‹ Doctrine médicale de l'École de MontpellierChapitre 6 sur 8 · TT · texte numérisé non relu

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{t} Doctriae géuéiTp Dkc^ prêt. ^ p,

t*àpports y a entre leurs élémeiis , de monlrer comment ceux-ci se mêlent, se succèdent, se modifient, se compliquent ^ et d’appliquer enfin cette snarclie 'vraiment analytique au perfectionnement des méthodes curatives )) (i)*

Il ajoute à robservatioii et à l’analyse , d’autres moyens logiques d’une utilité non moins incontestable , quoique plus bornée : l’analogie dont il signale les iiiconvéniens et dirige les avantages, et la méthode par exclusion qu’il a, en quelque sorte, acquise à la philosophie médicale. Le premier , il a donné la description détaillée des éiémens des maladies , et il a tracé les caractères essentiels qui séparent l’élément de l’affection symptomatique. "Voici par c|iielle méthode habilement combinée M. Dumas arrive , par la doctrine dès éiémens , aux causes immédiates des maladies , et s’efforce d’en déduire, sans hypothèses intermédiaires, les vrais principes des théories par lesquelles on explicj[ue leur formation. Il a développé cet usage de la doctrine , d’une manière aussi neuve c[ue profonde *, et les considérations qu’il a présentées ont tant d’intérêt par elle s- niera es qu’elles valent bien la peine qu’on cherche à les saisir an milieu même d’un langage un peu trop abstrait et métaphysique. Ou aura d’ailleurs le plaisir d’y reconnaître toujours

runltê de^ principes propres à notre Ecole. «L’objet d’une théorie est de remonter aux faits les plus généraux, et de lier étroitement avec eux les faits

(i) Ouv, cit. , p.

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particuliers qui' eu dépendent. L’observation et l’expérience recherchent, véri Fient , constatent et multiplient ces faits. La théorie et le raisonne" ment les rapprochent, les distribuent, les unissent et les expliquent muliieiiement les uns par les autres, d’après l’ordre de leur filiation et de leurs rapports. Cette méthode établit une suite d’inductions rigoureuses , qui s’élèvent des phénomènes sensibles, à quelques phénomènes essentiels et primitifs dent les autres dérivent , et que l’on peut regarder comme leurs causes. C’est la méthode la plus sage pour nous éclairer dans l’étude et i’cTir plicatiou. des phénomènes de la nature. Elle a fait découvrir les principes du mouvement des corps célestes , et ceux de raction intime des molécules de la matière. En i’appiiquaTit aux maladies, elle nous fera, parvenir, sinon aux causes prochaines , du moins aux principes, les. plus immédiats de leur formation. «

(c Les phénomènes les plus généraux des ma,=» ladies, ceux qui semblent être les plus propres a fournir les principes simples dont elles résultent le plus directement, sont les affections essentielles et primitives, auxanelles. tous les autres ohénomènes de ces maladies peuvent se rattacher » fi).

La théorie consiste donc à cléter.miiier, l’ordre de succession des phénomènes qui coui;tiluent une maladie, a remonter ainsi aux pliénomèn^^

(i) Onv. cite, chap« Vtî. 'Théorie générale, de la dre maladie^ chroniques ^ p,

principes, à ceux qui renferment la raison de toüi les phénonièiies particuliers , ou que du moins Fexperience prouve pouvoir produire Ceux-ci , sans que r on doive rechercher le lien d’union intérieur de ces niémes phénomènes. C’est ainsi qu’ajant déduit tous les faits relatifs à l’hjdropisie de quelques phénomènes principaux qui sont la faiblesse tiniversefle , l’inertie des forces absorbantes , la dégénération séreuse des humeurs , etc./ on peut se flatter, selon M. Dumas j d’avoir îa vraie théorie

de cette affection,' puisque c’est de ces circonstances majeures , premières en date et en force, que l’oii peut déduire tous les phénomènes de ce genre de maladies ; c’est ainsi que le fait unique de l’exaltatioii de la sensibilité ^ auquèl s’enchaînent tous les phénomènes observés daiis certaines rnaladies nerveuses- simples ^ est le fondement de leur théorie» Kemarquons ici que cette exaltation de la sensibilité est un fait, uii fait qu’il n’est point permis de contester , dont on reconnaît ne pou-^

voir ni ne devoir rechercher la nature. Dans cettè

doctrine ^ l’oii ile Sort janiais des faits relatifs à î’honime vivant en général, et èîi particulier à la maladie dont oti veut connaître la cause expérimentale» D’on peut bieii se tromper dans là déterminatioii de ce phéiidmène primitif; l’on peut prendre pour cause iiii phénomène qui n’est qu’effet , mais dû iiiolns ; on lîe s’échappe point hors du cercle de l’ob- Servalioiî directe ; l’on a toujours lès faits soüs se^ yeux, l’on les voit tels qu’ils sbnt : ûn examen plus atteiitif peut èt doit liëcessaîremeiit fedresàèï

