‹ Doctrine médicale de l'École de MontpellierChapitre 4 sur 8 · Sprengeî , Hist. de la méd. , vph V, p. i55-,i · texte numérisé non relu

Sprengeî , Hist. de la méd. , vph V, p. i55-,i

irech^erehait €?ffeis généraux , d’où il déduisait ensuite ks- elïe-ts particuliers. Le premier principe de sou sys-tème est q^ue k corps humain, de piême que tous les autres corps de la nature, possède des forces matérielles à l’aide desquelles il opère ses mouvernens. Tout corps, selon lui , par cela meme qu’il est corps , a- les forces de résistance et de cohésion* qcvMui ont été données parle Créateur, et toutes les forces^ du corps agissent d’après k nombre, la mesure et l’équilibre : on peut donc les expliquer toutes mécaniquement et mathématiquement (i)’. L’on voit que Hoirmanii proteste contre ïes hypothèses et la* recherche des’ causes , qu’il ne veut s’attacher qu’aux effets les plus généraux , et qu’if prend ensuite ceux-cr comme causes. L’effet dont il est' parti”, le mouvement et l’idée qu’il y. ajoute , qu’il est' soumis au nombre et à la mesure , s\fnt incontestables*; mai5 il\a beaucoup trop généralisé Tun et Fautre , et il les a pris à tort pour les. hases adœqualas de la science : voilà comment il s^est égaré.

' Pitcairn , un* dés iatro-mathématiciens les plus Hardis* daiis'ses conséquences , raisonne dansîç prin^ cipe avec cette même retenue.

« Tous ceiiX", dit-il , qui sont versés dans Tes* mathématiques et dans l’étude de la médecine , savent que la ebiinaissance que nous avons dès* choses se réduit à* celle des rapports qu^dlcs oiiP éntr’elles , des lois et* deS' propriétés qui produisent

(^) Opi <0101, Z*, p, 97. JD0 orgariismi çf '

en elles les cliaugemeiis qu’on y remarqtte ; on no parle ici que des choses corporeUes, Or , on coiirnalt ces forces et ces lois des mouvemens par les actions qu’elles exercent mutuellement les unes sur les auti'es, et ce sont ces actions et les effets qui en résultent, qui nous conduisent à la science des lois qu’elles observent. A l’égard de la cause physique que le^s philosophes recherchent avec tant de soin , et qu’ils regardent comme le principe de ces forces , on l’ignore complètement. Comme donc on ne peut la connaître qu’on ne connaisse auparavant les forces et les lois qu’elles gardent entr’elles ; il s’ensuit que , si ces forces sont Inconnues , la cause physique l’est de même , et que la connaissance de celle-ci serait inutile u ceux qui connaîtraient ces forces. Les médecins doivent donc se borner à étudier les forces des médicamens et des maladies au moyen de leurs opératious. Ils ç^oivent les observer avec soin et s’efforcer d’en constater les lois , et ne point se

fatiguer à la recherche des causes physiques, qu’on

ne peut connaître qu’on ne soit instruit des lois que ces forces suivent , et dont la découverte est' inutile au médecin , lorsqu’il est une fois instruit de ces lois (i). »

A Dieu ne plaise que , par ces considérations et' ces rapprochemeiis , je veuille diminuer le mérite du grand Newton et l’importance de ses réformes dans

les méthodes, je yeux simplement relever un peu

(i'). Pitcairn, Préf., p. iq.

les mécanicîeîîS qu’on a beaucoup trop rabaissés ; je veux signaler une erreur ^ qui a été de tous les siècles et qui leur a été très-fuueste , celle que les savaiis qui nous ont précédés se sont tous égarés, et que ce n’est que de notre temps que l’on a commencé , à proprement parler, à raisonner; opi^ niou qui calomnie les siècles passés et trompe les siècles présent et à venir Quoi qu’il en soit, je suis loin de contester l’heureuse révolution que - INewtou fit dans les moyens logiques j s’il ne changea pas peut-être en entier le but de la science, il chan-^ gea la route, et celle-ci devait à son tour conduire à un but tout difiérent de celui que l’on^ s’était proposé d’atteindre jusques alors. Natura non amat saltus y ont dit les philosophes théistes *, la chose n’est pas très-sure par rapport à la nature à laquelle nous avons tort de prêter nos petites vues , mais elle est incontestable pour les progrès de l’esprit humain.

La science de i’honime ne devait pas être étrangère à cette grande révolution , l’application de cett© méthode devait être ici seulement plus lente, parce qu’elle est beaucoup plus difficile. Les médecins s’élancent dans cette nouvelle route j voyons tout ce quel’École de Montpellier fit en ce genre. C’est à, ce point que nous avons pris l’histoire de sa doctrine, comme l’on pourrait commencer, a proprement parier, celle de toutes les sciences.

Les sectes mécaniciennes dominaient days cette École, comme par -tout ailleurs; Boèrhaave, leur plus digne interprète , avait obtenu un empire qi|«

rîéîi ne Semblait pouvoir lui disputer. Sautages fut le premier, en Europe, qui attaqua le mécaniclsme (1737). J’exposerai, avec quelques détails, la manière de pliiiosopber de ce grand boinine , auquel 011 -a été loin de rendre ia justice qu’il mérite sous ce rapport. On ne le considère ordinairement que rnrarae un savant compilateur, et* l’on s’ést servi de sa. vaste érudition pour calomnier *son génie. 3e prouverai qu’il peut être compté au rang des esprits les plus droits qui se soient occupés de médecine. C’est sur-tout par le discours préliminaire de sa Nosologie que i’oii doit le juger.

