particuliers , ou que du moins l’expérience prouve pouvoir produire eeux-ci , sans que l’on doive rechercher le lien d’union intérieur de ces mêmes phénomènes. C’est ainsi qu’ayant déduit tous les faits relatifs à l’hydropisie de quelques phénomènes principaux qui sont la faiblesse Universelle , l’inertie des forces absorbantes , la dégénérât ion séreuse des humeurs , etc.? on peut se flatter, selon M. Dumas , d’avoir la vraie théorie de cette affection, puisque c’est de ces circonstances majeures, premières en date et en force, que l’on peut déduire tous les phénomènes de ce genre de maladies ; c est ainsi que le fait unique de l’exaltation de la sensibilité , auquel s’enchaînent tous les phénomènes observés dans certaines maladies nerveuses simples , est le fondement de leur théorie» Remarquons ici que cette exaltation de la sensibilité est un fait, un fait qu’il n’est point permis de contester , dont on reconnaît ne pouvoir ni ne devoir rechercher la nature. Dans cette doctrine , l’on ne sort jamais des faits relatifs à l’homme vivant en général, et en particulier à la maladie dont on veut connaître la cause expérimentale» L’on peut bien se tromper dans la détermination de ce phénomène primitif; l’on peut prendre pour Cause un phénomène qui n’est qu’ effet f mais du moins, on tte s’échappe point hors du cercle de l’observation directe ; l’on a toujours les faits sons ses yeux , l’on les volt tels qu’ils sont t un examen plus attentif peut et doit nécessairement redresser
l'erreur d’un premier jugement. On n’a recours ’t aucune hypothèse étrangère ; on ne s’ e libre e point de plier la maladie à aucune idée préconçue ; ou remoute des phénomènes particuliers aux phénomènes généraux; on peut ne pas aller assez loin , I on peut ne pas toujours saisir la iiliatiou naturelle des phénomènes , mais on tient du moins leur chaîne ; on ne la lâche jamais , et peu à peu on est sur d’arriver au bout. Tandis qu’à reclierclier la cause des maladies par des hypothèses vagues, générales et souvent même complètement étrangères aux êtres vivans , l’on ne peut que s’égarer; l’on ne regarde point l’objet , comment pourrait-on le voir ? L’on n’est pas à la chose , comment pourrait - on la connaître ? On s’est abandonné presque au hasard d une première conjecture , trop heureux si l instiuct du sens commun et de l’observation rattache, tant bien que mal , l explicatiou imaginée à quelques-uns des phénomènes de la maladie ! Ainsi, par exemple , lorsque les médecins de l’antiquité attribuaient les maladies aux qualités sensibles da chaud et du froid , du sec et de l’humide , ils ne tenaient compte que de cette simple circons^ tance physique , circonstance qui n’était qu’accessoire et accidentelle , qui ne jouait qu’un rôle très- secondaire dans la formation de la maladie ; ils ne voyaient que ce phénomène , et dans ces mêmes maladies, il y en avait mille autres plus irnportaus* Il en est de même des hypothèses prises de la prédominance et de la dégénération Immorale du sang, de la pituite, de la bile, del’atrabilv. Dans le corps
vivant , il y a du sang , de la bile , de la pituiîej peut-être même de Fatrabile, pour ne pas chicaner sur le principe ; ces humeurs ne prédominent ni ne s’altèrent pas sans doute dans toutes les maladies : accordons encore ce point ; mais n’y a-t-il que cela dans les affections morbides ? Ces données sont-elles les seules? Et de quel droit retranchez -vous toutes les autres? Celles-ci sont des effets; Favez-vous prouvé par un examen complet de tous les phénomènes ?
Les humeurs circulent dans les vaisseaux ; sous certains rapports , elles sont soumises aux lois de l’hydraulique, comme tous les autres fluides. Ces circonstances sont incontestables; mais sont -elles encore les seules dans une machine animée ? Sontelles effets? Sont-elles causes? Quel rôle infiniment petit ne jouent - elles pas dans l’état de santé? JN’en est-il pas de même dans l’état de maladie ? Et cependant, c’est sur cette base frêle et étroite que Boërhaave fait reposer tout son système pathologique. Il ne voit que la circulation , parce qu i! pense que les phénomènes de ce genre se plient mieux à son hypothèse que tous les autres. L’homme est- il donc réduit à un seul système d’organes ? N’est-il qu’une espèce de syphon rempli de sang ?
Parlons des doctrines modernes qui sont plus complètes et plus probables , mais qui sont cependant frappées de ce même vice radical : on y ramène, bon gré malgré, tous les phénomènes des maladies à une seule force , à une seule propriété , telle que la sensibilité, l'irritabilité, la force nerveuse
l'excitabilité , etc. Ici, l’on va d une idée générale aux faits particuliers; tandis que, dans la méthode de M. Dumas , l'on va des phénomènes mêmes de la maladie, à ces mêmes phénomènes devenus ainsi primitifs. On arrive alors à des divisions larges et entières ; l’édifice est vraiment solide , sa base est proportionnée à sa surface. Ce n’est qu’en réunissant les phénomènes particuliers qu'ou les généralise; la vue se répand sur les détails, les saisit dans toutes leurs parties , les embrasse graduellement dans leur ensemble : ainsi, après avoir étudié avec soin un pays , l’on détermine les divers points de vue d’où l’on peut l’observer avec plus de facilité et d avantage.