l’erreur d’un premier jugement. On n’a recoiifê k aucune hypothèse étrangère j on ne s’efforce point de plier la maladie à aucune idée préconçue ; ors femonte des phénomènes particuliers aux phénomènes généraux; on peut ne pas aller assez loin , l’oiï peut, ne pas toujonrs saisir la filiation naturelle des phénomènes P iitais on tient d-ii moiiT& leur chaîne ; on ne la lâche jamais ^ et peu à peu ou est sur d’arriver au hout* Tandis qu’à rechercher la cause des maladies par des hypothèses vagues , générales et souvent même complètement étrangères aux êtres vivaiis , l’on ne peut que s’égarer ; Ton ne regarde point l’objet ^ comment pourrait-on le voir ? L’on n’est pas à la chose ^ comment pourrait - on la connaître ? On s’est ahandonné presque au hasard d’une première conjecture , trop heureux si l’iiistinct du sens commun et de l’observation rattache^ tant bien que mal , l’explication imaginée à quelques-uns des phénomènes de la maladie ! Ainsi , par exemple ^ lorsque les médecins de l’antiquité attribuaient les maladies aux qualités sensibles du chaud et du froid ^ du sec et de l’humide , ils ne tenaient compte que de cette simple circonstance physique , circonstance qui n’était qu’accessoire et accidentelle j qui ne jouait qu’un rôle trèS'Secondalre dans la formation de la maladie ; iiâ ne voyaient que ce phénomène , et dans ces mêmes maladies, il y en avait mille autres pUi& împorians* Il en est de même des hypothèses prises de la prédominance et de la dégénératlon humorale du sang ^, de la pituite 5 de la biie^ de rattabiie. DauS-.. le corf&v

vivant , il y a du sang , de la bile , de la pituite J peut-être même de Fatrabile, pour tie pas chicaner sur le principe ^ ces humeurs ne prédominent ni ne s’altèrent pas sans doute dans toutes les maladies : accordons encore ce point ; mais n’y a-t-il que cela dans les affections morbides ? Ges données sont-elles les seules? Et de quel droit retranchez-vous toutes, les autres? Celles-ci sont des effets; Favez-voiis prouvé par un examen complet de tous les phénomènes ?

Les humeurs circulent dans les vaisseaux ; sous certains rapports , elles sont soumises aux lois de l’hydraulique , comme tous les autres fluides. Ces circonstances sont incontestables; mais sont - elles encore les seules dans une machine animée ? Sontelles effets? Sont-elles causes? Quel rôle infiniment petit ne jouent - elles pas dans Fétat de santé ? n’en est-il pas de meme dans Fétat de maladie ? Et cependant, c’est sur cette base frêle et étroite que Boèrbaave fait reposer tout son système pathologique. îl ne voit que la circulation , parce qu’il pense que les phénomènes de ce genre se plient mieux à son hypothèse que tous les autres: L’homme est- il donc réduit à un seul système d’organes ? n’est-il qu’une espèce de syphon rempli de sang ?■

Parlons des doctrines modernes qui sont plus complètes et plus probables , mais qui sont cependant frappées de ce même vice radical : on y resmène , bon gré malgré, tous les phénomènes des maladies à une seule force, à une seule ' propriété , telle que U sensibilité ^ Firritabilité j, la force iicrYeusej

r^xcltabilitc , etc. Ici, Fou va d’une idée générale aui: faits particuliers; tandis que, dans la méthode de M, Dumas , l’on va des phénomènes mêmes de la maladie , à ces mêmes phénomènes devenus ainsi primitifs. On arrive alors à des divisions larges et, entières ; rédifice est vraiment solide , sa h^sei est proportionnée à sa surface. Ce n’est qu’en réunissant les phénomènes particuliers qu’on les généralise ; la vue se répand sur les détails , les saisit dans toutes leurs parties , les embrasse graduellement dans leur ensemble : ainsi, après avoir étudié avec soin un pays , l’on détermine les divers points de vue diofi l’on peut l’observer avec plus de facilité et d’avantage.

Dans la méthode de M. Dumas , au lieu do rechercher vaguement les causes directes et pro^ chaines des maladies , on s’applique à connaître les affections primitives dont elles se composent , et à déterminer rinfluence que celles-ci exercent sur les phénomènes, sur la marche, et sur toutes les modifications de ces maladies. Le résultat de cette influence donne la véritable cause de leur for*^ mation.

« Ce procédé est une imitation heureuse de la meilleure méthode que l’on ait pu suivre dans les sciences, pour établir la théorie spéciale des objets qu’elles considèrent. En se laissant conduire par cette méthode , la chimie reconnaît que la composition et les phénomènes chimiques des corps, eut pour cause l’action déterminée de leurs principes constituans ^ et le rapport des affinités

mutuellés exercent les uns à Fëgarà

loutres ; la mécanique trouve que les moufeniens et les effets d’une machine sont dus à raction réciproque des parties qui la forment, et au rap» i|)ort convenable de ces parties êntre elles ; la métaphysique attribue l’origine de^ cèniiaissaiices et des opérations de Fesprit , aii développement et aii l’apport des affections primitives | Comme la seiisatioîi, la perception , la réflexion, etc. / qui en sont les matériaux et les élémens. La médecine aura l(î même succè§, lorsque , prenant le même guide ^ elle expliquera la cause immédiate et déterminante des maladies, pat la force et les rapports combinés dès affections élémentaires qui sont les principes de leurs phénomènes les plus généraux et les plus ccî'iistans » (i).