Sauvages ne fut pas un praticien très-répaudu , il n^obtint pas une clieîitelle nombreuse , trop Souvent le prix de rintriguc. Il vit cependant des malades ; les étrangers , plus justes que ses compatriotes , selon l’usage de notre pays comme de bien d’autres , le consultèrent de toutes parts -, il fut long-temps à la tête de l’hèpital général de Montpellier. Plus que tout cela, il vivait dans une ville médicale , et dans une école spécialement dirigée vers la médecine - pratique. Il connaissait parfaitement les écrits de tous les observateurs dignes de quelque attention, depuis Hippocrate jusques k lui ; de telle sorte qn’il avait k sa disposition les matériaux du système médical. Ce ne sont pas^ les manœuvres auxquels on doit les édifices , mais bien aux architectes, qui en conçoivent le plan et en dirigent la construction. Le plus souvent les praticiens ne sont tout au plus que de simples maçoiis qui bâtissent des maisons particu-

îières f et non de ces monumeiis piibUcs , l’honneur de Fart : ies détails rétrécissent les vues. Il ue Serait pas difîicile de montrer que les grandes révoluti ons , qu’a éprouvées la médecine , kii sont moins venues des praticiens les plus habiles, que des théoriciens les moins occupés ; et qtie les premiers ont presque toujours reçu , sans s’eu douter , le§ lois 'que leur imposaient les seconds, si souvent l’objet de leurs plaisanteries. Je ne décide pas si c’est pour le plus grand profit de l’art que les choses vont ainsi; je* laisse h cherche^ aux médecins philosophes les moyens d’établir, entre des hommes également recommandables , uiie association plus intime et plus^solLde , et une constitution plus libé^ raie , qui confonde un peu mieux les rangs et

les services.. Quoi qu’il eii soit , j’indique ici les instrumens dont Sauvages se servit pour élever à la médecine le système le plus étendu que l’on eut encore jamais eu. Notre professeur. ne possédait pas seulement les ouvrages des médecins , il • était familiarisé avec les écrits des plus grandis métaphy-^ sicieiis , et sur-tout de Wolff, disciple fameux de Leibnitz. La connaissance de l’anglais et l’étude des mathématiques lui firent prendre part aux travaux de Newton* Il put admirer ses découvertes et participer aux bienfaits de sa méthode. En outre, il était très-habile dans les sciences naturelles, et sur-tout dans la botanique. De. toutes parts, à cette époque, on s’occupait de classer les êtres et les idées ; ou pensait être assez riche en faits particuliers 5^ le moment semblait être veau de les réduire en système^

Sauvages fait d’abord sentir tout lé danger des hy#potlièses appuyées sur de pures imaginations , et ne dôiine pour base à la saine théorie que le témoignage des sens. « La cause, dit-il, des erreur» que commettent les médecins , n’est , selon moi , que le mépris des observations évidentes et des fait^ qui , avec le secours de la logique , pourraient fournir des coroHaires aussi sûrs qu’utilps* Les médecins aspirent sans cesse aux choses caçliées et qui passent i’iiitelligence, et moins elles sont à portée de leur esprit, plus ils s’opiniâtrent à les atteindre par la force de l’imagiiiation , et à les exprimer par des paroles. Ce n’est que par une observation constante et assidue , qu’on découvre les phénomènes de chaque maladie. Ces pbéno.^ mènes sont évideiis, il ne faut aucun edbrt d’esprit pour les saisir, et c’est celte facilité meme qu’on a à s’en instruire , qui fait mépriser rblstoLr© exacte des maladies. Ou ne la donne qu’eu passant et à la bâte, quoique ce soit le seul moyeu de déduire une bonne théorie , fondée sur la vérltié ; de même que c’est de l’observation exacte des phénomènes célestes , que les astronomes ont tiré leurs meilleurs systèmes, n

Effrayé de l’incertitude des liypotlièses ^ Sauvages en vient à un paradoxe qui scandalisera sans doute les systématiques de tous les temps, et qui paraîtra cependant incontestable aux physiologistes de toutes les sectes, dès qu’ils ne sera pas question de leur Opinion particulière. La physiologie, selon- lui , ne peut servir de base première, fondamentale etuniqu®

A la înédecirie-pratiqûé. Il distingue à cette dccàsidît deux sortes de nosologies , la nosologie historique et la nosologie philosophique^ La nosologie his» torique prend pour ses matériaux les histoires particulières des maladies *, àTaide de celles-ci ^ elle trace leur histoire générale 5 elle s’élève enfin aUx caractères essentiels des maladies. Elle les classe d’abord sèlou l^rs grandes différences symptomatiques ; elle distingue ensuite les espèces Selon les circonstances plus ou moins essentielles ^ quelquefois selon les causes quand elles sont connues , presque toujours d’après rindicatioii majeure ou secondaire* L’on voit que Sauvages a entrevu, sous certains rapports , la méthode analytique et élémentaire que Barthez devait développer. Sans doute que la rlassidcatioir de Sauvages n’est point parfaite : elle ne venipUt pas, bien s’eo faut , tous les vœux de la luédecine-^pratique *, mais elle les trompe peutêtre moins encore que plusieurs autres travaux du ■mémo genre postérieurs au sien.

Sauvages établit que la nosologie descriptive ^ tant comiue dans la suite sous le nom de noso-^ graphie J constitue seule la médecine-pratique *, et le premier , il donne à celle-ci des foiidemeiis vraiment inébranlables. Il fit servir la classification des maladies à des vues neuves et très-philosophiques^ qui n’ont pas toujours été saisies par les nosologistes T^uus après lui. Selon' cette excellente idée , la médecine-pratique ne reposerait point sur la notiou plus ou. moins exacte que l’on peut se faire du Erécanisme de la maladie j mais sur les caractères

êsseiitlels et évldens qui la signalent, et qui seuls peuvent être la source pure des indications ; il a trouvé en partie ^ solution si long-temps cherchée y du problème de rempirisme raisonné. « Que les mécaniciens renoncent aux préjugés des écoles ; qu’ils obéissent a la raison plutôt qu’à l’usage , et qu’ils n’autorisent point les abus. La théorie qu’ils suivent étant fausse , obscure et incertaine dans plusieurs points , elle ne peut les conduire à cette évidence et à cette certitude dont on a besoin lorsqu’il s’agit de la vie des hommes , vu qu’ella €11 est elle-mènve dépourvue. La théorie est, par rapport à la médecine , ce qu’est l’hypothèse par rapport à la physique ; elle sert non point à prouver une thèse , comme quelques philosophies se l’imaginent faussement, mais à découvrir la vérité. Elle doit être pour le médecin , ce que sont pour les géomètres les fausses positions c^u’ils font pour résoudre les problèmes....» »

« Quelles erreurs les médecins ne doivent-ils pasr commettre , lorsque, sans consulter rexpérience, €t guidés par la seule théorie , ils osent décider do ce qui se passe dans le corps humain , et qu’ils so fondent sur des hypothèses ou des principes évideiii* ment faux î O chimistes , humoristes , mécaniciens , qui ave^i été si souvent trompés , ne conviendrezvous jamais que la connaissance historique doit servir de base à la médecine , et que la théorie est un. guide infidèle ( I ) ! «

(i) Saiurag. Nos, Ttieihpd, , I , p, 87*

Cependant Sauvages ne s’arrête pas à ce point il entrevoil ratiiité de la nosoiogie phiiosoplnque ou de la tliéorie médicale; et, le p^mier encore , il assigne la nature de ses véritables rapports avec la médecine clinique. Considérons les principes tressages, d’après lesquels il pense que l’on doit s’élever à la théorie des phénomènes vitaux.