Dans la méthode de M. Dumas , au lieu de rechercher vaguement les causes directes et prochaines des maladies , on s’applique à connaître les affections primitives dont elles se composent , et à déterminer l’influence que celles-ci exercent sur les phénomènes , sur la marche, et sur toutes les modifications de ces maladies. Le résultat de cette influence donne la véritable cause de leur formation.
« Ce procédé est une imitation heureuse de la meilleure méthode que l’on ait pu suivre dans les sciences, pour établir la théorie spéciale des objets qu elles considèrent. En se laissant conduire par cette méthode , la chimie reconnaît que la composition et les phénomènes chimiques des corps, ont pour cause l’action déterminée de leurs principes constituais , et le rapport des affinités
mutuelles qu'ils exercent les uns à l’égard des autres ; la mécanique trouve que les mouvemeus et les effets d’une machine sont dus à l’action réciproque des parties qui la forment, et au rapport convenable de ces parties entre elles -, la métaphysique attribue l’origine des connaissances et des opérations de l’esprit , au développement et au rapport des affections primitives , comme la sensation, la perception, la réflexion, etc., qui en sont les matériaux et les élémens. La médecine aura le même succès, lorsque , prenant le même guide , elle expliquera la cause immédiate et déterminante des maladies, par la force et les rapports combinés des affections élémentaires qui sont les principes de leurs phénorqjmes les plus généraux et les plus coustans » (i).
Un des services que M. Dumas a encore rendus à l’analyse , toujours dans l’esprit qui distingue et caractérise ce médecin , a été de rattacher les élémens des maladies aux divers organes de l’économie vivante. Barthez les avait considérés d’une manière trop abstraite et trop isolée de l’organisation. Pour lui , les élémens n’étaient que des affections, des déterminations, presque des vices du principe vital , des idées exagérées ou fausses» 11 avait toujours rapporté les maladies à des modifications de l’unité vitale, M. Dumas les attribue à l’exaltation , à là diminution et aux altérations des forces des divers organes.
(i) Om, cit. , p. 462*.
Lorsqu’on suit le système d’analyse de M. Du» Inas , le médecin philosophe admire sans doute la profondeur de tète qu’il suppose , mais le praticien n’est pas peut-être aussi content, il n’éprouve pas ce sentiment du besoin satisfait. Il semble que si ce système est incontestable en principe , l’application eu est sujète à beaucoup de discussions. D abord il me parait avoir établi une association trop intime et prématurée , eutre l’analyse pathologique et l’analyse physiologique. Le nombre des propriétés vitales qu’il a admis , est-il suffisant pour rendre raison de tous les faits ? Ce nombre est - il reçu par tous les médecins ? Faut - il considérer les maladies comme des affections de propriétés isolées , ou bien comme les affections d’une seule force ? Le plus souvent toutes les facultés sont également compromises , il est aussi impossible qu’iuutiîe de chercher à débrouiller cette combinaison inextricable -, par exemple dans l'inflammation , est - ce l’augmentation de la contractilité qui seule constitue la cause de la maladie? Est-elle même la cause première? La sensibilité organique h’est-eile pas préalablement augmentée ? La sensibilité animale est-elle parfaitement intacte? En outre, M. Dumas ne multiplie- t-il pas trop les élémeiis , lorsqu’il en reconnaît quatre dans l’inflammation la plus simple? La clinique avouera - 1 - elle jamais des distinctions aussi subtiles ? Il est évident que M. Dumas , en rapprochant trop la médecine-pratique de la physiologie , a fait partager à l’une, comme par contagion , les faiblesses , les imperfections et les erreurs de
l’autre. Il prolonge trop la chaîne de l’analyse , elle peut ne se casser que plus aisément j en l’allongeant, elle devient plus faible ; en la portant trop au loin , elle se perd enfin dans les régions abstraites. Plus on voit de près, mieux on voit. C’est encore à cette circonstance qu’il faut rapporter l’obscurité , le vague , et l’indécision de l’exposition de la doctrine. On croit être un peu dans les espaces du chaos , on découvre bien les élémens des choses, mais l’on, ne Voit pas précisément le monde. Si l’excellent traité de M. Dumas n’a point mérité à notre doctrine, il faut en convenir, un peu plus de cet assentiment général qu’elle aura vraisemblablement un jour ; H faut l’attribuer à cette tournure métaphysique et abstraite , qui paraît dans tout cet ouvrage , comme dans presque tous ceux de notre École, et qui sera peut-être pendant long-temps un obstacle à l’introduction de nos principes dans les autres Écoles d’Europe. Mais cet obstacle doit disparaître , enfin , lorsqu’on aura détruit peu à peu et avec la prudence convenable , l’échafaudage métaphysique , dont l’École a cm devoir se servir , pour élever le vaste édifice qu’elle avait conçu , et pour le soutenir, avant son entier achèvement, à la hauteur qu’elle lui avait destinée. Les dénominations abstraites , mêlées même à certaines idées hypothétiques , assez heureusement choisies pour tenir ta place des faits , sont indispensables dans le principe pour la construction du système de la science. Ces moyens artificiels peuvent seuls soutenir les faits ftvant qu’ils se sout iennent par eux - mêmes ? par
leur rapprochement seul et par leur liaison naturelle.' Dès-lors ces mots n’auraient d’autre inconvénient que celui de cacher aux regards de l’observateur, étranger au plan de 1 architecte , le chef-d’œuvre que celui-ci prépare. Notre édifice est-il déjà trèsavancé? Est-ce le moment de briser l’échafaudage? La science peut - elle se passer aujourd’hui du secours heureux, quoi qu’on en dise, des hypothèses sagement employées , et des dénominations qui amusent l’esprit d’explication?
