‹ Doctrine médicale de l'École de MontpellierChapitre 3 sur 8 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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Philosophie médicale de l’écols DE Montpellier.

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J-iA Science des méthodes est la première de toutes les sciences. Elle détermine ce qu’est la vérité par rapport à nous, et nous donne les moyens

de l’atteindre : elle renferme donc la législation souveraine des autres sciences. Elle est à l’entendement ce qu’est la morale aux affections du cœur, l’hygiène à la santé, un maître quelconque à l’art qu’il enseigne. C’est la méthode qui fait , à proprement parler, la science ; puisqu’elle seule préside à la formation des dogmes qui la constituent, et qu’elle est le principe de la liaison des idées qui la caractérise. Sans elle , en effet, cellesci se perdraient dans des détails confus et incohérens , et se borneraient à des individualités isolées -, l’esprit n’aurait à sa disposition que les sensations actuelles : c’est la méthode seule qui unit les sensations de cet ordre aux sensations passées, et impose des lois à l’avenir. Sous ce rapport , la méthode , prise dans sa plus grande extension , <5st en quelque sorte la raison humaine ^ et celle-ci

semble ne se séparer de Finstlact borné delà brate J que parce qu’eile se montre susceptible d’obéir à son empire. C’est elle qui paraît décider ce qu’on pourrait appeler la constitution intellectuelle de rbomme en général y des nations et des individus en particulier ; constitution , d’où dérivent la santé et les maladies de l’esprit , la sagesse et bi folie ^ les raisonnernens exacts et les paralogismes ^ le génie €t la stupidité.

D’après ces considérations rapides y il ne doit point paraître étonnant que la science des méthodes ait toujours eu une si grande infliienee. En. effet J c’est de son sein que sont parties toutes les grandes révolutions dans tous les genres y celles-là meme que l’on croirait le plus étrangères aux sciences ; et il ne nous serait pas impossible de prouver que les derniers perfectionnemens qu’elle a reçus ^ sont pour quelque chose dans les commotions et les espérances qui agitent ou consolent aujourd’lmL le monde.^ Les changemens qu’elle a éprouvés dans, les différentes époques , donuenf presque toujours la raison suffisante des évèiiemeos importans que présente Thistoire des sociétés, des sciences et des arts ; et elle peut être prise pour leur cause la plus générale et de l’ordre le plus relevé. Ce sont ces changemens qui déterminent et fixent le caractère particulier de chaque siècle» La méthode est le ressort central de toutes les opérations intellectuelles et morales ; elle dirige les plus sublimes idées de la philosophie , comme les détails les plus simples de la conduite journalière , les calculs do la théorie et

la routitie de la pratique , les notions grossières du sauvage et les subtilités de l’homme civilisé.

L’empire des méthodes ne s’est pas moins fait sentir en médecine que dans aucune autre science, et l’histoire de ses révolutions nous ramène toujours à la logique régnante. La science des méthodes affecte les droits de souveraineté sur les autres sciences , et l’on sait que le caractère du prince décide le plus souvent de celui de ses sujets. Il faut l’avouer, et au fond ce n’est pas à notre honte, les métaphysiciens conduisirent les médecins comme tous les autres savans. En vain Hippocrate crut pouvoir se vanter, avec quelque raison , d’avoir séparé la médecine de la philosophie de son temps ; il fut inspiré par elle. Dans la suite , la logique péripatéticienne gouverna Galien , et par lui toute la science, pendant plusieurs siècles. La scolastique barbare , enfant dégénéré de ce même Péripatéticisme , régenta long-temps la médecine , et parvint à lui faire croire qu’à l’aide de quelques mots et de quelques divisions subtiles, elle lui ferait découvrir , comme par une sorte de magie et d(^ science occulte , les secrets de la nature entière. Le philosophe Descartes s’empara de notre domaine, comme par droit de succession , et le travailla à sa manière. Il le traita en véritable fermier , comme tons ceux qui Tavalent précédé. Il soumit la médecine, qui ne s’en accommodait pas trop, à sa méthode générale de raisonner par hypothèse, «t à l’application despotique des théories particu- Uères qui en furent le résultat immédiat. Il ne

serait pas difficile de montrer que les deux grandes sectes qui se partagèrent alors , et qui se disputent peut-être encore notre héritage , sous des noms diiïérens, l’animisme et le mécanicisme , le vitalisme et l’organicisme , sont les enfans toujours ennemis d’un même père, et qu'elles doivent leur origine à la manière absolue dont Descartes concevait la matière toujours passive , et ses principes d’action toujours étrangers.

Lorsque Leibnitz admit , dans tous les êtres , des puissances particulières, des monades , de petits principes de mouvement , de vie et d’intelligence , la médecine se ressentit encore de ce changement dans la métaphysique *, et le savant Spreiigel n’a pas eu de peine à saisir les rapports, qui existent entre les forces primitives , qu’il répandit généreusement dans l’univers , et le dynamisme , qui s’est étendu jusqu’à nos jours. Avons-nous besoin de parler de l’immortel Chancelier d’Angleterre , et de sa belle méthode d’induction , pour signaler la cause des plus heureuses réformes qui aient eu lieu dans le système médical ?

Ces considérations suffisent, sans doute, pour prouver que les grandes révolutions de la médecine sont venues de celles de la philosophie elle-même, et que les améliorations importantes que l’on doit espérer encore , ne peuvent être cherchées que dans cette source première. Ainsi , une école qui travaillerait au perfectionnement de la médecine, ne saurait trop insister sur l’étude des méthodes. Elle ne devrait point s’en laisser détourner pas

hs reproches que ne manqueraient pas de lui adresser ,eeux qui ne 'verraient pas la science d’aussi haut. Si Montesquieu eut écouté les avis bénévoles des conseillers de sa cour, ou des huissiers de sou parquet , il se serait borné à juger les procès des Bordelais , et nous n’aurions pas Y Esprit des lois^ Plus que dans aucune autre école ancienne oa nloderne , on s’occupe à Montpellier de la sciencs des méthodes. On ne s’en cache pas; si nous parcourons les ouvrages des fondateurs de sa doctrine actuelle , nous nous assurerons que tous croient devoir commencer par établir leur manière de philo*^ sopher. Depuis long-temps, c’est pour nous un usage sacré , une routine inviolable à laquelle ne juge pas pouvoir déroger le plus mince de nos auteurs. Nos Professeurs, dans leurs leçons, rappellent souvent les principes de l’art de raisonner ; et c’est à eux qu’ils ramènent presque toujours les questions les plus particulières, parce qu’ils pensent que la philosophie générale renferme, à proprement parler, le code de toutes les décisions de détail. Nos élèves, obéissant à leurs guides , suivent la route qui leur est ouverte : pour peu qu’ils aient acquis de l’instruction, et qu’ils soient à même de comparer les résultats des différentes méthodes , ils ne croient pas devoir renoncer à celle de l’École de Montpellier. Aussi les voit-on lire indifféremment les ouvrages des grands métaphysiciens , comme ceux des grands observateurs , Baron et Hippocrate , Locke et Sydenham , Gondillac et les Nosographes modernes J eu conviens a notre honte , si l’on veut; mais j’ai lieu^