« Le corps jouit de forces mortes et de forces

animées. On donne le nom àa force à tout ce qui

contient la raison suffisante de l’existence d’uiie

action. La force est donc une cause, dont l’effet est

appelé action. Toute force suppose une faculté.:

car là où il ii’j a ni puissance ni faculté, il ne peut

y avoir d’action C’est à tort que les modernes ont

banni les facmltés des Ecoles de médecine , pour

leur substituer une matière subtile. Serait-ce parce

que leur essence nous est inconnue ? Mais, sur ce

principe, ils auraient dii également bannir les noms

d’élasticité , de gravité , dont on ignore l’essence ;

ou serait-ce parce qu’il y aurait à craindre qu’on ne »

donnât cpie des noms à la place des choses ? On voit cependant des mathématiciens qui emploient les lettres x et jp , pour désigner des quantités inconnues , et cela avec d’autant plus de succès , qu’ils découvrent , à l’aide de ces moyens, des vérités inaccessibles aux autres philosophes. De même , les méca» niciens emploient , dans la pratique , des puissances animées dont iis ignorent l’essence, et ils font entrer dans leur théorie des choses dont ils ne connaissent les forces et les effets que par l’expérience. J’userai du même droit ; j’examinerai , à l’exemple des

rîîécamclens , les facultés qui sont propres àFhomme , en tant qwe lions les connaissons par l’expérience ; je les examinerai comme causes des effets et principes de piu^Ieurs fonctions y sans prétendre expliqner • la manière dont elles agissent sur le corps (i). yf

(c II déclare qu’il importe très-peu au médecin de savoir si les facultés motrices résident dans Tâme ou dans le corps (2). »

Sauvages avait donc vu que les ♦causes devaient être expérimentales y que l’on devait se servir des dénominations abstraites pour la commodité du langage et la facilité des calculs analytiques. Il avait établi la distinction des forces animées et des forces mortes , et commencé ainsi la doctrine des propriétés vitales. ‘ Cependant le désir de trouver les causes des phénomènes vitaux , meme en les cherchant dans l’expérience ; le vœu formel de s’élever à l’explication du mécanisme des fonctions^ à l’aide d’une hypothèse rendue aussi probablo que possible par un très-grand nombre de faits , dernier reste secret de rancienne méthode y qui avait encore tant de partisans publics pu cachés ; des habitudes de raisonnement et d’induction contractées dans l’étude des mathématiques J outre tout cela , les idées régnantes de l’application directe des mathématiques à la médecine : toutes ces clrcpnstances conduisirent Sauvages à rapporter les moiivemens de la machine aninvée aux affections obs-

(1) Id. vol. î , p. 49-5'0,

Cl idt p. 53 y

cures de Tàme. îl pensa qu’il n’j avait pas d’aiitr® moyen pour expliquer Fénergie ^ Fautoniatisme ^ Fharmonie et les lois particulières des rnouveraens vitaux , que d’admettre lUi priticipe intelligent qui produisait et dirigeait Faction des organes. li modifia singulièrement Fhypothèse de Stahî , la l'eiîdit plus conforme aux faits , et la rapprocha heureusement de la Nature directrice et conservatrice des anciens. Sauvages eut donc la très-grands gloire d’attaquer , le premier en Europe , et de renverser le mécanicisme : il Imprima au système de Stahl des changemens qui devaient le faire .adopter par tous les bons esprits,* et prépara ainsi , dans le sein de notre Ecole, une révolution plus complète et plus légitime.

Il faut le dire , l’opinion de Stahl n’était au fond cfi’une hypothèse , comme celle de Boërhaave et d’îioffmaoii ,* mais cette hypothèse embrassait un plus grand nombre de faits ; et sans être la vérité, elle pouvait en tenir la place , autant que cela est possible II la supposition et à l’erreur. Il est plus que douteux que .ce Soit une intelligence qui dirige Fexercice des fonctions , dans Fétat de santé et de maladie ; mais il est Incontestable que si une intelligence en était chargée , elle ne les conduirait pas mieux ni autrement , pour la conservation et le rétablissement de Fordrc* « 3e ne cherche point, dit Sauvages, à découvrir l’essence des causes premières , mais celle des moiivemens de la machine. Il suffit que le médecin sache que les mouvemens du corps sont lelieiaent liés avec ceux de Fânie,

que quand meme Celle - ci les conduirait ^ ils ne seraient pas différeiis de ce qu’ils sont (i)* »

Cette considération explique la différence énorme qui sépare les heureux effets des hypothèses métaphysiques et les tristes conséquences des hypothèses mécaniques j elle montre comment l’anfniisme, passant gradueilemeiit au sensibilisme et au vitalisme , doit arriver à la collection systématique

et pure des faits physiologiques et pathologiques ^ but essentiel et définitif de la science.

Dans la nouvelle manière de raisonner , on ne s’était servi jusques alors ^ pour établir les dogmes médicinaux, que des expériences physiques (a)

(1) Id. vol. I , pag. 59 , §. 259.

D’après Sprengel , ( Hist. de la médec. , voL p. 2o3. } Stalil n’aurait rëani les causes de tous les changemens du corpâ animal suas le nom collectif- à^âme , (jue pour obéir à la loi de Newton , qui défend de multiplier les forces et les causes à l’infini. Sous ce rapport, la philosophie de Newton aurait eu la même influence que celle de Descartes , qui en médecine a donné naissance à deux systèmes diamétralement opposés , le mécanicisme et l’animisme , comme , en métaphysique , ans opinions contradictoires de Mallebranche et de Spinosa.