JM. Dumas ayant décidé que la vie était attachée à l’organisation , ou du moins étant parti de cette supposition, a pu aisément méconnaître l’ordre des faits qui établissent l’unité vitale ; pour mieux étudier les détails , il a négligé l’ensemble sur lequel Barthez avait jeté tant de lumières. C’est avec peine qu’ou le surprend , cherchant à expliquer par une double série de mouvetnens opposés , le phéuoinène inexplicable de la sensatiou , embrassant sur l’action cérébrale les hypothèses de quelques matérialistes modernes, tenant un peu trop de compte des circonstances physiques et chimiques , etc.
Sous M. Dumas , la Doctrine de l’Ecole de Montpellier avait perdu , il est vrai, avec avantage quelque chose de cette tournure trop abstraite et trop métaphysique , que ses adversaires lui reprochaient avec tant d’exagération: mais en cherchant à la protéger sous ce rapport , il avait fait uu peu comme le gouverneur d’une place assiégée qui porterait toutes scs forces sur un point , et qui , oubliant les autres , les livrerait y, l’ennemi. M.
Lordat s’est efforcé de corriger cette déviatioa des vrais principes , et de ramener les esprits 4 la considération de ce qu’il appelle Y unité vitale ^ ou des rapports qui enchaînent et unissent toutes les forces et toutes les fonctions de la vie. Il a jugé meme convenable de donner une impulsion en sens inverse , qui fut proportionnée à la résistance qu’il croyait avoir à combattre , afin de rétablir un juste équilibre.
Il s’est chargé de ramener la science dans les voies que lui avait ouvertes Barthez , et de eontw nuer les travaux de notre Chancelier : à qui cette fonction honorable convenait-elle mieux qu’à celui qui semble avoir moins hérité des manuscrits de son illustre ami , que de son esprit philosophique ? M. Lordat a introduit une forme plus systématique, plus sévère et plus précise dans les principes de Barthez. Il les a mis plus en rapport avec les progrès des méthodes générales ; et en donnant à la doctrine tous les développemens dont elle pouvait être sus^ ceptible , et que Barthez n’avait pas eu le temps ou peut-être même l’intention de fournir , il l’a fait mieux connaître , et a permis de la juger avec plus d’impartialité. Nous l’avons déjà dit, c’est dans les écrits des disciples qu’il faut examiner la doctrine des maîtres. Là, seulement elle s’achève et se complète; ainsi l’on ne peut déterminer une plante 9 apprécier sa beauté , reconnaître ses avantages ou ses inconvéniens , que lorsqu’elle a acquis son dernier accroissement. Avant cette époque , les végétaux les plus salutaires , comme les poisons les
plus dangereux , ne manifestent presque rien de leurs propriétés.
La manière de raisonner de M. Lordat, pourra servir de conclusion à ce que nous avions à dire sur la philosophie de Barthez , et plus généralement
encore sur celle de notre Ecole entière, à quelques modifications près (i8i3).
a Les phénomènes appareils de la vie ont pour cause d’autres phénomènes cachés , qui se passent dans l’iutérieur du corps. Il s’agit d’aller à la recherche de ces derniers , d’assigner l’ordre de leur filiation et le mode de leur combinaison , de suivre leurs successions , depuis les phénomènes apparens jusqu’aux actes les plus élevés que notre esprit puisse apercevoir dans ces chaînes ; de déterminer le nombre des principes d’action, d’après celui de ces actes , et d’établir les lois selon lesquelles ces agens produisent leurs effets » (i).
En rédigeant le problème physiologique avec cette sagesse , M. Lordat ferme l’entrée à toute espèce d’idée précouçue. La règle , en effet, doit être hors de l’application , comme la loi politique ou civile hors de l’administration. L’une et l’autre , pour être avantageuses, doivent être egalement générales, indéterminées , et ne point se perdre dans les détails particuliers qui pourraient les influencer. M. Lordat n’a point voulu , comme la plupart des physiologistes , imposer l’obligation d'analyser Ici
(i) Conseils lur la manière d’ètudier la physiologie de l’homme, PaS- 7-
phénomènes des corps vivans , jusqu’à ce qu’oiï les ait ramenés aux lois générales de la physique et de la chimie ; ou de les expliquer par telles propriétés dont il lui aurait plu de déterminer le nombre. Ici , on ne préjuge rien , on ne se fait pas un devoir de trouver ce qu’on s’imagine être la \érité. On ne croit pas être en état de circonscrire le nombre des principes d’action , et de soutenir que la science sera complète quand ils suffiront pour rendre raison de tout.
M. Lordat examine ensuite quelles sont les données que fournit , pour la solution du problème , la connaissance de la structure matérielle des parties , iet il montre que les circonstances cadavériques ne peuvent nullement rendre raison des phénomènes de la vie.