de craindre que plus d’un de nos élèves répondît ^ avec plus d’assurance , sur certains dogmes de la manière de philosopher , que sur telle formule de médicaniens , ou sur tel point minutieux d’anatomie. Dans leurs conversations amicales et scientifiques , si communes dans un pays où il y a si peu de distractions, aux examens probatoires, on y revient sans cesse: quelquefois même, à nous entendre, l’on croirait moins être dans une école de médecine , que dans une école de philosophie. Je n’examine point ici si cette manière ii’a pas quelques inconvéiiiens , d’ailleurs très-faciles à éviter , et que* le temps n’aura pas beaucoup de peine à faire disparaître , par plus de simplicité dans la méthode , et sur- tout par l’habitude de son application. Je dois raconter les choses en simple historien , je dois dire ce qu’on fait chez nous , et pourquoi l’on le fait , autant que je l’entends.

Chaque école a son allure, ses mœurs, son langage. Ailleurs, on pense qu’il n’est rien de plus facile que de bien raisonner; qu’il n’est nul besoin de faire une étude particulière d’un art qui n’en est pas un , a proprement parier ; qu’il n’y a en ce genre qu’à se livrer à l’instinct de la nature , qu’à ramasser des faits un peu par-tout , et à laisser aller les conclusions d’elles-mêmes. Ailleurs, on croit devoir ne s’occuper que de l’art ; on met en contestation les droits de la science , on se hâte de jouir des résultats, on ne fait pas trop d’attention à la cause à laquelle on peut les devoir. Bacon ne pensait pas tout-à-foit ainsi, sa manière de voir se rapprochait d^

îa nôtre”, oa plutôt nous n’avons fait qu’emprunte^ à ce ofraiid liomoie sa patience et sa métliode.

La métaphysique de l’École de Montpellier est devenue un véritable sujet de scandale pour quelques blés {i) J ou nous l’a reprochée comme un crime.

(i) Bartkez a repousse avec force cette inculpation qui l& louchait de si près , dans sa prélace du Traité des maladies , goutteuses ^ p. LXXXIII. « Je crois devoir en finissant, dit-il^ répondre à une ohjectioii qu’on fait assez communément contre les dogmes abstraits qu’on doit tirer des observations de me'decine--; pratique , bien séparées et bien combinées , pour approcher 3 autant qu’il est possible, de déterminer les meilleures méthode® du traitement des maladies. »

e Oa dit souvent que cette doctrine n’est que de la mé/a-*; ^liysiejue , et cette vaine objection est avidement saisie , ,e£ assidûment repétée par beaucoup de médecins , qui sont d’au-« tant plus empressés de rejeter les vrais dogmes de la scienc® médicale , qu’ils sont incapables de les méditer et de les appli» <^uer, 3 -

« En affectant de désigner , par le nom vague de métaphj-A sicjue ^ des théories abstraites, qui apparLiennent essentiellem.en& à la science de la médecine-pratique , on veut faire entendre qu’elles sont vicieuses ou étrangères aux objets cju’elles doivent avoir. Mais c’est ce qu’il faudrait établir avant tout , en réfutant solidement ces théories: et jusqu’alors une cjualification queL conque qu’on emploie pour les dépriser , ne prouve rien, »

« Dans toutes les parties des sciences naturelles , les vues; générales et abstraites qu’on tire des faits , suivant les règles d’une bonne logique , peuvent seules lier les expériences et les Æ)bservatioiis , de manière à en faire sortir de nouveaux pria-», eipes qui soient simples et vastes, '»

« Les auteurs qui se bornent à entasser des collections de faits propres à une science , sans faire naître de semblable® principes de t;es faits habilement séparés et combinés , ne produisent que des oompilations qui ne peuvent être que d’une faible utilité par rappoi t aux autres compilations qui e:sis-q iaient auparavant sur les Ajuémes sujeta,

dont nos accusateurs s’avouent innocens. Une fols pour toutes , faisons notre profession de foi , afin que du moins notre arrêt de condamnation puisse être motivé.

' Nous marchons ; tout le monde ne peut pas eu dire autant: il y a tant de personnes qui reviennent sur ieurs pas ! Eh bien, nous voulons savoir où nous sommes , et quelle est la route' que nous avons prise? Nous regardons de temps en temps d’où nous sommes partis. Nous ne voulons pas cheminer à l’aventure , comme de simples naturalistes ^ qui parcourraient un pays en amateurs et ne feraient qu’y passer» Nous voiifons former des établisse-

K Dans tons les cours que j’ai faits sur la science de la mëdeeine-pratique , j’ai montre', par des exemples sans nombre, en quoi consiste la vraie philosophie de cette science 3 elle doit en fonder les dogmes , et sur V analyse et sur la synihèse des observations J c’est-à-dire^ sur des se'parations de faits qui sont lie's ensemble , et qui doivent être distingues , et sur des re'sultats ge'ne'raux , qu’on forme de faits se'parés qui sont analogues entre eux. »

« Quelques e'erivains, venus plus récenimeot , ont cru suivre et ont mal connu cette bonne manière de philosopher dans la science de l’homme sain ou malade. Ils ont pense' cju’ils pouvaieiit multiplier à volonté des dogmes propres à celte science, en faisant arbitrairement des séparations et des combi liaisons des faits qui y sont relatifs. »

cc Les abstractions qu’ils ont produites n’ont donne que des «onjecturcs qui sont .mal fondées , parce qu’elles ont toujours une étendue , sans comparaison plus grande que celle des observations sur les([nelles ils ont voulu les faire porter. Il est essentiel , pour les progrès d’une science de faits , de mettre une juste proportion d’étendue entre les bases que donnent ies observations propres à cette science j et les dogmes qu’oa établit sur ces bases, »

mens durables et vrai ment utiles ; nous aimons mieux aller plus ieiiiement , et ne pas faire un seul pas en vain. On prétend même que nous nous arrêtons de temps en temps , et que plusieur* d’entre nous s’endorment *, cela est possible , la clîose arrivait bien à Homère. Mais nous pensons que tout cela ne fait pas grand mal , pourvu quô nous nous réveillions , et que nous continuions sur la même ligue : nous pourrions bien devancer à la fin ceux qui marchent toujours , même pendant la nuit. Lequel des deux voyageurs arriverait le premier au but -, celui qui irait sans cesse ^ mais ne suivrait que le désir d’arriyer ; qui, ne s’informant pas assez du chemin qu’il doit prendre , s’engagerait dans mille traverses , s’égarerait mille fois, se retrouverait souvent, sans s’en apercevoir ^ au point d’on il était primitivement parti : ou bien celui qui s’occuperait d’établir avec beaucoup de temps , de frais et même uu peu trop d’appareil , un chemin commode et sur ?