(2) C’est dans ce sens que Lacaze a dit qu’il méprisait la physique expérimentale et non dans celui qu’a fait entendre M» Sprengel. En général, cet illustre savant a jugé trés-dé favorablement les auteurs de notre Ecole. Au milieu de scs lectures immenses, ii n’aura pas eu le temps de méditer des ouvrages, qui exigent quelque réllexion et une certaine indulgence pour les expressions poétiques. Je ne vois pas comment l’ouvrage- de Dacaze est fanatique , et celui d’Abadie mystique 3 je ne conçois pas comment un homme du mérite de M. Sprengel peut trouver insigni/ians les écrits de Robert trop peu connus d’ailleurs même par les Français. îî en veut beaucoup atï toxa que prentl Lacaze j selon liÉli , ü Xi’aui'ail auc^Jîi dcoit k

faîtes sur des macîiiiies ou des Icada^^res , et c^éfaît avec ces matériaux corrompus 'et toujours prêts à se dissoudre y que l’ou élevait f édifice de la science de la vie- , S*auvages lui-méme avait eu recours à cet appareil étranger. Oe i^avait vu ^ dans nos hôpitaux y mesurer la hauteur d’une colonne de sang pour déterminer la force du cœur, évaluer la densité respective de chacuu de nos organes pour détruire ropinioii de Willis , ou pour étudier la théorie des plaies* Il avait renversé le mécanisme par les moyens mêmes dont on s’était servi pour rétablir. Ce a’étalt , en efftt , qu’en comparant les principes mécaniques aux faits , que l’on pouvait' découvrir leur peu de rapport. Cette marche était naturelle ; elle annonçait les nouvelles idées qui, selon la coutume , partent toujours et se débarrassent du sein des anciennes : le jour est “ précédé par le crépuscule , état qui unit par gradation les ténèbres et la lumière. D’ailleurs, c’était ia méthode la plus efficace pour combattre l’erreur: toute autre n’eut pas même été entendue et eût été sans relation avec les hypothèses régnantes. Maintenant ( i^Oi ) Lacaze ouvre une nouvelle source de vérités, établit un nouveau moyen d’inveskgatlon : c’est robservatlon de ce qui se passe en nous dans l’état de santé ou dans les désordres de la mala-

pap sa iaetance , qu’iî dit être dij^ne d^dn Gasron. le cpaîns bien que ïe savant allemand n’ait pas tonjonps pn suivjfe îa mafche vive et légère du médecin niéridintial , et qr/ll isii£tpïî3.p,<j.'a2‘’ iL-ie mjàuïcate une plaisanterie iagciiieîuscv

die(i). En effet, nous nous sentons vivre, nous discernons les impressions particulières et quelques-uns des piiénoniëajs qui aceoaipagnètît l’exercice de nos fondions , soit dans Forgaoe qui en est îmmédiatcment chargé , soit dans les organes éloignés , mais qui ont plus ou moins d’union sympathique avec celui-ci. Ainsi, quand nous digérons ^ quand nous nous livrons à des efforts musculaires',, lorsque nous pensons , etc., etc. , nous avons conscience de diverses impressions qui nous révèlent l’état des forces vitales , leur direction , leur con-

centration, leur concours , etc. etc» 5 et de même que le sens intime fournit les matériaux de Tanalyse métaphysique , de même , sous un rapport éloigné s’entend, les sensations qui ont lieu dans l’exercice des fonctions peuvent jeter quelque jour sur leurs lois les plus essentielles.

En outre , Lacaze établit la haute importance^ pour les progrès de la physLologie, de l’étude attentive de tous les agens extérieurs sur l’économie vivante -, agens que les anciens semblaient avoir vicieusement écartés sous le titre de choses nom naturelles , et dont les modernes eux-mêmes se sont encore peu occupés , ou ne l’ont fait que

d’après des hypothèses, comme Brown et son Ecole. Il rendit ainsi la physiologie toute expérimentale*. Eacaze me parait donc avoir commencé une révolution très - grande dans lu logique ; il créa , à

(i) Voy. les excellens prolégomènes de laides Vhomam $iq.u& ei momla.

proprement parler , la physiologie médicinale ou d’observation , qui , comme nous le verrons bientôt j caractérise et distiogLie boiiorablemeiit notre École. Cette nouvelle méthode rapprochait singulièrement la physiologie de la pathologie , et préparait entre ces deux sciences une association plus légitime c|ue celle que le mécanicisme s’était efforcé d’établir.

Nous verrons ce moyen d’investigation acquérir une perfection toujours croissante dans les mains de Bordeu et de ses disciples , de Bartliez et de M. Lordat.

^ Lorsque nous exposerons les détails du. système physiologique de Lacaze , nous indiquerons les grandes vérités qu’il a puisées dans cette idéemère. Nous nous assurerons qu’il a très-bien saisi que la physiologie médicinale , celle qui est plus immédiatement applicable à la clinique , celle qui

devait prendre naissance dans une Lcole de médecine y et non dans le sein d’une Académie étran-

gère 'à notre art ; que cette physiologie , dis-je*^ devait moins se perdre dans l’étude des détails d’une fonction particulière, que s’élever à des considérations générales sur les rapports des organes, dans l’exercice de leurs fonctions respectives, sur leur concours et leur harmonie. Nous prouverons qu’il a été un des premiers fondateurs de la physiologie du système entier ; physiologie qui est unq^ des découvertes de noire École les plus importantes par la fécondité de ses principes et l’étendue de scs résultats.

il faut l’avouer, Lacase m’était point un esprit

lu premier ordre; et quand il T'eût été , il n’eût point échappé à l'influence imprescriptible des idée.® régiidiites -, on le Yoit mêler aux conséquences immédiates de Tobservation la plus profonde, les hypothèses les plus arbitraires. Ces hypothèses sont toujours puisées dans les idées mécaniques du temps : ce sont des mouvemeus de ressort, de vibration, d’élasticité physique , qui animent le corps vivant. Le mouvement se communique, se suspend et se renouvelle ; il se renforce et s’affaiblit, toujours par des procédés mécaniques ; les fibres se tiraillent, s’entraînent ou se balancent. Cependant tout annonce que la nouvelle logique va se perfectionner de plus en plus , et qu’elle avancera tous les jours la révolution que Sauvages a commencée. Les mécaniciens sont réduits au silence; battus de proche en proche , ils ont été obligés d’abandonner le champ* de bataille; ils ne gardent l’empire de la science , que parce qu’aucune autre secte ne se présente pour prendre leur place. Le trône de l’opinion est vacant, du moins il en est ainsi dans notre

Lcole qui , dès ce'moment , semble abandonner les

autres Ecoles d’Europe dont elle ne peut plus partager les principes; dès-lors elle se porte en avant et marche à grands pas par des voies qui lui sont propres, malgré les réclamations vives des traîneurs, qui prétendent toujours qu’elle s’égare. Le temps seul justifiera les hardiesses de Tune ou les réclamations des autres , et sa sentence sera aussi promptement exécutée de part et d’antre qu’elle sera équitable.