En suivant ainsi une marche vraiment analytique, que l’on trouve si bien développée dans ses Conseils et dans l’excellente thèse de son frère (t), jeune médecin de la plus haute espérance , et qui semblait promettre à la postérité l’ambiguité heureuse de noms peut-être également fameux , M. Eordat montre quel serait le danger d’avoir recours aux hypothèses pour Implication des phénomènes, ou bien à l’idée prématurée de quelques forces primitives qui ne peuvent expliquer qu’un très- petit nombre de faits. Quant à la question sur la première origine des forces vitales, question sur laquelle tous les physiologistes ont fait reposer à tort l’édifice
(i) Celte thèse est intitulée : Esquissé d'un plan dé Physiologie «
entier de la science : voici quels sont les sages préceptes de H. Lordat à ce sujet. « Nous n’avons pas les données nécessaires pour nous décider : si, d une pari, il est contraire à la manière de philosopher de supposer l’existence d’un être substantiel , et de «faire, de cette supposition , la base d une doctrine ; de l’autre, 110ns sommes obligés d’établir une certaine relation entre nos idées; or , il n’y eu a point entre ce que nous connaissons de la matière, et l idée que nous avons de la sensation, de la génération, de l'individualité d un être, etc. Si l’arrangement delà matière peut produire «le tels effets, le mode de cet arrangement passe nos conceptions, ou la matière a des propre tes que nos sens 11e peuvent
saisir et dout l'organisation développe les effets . »
« Prendre un parti , ne me parait donc pas conforme aux règles de la prudence , et je sens de la méfiance pour quiconq 10 a le ton affirmatif sur cette question. 1 1 ennuis nient , nous pouvons rester en suspens. L'admission d une force est une abstraction q 11 ne préjuge rien sur sa ualure , ni sur sou origine Ce qui nous intéresse, ce* sont les effets ; or , la certitude de ccs effets et des conséquences qu’ou eu tirera , dépend de la manière dout on constatera les uns , et dont on déduira les autres , et uon de l'opinion qu’on peut avoir sur la source des principes d’action. »
« Une autre règle sur laquelle tout le monde est d’accord , c’est que le nombre de ces principes doit
être égal à celui des ordres de faits , et que les
ordres eux- memes doivent être établis sur les diffé-
îeüces essentielles de ces faits ; mais il s'en faut bien qu’il y ait la même unanimité quand on vient à l’application........ »
e Pourquoi avons-nous reconnu la nécessité d’admettre des principes d’action particuliers aux corps Vivans ; principes qui se combinent avec les propriétés générales de la matière , pour produire les phénomènes que nous observons dans ces corps? C’est , premièrement , pour nous dispenser d’avoir recours aux explications hypothétiques ; secondement , pour mettre une relation entre les idées que nous avons des effets , et celles que nous nous faisons des causes. Or , si nous diminuons trop le •nombre des principes d’action , il arrive qu’il n’y a plus de relation entre un grand nombre d’effets et les causes auxquelles on les attribue , et que , pour en établir Une, on est obligé de recourir à l’hypothèse » (i).
Après avoir donné ces principes généraux , M* Lordat indique les différentes sources dans lesquelles on doit puiser les faits du système physiologique ; il examine tour-à-tonr leur abondance et leur pureté. Ces sources sont l’anatomie pathologique, l’anatomie comparée, les expériences sur les animaux vivans et l’observation médicale. Il pense avec raison que ce dernier moyen d’investigation est îe plus sur et le plus riche. Il juge même qu’avec celui-là l’on peut se passer de tous les autres , dont il a prouvé les inconvéuiens par les abus qu’en
(ï) Ouï. cit. , pag, 43-4&
ont fait la plupart îles physiologistes , qui s’eu sont
servis jusqu’ici. C’est à l’aide de ces faits que M. Lordat veut que l’on étudie les fo u. tious de nos organes. Après avoir conduit l’esprit de ses élèves à ce point , il leur déclare qu ils sont encore loin de posséder toutes les lois de L'économie ; celles qui restent à étudier lui paraissent même d’une importance supérieure. « Indépendamment des forces vitales qui résident dans chaque partie et qui sont indispensables à la vie , il y a dans le corps un surcroît d’énergie, qui peut se distribuer également ou s’accumuler dans un endroit et y produire une augmentation d’action et d’autres phénomènes insolites , ou passer successivement d’une partie à l’autre..... »
« Quand , par une distribution inégale de ces forces disponibles , il est survenu , dans un point du corps , une augmentation d’action , ou qu'il s’est établi un état insolite de spasme, de fluxion, ou. d’éréthisme quelconque; une impression extraordinaire produite sur un point éloigné , peut , dans certains cas , détourner une partie de l’énergie cmployce à cette action ou à cette affection , et égaliser la répartition des forces. »
« Plusieurs actes du corps vivant ne peuvent s’exécuter que parle concours d’un grand nombre d’or-* ganes , entre lesquels ou n’aperçoit aucun rapport anatomique spécial , et dout les actions son t d’ailleurs indépendantes pour plusieurs autres actes; on peut citer pour exemple la toux , l’éteriiiimeut , 1 ’ lié— morrhagie active avec frisson. Qaaud le moment