Afin de faire mieux saisir la manière de philosopher de notre École, nous la prendrons dans ses premières ébauches, et nous la suivrons graduellement dans ses perfecllonnemens successifs. Car, il faut le dire, et je ne pense pas qu’on en doive mal augurer , les grands Maîtres auxquels nous la devons , ne l’ont pas trouvée tout d’un coup. D’abord, ils ont entrevu la route qui devait conduire au but qu’ils se proposaient d’atteindre; ils ont tracé les limites qui la dessinaient, établi les jalons qui devaient guider les travaux de ceux qui eutre-f

J^reiîdraleiit de Tachever, et les pas des voyageurs qui voudraient y passer. Ce n’était qu’un sentier ïiiconou , dans lequel s’engageaient quelques bonimes favorisés par le bonheur des circonstances et la rectitude naturelle de leur jugeaient 5 peu à peu, c’est devenu un chemin , une voie publique. Qui sait ce qu’il sera un jour , si l’on laisse quelque liberté au commerce des sciences , et si les progrès de la civilisation et de l’esprit humain s’opposent désormais à tonte invasion dévastatrice des pirates, des barbares du nord et’’ des chefs de secte? Ce n’est qu’en y marchant qu’il s’est formé tbus les jours il devient plus facile ; le moment approche peut-être, où le voyageur le plus faible pourra gravir des obstacles que pouvait vaincre à peine riiomme le plus fort •, et l’esprit le plus médiocre pourra aller plus loin que le génie lui-même, à l’aide des moyens que celui-ci lui aura préparés.

Dans son premier établissement, l’Ecole de Montpellier ne se piqua guère de philosophie (i). Les médecins arabes et juifs, qui la composèrent primilivement ou qui raugmentèrent , ne prirent pas les choses de si haut. Les malades arrivaient en foule, attirés par rinfluence d’un commerce étendu , par les privilèges d’un climat délicieux, et par les miracles mêmes du pays , qui multipliaient les ressources d’une population spirituelle «t industrieuse (2).

(i) Dans le courant du XI.® siècle, peu de temps après la

fondation de l’Ecole de Salerne, cjui eut lieu dans les première» années de ce même siècle.

{2) Yoj. p, 5i du JDl^cçjus de*M* le professeur Prunelle su$

Cependant les liommes devenaient tous les jours inoius simples et plus éclairés, il leur fallait plus ' de remèdes et moins de prières* Ces circonstances décidèrent la tournure que prit dès - lors notre École -, tournure toute pratique , toute dirigée vers robservation des maladies , et qu’elle s’est piquée de conserver jusques à nous (i).

Vinfluence exercée par la rriédecine sur la renaissance des lettres , 1809 , monument e'gaiemcnt honorable à notre art et à l’auteur de ce beau travail.

(i) Les praticiens de Montpellier eurent une très-grande réputation dés la première fondation de l’Ecole. Dés l’an liSSjl’on voit un ïiéraclius de Montbôissier , Archevêque de Lyon, venir à Montpellier chercher le rétablissement de sa santé: Cinnqu» infinnaretur ^ pertransiit usque ad Montem-pessidanum q ihi ali-' quandih commoraius cum medicis ^ (S, Berna rdus , Epist. 807. } Césarius , Religieux de l’ordre de Cîteaux,tire parti de l’habileté des médecins de Montpellier, pour établir la vérité des miracles de Notre-Dame: « Ces miracles , dit-il, se font sur des malades qu’abandonnent les médecins de Montpellier, uhi foijs est artis physicœ. » Mathieu Paris rapporte que Pierre d’Egueblauche , Évêque d’Hcrfort , en Angleterre ^ étant attaqué, en 1257 7 d’une espèce de polype au nez et de plusieurs autres maladies , on lui conseillait unanimement d’aller au plutèit à Montpellier pour se faire guérir. Au commencement du i/j..® siècle, Jean de Luxembourg, Roi de Bohème, fils de l’Empereur Henri VII , et père de l’Empereur Charles ÏV j ou pourdire quelque chose de plus intéressant pour la nation, Jean, Roi de Eo iième y ami constant de la France contre les Anglais , et beau-père de Jean, fils aîné de Philippe de Valois, Roi de France, ayant perdu un œil dans une expédition qu’il avait faite en Pologne contre les Lithuaniens , qui étaient alors payens ^ et craignant pour l’autre qui commençait d’être malade vînÊ, incognito à Montpellier , pour demander des remèdes aux Docteurs de cette célèbre Faculté.

Le cardinal Conrard, légat du St. -Siégé en Langued©®', cîrli dans la Bulle fameuse par laquelle il org,aaîsa notre €ïim.

Nous ne le dîsslmuierous pas cependant , elle partagea les erreurs du siècle qui la ^^it naître -, elle paya tribut, pendant long-temps, à la scolastique des Arabes ; c’était un droit de conquête. Dès cette époque, on parlait comme tout le monde j mais, le plus souvent , on agissait un peu- mieux. On le sait , les malades sont exigeans , ils veulent être guéris à quelque prix que ce soit , même lorsque l’art n’y peut ou n’y entend pas graiid’cbose. Nos praticiens se virent donc obligés d’observer avec soin, pour traiter avec succès. D’ailleurs, il fallait fournir des médecins aux Papes et aux Cardinaux, aux liois et à leurs Ministres; presque toute l’Eul’Ope malade était sur nos bras ; l’on ne pouvait donc pas perdre le temps à des discussions étrangères à l’art. On vit commencer à se former cette cbaîue de praticiens habiles dont la succession non interrompue constitue, à proprement parler, notre École , et que nous oserons comparer , sous quel-

'dudîim medicinalls scientiœ prnfessio stth gloriosis pra-fectuuni tihdis in Monte - pessulano claruerit y floruerit et fructumn J'ecerit ^ ’ZihertPîem multipliciter in dwersis inandi partihns salubrem , Dans la première période de son existence , elle compte de grands praticiens; Gilles de Corbeil , Blasius , Gér. de Soîo , Gordon, Crirnoaid,de Yinario, Saporta , Brugnièrrs, Dcrnoulin , Tornamire, Mii'o , Piquet , Trcniolet , Palescon de Ta rente , de Idoiières , Guy de Chauliac , Rondelet, Joubert , etc.

Les privilèges que les Papes et cpie nos Rois avaient accordes â la Faculté de médecine de ^îontpellier , donnaient le droit authentique aux Docteurs, qui y prenaient leurs degrés , d’exercer la médecine par-tout , uhique îerrarum. Ils ont joui long-temps de cet avantage ; on ne commença ;i contester l’étendue de cc privilège, que dans le milieu du 17, e dcclc et à paris.

tjues rapports , à celle dont l’Église Catholique fait le fondement le plus sonde de son existence et d@ sa gloire.