Boidcu paraît, il assure à jamais le sort de là nou»

Telle méthode; il Veut, il ordoiine, avec rascendant de Tesprlt et du génie, que l’on étudie l’homme dans toutes les phases de son existence physique» Toujours il a recours à l’observation des phénomènes soit physiologiques , soit pathologiques ; et de même que Locke avait créé la méthaphysique, en Farrachant aux principes abstraits au moyen desquels on l’avait cultivée jusqu’alors , et eh la soumetf;ant à l’observation directe des phénomènes ; de même, par ce procédé, Bordeu établit sur ces vérita*bles bases la science de l’homme et crée la doctrine de l’organisme. Profond anatomiste , il rattache les idées métaphysiques de Stahl et de Sauvages à l’étude de l’organisation, et leur prête ainsi un point d’appui. Il imagine un système mixte qui fait le passage des théories méfaphysiques aux théories dynamiques ou à la doctrine des propriétés vitales. Il admet le sentiment et le mouvement comme praprlétés inhérentes à la libre animale , augmentées , dirigées et éclairées par Fàine immortelle. Ceux qui ont admiré les découvertes de ce grand homme, n’ont pas toujours peut - être assez apprécié la source où il les avait puisées. Il est d’autant plus important de tenir compte au génie des procédés qu’il emploie , que ce sont eux qui le distinguent et le caractérisent. Bordeu me paraît plus grand encore par la manière dont il a conçu que l’on devait étudier la science des êtres vivans , que par les belles découvertes de détail qui ont été le résultat de cette manière de philosopher.

C’est d’après les observations phjs.iologlques ©i

pathologiques , qu’il vit que les organes sont animés de sentiment et de mouveiTieiit ; qu’ils jouissent d’une vie propre j qu ils sont liés les uns aux autres ^ d’abord en départemens plus ou moins étendus , et enfin en un seul tout. C’est de ce point, le plus élevé de la science , qu’il étudia la marche des maladies et qu’il les compara au mécanisme des sécrétions.

Pour s’assurer de la * révolution que Bordeu opéra dans la logique médicinale , l’on n’a qu’à rapprocher ses ouvrages et ceux de sa nombreuse Ccole, de ceux qui paraissaient à la même époque. C’est ce qu’a très -bien fait Robert, sou discipley. Voici ce qu’il disait en i'j66 : « Je dois observer que le goût de la médecine commence à s’épurer; on voit , avec regret , les jeunes médecins occuper un temps précieux à la discussion de mille questions frivoles , qui ne peuvent contribuer à l’avancement de la médecine. Les médecins , désabusés pour la plupart de la vanité des systèmes , s’accordent à regarder leur science comme une science fondée sur des faits , et ils ont boute de la voir travestie par les faux brillans du raisonnement emprunté de la physique expérimentale (i). »

L’on se convaincra que l’observation directe des phénomènes vivans était singulièrement négligée avant Bordeu , que l’on faisait toute la science avec quelques principes généraux de mécanique appliqués à ces phénomènes, considérés toujours d’une manière

(ï) Tmté des priacipaux objets de me'd., dise» préL , p. xxrjiîi

vague et générale, jamais dans ces détails qui seuls révèlent et éclaircissent la vérité. Leurs auteurs perdaient tout leur temps à faire ressortir les rapports imaginaires de ces principes mécaniques avec les phénomènes : chose teliemenl difficile par eliemême , qu’elle les occupait tout entiers.

Lorsque l’on veut juger une doctrine et apprécier i’inüuence qu’elle a eue sur les progrès d’une science, il faut lire successivement, et dans l’ordre de leur publication , les ouvrages qui ont précédé et suivi l’introduction de cette doctrine. Dès-lors on voit naître celle-ci, et l’on peut mesurer sans exagération les pas qu’elle a fait faire à la science. A s’en tenir à des idées à priori j ou à des considérations générales , c’est le moyen de n’avoir aucune notion claire et exacte. C’est pour avoir omis ce précepte, que toys les jours on attribue à une doctrine ce qui ne lui appartient nuUement.

Depuis Borden, l’École de Montpellier a marché d’un pas ferme et assuré dans ïe& voies qu’il lui avait ouvertes. L’on doit avoir cette circonstance toujours présente à l’esprit , lorsqu’on veut saisir la manière générale de notre École. Celui qui veut connaître franchement une doctrine, doit se placer dans le meme point de vue , pour se convaincre si Ton ne s’est point mépris sur les objets que 1 on a cru apercevoir de ce point. C’est par ce moyen que l’on verra comment tel principe de 1 Lcole de Montpellier , qui n’est pas démontré ou qui est même combattu par lès expériences faites sur les animaux vivans ou par les analogies les plus

probables de raiiatoniie comparée, lui semble sufÏÏsainment établi , si elle peut lai donner pour appui robservalioii médicale. C’est parla encore que i’ou peut expliquer quelques préventions injustes , ou des craintes exagérées que les parties intéressées n’oot pas toujours i’indulgeiice de pardonner.