Un des services que M. Diiiiias à êiicore rendus à i’analyse , toujours dans l’esprit qui distingue et caractérise ce médecin j a été de rattacher les élémens des rdaîadies aux divers organes de l’économie vivante, Barthez leâ avait considérés d’une manière trop abstraite et trop isolée dë ForganL sation. Pour lui , les élémens il’étaient que des affections, des déterminations, presque des vices du principe vital , des idées exagérées ou fanssesi II avait toujours rapporté les maladies à des mo-» dilications de l’unité vitale, M. Dumas les attribue à l’exaltation , à la diminution et aux altérations des forces des divers organes.

(i) Oav. <eit. , p. 462V

ïliorsqu’oti èuît le système d’analysé de M. tiias, le tiiédecin philosophe admire sans doute là profondeur de tête qu’il suppose j tnais le praticien ii’est pas peut-être aussi content ^ il n’éprouve pas ce sentiment dii besoin satisfait. Il semble que si ce système est incontestable eii principe ^ l’applicatioii en est sujète à beaucoup de discussions. D’abord il me paraît avoir établi liiie association trop intime et préinàturéë , entre l’analySe pathologique et l’analyse physiologique. Le nombre deâ propriétés iitales qu’il a admis , est-il suffisant pour rendre raison de tous les faits ? Ce nombre eSt - il reçu par tous les médecins ? Faut - il considérer les maladies comme deâ affections de propriétés isolées^ ou bien comme les affections d’une seule force ? Le

plus souvent toutes les facultés sont également compromises , il est aussi impossible qu’inutile de chercher à débrouiller cette combinaison inextricable ; par exemple dans i’iîiQammation , est - cë i’aügmentatioii de là contractilité qui seule constitue la cause de la maladie? Est-elle même la cause première? La sensibilité organique n’est - elle pas préalablenieiit aügnientée ? La sensibilité animale est-elle parfaitement intacte? En outre, M. Dumaé tie multiplie- t-il pas trop leS élémeiis , lorsqu’il en t’econiiaît quatre dans l’inflamiiiatioii la plus simple ? La clinique aVôuera - 1 - elle jamais des distinctions aussi subtiles ? Il est évident que M. DumaS , en t'approchant trop là médecine-pratique de la physiologie, a fait partager à l’utte, comme par contagion ^ tes faiblesses ^ les imperfections et les erreurs

l’autre. Il prolonge trop la chaîne de l’analyse, elle

peut ne se casser que plus aisément ^ en rallongeant ^ elle devient plus faible ; en la portant trop au loin , elle se perd enfin dans les régions abstraites. Plus on voit de près, mieux on voit. C’est encore à cette circonstance qu’il faut rapporter l’obscurité , le •vague , et l’indécision de l’exposition de la doctrine. On croit être un peu dans les espaces du chaos , on découvre bien les élémeiis des choses, mais l’on ne voit pas précisément Le monde. Si l’excellent traité de M. Dumas n’a point mérité à notre doctrine , il faut en convenir, un peu plus de cet assentiment général c[u’elle aura vraisemblablement un jour ; ii faut l’attribuer à cette tournure métaphysique et abstraite , qui parait dans tout cet ouvrage , comme dans presque tous ceux de notre Ecole, et qui sera peut-être pendant long-temps un obstacle à riiitroduction de nos principes dans les autres Écoles di’Europe. Mais cet obstacle doit disparaître, enfin , lorsqu’on aura détruit peu à peu et avec la prudence convenable , l’échafaudage métap]]y=sique dont l’École a cru devoir se servir , pour élever le vaste édifice qu’elle avait conçu, et pour le soutenir, avant son entier achèvement, a la hauteur qu’elle lui avait destinée. Les dénominations abs^traites , mêlées, même à certaines idées liypothé^^ tiques, asses heureusement choisies pour tenir la place des faits. , sont indispensables dans le principe pour la constniction du système de la science. Ce? moyens artificiels peuvent seuls soutenir les faits avant qu’ils se soutiennent par eux -mêmes,

leur rapprochement seul et par leur liaison naturelle* Dès-lors ces mots n’auraleut d’autre iocoiivénient que celui de cacher aux regards de l’observateur^ étranger au plan de rarchitecte , le chef-d’œuvre que celui-ci prépare. INo.tre édifice est-il déjà trèêavaiicé ? Est-ce le moment de briser l’échafaudage? La science peut - elle se passer aujourd’hui du secours heureux, quoi qu’on en dise, des hypothèses sagement employées , et des dénominatioîis qui amusent l’esprit d’explication?