Dans la suite, l’École fut cliimicpie et mécanicienne, comme elle avait été scolastique dans le principe ; mais elle le fut peut-être d’assez mauvaise grâce , et elle se montra foiijours docile à l’observatiou clinique. Il y eut toujours dans son sein quelque mécréarA ^ c|ueique philosophe y comme dirait le vulgaire des médecins. C’est ainsi que, Earbeyrac ne fut pas en entier la dope de l’application de la cbimie à la médecine : la pratique le retint dans des idées plus saines , elle lui fit sentir le danger de ces méthodes incendiaires que Wiilis et sa secte avaient introduites si généralement dans la thérapeutique. Elle le fit créateur de cette nréthode rafraîchissante , que les écarts des chimistes avaient rendue plus nécessaire dans le dognio et même dans la réalité ; car on ne saurait calculer jusqu’à quel point une méthode décidé® altère les maladies de tout un siècle. On pense à Montpellier, et ce n’est pas sans raison, que Barbey rac fut le précurseur et le maître de Sydenham». Locke , qui vint parmi nous , établit des communications entre ces deux grands médecins : et quel autre que Locke était plvîs digne , par sa manière de philosopher, de servir d’interprète à l’IIippocrate Languedocien ! Le fait que nous rappelons ici est de la plus haute importance pour caract e r iss r la méthode que Toîi suivait habituelienient à Monipeliier»

Fixes fut mécatiicien devant ses élèves,, il dis**

courait en- roLe ^ et en latin ^ sur i^applicatio-ti Jet ïnatbématiqiies à ia médecine; auprès de se& malades ^ il observait avec une sagacité rare et rendait oracles en patois- clii pays. Je ne garantirai pas que îios Professeurs fussent les meilleurs pliyslciens du temps; mais je puis dire ^ une fois pour toutes y parce que l’Europe entière l’a répété très-souvent^ qu^ils étaient comptés au nombre des meilleurs praticiens. Uéjà i!s avaient pris ilieiireuse habitude de regarder ia médecine comme une science à part ^ et qui J poirr sa plus grande gloire , devait conserver une existence indépendante. ïis adoptaient les théories du temps y on ne leur aurait point pardonné de les mépriser; mais iis étaient moins ardens. à les répandre, ou, si l’oiî veut, moins habiles à les développer.

Les sciences physiques et naturelles seront toujours bien moins cultivées en Provincîe que dans les Capitales. Elles exigent un concours nombreiia: de savans dans tous les genres , des fonds considérables, des machines sans fin. 11 leur faut toute îa puissance des îlois pour soutenir leur existence et leur éclat.. La médecine n’a pas besoin de tant de ressources et d’un si grand appareil ; des malades et des. observateurs lui sufilseiit : voilà ses riches moyens et ses inépuisahles trésors. Oserai - je le dire? Les grands praticiens ne se sont guère formés dans les grandes villes. La tyrannie plus despotique des sciences a la mode ; le besoin plus pressant de faire une fortune rapide dans un pays où l’argenl presque tous les: rangs de la société la né-

.cessîté d’employer des moyens plus îiabilement combinés ^ auprès d’une population plus éclairée et plus difficile à m.aiiier ^ le désir de la gloire exalté au - delà de toute borne , et dans un âge souvent si précoce, qu’il en résulte quelquefois l’impuissance de le satisfaire : voilà quelles sont en partie les causes d’une exception que les intéressés eux-mêmes auront quelque peine à contester (i).

Ce ne fut pas à Athènes que parut Hippocrate ; îe peuple frivole de la Métropole de la Grèce iiô rendait justice qu’aux comédiens qui amusaient ses loisirs , et aux orateurs qui flattaient sou amour-propre; il n’aurait pas peut-être récompensé dignement les soins des grands médecins ; tout au

(î) Voîcî ce qu’on lit clans le Dictionnaire des sciences médicales^ TOÎ. XXXI, art. médecine^ p. 291. ccLcs grandes villes sont le point de ralliement des médecins et des me'dicastres de tout genre; ils MG reîlucnt dans les campagnes, qu’autant que des circonstances impérieuses leur en font une loi. Pour réussir dans une ville du premier ordre, il faut du temps, beaucoup de patience, et sur-tout de savoir faire. Fixer l’attention publique est une tâche difficile; on ne peut j parvenir qu’en trouvant des routes inconnues à la foule qui s’empresse de courir au même but. Dans les petites villes , au contraire , si le médecin ne peut espérer autant d’opulence qu’il lui serait possible d’en acquéri» ailleurs, au moins a-t-il l’avantage de yiossédcr beaucoup plutôt la confiance publicjue: il peut y prendre autant d’expérience que dans les cités les plus populeuses. Un ancien règlement prescrivait aux médecins, qui se destinaient à pratiquer dans les grandes villes, d’exercer plusieurs années dans les campagnes ■voisines. Puisse ce que nous avons dit à cette occasion , faire sentir aux médecins des petites villes leur prix et leur di gniîé , et consoler leur amour-propre du mépris injuste qu’oxa i'eûbrce trop souvent de répandre sur eux ! »

plus, Hippocrate aurait-il pu ouvrir une école de philosophie , s’il avait voulu obtenir des suhrages eu rapport avec sou grand talent. Le Père de notre art se forma dans la petite île de Gos , dans l’ombre du sanctuaire d’Esculape, au sein des foyers domestiques d’une famille divine, dont ca ne connaissait guère dans la Grèce les noms des divers membres que par une suite non interrompue de bienfaits. S’il faut eu iugerpar ses ouvrages , il n’a prati(jué que drais des villages et dans des bourgs. C’est dans une ville d’Espague (Âniequéra), incoriiiue au voyageur, que se cacha Soiano. Sioll pratiqua eu Hongrie comme 'Physicien avant d’aller à Yieuue, Lleiitaud à Aix avant d’alierA Paris, Zimmermann à Briig , Tissot à Lausanne, etc. C’est dans les Pyrénées que Bordeii reçut sa première éducation médicale , sous les yeux

d’un père qui avait déjà pulsé clans notre Ecole le goût de l’observation (i). Ce 'fut dans les cjuartiers retirés de notre ville provinciale , et perdu parmi la population studieuse et isolée de nos Fdèves-, que