Quant au système pathologique, il éprouva, à cette meme époque , une très-grande révolution , à ne le considérer toujours , comme nous le faisons ici , que sous le rapport de la philosophie médicale. Bordcu , en recommandant l’observation, en rétablissant le naturisme sur ses véritables bases , rappela la médecine hippocratique dont les hypothèses mécaniciennes avalent tant écarté^-les esprits -, et il n’y eut pas jusques aux derniers détails de la thérapeutiqne, qui ne se res'seiitlssent des changemens généraux. Il remit la médecine au point où Hippocrate l’avait laissée, et permit tous les déveioppemens ultérieurs dont on reiirichit dans la suite. Ce fut Bordeu qui resserra la chaîne qui liait l’École de Montpellier à celle de Gos ; chaîne qui, sans se rompre , s’était plus d’une fois relâcliée , et dont on avait peine à saisir la continuité.

Suivons un peu les développemens de la méthode de Bordeu dans les ouvrages de ses disciple^ les plus célèbres. C’est d’autant plus nécessaire, qu’eiiiraîné par la vivacité de son esprit, le maître négligea de résumer sa logique et ses principes fondamentaux. L’illustre Fouquet fut un des premiers à se charger de ce soin. Il donna u]iê place à la nouvelle docirliie

4ans îe Bictîomiaîre Encyclopédique (ï) ; ce qml annonçait déjà le rang qu’elle jouait dans la science et riiîfluencc qu’elle obtenait. Fouquet eut le tort sans doute, comme on le lui a reproclié , de rapporter tous les phénomènes de récoüomie vivante à une seule force vitale, à la senglbilité. Mais il n’en est pas moins vrai que cette propriété embrasse uii «ombre immense de phénomènes , qu’elle ouvre presque toujours la série de nos fonctions , et met en jeu toutes les autres propriétés vitales. La sensibilité devait frapper les premiers regards des premiers observateurs de la nature vivante.

Fouqnet appuie toujours ses dogmes sur un grand nombre de faits , empruntés sur-tout à la médecine - pratk[ue : tel était le caractère dè la secte ; mais nous convenons aussi qu’il hasarda plus d’une hypothèse. L’on ne lui rendrait point justice, si l’on comparait sa marche libre et quelquefois même égarée , à la marche sévère et quelquefois même gênée que l’on suit aujourd’hui. Pour apprécier toute l’excellence de sa méthode , l’on doit la rapprocher de celle qui régnait à la meme époque eu Europe.

En outre, Fouquet a le défaut propre à l’École entière de Bordeu , déh\ut qui se rattache peut-être à l’innuence du climat méridional sous lequel elle tétait formée. Une imagluation ardente, spirituelle et poétique , donne presque toujours une forme positive à ses conceptions les plus abstraites : il

(i^ Art, Sensibilité^

persomiifia, il réalise tout. Il était d’autant plus porté à saisir ces fantômes, qu’il lui avait paru à propos de rechercher l’essence ou la nature de la sensibilité, li veut remonter aux causes , et par voie de conjecture , il se permet des hypothèses plus ou moins gratuites. Suivons le fil qui l’égare dans ce labyrinthe.

La sensibilité consiste essentiellement dans une intelligence purement animale , qui discerne l’utiie et le nuisible des objets physicrues. La mobilité u’est que l’expression muette du sentiment, c’està-dire , l’impulsion qui nous porte vers un objet, ou nous en éloigne. Ainsi l’araignée se contracte toute en elle-même ; les limaçons retirent soudaiiiement leurs cornes , lorsqu’ils se sentent piqués ou blessés : au contraire , ces mêmes animaux se dilatent , s’épanouissent , pour ainsi dire , à l’approche des objets qu’ils reconnaissent leur être utiles ou qui flattent agréablement leur sensibilité* Dans le plaisir, l’ame sensitive semble vouloir s’élargir , s’amplifier , pour présenter plus de surface à la perception.....; c’est un principe sentant et se

mouvant en soi , une âme corporelle ; tous les

mouvemens de l’animal sont inspirés par la sensation intime de son existence , et dirigés par le désir de son bien-être.... Deux contraires, Famé et le corps ne peuvent être associés que par un milieu ,

c’est l’âme sensitive L’âme sensitive peut êtro

considérée comme ’ une dépendance de l’âme du monde, admise par les Stoïciens : elle est la sillque de Faine raisonnable. S’il f<jut se décider sur ces ma-^

tlëres pat* le nombre et le poids des aulorites ^ ou sera porté à croire que la sensibilité ou l’éme sensitive est substantielle et non simplement formelle. Cela posé, et en n’adoptant ces opinions qu’à titre de théories lumineuses , et à quelques égards même sublimes , il est à présumer que cette substance est un composé d’atomes subtils et légers comme ceux d# feu, non de ce feu grossier et destructeur, appelé feu élémentaire , mais une émanation d’un principe plus sublime, ou le feu inlelllgent des Stoïciens. »

« Ces atomes ainsi animés s’insinueront dans la texture de certaines parties du corps , disposées à les admettre, en sorte qu’on pourrait se/ représenter l’assemblage distributif de ces atomes comme un tout figuré ou modelé sur l’ensemble de ce$ memes parties. Cette forme du principe sensitif est justifiée par ce qui s/en manifeste dans les passions. C’est , en effet , le relief de cette âme qui semble varier celui du corps sons des caractères relatifs aux affections qu’elle éprouve ; souvent même ces caractères restent représentés sur certaines parties, quelques niomens après la mort ; ce qui rend plus qu’applicables à des êtres réels les expressions figurées des historiens et des poètes, eomme par exemple le lielictœ in vultihus minœ de Florus, lih, /, et le e morte anco minaccia du Tasse. De tout ce que nous venons de dire , il suit qu’on peut regarder le sentiment , dans les animaux , comme une passion physique ou de la matière, sans qu’il soit besoin, pour rendre raison vies gpasmes affreux que peut causer uu stimulus méiUQ

lég^r , 4e recourir à l’âme spirituelle , qui juge oa estime les sensations^ comme le prétend Stahl C’est donc une condition inséparable de l’état d’animal, que celle de percevoir on de sentir matériellement, comme on dit , ou dans sa substance. L’âme raisonnable peut sans doute ajouter à ces sensations par des circonstances morales'; mais , encore une fois J ces cii^onstaiices n’appartiennent point à l’animal considéré comme tel ^ et il est même probable qu’elles n’ont point lieu chez plusieurs. Restera toujours cette différence entre l’homme et la brute ^ que y dans l’homme y la sensibilité ou ranimalité est dirigée ou i^iodérée par un principe spirituel et iniLiiortel qui est l’àme de l’homme , et que-, dans la brute , elle tient à un être moins parfait et périssable appelé instinct ou âme des bêtes» »