M. Dumas ayant décidé que la vie était attachée

à l’organisation , ou du moins étant parti de cette

supposition, a pu aisément méconnaître l’ordre des faits qui établissent l’unité vitale; pour mieux étudler les détails , il a négligé l’ensemble sur lequel Barthez avait jeté tant de lumières. C’est avec peine qu’on le surprend , cherchant à expliquer par une double série de mouVemens opposés, le phénomène inexplicable de la sensation , embrassant sur l’action cérébrale les hypothèses de quelques matérialistes modernes, tenant un peu trop de compte des circonstances physiques et chimiques , etc.

Sous M. Dumas , la Doctrine de l’École de Montpellier avait perdu , il est vrai, avec avantage quelque chose de cette tournure trop abstraite et trop métaphysique , que ses adversaires lui reprochaient avec tant d’exagération: mais en cherchant à la protéger sous ce rapport , il avait fait uu peu comme le gouverneur d’une place assiégée qui porterait toutes ses forces sur un point , et qui , oubliant les autres j les livrerait à renuemi. M*

ïiordat s’est efforcé de corriger cette déviation des vrais principes ^ et de ramener les esprits ^ la considération de ce qu’il appelle Vunité %ntale ^ on des rapports qui enchaiiienlt et unissent toutes les forces et toutes les foocfcioiis de la vie. Il a jugé même coiivenalale d.e donner une Impulsioa en sens inverse , qui fut proportionnée à la résis » tance qu’il croyait avoir à combattre j afin de rétablir siu juste équilibre.

Il s’est chargé de ranrener la science dans les voies que lui avait ouvertes Barthez , et de conti« nuer les travaux de notre Chancelier : à qui cette fonction honorable conyenaitrelle mieux qu’à celui qui semble avoir moins hérité des manuscrits de son illustre ami , que de son esprit philosophic[iie ? M. L ordat a introduit une forme plus systématique, plus" sévère et plus précise dans les principes de Barthez. Il les a mis plus en rapport avec les progrès des méthodes générales -, et çn donnant à la doctrine tous les développemeiîs dont elle pouvait être sus» ceptible , et que Barthez n’avait pas eu le temps oa peut-être même rinteotion de fournir y il l’a fait mieux connaître , et a permis de la juger avec plu^ d’impartialité. Nous l’avons déjà dit^ c’est dans les écrits des disciples qu’il faut examiner la doctrine des maîtres. Là, seulement elle p’achève et se com^ plète -, ainsi l’on ne peut déterminer une plante apprécier sa beauté , reconnaître ses avantages ou ses Inconvéniens , que lorsqu’elle a acquis son dernier accroissement. Avant cette époque , les végétaux les plus salutaires ^ comuie les poisons les

|)lus dangereux , ne manifestent presque rien de leurs propriétés.

La manière de raisonner de M. Lordat, pourra servir de conclusion à ce que nous avions à.dir® sur la phllosopliie de Barthez, et plus généralement .encore sur celle de notre École entière, à quelques juodilications près {i8i3).

« Les phénomènes appareils de la vie ont pour , cause d’autres phénomènes cachés, qui se passent dans l’intérieur du corps. Il s’agit d’aller à la recherr xlie de ces deruiers , d’assigner l’ordre de leur filiatioa et le mode de leur combinaison , de suivre leurs successions , depuis les phénomènes apparens jusqu’aux actes les pins élevés que notre esprit puisse apercevoir dans ces chaînes j de déterminer le iiombre des principes d’action , d’après celui de ces actes , et d’établir les lois selon lesquelles ces agens produisent leurs effets » (i).

En rédigeant le problème physiologique avec cette .sagesse , M. Lordat ferme l’entrée à toute espèce d’idée précoiîçueo La règle, en effet, doit être hors de l’application , comme la loi politique ou civile hors de l’administration. L’une et l’autre , pour .être avantageuses, doivent être également générales, indéterminées , et ne point se perdre dans les détails particuliers qui pourraient les influencer. M. Lordat n’a point voulu , comme la plupart des physiologistes , imposer l’obligation d’analyser les

i Ml. I !• U .1 , I

(i) Conseils .sur la manière d’étudier la physiologie de l’homme^ •pag. 7,

pliénomënes des corps TÎvaiis ^ jusqu’à ce qu’au les ait ramenés aux lois générales de la physique et de la chimie ; ou de les expliquer par telles propriétés dont il lui aurait plu de déterminer le nombre. Ici ^ on ne préjuge rien , on ne se fait pas un devoir de trouver ce qu’on s’imagine être la vérité. On ne croit pas être en état de circonscrire le nombre des principes d’action , et de soutenir que la science sera complète quand ils subiront pour rendre raison de tout.

M. Lordat examine ensuite quelles sont les données que fournit , pour la solution du problème , îa connaissance de la structure matérielle des parties ^ et il montre que les circonstaiiees cadavériques ne peuvent nullement rendre raison des phénomènes de la vie.