(r) Je ne puis me refuser au plaisir de rapporter quelques traits de ce drame admirable, dans lequel Bordou met son père ensc-èoe, et lui paye le tribut de reconnaissance que lui devait son ge'nie. k J’avais ouï parler d’un médecin, célèbre dans une valle'e des plus voisines d’Espagne. Je désirai de le voir chez lui , il y consentit , et je m’y rendis j il me paria d’abord de son fils. »

eje serais , dit-il , heureux , si je l’avais avec moi. je lui ai appris le secret de la médecine. Il est dans une des premitïres villes d’Espagne, où sa façon de penser lui fera des affaires. Le temps de parler vrai dans les cités fort peuplées n’est pas «aeore arrivé pour les médeeia». Il est presque nécessaire qu’il$

grand liomme perfectionna les leçons pater-» nelles , et créa cette doctrine qui devait établir les

mentent, ou qu’ils soient peu instruits du fond de l’art , dans ces lieux où régnent l’envie et la dissimulation, fruits de'gëne're's de la semence de l’émulation <‘t de la cordialité. Mon ami , beaucoup de vos habitans des villes ont perdu la plupart de leurs sens natur<‘ls ; leur vie n’est qu’une suite de symptômes d’une maladie habituelle et incurable. »

« Je ne fus pas long-temps à m’apercevoir que mon docteuff était un peu babillard, fort rempli de l’importance de sa profession , fort engoué du rôle qu’il jouait dans sa vallée , où il jouissait de la pins grande considération et où sa famille est distinguée depuis plus de quatre siècles. Il était si accouturad à sa logique médicinale , qu’il appréciait tout suivant ses règles, il n’aimait point à être contrarié. Je résolus de le faire expliquer sur ce cpi’îl appelait le secret de la médecine , et je pris le parti d’écrire chaque soir ce qu’il m’aurait dit dans la journée. Je ne rapporterai ici que l’extrait de deux ou trois conversations, a

c Entrons , me dit-il un jour , dans ma bibliothèque : vous verrez ensuite mon jardin des plantes, mon cabinet d’histoire Eaturelie et mon laboratoire.... Mon premier livre c’est la Bible du Concile de Trente; je la lis et je l’admire , j’y trouve même de très-bons préceptes de médecine. ... Ce paquet de feuilles volantes que vous voyez sont des lambeaux des Arabes, Razès , Avicéne et quelques autres. J’ai déchiré le reste de res ouvrages

comme inutile J’ai conservé et élagué de la même manière

quelques livres de Galien et de ce» autres qu’un libraire a décorés du nom de Princes de la médecine. »

(c Rivière de Montpellier est chez moi tout entier , hors ses contes sur les élémeus. C’était un des grands liommes du métie^ que ce Rivière; qu’il eût pillé ou non le gros Sennert , il était bon.... Son prédécesseur , Rondelet, était excellent aussi, de même que Ranchin et leDulaurcns, dont je préfère l’anatomie à celle de Riolan.... Voilà les aphorismes d’ïlippocrate et quel- ' ques autres livres de ce prince de la médecine..., Dioscoride et Mésué des têtes bien meublées, ... J’ai au.‘îsi le Fcfjuel

vrais principes fie k science de TKomme sur les débris düL mécanicisme ruiné»

tmit entier et il est use à force que nous Pavons lo , car il parle bien élëgaîïiïnetii;.... Ce Baiilou veut trop imiter Hippocrate ses petites histoires sur ks bourgeois de Paris m’ennuient : ellessont la plupart trop ëtrangices pour être utiles..,,. Doret , dont vous voyez les commentaires sur les Coaces- , était trop sec , trop austère , trop serre.... Plouîier que voilà àtait son maître en tout.... Je ne sais point comment la Faculté moderne de paris n’a pas fait brûler ces «uvrages : ils condamneuC scsdog^mes et ea théorie , et sur-tout sa pratique. »

« Vous connaissez sans doute la mëderine de Chauliac.... , et celle d’Oribaze..,. , et celte de Paracelse , le plus médecin de tous les fous 5 et le plus fou de tous les médecins.... Voilà le bon Ambroise Pare j c’ëtait une des meilleures tetes d’!>ommes qui aient vëcu du temps de Henri lî , de François II , de Charles ÏX , et de Henri îîï , auxquels il eut l’honneur d’être attaché. Je suis fâché qu’il n’ait pu servir notre Henri ÏV...» Ce'X^an-Helmont , qui est le vainqueur de l’ancienne école, fait mes délices ÿ je le prends souvent le soir pour m’endormir gaiment.... Je ne hais pas Deleboé.... Je lis aussi mon Piabelais..,. ^ et l’ai quelques lettres du Gui-Patin.,.. Voilà Montagne : je me suis défait de Bayle pour de bonnes raisons..,. Virgile , Corneille et Bîolière sont les seuls poètes que j’aime ,... avec quelques restes de nos et de nos chansons de la vallée.,., s

« Je ne vous parie pas de mes auteurs espagnols : ils valent bien vos français. Je ne vous dis rien de tous ces fatras de livres que vous voyez dans i» poussière: je les y laisse. Je conserve pouc-> tant un rang distingué pour les Mémoires des Académies méV dicsnales de nos jours , quoiqu’ils ne soient au .fond «ju'une i^'pétitioii de ce que les anciens ont dit , ou bien un tissu de menus détails , do petits faits, dans le ras d’être prévus p.ar les .connaisseurs , ou du moins bien traités ior.squ’ils se présentent, a « Voici mes manuserits et ceux de mes pères: c’est un corps de médecine propre à notre pays : je le destine pour mon fiF, H m’a emporté de très-bons morceaux de Sthal, que je regrette beaucoup, Sthal est, à mon avis, le roi des modernos,

La médecine - pratique exige l’alvseîice de toiité distraction , une réilexioii sévère , du calme dans les passions *, ce que l’on ne trouve pas aisément dans les grandes villes.’ La plupart des praticiens qui ont illustré les Capitales, leur sont venus des Prcvinces ; ils y ont apporté des trésors dont ramour-propre ii’a pas toujours voulu reconnaître la véritable source : ou si de grands médecins se sont formés dans ces villes , ils ont vécu dans la retraite et dans les bôpitaux , iong-temps avant que de se produire ; et cette exception ne fait que confirmer notre règle générale. Je dois dire , pour dédommager les Capitales , qu’elles sont beaucoup plus favorables à la chirurgie que les villes de province. Bien, différente de la médecine , la chirurgie demande un grand théâtre ; elle étale avec complaisance ses prodiges , elle , perfectionne son habileté dans les grands hôpitaux, sur les champs de bataille. *