L’on doit remarquei’ ici que Foiiquet ne voulait pas de l’hypothèse de Stahl, et qu’il l’adopte cependant malgré lui et sans s’en douter. Il rapporte seulement â l’âme sensitive les phénomènes que Stahl attribuait à l’âme spirituelle , non pas en tant que raisonnable, mais en tant qu’animée de forces sensitives dirigées par l’instiiirt ; ce qui revient à peu près au même , tant il est vrai que,, lorsque l’on sort des faits pour se perdre dans la recherche des causes , on ne sait trop où l’on arrivera 1

Nous insistons â dessein sur les erreurs qui ont

échappé à notre Ecole et sur les hypothèses qu’elle a pu se permettre, soit pour l’instruction de ceux qui continueront sa doctrine ^ soit afin de donner

m ckaque instant au lecteur la garantie de neîrt impartialité.

L’on peut encore étudier avec fruit la manière de philosopher de Bordeti , dans les Recherches physiologiques et philosophiques sur la sensibilité eu la vie animale. Par cet ouvrage , écrit avec autant d’esprit dans l’expression que de profondeur dans la pensée , M. Desèze ne contribua pas peu a ïépaiîdre la doctrine de Bordeii , et l’on regrette, en le lisant , que ce médecin estimable n’ait pas continué une carrière dans laquelle il était entré avec tant d’éclat , et qu’il n’ait pas suivi dans ses progrès ultérieurs une révolution à laquelle il avait coopéré avec tant de gloire.

Il me paraît que , dans l’ouvrage de M. Desèze , îa nouvelle logique prend plus d’assurance et de fermeté , et sous ce rapport il doit nous arrêter quelques instans , malgré la marche rapide à laquelle nous nous sommes astreints , nous occupant , dans cette partie de notre travail , moins d’exposer les principes de chaque auteur que sa manière de philosopher, et les dogmes fondamentaux qui en ont été le résultat.

Il commence ses recherches par attaquer le mécaniclsme : tel était l’usage consacré pour tous les ouvrages qui sortaient de notre Ecole à cette époque. L’on n’a pas assez vu que si le mécanlcisme est tombé , c’est à elle que lu science doit sa chute. D’ailleurs , on a toujours aimé un peu à ferrailler notre École, c’est encore Un des effets du, climat j et puis , nou^ l’avons déjà dit , depuis

<^uçlc|ae temps nous nous pl<juons de nous porter eu avant , ou eu a ici la preuve évideute ; les irai-» îieurs nous tiraillent et nous barcèieiit , nous les aigiiilloanoiîs y nous voudrions les débarrasser de l’équipage qui les surcharge , et les empêche da nous tenir pied (i).

« Le principe des mécaniciens est -il vrai ? Le corps humain est-il une machine stato- hydraulique? y a-t-il du seiîliment dans une machine? Y a-t-il line mobilité spontanée? Le premier mobile n’est-il pas étranger aux rouages qu’il fait mou%mir? Est-OB. bien siir, d’ailleurs, qu’il y ait une pliysique dont les lois puissent embrasser tous les corps naturels? La vraie philosophie doit-elle toujours généraliser les causes, et restreindre la nature aux seules manières d’agir analogues à nos conceptions ? Pour» quoi n’accorderions-nous pas aUx corps animés une physique particulière ? L(‘s faeuités qu’on remarque en eux, et qu’on ne reiaaiqu<* qu’en eux, n’aiiooncent-elles pas qu'ils font une classe à part, qui a ses lois d’action , ses lois de mouvement , indépendantes de celles qui dirigent les autres corps ? Ls. sensibilité , qui est leur premier ressort , a-t-elle le

fi) Certains amours - propres pourront être blesses par Je nôtre , et on ne manquera pas peut-être df' noos en faire uo, «rime. Les personnes charit jMes s’apereevront , j’esp^TC , (jue jè ne parle pas ici pour mon propre eo opte , quoique je me serve d’une expression qui m’identifie av. c mes axaîtr< s. Ce n’e^it que pour la commodité du lan^a^^c, et de ta raéine manière qii’ua tambour parle des victoires de son yéliéiralj <omme s’il y avait «<3opéré d© tout autre façon qu’en faisant uijîjgeu de bruit® r

ïîiOÎQdi’G rapport avec les forces motrices connues? A-t-elle Line marche qüe hoir puisse calculer? Quoi! une machine active et sensible dans toutes ses parties y pourra être comparée à une machine inactive ^ insensible , morte , dont une force étrangère meut tous les ressorts ! Jetez les yeux sur la marciie des maladies , sur le travail de la coctioiij sur les mouvemeiis tumultueux des crises ^ sur les sympathies de tous les organes , sur les dépôts critiques ^ sur les métastases ; sont-ce là des phénomènes con» cordaiis avec les lois physiques admises clans l’économie animale j et n’aiiîionceiit-ils pas un agent conservateur ^ qui modifie à son gré tous les mouvemens vitaux pour le plus grand avantage de l’étre qui reçoit de lui le sentiment et la vie ? »

« L’esprit humain ^ lassé de l’erreur ^ se repose enfin du mouvement rapide qui l’avait si long-temps entraîné vers elle j il fuit ^ dans les sciences , les hypothèses ingénieuses qul^ presque toujours, ne sont fondées que sur de fausses applications ; il veut monter des faits aux principes , et non descendre des principes aux faits. Grâces à la révolution générale c|ui s’est opérée dans toutes les branches de la philosophie naturelle , le règne de l’observation, renaît -, on s’occupe à rassembler les faits , à suivre la marche de la nature , à épier scs mouvemens secrets *, et de là naîtra , sans doute , une théorie plus lumineuse / la seule vraie , la seule ejui éclaire la praticjue, et qui en soit éclairée à son tour (i). »

(ij Recherch, pag. i6.