4e Fexécution est arrivé , les organes qui doivent y contribuer entrent en action, on simultanément ou successivement , avec une harmonie étonnante , et Facte s’accomplit..,.. »
« De ces considérations naît l’obligation d’examiner l’homme tout entier , et de chercher les lois des actes généraux qu’il exécute, par une méthode semblable à celle qu’on a suivie pour la physiologie de chaque partie. L’homme sera donc un grand organe que vous étudierez selon la marche expérimentale, et dont vous rapporterez encore les actes à autant de principes d’action qu’il en faudra pour classer les faits... . »
« Le plus important dès résultats qh’on obtient en considérant l’homme sons ce point de vue, c’est que tous les phénomènes vitaux sont liés par une cause secrète qui les produit au besoin , qui n’obéit pas nécessairement aux agens extérieurs qui tendent à les faire naître , mais est déterminée par leur impression ; qui les dispose dans un tel ordre pour les faire concourir à certaines fins, et qui les maintient au degré convenable à l’opération qu’ils doivent naturellement exécuter. C’est cette unité et cette harmonie qui ont de tout temps frappé les médecins, et pour l’explication desquelles ils ont souvent admis des causes hypothétiques, telles que des êtres d une nature intermédiaire entre Famé et le corps, ou l’action immédiate, non réfléchie et non sentie , de l’être pensant. »
« L’inutilité et même les dangers des hypothèses ont été trop bien démontrés, pour que je puisse
Tous conseiller de faire grâce a aucune. Celles même dont les résultats se rapprochent le plus de la vérité, par cela seul qu’elles sont hypothèses, doivent être bannies. Les laits tons nus, sans explication ,• valent toujours mieux qu’une théorie fictive. »
« Quant à la liaison qui existe entre lés actes vitaux , sa considération est essentielle , et on ne peut se faire des notions justes sur les lois de l’économie animale, si, daus l’expression analytique et générale des faits, on néglige les termes qui les représentent. Bien plus, la physiologie du système total et la pathologie cessent alors d’étre des sciences. »
« Puisqu’il faut parler de cette harmonie , il faut un nom pour eu désigner la cause. Ce nom doit être tel qu il fasse allusion aux effets , et qu’il 11e préjuge rien sur la nature de la chose nommée : Principe cVunitc , principe d'harmonie , rempliraient cette condition. »
« Comme il n’est pas facile de distinguer la cause productrice des phénomènes vitaux d’avec la cause qui les met eu harmonie, Barthez a tout exprimé par la dénomination de Principe vital. Ce mot 11e signifie donc dans son langage que la cause , quelle quelle soit , de tous les actes vitaux et du 1 apport mutuel qui les unit. Quand elle serait elle-même un résultat, un effet, rien n’empêche de lui donner le nom de principe , puisqu’on la considère Seulement eu tant qu’elle produit. »
cc Mal gré le soin avec lequel Barthez a écarté da
sa doctrine toute influence de l'imagination ; malgré l’attention avec laquelle il a évité les traces de iVan-Ilelmont et de Stahl , pour se conformer aux régies de la philosophie Newtonienne-, on a dit que le principe vital est une hypothèse. Mais certainement il n’v a point d’hypothèse (i) à assurer que
(ï) Il doit être bien difficile de ne pas regarder quelquefois Fopinion de Barthez comme tournant vers l’hypothèse , puisque 3M. Lordat parait l’avoir présentée lui-même dans ce sens dans sa thèse ( Réflexions sur la nécessité de la Physiologie dans l’étude et l’exercice de la médecine -, an 5 de la Rép.). «Les écrits «et les leçons des Bordeu, des Fouquet , des Barthez, ont appris il substituer des faits aux hypothèses 5 et des raisonnemens fondés ■sia- des probabilités aux prétendues démonstrations , Voici la marche qu’ils ont suivie.... Observer avec soin les phénomènes, assigner autant de causes expérimentales qu’il y a de faits d’une nature différente à expliquer ; n employer que des hypothèses tirées des faits propres à la science elle -même (Disc* prélim. Nouv. élém. de la science de Fhomme , pag, 14. ) : tels sont les principes fondamentaux qui doivent diriger dans l’étude de toutes les sciences naturelles. »
« 1.0 On a observé attentivement les phénomènes que pre'sente le corps animal en santé. »
« 2.q Appliquant ensuite la philosophie à l’histoire des faits, cl allant à la recherche des causes , on s’est aperçu que les lois physiques et chimiques ne pouvaient fournir des explica-' lions suffisantes j que souvent même elles répugnaient à ces phénomènes , puisque les actes de la vie ne sont soumis à aucune Impulsion de la part des objets extérieurs j que le corps qui les produit , porte en soi le principe de ses mouvement ; que la succession de ces actes et la manière dont ils s'exercent , ïie peuvent dépendre des propriétés physiques de la matière ; qne l’habitude a sur eux le plus grand pouvoir j qu’enfin tous concourent à la conservation de l’individu , avec une harmonie
qui atteste l’influence d’un principe régulateur. D’après la loi qu’on s'est prescrite de rapporter à des causes expérimentales nouvelles tous les faits inexplicables par celles déjà admises ?