Je n’insisterai pas plus long.temps sur ces considérations : mais, d’après cela , je laisse à penser s’il est permis d’assimiler entièrement renseiguement de la médecine -pratique à celui des sciences physiques et

qui me paraissent avoir un peu trop loue Sydenbam.,.. Cap son rival J, Morton, que j’ai place auprès de lui , n’était pas

un sot , non plus cjuc Willis <jui m’amu'^e.... Celivret , n’est-

il pas du Chirac? Sa tête était bien bouillante î J’ai ouï

parler de Boérhaave , que j,e ne lirai point sur ce cju’on m’ea a dit... J’ai assez lu.... Je ne lis pas même la gazette , non plus que toutes les thèses de vr>s Facultés : en voilà quelques-unes que j’ai collées sur de la toile pour me faire un paravent pour l’hiver,... » Œupres de Bordeu ^ vol, II ^

naturelles; de croire , comme on se plaît ale répéter dans certains lieux , que c’est seulement dans les capitales que l’on peut imprimer de grands progrès à l’une ; ce qui est incontestable par rapport aux autres. Nous ne voulons pas provoquer le système injuste des préférences. Nous pensons que i’émiiiation , la rivalité meme, malgré ses petites injustices , tournent toujours aux profits de l’art. Nous vouions seule» ment faire pressentir, que si on se croyait obligé de faire un choix en ce genre , ce ne serait peutêtre pas les grandes villes qu’on devrait prendre I^OLir établir le siège de renseignement médical. Encore un coup , s’il y était forcé par des préjugés ridicules , le législateur , désireux de servir les progrès de la médecine et les besoins de riiusnanité , devrait préférer sans doute un pays assez

en relation avec le centre des sciences naturelles

pour en profiter , mais pas assez pour se laisser dominer par elles; un pays où les médecins obtinssent le plus haut rang de considération, et ne le partageassent qu’avec les ministres des lois et de la religion; un pays heureux qui, présentant un climat analogue à celui de la Grèce, permit à la nature le libre développement de ses forces , et l’exercice normal de ses fonctions pathologiques , afin que ron put observer la marche régulière de la Nature pour apprendre à la diriger ; un pays enfin où le Ciel donnât aux babitans des sens fins et délicats , un esprit inventif, et quelque chose de cette imagination poétique qui fait les grands médecins , comme le prétendait lîuarte , et epui

rappelle qu’Âpolloii était à la fols le dieu de II' poésie et de la méJcclDe (t',. Nous ne craignons pas que les vrais sa van s de tous les genres et les hommes sages des villes de tous les rangs, se scandalisent de ce que nous venons de dire, et que i’oii nous prenne pour un barbare , ennemi des sciences comme un empirique , ou pour un provincial entiebé de son pays comme un sauvage. Nous aimons les sciences qui lionorent et servent i’immaiiité, nous reconnaissons leurs rapports légitimes avec notre art; mais nous nous piquons aussi d’étre médecins (2), Nous avons voulu seulenient arrêter ,

(i) P.anchin , dans son yîpolllnare sacrum^ a exalté aiasi lef avantages de la moderne Cos. J^agahatur olim ^pallo noster tu-’ telaris medicinœ Deus y tanquam exul , et prof ugiis per Galliain nostram Narhonensem y et de stahiliendo rnedico imperio solll’m eitus ^ ah aliis u4$iœ ^ ^fricœ et Europœ regionihus expulsas ^ omîtes istius propinciœ ciuitates lustrahat , tit lociim sihi y suis— que secîatGrihus graturn et opportunum inuenîret, eligeretqiie i tandem nopœ istius ciuiîatis ^ atque ex ruinis iirhis Magalonensis ^ JLateranensis , et Sexîaniionis cnnstnictœ ^ sitiim , adspectumque eontemplaius , locorumque viclnorum varieiatem , et commodifatem admiratiis , et sihi , et sacerdotihus suis Sacrum in hos Monte Pelio stahilire ^ utile ^ commoâumque d.uxit. ydpollinis desiderio fortuna ipsa faoere videhatur ; îngenio siquideni loci <, hominuinque nulla videtur urhs aptior studio littercrum sed prœsertim medicinœ nosirœ.'

(pi) Voici comment notre Bordeu s’exprime à l’occasion d« l’application des sciences physiques à la “médecine (OEu v. de Bord., Tol. II, p. 799. ) K II n’est que trop vrai , plus le système des meeaniciens plaît aux esprits superficiels et nourris dans les principes physiciens , moins il entretient et fait naître le goût de la véritable médecine. Or , sans ce goût, il n’y a plus d’art; il se réduit à d’inutiles et trop faciles détails anatomiqiK^s , mécaniques, physiijues , économiques: aussi, quels ouvrages

s'il est possible , l’élan ridicule de certains amourspropres , et nous avons cru devoir faire pencher la balance dans un sens pour qu’elle puisse se remettre dans un juste équilibre. Revenons à notre sujet. D'après ce que nous 'avons déjà dit , l’ou peut

se convaincre que notre Ecole , durant le règne même des hypothèses , se distinguait honorahlement par une tendance prononcée à observer la Nature ,

pour la mëdecine, que ceux qui sont établis sur de pareilles explications , et suivant la logique des Académies ! »

« Les médecins doivent s’en défier et s’en garantir, sur-tout dans notre siècle où l’amour de l’histoire naturelle, de la chimie, de l’anatomie, des dictionnaires , des collections, répand tant de fausses lueurs et fait tant d’illusion aux lecteurs qui n’]r regardent pas d’assez près. Les médecins sont faits pour planer au-dessus de ces connaissances , et pour les contenir dans leurs bornes , en ce qui regarde l’économie animale et ses déi’angemens ; ils doivent éviter de fatiguer leur mémoire, d’étouffer leur jugement, et d’user leur attention par ces immenses amas de petites connaissances et de nomenclatures, à quoi se réduisent toutes les sciences pliysiques. »

c Les anciens systèmes de médecine eurent des cotés beaucoup plus heureux que les modernes. Ces derniers ne brillent que dans les Académies , sur les chaires entourées d’enfans et de curieux, dans les assemblées du grand monde, et même sur les tréteaux , et dans les livres que tout le monde veut juger. Les élémens de la médecine ancienne s’apprennent et s’éclaircissent auprès des malades, dans les hôpitaux, et dans le commerce des hommes valétudinaires, dans la méditation, dans l’étude des phénomènes particuliers aux divers tempéramens, aux passions, aux talenSjaux positions particulières où se trouvent les hommes, à leurs habitudes; enfin , la médecine s’apprend dans les vieux auteurs, ennuyeux pour les physiciens, qu’il faut étudier pour les entendre, et auxquels on ne peut appliquer ni le calcul , ni le compas , ni les expériences ainur, sautes qui arrêtent les passa us. *

a considérer toutes les faces qu’uiie ùiêniè maladie peut présenter ^ et à saisir toutes les indications dont elle est susceptibiei La plupart de nos mpdecins ^ marchant sur les traces des grands maîtres de tous les temps J analysaient déjà les nxaladies 'à leur manière j et préparaient ainsi les découvertes ultérieures de la philosophie médicàle. Les méthodes d^xibservation étaient donc connues et suivies parmi nous ; mais il faut avouer que ce n’était que comme- par instinct, ët par cette rectitude d’esprit que donne la pratique de la médfeeiùë , le plus difficile et le plus philosophique de tou à les arts, quoi qu’on en dise. La méthode de notre École ^ à cette époque , nie paraît être pürenxent empirique ; Car j’écàrte à dessein les théories dont oïl enveloppait ses résultats. Le naturisme, qui est une des conséquences les plus immédiates de l’obiervatimi , eut toujours , parmi nous , des partisans décidés. Selon Arnaud de Villeneilve, le médecin

n’est que le ministre de la nature , de cette caiisé première j de cette chaleur natuteile , comme il Ici nomme , ciue l’animal apporte en naissant. Ce n’est pas , continue ce même aüteür, en faisant prendre beaucoup de remèdes j qu’on parvient à guérir le plus dé maladies. Malheureux celui qui serait obligé de mettre en eux toute sa confiance (i) ! Là guérison dépend sur-tout dé la nature ; c’^est elle qui prépare ia maladie à être détruite; c’est là chaleur, c’est le feu qui cuit la matière morbifii:j[itd

