INTRODUCTION
Depuis long-temps nous avions formé le dessein de présenter le tableau de la Doctrine médicale de l’École de Aîontpellier, Cette exposition nous paraissait d’autant plus nécessaire , qu’aucun de ses Professeurs n’avait jamais, à proprement parler^ entrepris cette tâche importante. Tout occupés du. soin d’agrandir l’édifice majestueux qu’ils élevaient à la science, avec cette sage lent<eur , seule capable d’en assurer la durée , et de suivre les développemens progressifs de leur doctrine , soit dans les recherches d’une érudition vaste et choisie, soit dans les sgiche^^es toujours croissantes de l’obserYatioa cUni^,
que , ils avaient négligé de résitmer leurs principes sous un point de vue général , et de leur prêter le secours d’une exposition rapide et lumineuse. Placés trop haut pour entendre les injustes -déclamations de l’esprit de secte, ils s’étaient contentés de publier , par intervalle , quelques-uns de ces ouvrages capables de créer la gloire d’une École , si elle n’existait déjà j et , dans ces derniers temps, V Histoire delà maladie d' Andalousie j la Doctrine des maladies chroniques , le Traité des hémorrhagies^ e£c.,leur semblaient répondre dignement à ceux qui avaient l’air de croire qu’elle était déchue de son antique splendeur, et que chaque jour la voyait descendre du rang élevé que lui avaient mérité tant d’honorables travaux.
Nous avons cru convenable , sous plusieurs rapports , de rompre un silence que l’on pourrait mal interpréter, et qu’il importait autant pour les intérêts de l’École que pour ceux de la Science ellemême , de réunir en un seul foyer les vives lumières qu’elle a répandues dans divers ouvrages. Les nations étrangères pourront mieux connaître par ce tableau l’ensemble systématique de ses principes , et s’en laisser moins imposer par les rapports mensongers de quelques élèves fanatiques qui croient servir l’École de Paris , en s’efforçant de rabaisser celle dont elle peut encore s’honorer d’être la rivale.
Nous nous garderons bien de donner à cet écrit une forme apologétique ; nous nous proposons de faire connaître avec autant de simplicité que de franchise , les dogmes de notre École , ses vœux et
•fcs espérances > et de repousser des préjugés funestes que ne partageraient pas toujours ceux qui met* traient le plus d’ardeur à les répandre.
Nous naus attacherons spécialement à saisir avec vérité l’esprit de la philosophie qui ranime, esprit tout expérimental ,, même lorsqu’il s’élève aux sublimités de la physiologie transcendantale : esprit tout pratique , et toujours dirigé vers les progrès de la vraie niédeclne y qui n’est point pour elle l’objet d’une vaine et stérile contemplation , comme le serait une science naturelle destinée à amusée les loisirs d’un philosophe, mais bien la recherche importante des indications thérapeutiques.
Nous développerons les secrets de cette analyse clinique , instrument naturel de rinstiuct médical perfectionné par le génie. Nous montrerons com^ ment tous les principes de notre doctrine s’eiichaî^ lient les uns avec les autres , la physiologie et ses conjectures avec la médecine-pratique et ses calculs ^ et comment enfin tous ces dogmes se lient aux faits dont ils embrassent si bien le vaste ensemble.
Nous ne présenterons cjue les Idées fondamentales , adoptées généralement par tous nos Professeurs. , négligeant les opinions particulières que quelques-uns d’entre eux peuvent avoir sur queU ques points isolés de médecine. Cela nous sera d’autant plus facile ^ qu’écoutant tous le langage de, robservation ih ne peuvent qu’être d’accQrd sur les dogmes essentiels ; et que notre École n’est point livrée à cette anarchie , et à cet esprit d’une inquiète indépendance^ qui prouve que Tou cUerebe
encôfe Ît1 ’^eî'îte^ Ën effet ^ ils se féunîssent dàîig^ le moyen , l’ensemble des faits 5 ainsi que dans le but , la îecherche approfondie des indications •Variées d’une même alfeclion morbide, à l’aide d’une Investigation savante qui se plie à tous les cas.
C’est dans ces vues que nous analyserons avec Soin les ouvrages les plus marquans de notre École ^ ceux sur-tout qui ont fixé nos principes ^ et qui depuis 5o ans ont commencé à renouveler le système médical de l’Europe ^ par une révolution qui lî’esi point encore achevée : tels sont les écrits de Sauvages, Lacaze , Bordeii , Barthez, Fouquet^ Desèze , Grimaud, Dumas, Lordat , etc. etc.
Nous appuyerons par de nouveaux faits quelques Jiroposltions encore douteuses par elles-mêmes, ou qui peuvent le paraître à ceux qui ont des dogmes tout opposés; et nous nous efforcerons de les rendre «i claires , qu’il ne sera plus permis de les rejetei’, sous te spécieux prétexte de l’obscurité dans le/langage.
Dans certaines occasions nous donnerons nn extrait des Cours de la Faculté , qui présenteront des vues tieuves et importantes. Nous ne manquerons pas de faire mention des heureux efforts de M. le professeur Prunelle , pour venger la France des reproches qu© les nations étrangères croient devoir encore adresser à notre enseignément de médecine-légale. Nous communiquerons aussi les observations intéressantes qu© la médecine -clinique doit à MM. Broüssoiinet ^ Lafabrle et Delpech.