Voici comment il s’exprime sur l’opinion deStaL!^ qui 7 à celte époque, faisait tant de bruit à Mont» peilier , et comment il croit devoir la niodilier : ce passage est très-important pour montrer les rapports et les difléreiices qui existent entre les deux doc-^ triiieSx « La théorie de Stahl est simple et étendue ^ elle joint à la fécondité des détails ruiilté du. principe; si elle n’a pas séduit tous les esprits p. c’est qu’ils ont été rebutés par le style barbare de son auteur : elle a eu pourtant pour partisans des hommes célèbres, qui l’ont exposée dans un joue plus favorable. Les difficu/tés c|u’o.n a faites n© tombent que sur le premier mobile que Slahl a choisi ; mais plus ou méditera le* fond de cette doctrine, plus on en sentira la vérité. Aiosf , en admettant un autre principe que i’âine pour diriger toutes nos fonctions, principe Intimement uni avec elle, mais qui ne jouit peuiiant pas des mêmes, attributs, on résout une partie des objectioiis qui combattent le Stahlianisme (i),. »

Il est évident qu’ici , comme dans le Staldia-» nisme on reçoit la nécessité d’un principe pour diriger nos fonctions et les faire concourir à un. but commun ; on cherche à expliquer ces fonctions,, on les attribue à une cause positive et absolue. Le dogme fondamental du Professeur de Halle est admis, on ne s’écarte du système général que par quelques^ ^différences secondaires qui doivent avoir cependant ,, dans la suite, de très - grandes et très -beureuses; inOuences. D’après cette manière- de raisonner^

(i) îd^ p, Sg»

Foîi Êe jetterait bientôt dans des bjpotbèse# qtil aitëreraieii t les résultats des meilleures méiliodeSj, Ton s’efforcerait vainement de pénétrer dans l’essenc© des choses*

« Si , dans la nuit profonde qui nous environne nous osions toucher au voile qui couvre l’essence des choses , nous ne serions pas éloignés de croire ^ avec les Stoïciens 5, en nous restreignant pourtant da ns les bornes qu’ils ont négligées , que la matière ïie peut passer y par des progrès seuslbleSy de i’^état d inertie ou de mort à l’état d’^activité ou de vie^» qu’ en admettant dans son sein une substance qui lui est étrangère y et c[ul contient en elle des facultés vitales. Cette substance y qui ne peut être conçue, unissant les propriétés d’un esprit pur aux propriétés de la matière , parce que ces deux sortes d’êtres sont d’une nature opposée, peut cependant avoir, sous une forme matérielle, des propriétés dont la matière ordinaire ne jouisse pas. On peut croire que les facultés qu’eJle a en puissance ne sont déduites eu acte que dans les corps dont l’organLsatloo en favorise l’exercice ; elle déploiera , par exemple, dans les minéraux et dans toutes les masses de matière brute qui , d’après la ccuifiguration de leurs molécules intimes , ou d’après le plan initial d® celui qui créa tout, ne peuvent recevoir les qualités d’une nature vitale ; elle déploiera , dis-je , une simple force d’attraction dans la masse totale ^ ©U d’affinité dans les agrégés de ces corps.... î>

« Dans les végétaux, le principe du mouvement

^éséral manifestG une nouvelle puissance j les loi»

en ont combiné ie mécanisme et qui le gom* tiennent , se complu[iient. M bmt que la &è¥e cule pouf nourrir tous les rameaux de la plante ^ qu’elle circule d^ins des routes tortueuses ^ et que ïiéainmoiiis son cours soit toujours régiéo Ce sue peut s’altérer, se corrompre j il faut donc un prin-^ cipe conservateur qui agisse dVprès un plan fixe ^ qui garantisse la plante des maladies qu’elle peut éprouver et de la mort qui la menace. Le fond de la vie végétale parait être borné au mouvement

tonique et à une sorte d’irritabilité obscure dans quelques-unes , assez manifeste dans les seiisitivesp^ etc. Cette espèce d’irritabilité des végétaux a bieiit pour cause la sensibilité à l’impression de la lumière ^ du fluide électrique , ou d’un stimulus quelconque ; mais cette sensibilité n’est qu’individuelle , elle ne donne pas la conscience dos perceptions qui n’ap** partieiit qu’à l’animai ; elle veille seulement à î» conservation de rindividti ; elle lui lait exécuter toutes ses fonctions.»...»

« Le même principe , se combinant avec des corpâ doués d’une organisation moins simple et bien plus délicate, accroît encore le nombre des propriétés qu’il a développées dans les autres règnes. H unitj^ dans les animaux, à cette force d’attraction^ de combinaison don t jouissent les minéraux , qui réside dans les élémens particuliers qui les composent^, et à l’irritabilité des végétaux , la sensibilité, faculté précieuse qui seule établit l’excellence du sÿüème animai , et lui fait occuper la: place la plas^ îable parmi les lueryeilles de la ciéatieE*. 2^^

c( Si riiomnie tîeM à tous les règnes de- la naîüre^' l’il fait partie de^ Fenseiiibie des. corps orgaoisés^, soit par les molécules matérielles dont runion forme le tissu de ses organes, soit par ce germe Ti^dfiaut î|ui en dirige tous les moLiveniens suivant des lois particulières^ il-* en est séparé par un principe plus noble y rayon de l’intelligence divine , qui échappeaux vicissitudes des combioaisons de la matière ^ et va y quand le corps est détruit ^ se rejoindre aa foyer céleste dont il est émane. »

« La substance vivante circule donc ^ comme la substance, ignée-y dans toute la matière ; elle en anime, toutes les formes*, y déploie toutes ses faciiL. tés ; c’est um germe indestructible , un véritabl© élément qui fait croître le corps auquel il s’attache..» Ge feu ne s’éteint point, il pénètre de nouveaux corps , déploie de nouveau tous ses attributs , jouit dans ces nouvelles créations des avantages qu’il n’aurait plus dans des corps épuisés et languissans ( i ). » M. D esèze sent cependant qu’il s’enfonce d*e plus, en plus dans les^ ténèbres. ^ « Ne scrutons pas plus avant, dit « il , dans l’essence du principe universel. La nature est un abîme dont l’homme mesure la surface, et dont Dieu seul sonde la profondeur* Dans des matières aussi obscures, et qui. ne sont d’ailleurs que de pure spéculation, ne nous suffit-il pas d’avoir un point fixe; et ce point, c’est i’^existence de ce mobile intérieur attaché à l’orga^ uisat^n , comme le germe à une matrice où il se déploie? Kt pourquoi nous refuserions- nous à le

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