En suivant ainsi utie marche vraiment analytique, que l’on trouve si bien développée dans ses 4Jonseils et dans l’excellente thèse de son frère (î), |eune médecin de la plus haute espérance , et qui semblait promettre à la postérité l’ambiguité heureuse de noms peut-être également fameux , M. Jjordat montre quel serait le danger d’avoir recours ciux hypothèses pour l’explication des phénomènes, ou bien à l’idée prématurée de quelques forces primitives qui ne peuvent expliquer qu’un très-petit nombre de faits. Quant à la question sur la première origine des forces vitales, question sur laquelle tous les physiologistes ont fait reposer à tort l’édllice

(1} Celte thèse est iutilulée : d’un plan de Fhysiologia

entier de îa science : voici quels sont les sages pré-» ceptes de M. Lordat à ce sujet. « Nous n’avons pas les données nécessaires pour nous décider : si, d’uaa part, il est contraire à ia manière de philosopher de supposer l’existence d’un être substantiel , et faire , de cette supposition , la base d’une doctrine j de l’autre , nous sommes obligés d’établir une cer-r taine relation entre nos idées : or , il n’j en a point entre ce que nous connaissons de la matière, et Tidé# que nous avons de la sensation, de la génération^ de l’iiidividuaiité d’un être, etc. Si l’arrangement de îa matière peut produire de tels effets, le modo de cet arrangement passe ïios conceptions, ou la matière a des propriétés que nos sens ne peuvent gaisir et dont l’organisation développe les effets,....

<c Prendre uii parti , ne me parait donc pas

■conforme aux règles de la prudence , et je sens

de la méfiance pour quiconque a le ton affirmatif

sur cette question. Heureusement , nous pouvons

rester en suspens. L’admission d’une force est un@

abstraction qui ne préjuge rien sur sa nature ., ï)lI

sur son origine. Ce qui nous intéresse, ce sont

les effets : or , la certitude de ees effets et des

conséquences qu’on êii tirera , dépend de la ma-^

nière dont on constatera les uns , et dont on dé:?

duira les autres , et non de ropiiiioii qu’on peï|5

avoir sur la source des principes d’action. »

« Une autre règle sur laquelle tout le monde est d’accord , c’est que le nombre de ces principes doit être égal à celui de$ ordres de faits , et que les l^ydres eux- memes doivent étvQ établis subies di®^

reiîces essentielles de ces faits ; mais il s’en faut bien qu’il j ait la même unanimité quand on vient à l’application........ »

(f Pourquoi avonsmous reconnu la nécessité d’admettre des principes d’action particuliers aux corps Yivaos -, principes qui se combinent avec les propriétés générales de la matière , pour produire les phénomènes que nous observons dans ces corps? C’est , preimèrement , pour nous dispenser d’avoir recours aux explications hypothétiques ; secondement , pour mettre une relation entre les idées que nous avons des effets , et celles que nous nous faisons des causes. Or , si nous diminuons trop le nombre des principes d’action, il arrive qu’il n’y a plus de relation entre un grand nombre d’effets et les causes auxquelles ou les attribue , et que , pour en établir une, on est obligé de recourir à l’hypothèse 5) (t)*

Après avoir donné ces principes généraux , M. Lordat indique les différentes sources dans lesquelles ou doit puiser les faits du système physiologique ; il examine tour-à-tour leur abondance et leur pureté. Ges sources sont l’anatomie pathologique, l’anatomie comparée, •les expériences sur les animaux vivans et l’observation médicale. Il pense avec raison que ce dernier moyen d’investigation est le plus sur et le plus riche. Il juge même qu’avec celui-là l’on peut se passer de toiis les autres , dont il a prouvé les inconvéuiens par les abus qu’eu

(i) OuY. cit. 5 pa", 43-4^.

ont fait îa plupart des physiologistes , qui s’eu sont servis jusqu’ici. C’est à l’aide de ces faits que M*.' Lordat veut que l’on étudie les fonctious de nos organes. i\près avoir conduit l’esprit de ses élèves à ce point y il leur déclare qu’ils sont encore loin de posséder toutes les lois de l’économie; celles quî restent à étudier lui paraissent meme d’une importance supérieure. « îiidépendamment des forces vitales qui résident dans chaque partie et qui sont indispensables à la vie , il y a dans le corps un surcroît d’énergie, qui peut se distribuer également ou s’accumuler dans un endroit et y produire une augmentation d’action et d’autres phénomènes insolites , ou passer successivement d’une partie à l’autre..... »

« Quand , par une distribution inégale de ces forces disponibles , il est survenu , dans un point du corps , une augmentation d’action, du c[u’ii s’est établi uii état insolite de spasme, de fluxion, ou d’éréthisme quelconque; une impression extraordinaire produite sur un point éioigné , peut , dans certains cas , détourner une partie de l’énergie employée à cette action ou à cette affection , et égaliser la répartition des forces. »

« Plusieurs actes du corps vivant ne peuvent s’exécuter que par le concours d’un grand nombre d’organes, entre lesquels on n’aperçoit aucun rapport anatomic£ue spécial, et dont lès actions sont d’ailleurs indépendantes pour plusieurs autres actes ; ou peut citer pour exemple la toux , réternûmeiit , i’Lémorrbagie active avec frisson. Quand le monient

de rexécutlon est arrivé , les organes qui doivent y contribuer entrent en action, ou simultaiiénient ou successivement , avec une harmonie étonnante , et l’acte s’accomplit..... »