( iS3 )
le rapport harmonique des actes vitaux a une cause, et à parler de cette cause comme uu analyste parle d’une incouuuc dont il énonce les fonctions qui l'intéressent. Quoi qu’on en puisse dire, cette manière déraisonner est exactement celle de Newton....
J ose même avancer que l’expression principe vital est plus conforme à l’esprit de Newton que le mot attraction , parce qu elle a un sens moins déterminé. Celui-ci représente une force qui réside dans le corps vers lequel uu au4rc est lorcé de se mouvoir. Or , Newton n’osait rien alliriuer sur la nature de la cause de la gravité ou du mouvement centripète > et le mot en disait plus qu’il ne voulait » (i).
on a supposé un être dont la présence anime la matière , qui a la connaissance purement intuitive des besoins et des facultés du corps qu'il régit , et qui produit et règle des phénomènes si admirables . » ( p. 16. )
A Dira ne plaise que je prétende me servi? tic M Lordat, ynmc encore , contre M. Lordat , parvenu à la maturité de l’âge et du talent, et des essais de l’élève , contre les écrits du. Professeur. D’ailleurs, quelque circonstance particulière a pu commander et modijier scs opinions. En associant les noms de Barthez et de Fouquet , il fallait de l'esprit et de l'adresse logique pour plaire à tous les deux. Je veux simplement cherchera mériter qnelquc indulgence à ceux qui sont assez «aveugles pour affirmer que le système de Barthez n’est qu'une nouvelle hypothèse introduite dans la science, ainsi qu’à ceux qui ne peuvent pas se défaire de Vidée que ce sv sterne a , en effet , quelque chose d’hypothétique. Si M. Lordat n*a point parfaitement saisi dans sa thèse le fond de la doctrine de Barthez, l’on peut en conclure qu* Barthez tu i même est pour quelque chose dans cette erreur » et qu’il en e-;t un peu complice. M. Lordat n’aurait - il pas. attribué ;» Barthez, en dernier lieu , les perfertinnnouums 3Vf. Dumas et lui-méme ont apportés à sa doctruifi?
(0 Ouv, cit, , p. 113-173,
L’on ne peut pas procède? par une méthode plus sévère et plus habilement combinée , à l ad-* mission du principe vital, et s’il faut proclamer la cause des phénomènes vitaux , on ne saurait le faire avec plus de réserve et de sagesse ; la raison la plus obstinée ne peut presque pas résister à l’entraînement d’une logique aussi séduisante. Tous les besoins de l’esprit humain paraissent satisfaits, même celui de la recherche des causes qu’on amuse et qu’on endort par des espérances , plus qu’on ne le trompe par des assertions positives , comme ou l’a fait si souvent. Ou traite un peu l’esprit humain comme un enfant qu’une nounice veut engager à marcher; ou a l’air de lui présenter quelque chose et, au fond» ce n’est rien, ce n’est qu’un mot; un a la franchise d’en convenir; mais ce manège philosophique n’a-t-il pas les inconvéniens que nous lui avons déjà reprochés ?
Lamarche de Barthez est-elle plus sévère que celle de Newton ? Les mots de principe ath acteur ou attractif ‘ principe de rapprochement , de mouvement même Si l’on veut , quoique dans le fait plus indé-* terminés que celui d’attraction , et correspondans à, la dénomination de principe vital, seraient-ils d’un emploi plus facile que celui d’attraction ? Le nom de principe de mouvement toucherait aux hypothèses les plus absurdes qui aient été introduites dans la pliysi que, à celles qui ont arrêté ses progrès pendant si long-temps ; et l’on peut affirmer que la science li échapperait point aisément aux inconvéniens dont ce mot la menacerait $,an§ cesse*. Il deviendrai^
impossible à l’esprit le plus sévère , de parler chimie une demi-heure seulement , en se servant d’une expression de ce genre. Reste à savoir maintenant , si la physiologie n’a point à redouter les memes dangers d’un mot analogue; elle qui, depuis sa première origine jusqu’à nos jours , a eu la plus grande peine à se détendre de l’erreur par laquelle on attribuerait les phénomènes de l’économie vivante aux affections d’un principe intelligent, sensitif ou instinctif; ou pour mieux dire , elle qui n’a jamais complètement résisté à cette opinion hypothétique ; elle, dont tous les faits même paraissent porter à une erreur , que l’on n’évite pas toujours par la reserve philosophique la plus craintive , et par la conviction profonde des inconvéniens auxquels expose cette première idée.