(i) ^rnalcL PartthoJoB mepeafionis ^

èt en décide souvent révacuation. * La médecine n’est que l’instrument employé par l’artiste pouV seconder la nature dans son travail (i). Gordon^ Dulaurent, Rivière j La GhamLre, etc. ^ reconnurent les droits de la nature : il les attribuèrent même à l’ânie, et préparèrent ainsi ranimisme, système qui est devenu si fameux, quand il a été repris par Stald. G’est à tort qu’on l’a rapporté trop exclusivement au Professeur de Halle, et que l’on a accusé notre École de l’avoir reçu immédiatement et seulement

de ce grand homme. Nous ne nions pas ce qu’elle

lui doit ; mais nous croyons pouvoir dire qu’elle l’a puisé également dans Hippocrate , son premier fondateur, et sur-tout dans l’observation des maladies. Le fougueux Ghirac , formé dans notre Ecole, n’avait pas osé renoncer formellement à la doctrine des crises , et à certains jours , ou il suspendait Inaction impétueuse de sa médecine turbulente.

Tandis que nos praticiens rassemblent avec peine les matériaux du système médical , arrêtons-nous un instant à considérer la manière de raisonner introduite successiveideut dans les sciences en général , et dans la médecine en particulier; et voyons comment ou parvint à animer, eu quelque sorte ,

le corps de la science dont on avait rapproché et

organisé jusque-là les élémens divers i

L’histoire de la philosophie , depuis la renaissance des lettres jusques à notre siècle, paraît se partager eu trois grandes époques : la première

(») ,/érnaldi de Cqjculo , p. 219 (t seç:.

èst eeiiè de l’éruditloii ; la seconde j eelle des iijjR)tlièses ou des causes supposées ; la troisième j celle de l’induction où de la rechetche des causes expérimentales. Suivons rapidemeiît rinflueiice de cha^ cuue de ces méthodes sur là médecine.

i.° Les hommes inventent rarement les sciences, ils les reçoivent telles cfu’elles, des mains de ceux qui les ont cultivées avec plus ou moins de soin et de profit ] et leS reprenant àu point où ceux “ ci les. ont laissées , ils les augmentent à leur manière , pour les transmettre ainsi à leurs descendaiis. Les sciences né sont donc pas le patrimoine d’uii seul individu , d’uu seul peuple ^ d’un seul siècle : elles appartiennent à l’humanité entière. On peut les considérer dans leurs progrès, eonirae une suite d’idées qui s’enchaînent, sé •donnent naissance les unes aux autres, et arrivent ainsi graduellement à leur dernier développement; liGS individus difierent d’opinion et périssent j l’ humain est un et immortel. Cette faéou d’eilviâager riiistoire philosophique de l’esprit humaiu, raepàralti être la seule qui permette une solution satisfaisante de tous les problèmes cju’elle peut présenter.

Nos barbares ancêtres ne pouvaient donc riert faire de mieux que de recevoir des anciens' l’héi'itage des sciences, quoique leurs fils ingrats lénr en aient fait si souvent un crime. Il leur fallut même un très-ioug temp^ pour interpréter ou pour deviner les Oracles de la‘- Grèce et de Rome. D’abord, ils durent s’attacher beaucoup aux mots, très-peu aux choses, La médecine ne dut consister

qu^ entenclre oïl plutôt qü’à commenter Hîppd-*

> crate et Galien. Cependant ces modèles les fami-^ liarisèrent peu à peu avec l’observation de la nature même; la traduction était si fidèle , qu’elle rappelait forcément le texte. Le moment où les Écofes parvinrent enfin à comprendre ceS immortels ôu- \Tages , ne fut pas l’époque la moins glorieuse de leur existence. Ces heureux temps de docilité parurent peut-être obscurcis, je ne crains pas. de le dire , par l’indiscipline et les hardiesses de l’époque qui les suivit. En dernière analyse , il n’y avait alors , dans les écoles, que peu on point de philosophie : comme des eiifaus encore sous des fégens de collège , nos premiers aïeux étaient tout occupés de retenir les choses par la mémoire et non de les inventer par le génie. L’esprit des nations se développe par degrés , comme celui des individus. Aristote pour la philosophie, Hippocrate et sur-tout Galien pour la médecine : tels furent les chefs ou plutôt les précepteurs de ces premiers siècles.

2.^ Quand on eut saisi tout ce que les anciens savaient , ou que l’on crut «du moins en être arrivé à ce point, les esprits accablés d’une sorte de satiété d’érudition furent pris d’nne certaine inquiétude qui présageait les plus grandes découvertes. Tout annonce déjà un mouvement , une révolution : l’esprit humain a grandi , et il semble ne pas l’ignorer. Il est parveiiti à l’àge de la jeunesse et de l’indépendance ; ce n’est pas encore celui de la raison , mais il le prépare et l’emmène à sa

li ne se nourrit que d’illusions et de rêves; rhna-^ ginatiou se réveille et se développe. Dès - lors ou voit s’établir une nouvelle logique, ainsi qu’il était arrivé aux premiers philosophes de l’antiquité > dans les memes circonstances. On veut connaître les causes premières de l’univers entier ; l’ambitiou d’une science qui ignore ce qu’elle peut , et comment elle le peut , pose des problèmes in-r solubles qu’elle entreprend de résoudre par des moyens chimériques : on procède par hypothèse. Pouvait-on attendre plus de l’esprit humain à cette période? Connaissalt-oii tous les faits? Non , sans doute. Avait-on épuisé toutes les erreurs pour arriver a la vérité? Moins encore, et cependant l’expérience des temps prouve que cette condition singulière est de rigueur. L’on devait donc tra-.'^ vailler la science par des hypothèses. On cherchait un trésor que l’on ne devait pas trouver ; mais l’on devait donner au 'sol , par cette culture active , sinon habilement conduite , toute sa fécondité naturelle. L’histoire des sciences rappelle la fable du laboureur et de ses enfans. Ceux qui ont beaucoup blâmé les hypothèses , n’ont pas connu leurs usages et leurs services ; pas plus que ceux qui veulent* les introduire aujourd’hui dans la science , ne connaissent leur place dans l’ordre des progrès de l’esprit humain. Que l’on me donne de la matière et du mouvement , s’écrie Descartes , et je vais faire le monde, la îuoiière et les ‘ténèbres , la mort et la vie ; je vais créer des plantes, des animaux , l’homme lui-même. Les phénomènes

îné^iiîqiie$ avaient été étudiés les premiers 5 mécanique et les mathématiques fourniront donç Fexplication de la nature entière^ Trouver une hypothèse qui rende raison des phénomènes phy^ slologiques et pathologiques ^ et prendre cette hypothèse dans la chimie et dans la physique 1 tel est le problème que se proposèrent tous les médecins de cet âge^ et le moyen de solution dont ils 5e servirent.