« De ces considérations naît l’obligation d’examiner l’homme tout entier , et de chercher les lois des actes généraux qu’il exécute , par une méthode semblable à celle qu’on a suivie pour la physiologie de chaque partie. L’homme sera donc un grand organe que vous étudierez selon la marche expérimentale, et dont vous rapporterez encore les actes à autant de principes d’action qu’il en faudra pour classer les faits... . »

« Le pins Important des résultats qn’on obtient en considérant l’homme sous ce- point de vue , c’est que tous les phénomènes vitaux sont liés par une cause secrète qui les produit au besoin , qui n’obéit pas nécessairement aux agens extérieurs qui tendent à les faire naître, mais est déterminée par leur impression ; c{üi les dispose dans un tel ordre pour les faire concourir à certaines Uns, et qui les maintient an degré convenable à l’opération qu’ils doivent naturellement exécuter. C’est cette unité et cette harmonie qui ont de tout temps frappé les médecins, et pour l’explication desquelles ils ont souvent admis des causes hypothétiques, telles que des êtres d’une nature intermédiaire entre l’ame et le corps, ou l’action immédiate, non réfléchie et non sentie , de l’être pensant. »

« L’inutilité et même les dangers des hypothèses ©ut été trop bien démontrés, pour que je puisse

VOUS conseiller de faire grâce à aucune. Celles: même dont les résultats se rapproclieiît le plus de la vérité 7 par cela seul qu’elles sont iiypothèses^ doivent être bannies. Les faits tous nus ^ sans explication , valent taujours mieux qu’une théorie fictive. »

« Quant à la liaison qui existe entre les actes vitaux , sa considération est essentielle , et on ne peut se faire des notions justes sur les lois de réconomle animale, si, dans l’expression analytique €t générale des faits , on néglige les termes qui les représentent. Bien plus , la physiologie du système total et la pathologie cessent alors d’être des sciences. »

(c Puisqu’il faut parler de cette liarmonie , il faut un nom pour en désigner la cause. Ce nom doit être tel qu’il fasse allusion aux effets , et qu’il ne préjuge rien sur la nature de la chose nommée ; Principe d’unité J pj^incipe d harmonie , rempliraient cette condition. »

« Gomme il n’est pas facile de distinguer la cause productrice des phénomènes vitaux d’avec la cause qui les met en harmonie, Barthez a tout exprimé par la dénamiiiatipii de Principe vital. Ce mot ne signifie donc dans son langage c[ue la cause , quelle qu elle soit , de tous les actes vitaux et du rapport mutuel qui les unit. Quand elle serait elle-même un résultat^ un effet, rien n’empêche de lui donner le h bm. de principe , puisqu’on la considère Seii« lement en tant qu’elle produit, »

a Malgré le snin avec lequel Bartlzea écasié da

sa doctrine toute influence de rimagination ; malgré l’attentioa avec laquelle il a évité les traces de iVan-Helmont et de Stald , pour se conformer aux règles de la philosophie Newtonienne-, on a dit que le principe vital est une hypothèse. Mais certainement il n’y a point d’hypothèse (i) a assurer que

(i) Il /doit être bien difficile de ne pas regarder quelquefois l’opinion de Barthez comme tournant vers l’hypothèse , puisque îd. Lordat parait l’avoir pre'sente'e lui-méme dans ce sens dans sa thèse ( Rëllesions sur la ne'cessité de la Physiologie dans l’étude et l’exercice de la médecine ; an 5 de la Bép.). « Les écrits et les leçons des Bordeu^ des Fouquet , des Barthez ont appris à substituer des faits aux hypothèses ^ et des raisovnemens fondés sur des prohahilités aux prétendues démonstrations, Voici la marche qu’ils ont suivie,.,. Observer avec soin les phénomènes , assigner autant de causes expérimentales qu’il y a de faits d’une nature différente à expliquer ; n employer que des hypothèses tirées des faits propres à la science elle - même ( Disc, prélim. Nouv. élém. de la science de l’homme , P^g. 14. ) • tels sont les principes fondamentaux qui’ doivent diriger dans l’étude de toutes les sciences naturelles. »

« i.o On a observé attentivement les phénomènes que présente le corps animal en santé, -n

K 2.*^ Appliquant ensuite la phiiosephic à Phistoire des faits , «t allant à la recherche des causes , on s’est aperçu que les lois physiques et chimiques ne pouvaient fournir des explications suffisantes ; que souvent même elles répugnaient à ces phénomènes , puisque les actes de la vie. ne sont soumis à aucune impulsion de la part des objets extérieurs j que le corps qu^ les produit , porte en soi le principe de ses mouvemens j que la succession de ces actes et la manière dont ils s’exercent , ne peuvent dépendre des propriétés physiques de la matière 5 que l’habitude a sur eux le plus grand pouvoir j qn’enfin tous concourent à la conservation de l’individu , avec une liarmonie qui atteste l’influence d’un principe régulateur. D’après la loi qu’on s’est prescrite de rapporter à des causes expérimentales Siouvelles tous les faits iiiexpiicables par celles déjà adnii^es »

le rapport harmonique des actes vitaux a une cause ^ et à parler de cette cause comme un analyste pari® d’une inconnue dont il énojice les fonctions qui rintéressent. Quoi qu’on en puisse dire, cette ma- ^ nièce de raisonner est exactement celle de Newton. ..o J’ose même avancer que l’expression principe évitai est plus conforme à l’esprit de Newton que le mot attraction , parce qu’elle a un sens moins déterminé.. Celui-ci représente une force qui réside dans le corps vers lequel un autre est forcé de se mouvoir. Or p, Newton n’osait rien athrmer sur la nature de la cause de la gravité ou du mouvement centripète ^ et le mot en disait plus qu’il ne voulait n. (i).