Pour mon compte , je l’avoue franchement , les mots de principe vital , de principe d’harmonie ou tout autre analogue, me paraissent trop difficiles à manier pour que j ose m’en servir ; je ne me sens point assez de force d’esprit , pour m’exposer à la vaine gloire de braver un danger que Barthez lui-inême n’a pas toujours surmonté , malgré ses intentions formelles et ses protestations si souvent renouvelées. I) ailleurs, je ne vois point la nécessité d’admettre les mots de ce genre. L’unité vitale est un fait, elle est l’expression de mille faits ; elle constitue le dogme fondamental dans la science des êtres vivans. Les preuves que Barthez en a présentées , et les beaux développemens que leur a donnés IM. Lordat , paettout cette question hors de doute; mais je u’ai
Besoin que de transmuer ce fait en îoL Je ne vois point l'obligation de rechercher la cause de cette unité , et encore moins de l’indiquer par un mot qui ferait entendre que je l’ai trouvée dans des analogies avouées ou secrètes prises de l’unité du principe moral et de 'son. action. Que dis-je ? ce fait important peut même n’avoir pas de cause particulière , il peut iTêtre qu'un résuit il qu'une circonstance de la nature des forces vitales ou de la matière organisée vivante. On peut donc admettre Funité et l'harmonie des forces vitales , comme la première loi de ces forces ; si Fou contractait l’engagement d’admettre une cause correspondante pour chaque loi, ne faudrait -il pas recevoir un principe particulier pour rendre raison des effets de l’habitude, de l’imitation, etc.? Ces phénomènes lie supposent que des modifications générales et communes des forces de tous les organes. Au reste, la discussion que j’élève ici n’est qu’une dispute de mots , et non de doctrine , du moins, dans sa première origine *, car je ne puis m’empêcher de reconnaître que ces mots , et tout le langage analogue qu’ils consacrent consécutivement, ne doivent jeter la science dans les hypothèses Stahliennes.
Je craindrai même beaucoup que ces mots, dans certaines bouches , ne servissent déjà à masquer les hypothèses les plus formelles : je suis autorisé à le penser par [ importance que Ton y attache - quelquefois. Si ce ne sont que des mots , ils né valent pas tant la peine de les défendre', s’ils signifient quelque Idée , je ne vois pas qu'on puisse soutenir celle??
ci. Ainsi , dans l*un et l’autre cas , je crois que l’on doit rejeter ces expressions. M. Lordat l’a très-bien senti ; il préfère le mot d'unité vitale , qui est plus habilement choisi , mais qui au fond parait avoir les mêmes inconvénicns pour les faibles, et la même inutilité pour les sages.
Encore un coup , le système de Barthez est indépendant de l'admission iju principe vital. Il est évident que ce n’est point la base de 1 édifice j mais bien le couronnement et une sorte d embtdlissement étranger , imaginé par le goût de 1 artiste. C est en ce sens qu’il me parait que Barthez aurait eu raison de dire contre scs adversaires : « s ils en veulent à ma doctrine, que ne combattent-ils les dogmes fondamentaux, au lieu de inc harceler sur quelques sentimens particuliers qui ne l’intéressent en rien. Seraient-ils assez myopes pour ne pas voir qu’ils n’attaquent l'édifice que par les girouettes? » On peut donc ôter ou changer ces couleurs de secte ou de parti , sans se croire obligé pour cela de détruire à chaque révolution , comme de véritables Vandales, les maisons qui les portent. Mais aussi , d’un autre côté , l’homme prudent et sage ne s'amuse pas à choquer on vain l’opinion dominante, et il n’exposerait pas sa maison pour 1 honneur de sa girouette. Ne fùt-cc que pour lo bien de la paix, je crois que Ion doit renoncer à un langage qui n’est permis que quand il est indifférent , et qui devient criminel dès qu’on a l’air d’y tenir.
X/ analyse thérapeutique , telle qu'elle a été
conçue dans notre École, a été appliquée à presque toutes les maladies ; c’est elle qui distingue toutes nos productions , "même celles où les lecteurs ? arrêtés par certaines hypothèses , ont de la peine à reconnaître sa marche sévère. C’est à elle que M. le professeur Baumes doit en partie les palmes académiques qui ont répandu sur son nom un éclat si justement mérité. En effet , les écrits pratiques de cet excellent médecin se font remarquer par rhabileté et la souplesse en quelque sorte avec laquelle il a saisi les indications variées et combinées des affections dont il a fait le sujet de ses méditations , et presque toujours Foccasion d’un nouveau triomphe. Ce mérite incontestable aurait du faire pardonner à M. Baumes quelques idées auxquelles il tient très - peu luimême j comme il le répète si souvent dans ses éloquentes leçons, et sur lesquelles il se garde bien de faire reposer toute sa gloire. Mais l’esprit de parti que ce Professeur a eu la maladresse ou le noble courage de provoquer , a profité avec plaisir de certaines fautes qu’il lui aurait faussement imputées, s’il ne s’en était rendu coupable.
M. le professeur Delpech s’est encore servi de cette méthode pour répandre un nouveau jour sur la* thérapeutique chirurgicale , et ce titre recoin** mande à la lecture des praticiens , son Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales • Plusieurs autres ouvrages sortis de notre École , une foule de bonnes dissertations inaugurales dont ïiotis aurons occasion de faire mention , ont été
faits dans le même esprit , et tout semble préparer le moment où nous aurons assez de matériaux, pour élever sur un même plan l'édifice entier delà science.
Nous avons tracé le tableau fidèle de la manière
de philosopher propre à l’Ecole de Montpellier , en partant de l’époque où elle a commencé à avoir une doctrine particulière. Nous avons pris ses premiers essais dans Sauvages qui renversa la doctrine mécanicienue alors régnante , et entrevit les vrais principes de la recherche des causes expérimentales. Nous avons suivi ses progrès dans les travaux de Lacaze et de Bordeu, qui établirent la science de l’organisme vivant sur l’observation physiologique et pathologique , et dégagèrent ainsi peu à peu les faits des hypothèses qui les enveloppaient.