Cetté période ne fut pas favorable à la médecine; îa manière de philosopher qu’on suivait était trop dangereuse pour fournir des résultats vraiment utiles. Mais cependant tous ces efforts annonçaient de l’énergie morale ; c’était cette vigueur de la jeunesse -qui J le plus souvent, ne donne que plus d:e force aux passions et aux erreurs ; mais qui prépare les matériaux de la raison et les lui foiirnit à un prix qlii les lui rend précieux. La médecinepratique eut beaucoup a souffrir , elle s’enfuit loin des Académies savantes , et plus d’une fois elle fut même obligé© de déserter les Écoles , ou du moins de s’y cacher sous un costmne étranger et sous pn masque imposteur.

3.^ Tandis que Descartes affranchit l’esprit hii-^ main et exalte ses espérances, Galilée lui présenté les moyens de les satisfaire par l’art de rexpérience. Bacon crée sa méthode générale d’induction , qui doit soumettre les sciences à une administra-? lion plus sage que celle qui avait eu lieu jus^ qu’alnts. Ce grand homme établit que l’on ne peut ^icaiojiter à la recherche des causes que par iejs

faits ; qu’il faut recueilliv ceux-ci avec exactitude , en multiplier le nombre avec zèle, les considérer sous toutes leurs faces avec altentiori j des faits s’élever aux principes , des principes redescendre aux fait| ; et des uns et des autres aux applications pratiques , -pour remonter encore aux notions théoriques. Dès-lors , la route de toutes les sciences est ouverte ou pourra à ravenir la rendre plus commode et plus sûre on pourra retrancher quelque chose des prétentions hardies de l’immortel Chancelier , qui pense que j à l’aide de l’iiiduclloii , on doit parvenir enfin à connaître les causes et les premiers ressorts du monde , à maîtriser ia nature , à faire de l’or ^ prolonger indéfiniment la vie humaine , trouver une panacée contre toutes* les maladies, etc.*, mais Bacon n’en aura pas moins toujours la gloire , cjaelque perfectioiinemeiit que subisse jamais sa doctrine , d’avoir détruit l’ancienne manière de raisonner par hypothèse , ou dit moins d’avoir créé une méthode qui miiitiplié les^ richesses de l’expérience, et qui, si elle aboutît^ quelquefois aux mêmes résultats , rétul' lès hypothèses même plu^ prohablès, eu n'e’lès jtuisant qué dans les analogies d’un très-gi-and nombre de faits. Car il ne serait pas impossible' de prouver, par ses principes et par ses conséquences, que la méthode de Bacon ne s’écarte pas autant Cfu’on- l’a cru de celle de Descart’es , et qu’elle n’eu diiïere peut-être essentieilemeiit qlie par le chemin qu’elle a pri& pour arriver au même pointé

D’iiqïUOii'tel Newtbn' simplifia cette m'éthédé' et

l’appliqua à rétiide des phénomènes physiques ; i| prit, dans les phénomènes mêmes , une idée qui, si elle n’est pas le secret du monde ^ peut du moins ei> tenir la place. En effet, ihypotbèse de l’attraction, telle que l’a conçue son auteur, rend raison de tous }es faits qu’elle n’avait pas renonce 4’expliquer (î).

Ali reste, ce qui pourrait confirmer dans ropinion, que la méihode de Bacon et de Newton n’était pas , dans le principe , aussi pure qu’elle le devint par la suite *, c’est la considéraiiau des applications vicieuses qTie ces deux grands hommes en firent euxrj mêmes à la science de J’homme physique. Entr’autres idées erronées , Bacon admit chez l’homnie , outre l’aine raisonnahie , une âme irrationnelle produite des matrices des éléinens , et qui lui est con^naune avec les animaux. Selon lui , çette âme est une substance corporelle , atténuée et rendue invisible par la chaleur ; elle tient de la nature de l’air dont elle a la mollesse , pour recevoir des impresr sions , et de la nature du feu dont elle a la force , pour propager au loin son action. Dans les animaus parfaits,, eJle^a son siège dans la tête., parcourt les nerfs , et s’entretient par le sang spiritueux des. artères. Il place chaque faculté de rintelligcnce dans diverses portions du cerveau , comme dans des ip ges , et il va jusques à dire que l’âme habite dans l’eau des ventricules , etc.

Newton, de son coté , a cru que les sensations dé-

pendaient de cette matière éthérée, à laquelle il avait

(lyjyA^embçrt , de philos. ^ p. 229;.

faiitaisl^ , de temps eu teiîips,de rapporter tous les pliéuomènes de la nature. Je ne fais pas un crime à Bacon et à Newton d’avoir été mauvais phy sioiogistes y mais je ne puis m’empécher de relever un peu leur manière de philosopher , et de les accuser de procéder toujours par hypothèse comme Descai tcs , tout en parlant contre celles-ci , et en vantant l’expérience et l’observation. Ils ne fiuenl donc pas enlièrerpent infidèles à la philosophie de Newton et à ses principes, les médecins qui continuèrent les travaux des mécaniciens, à l’aide de raUractioii et de nouvelles théories physiques; car Newton comme Pescartes donna naisssance aune secte mécauicieaue

ou physicienne. On peut voir dans l’idstoire de i’ecole iatro - mathématicienne , comment elle commença par être Cartésienne et finit par être Newtonienne, changeant ainsi de principes, mais non de méthode, Cile compta de fciès-giands médecins parmi prosélytes, s’étendit dans l’Europe entière et dura assez long-temps (i).

Ce qui tendrait encore à les rapprocher , c’est qu’il ne faudrait pas penser que tous les mécaniciens procédassent par hypothèses pures ; on a beaucoup calomnié cette secte depuis qu’elle a été vaincue. Plusieurs avaient même été entraînés dans leurs erreurs par une marche trop sévère et par une ré-? serve trop timide. lîoinnann , par exensple , qui était un excellent esprit, détestait les hypothèses; iî ne remontait jamais jusqu’aux forces elles-mêmes , il

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