&n a suppose im être dont la présence anime la matière , qui a la connaissance purement intuitive des besoins et des facultés du corps pidil régit , et qui produit eS, i^ègle des phénomènes si admirables „ ^

A Dieu ne plaise que je pre'tendè me servi? de M Bordât, |eune encore, contre M, Lordat , parvenu à la, maturité de l’àge et^ du talent , et des essais de l’élève , contre les écrits du,. Prolésseur. D’ailleurs, quelque circonstance partiGulière a pu. commander et modifier ses opinions» En. associant les noms de Barthez et de Fouquet , il fallait de l’esprit et de l’adresse logique pour plaire à tous les deux. Je veux simplement chercher à mériter quelque indulgence à ceux qui sont assez aveugles pour affirmée.' que le système de Barthez n’est qu^iine nouvelle hypothèse in-' troduite dans la science, ainsi qu’à ceux qui ne peuvent pas se défaire de l’idée que ce système a , en cfïét , quelque eliose d’hypothétique. SI M. Lordat n’a point parfaitement saisi dans sa., thèse le fond de la doctrine de Bartîiez, l’on peut en conclure que Barthez lui même est pour quelque chose dans cet, te erreur > et qu’il en est un peu complice. M. Lordat n’aurait - il paa. attribué à Barthez, en dernier lieu , les perfectionnernens qu® M. Dumas et lui-même ont apportés à sa doctrias.?.'

(r) OuY. cita , pa ïi3-i23a

îj^ôti ïïe {>eut pas procéder par tiiîé liiéthôdê plus sétère et plus habileroeiit combinée , à i’ad-^ îiiLSsioii du principe vital , et s’il faut proclamer la Cause des phénomènes vitaux , on ne saurait le faire avec plus de réserve et de sagesse ,• la raison là plus obstinée ne peut presque pas résister à l’en-^ traiaement d’une logique aussi iséduisaute. Tousles besoins de resprit humain paraissent satisfaits ^ même celui de la recherche des causes qu’on amuso ^t qu’on endort par des espérances , plus qu’on ne le trompe par des assertions positives , comme o lira fait si souvent. On traite un peu l’esprit humain comme un ®nfaat qu’une iiourrice vent engager à tnarcher ÿ on a l’air de lui présenter quelque cliose et j au fond, ce n’est rien , ce n’est qu’un mot ; on a ïa franchis® d’en cpiivenir ; mais ce manège^ philoso» phique n^a-t-iî pas les inconvéïiiens que nous lui avons déjà reprochés 1'

/ La marche de Barthez est-elle plus sévère que cello

4e Newton ? Les mots de principe attî acteur oiù attractif f principe de rapprochement ^ de mouvement feïêmé si l’on veut , quoique daiïs le fait piu^ iiidéterminés que celui d’attraction , et correspoiidans à la dénomination de principe vital, seraient-ils d’un emploi plus focile que celui d’attraction? Le nom de principe de inotivemetU toucherait aux hjpoflièses les plus absurdes qui aient été introduites dans la physique, à celles qui ont arrêté ses progrès pendant si long -temps • et roii peut affirmer que la science îi ^échapperait point aisément aux iiicouvéniens dont ce mot la meuacerait sans cesse.. Il devieudEait.

îttipdsslble à l’esprit le plus sévère ^ de parlef chimie une demi-heure seulement , en se servant d’une expression de ce genre. Reste à savoir maintenant J si la physiologie n’a point à redouter les mêmes dangers d un mot analogue-, elle (jui^ depuis sa première origine jusqu’à nos jours , a eu la plus grande peine à se délendre de l’erreur par laquelle on attribuerait les phénomènes de réconoinie vivante aux affections d’un principe intelligent , sensitif ou instinctif ; ou pour mieux dire , elle qui n’a jamais complètement résisté à cette opinion hypothétique ) elle j dont tous les faits même paraissent porter à une erreur , que l’on n’évite pas toujours par la réserve philosophique la plus craintive , et par la conviction profonde des inconvénieus auxquels expose cette première idée.