Nous avons vu cependant Bordeu se laissant entraîner par cette sorte d’imagination poétique , qui anime tout ce qu elle touche, et réalise tout ce qu’elle crée. Mais 1 hypothèse qu’il avait embrassée pour son compte était propre à servir les intérêts de l’observation; elle détruisait plus complètement le mécanicisme , et devait servir à l'indépendance de la science médicale. Il en est de l’administration générale des sciences , comme de celle des corps politiques : l’une change selon les progrès et les besoins de l’esprit humain, comme l’autre varie selon, les besoins et les progrès de la civilisation. Les lois qui conviennent k une science naissante et barbare, ne sont pas celles qui conviennent k cette même science accrue et perfectionnée ; les hypothèses «n forment heureusement les premières méthodes f
fcômnie les craintes superstitieuses et la distinctiou exagérée des castes , les premières législations. Les méthodes d’induction et d’analyse ne représentent-elles pas les institutions politiques des nations éclairées ?
Barthez établit les véritables bases de la science médicale, et il les établit avec un génie qui le mettra autant en rapport avec les plus grands hommes des siècles à venir, qu’avec l’esprit de son siècle ; il semble lie tenir aux anciennes erreurs que par le langage. Nous ayons rattaché , à cette dernière circonstance* Fincertitude de sa doctrine , poussée tour - à - tour * après lui et malgré lui, dans le spiritualisme par Gmiiaud, et dans le matérialisme par M. Dumas» La science , à cette époque , peut être comparée à un enfant dont les pas sont encore chanceians; elle semble encore vaciller sur elle-même, se raffermir graduellement , et s’avancer tous les jours vers l’heureuse époque où sa démarche sera libre £t assurée. Cette époque a été préparée et amenée par les travaux réunis de MM. Dumas , Lordat, et des autres professeurs actuels.
La philosophie médicale s’arrêtera-t-elle au point élevé où nous l’avons suivie jusqu’ici? Ses principes fondamentaux seront - ils stationnaires? Non, sans doute, le passé nous révèle l’avenir; l’esprit humain ne se repose jamais, et tout en perfectionnant les détails , il perfectionne toujours d’autant les méthodes générales. Quelles seront les révolutions de l’avenir ? Quelles seront du moins celles qui feront suite dans cette belle chaîne dont nous avons d<H
roulé successivement les amteaux ? Cette question Je la plus haute importance pourrait être plus ou moins résolue par celui qui se serait familiarisé avec l’histoire de la science en général et de notre Ecole eu particulier. Nous l avons déjà prouvé par d’illustres exemples ; les perfectionnemens d’une science ne sont que les dévcloppemens des premières idées. Les découvertes d’uu siècle sont toujours les conséquences immédiates et rigoureuses des découvertes du siècle qui l’a précédé ; on peut dire , relativement a celles-ci, que les prémisses en sont dans uu siècle, et les conséquences dans un autre.
Les idées se rectifient de plus en plus; semblables è un inétal que l’on sort de la mine tout couvert de scories , et qui acquiert uue pureté toujours croissante mar les travaux auxquels on le soumet. Les hypothèses surnagent toujours selon leur degré de légèreté ; les faits , comme plus solides, restent au fond. La science , agitée par ses révolutions , peut encore être comparée à la mer qui , dans ses mouvemens coutinuels , rejette sur le rivage tout ce qu elle a d’étranger. C’est d'après ces vues, que nous avons fait sentir , que la doctrine de l’École de Montpellier embrassait , dans ses progrès Continuels , un plus grand nombre de faits , et se dépouillait successivement des opinions théoriques qui pouvaient altérer son excellence j nous l’avons vue renonçant formellement à toute espèce d’hypothèses , et ne gardant quelques restes de Celles-ci que comme d’anciens souvenirs. Il n’est pcut-ctre pas impossible de prévoir ce qui arrivera
pat* la suite. Il Semble qu’il doit ne nous rester à la fin que les faits eux -memes , rapproches
et arrangés selon leurs analogies. En attendant
qu’on exécute ce vaste plan qui ne sera jamais que l’achèvement de la méthode de philosopher qui se forme depuis près d’un siècle dans le sein de notre École ; terminons par donner en résumé le principe fondamental de cette méthode II consiste à classer les faits que présente l’économie vivante dans l’état de santé ou de maladie, selon leurs ressemblances ou leurs différences réelles et sensibles , en étudiant ceux-ci en eux - mêmes , et non point dans des analogies physiques et métaphysiques. On remonte ainsi , d’un coté f à des faits généraux T ou si l’on veut à des forces qui seront propres , tant que les faits ne pourront pas être confondus avec d’autres ordres de faits; on étudie, d’après l’expérience y leurs lois les plus générales et les plus particulières: et l’on arrive , de l’autre , aux indications variées et compliquées des maladies , sans ; ai une hypothèse intermédiaire. L’on peut même ne pas pousser l’analyse des maladies jusques à la détermination théorique des modifications vicieuses essentielles des forces primitives , mais s’arrêter pour plus grande sûreté à la détermination empirique des élémens constitutifs d’une affection morbide.
Dans notre seconde section , nous exposerons les principes de la philosophie médicale des autres
Ecoles , et nous verrons jusques à quel point il$ s’écartent ou se rapprochent de ceux que nous menons d’exposer.
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