Nous donnerons une place , toujours relative à iciU" importance , à l’analyse de nos Dissertation^
inaugurales , résultat des leçons de Professeurs qui ne sont pas dans l’usage de faire un livre toutes les fois qu’ils ont une idée , ou le fruit des méditations de jeunes savans destinés quelquefois à honorer notre École, et à continuer la chaîne des grands hommes qui soutiennent l’éclat de sa gloire depuis ses premières lueurs.
Nous n’oublierons pas les travaux et la pratique des Médecins les plus recommandables qui sont sortis de son sein , soit de ceux qui conservent TantiquO réputation de la nouvelle Gos , soit de ceux qui la portent au loin. Nous nous attacherons à constater particulièrement leur pratique générale , et tout ce qui peut rendre raison de leurs succès : ainsi , après avoir parlé de MM. les prof. Baumes, Fages, etc., d© MM. Chrestien, Roucher , Gaizergues , Double, Ste, M arie , Gilibert, Martin, Latour, Portai, Bally , Grespi, Rodamel , Tourdes, Viguerie , etc. etc. ^ nous mentionnerons successivement Lamure, Venel, Fize , Fouquet, Barbeyrac , dont l’illustre Sydenham se glorifiait d’être le disciple , le fameux Rivière ^ etc. etc. Nous insisterons sur les méthodes nouvelles de traitement qu’on leur doit dans une foule de maladies chirurgicales et médicales ; méthodes qu’il est d’autant plus important de rapporter à leuî? véritable source , que plus d’une fois l’on s’est plu à faire méconnaître celle-ci.
Il nous sera facile , avec tous ces matériaux, d@ donner une idée complète de la Doctrine. Nous la comparerons , avec toute rimpartialité dont n0u5 sommes capables ^ à celk des Écoles les plus célèBïe^^
afin de faire sentir la différence qui les sépare et' de faciliter le jugement définitif sur les points de contestation. Nous montrerons par quels principes ^ seule de toutes les autres Ecoles , nous osons dire, celle de Montpellier a su se préserver de ce Brownisrae funeste qui, sous des noms dlfférens et même opposés , a envahi le domaine entier de la médecine. Nous hâterons peut-être ainsi la chute d’un despotisme presque universel ^ contre lequel un Professeur de Paris dirige des coups d’autant plus forts , qn’il se sert des armes de la secte ^ armes qui sont déjà usées, et qui doivent se briser enfin dans les mains de celui qui s’en sert avec autant d’adresse que d’opiniâtreté..
Nous prouverons que les travaux de l’Ecole de Montpellier ne sont que la continuation progressive et l’exécution achevée des grandes vues qu’avait saisies la célèbre École de Cos, et que ce n’est point par le sentiment injuste d’un vain oi'gueil , qu’à la
' face de l’Europe elle s’est constituée son héritière
* légitime. Nous nous appliquerons encore à démontrer , par un exposé détaillé de leurs ouvrages , que tous les grands praticiens ont suivi, meme à leur insu , les inspirations de cette analyse qu’elle a en quelque sorte créée , puisqu’elle i’a tirée de l’instinct médical dans le sein duquel elle était cachée ou perdue ; ainsi , nous établirons une sorte de communion entre les médecins de tous les temps et de tous les pays, et nous préparerons l’heureuse époque où ils n’auront tous qu’un seul système ^ les faits physiologiques et pathologiques , arrangés
Igelott leurs plus grandes et légitimes analogies , unis ^ar des liens réciproques indissolubles.
Nous nous occuperons de l’Histoire de la constitution de l’École , et nous suivrons les effets naturels des changemens auxquels elle a été soumise. Nous la dépeindrons toute brillante de gloire au'dedans et au-dehors, lorsqu’elle n’avait d’autres ressources que le mérite de ses membres , et les trésors inépuisables d’une sage indépendance j et nous ferons entrevoir le danger qu’il y aurait à l’enchaîner par des liens trop étroits à une autorité étrangère ou rivale.
Les circonstances pénibles dans lesquelles se trouve la Faculté , nous ont engagé à presser la dernière rédaction de notre travail (i). A en croire certains bruits venus du dehors , l’existence de l’École de Montpellier serait menacée, et celle de Paris obtiendrait de l’autorité une suprématie qui n’est que ridicule, lorsqu’on l’accepte de toute autre autorité que de celle de la supériorité du talent. A Dieu ne plaise que nous partagions des préventions aussi calomnieuses à un corps aussi respectable : ce ne sont pas les Pinel , les Hallé , les Boyer , les Dupuytren, etc. qui ont pu concevoir de pareilles idées. Ces grands maîtres tiennent à la gloire médicale de la France par trop de liens , pour vouloir la diminuer dans la portion qu’elle doit à d’autres qu’à eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, si l’École de Montpellier était à jamais détruite , elle devrait au monde médical ,
(i) Ceci a été écrit dans le mois de mai 1813,
( ÏO )
soin de faire connaître Fensemble de ses dogmes et ses vues ultérieures pour le complément de son système ; afin que le meme édifice continué par d’autres mains , fut-ce dans un autre hémisphère , put servir à la fols les intérêts de la science , et venger sa gloire méconnue»
Nous considérerons spécialement notre sujet sous les cinq chefs suivans et dans autant de sections.
Manière générale de philosopher de FÉcol^ de Montpellier.