Pour mon compte, je l’avoue franchement, les mots de principe vital , de principe d’harmonie ou tout autre analogue, me paraissent trop difficiles à manier pour que j’ose m’en servir \ je ne me sens point assez de force d’esprit , pour m’exposer à la vaine gloire de braver un danger que Barthez lui- même ii’a pas toujours surmonté , malgré ses intentions formelles et ses protestations si souvent renouvelées. D’ailleurs, je ne vols point la nécessité d’admettre les mot^ de ce genre. L’anité vitale est un fait , elle est l’expression de mille faits -, elle constitue le dogme fondamental dans la science des êtres vivans. Les preuves que Barthez en a présentées , et les beaux développemens que leur a donnés M. Lordat ^ ïaeUent cétfe question, hors de 4oute -, maia je u’aÂ

Besoin que de transmuer ce fait en loi. Je ne vois ‘

point robligatioii de rechercher la cause de cette

unité , et encore moins de Tindiquer par un mot

qui ferait entendre que je l’ai trouvée dans des

analogies avouées ou secrètes prises de runité

du principe moral et de sou action. Que dis-je ^

ce fait important peut meme n’avoir pas de cause

particulière ÿ il peut ii’être qu’un résultat j, qu’une

circonstance de la nature des forces vitales ou de

la matière organisée vivante. On peut donc admettre

l’unité et l’harmonie des forces vitales , comme

la première loi de ces forces ; si l’ou conti-actail

rengagement d’admettre une cause correspondante

pour chaque loi, ne faudrait -U pas recevoir uu

principe particulier pour rendre raison des effets de

riiahitude ^ de rimitatioii , etc.? Ces phénomènes

ne supposent que des modifications générales et communes des forces de tous les organes. Au reste ^ la discussion que j’élève ici n’est qu’une dispute de mots , et non de doctrine ^ du moins dans sa première origine ; car je ne puis m’empécber de reconnaître que ces mots , et tout le langage analogue qu’ils consacrent consécutivement, ne doivent jeter la science dans les hypothèses Sîahliennes.

Je craindrai même heaucoup que ces mots, dans certaines houches , ne servissent déjà à masqueij les hypothèses les plus formelles : je suis autorisé à le penser par l’importance que l’on y attache quel-quefols. Si ce ne sont que des mots , ils ne valent pas tant la peine de les défendre ; s’ils signifient quelque idée J je ne vois pas qu’on puisse souienii: ceEe«

ci. Ainsi , dans Tan et l’autre cas , je crois que Fon doit rejeter ces expressions. M. Lordat l’a très-bien senti ; il préfère le mot diunité vitale ^ qui est plus habilement choisi, mais qui au fond parait avoir les memes Inconvéniens pour les faibles^ et la même inutilité pour les sages.

Encore un coup , le système de Barthez est indépendant de l’admission du principe vital. Il est évident que ce n’est point la base de l’édifice j mais bien le couronnement et une sorte d’embellissement étranger , imaginé par le goût de l’artiste. C’est en ce sens qu’il me parait que Barthez aurait eu raison de dire contre ses adversaires : « s’ils en veulent à ma doctrine, que ne combattent-ils les dogmes fondamentaux, au lieu de me harceler sur quelques sentlmens particuliers qui ne l’intéressent en rien. Seraient-ils assez myopes pour ne pas voir qu’ils n’attaquent l’édifice que par les girouettes ? » On peut donc ôter ou changer ces couleurs de secte ou de parti , sans se croire obligé pour cela de détruire à chaque révolution , comme de véritables Vandales, les maisons qui les portent. Mais aussi , d’un autre côté, l’homme prudent et sage ne s’amuse' pas à choquer en vain l’opinion, dominante, et il n’exposerait pas sa maison pour rhoniieur de sa girouette. Ne fut^ce que pour le bien de la paix, je crois que Fou doit renoncer à un langage qui n’est permis que c|uand il est indifférent , et c|ui devient criminel dès qu’on a l’air d’y tenir.

L’analyse thérapeutique , telle qu’elle a été

conçue dans notre École ^ a été appliquée à presque toutes les maladies ; c’est elle qui distingue toutes nos productions , même celles où les lecteurs , arretés par certaines hypotlièses , ont de la peine à reconnaître sa marche sévère. C’est à elle que M. le professeur Baumes doit en partie les palmes académiques qui ont répandu sur son nom un éclat si justement mérité. Kn effet y les écrits pratiques de cet excellent médecin se font remarquer par l’habileté et la souplesse en quelque sorte avec laquelle il a saisi les indications variées et combinées des affections dont il a fait le sujet dé ses méditations , et presque toujoura l’occasion d’un nouveau triomphe. Ce mérite incontestable aurait du faire pardonner à M. Baumes quelques idées auxqiielle'S il tient très - peu luiinéme, comme il le répète si souvent dans ses éloquentes leçons , et sur lesquelles il se garde bien de faire reposer toute sa gloire. Mais l’esprit de parti que ce Professeur a eu la maladresse ou le noble courage de provoquer, a profilé avec plaisir de certaines fautes qu’il lui aurait faussement imputées, s’il ne s’en était rendu coupable.

M. le professeur Delpech s’est encore servi de cette méthode pour répandre un nouveau jour sur la thérapeutic|ue chirurgicale , et ce litre recommande à la lecture des praticiens , son Ptécis élémentaire des maladies réputées chiriu^gicales* Plusieurs autres ouvrages sortis de notre École , une foule de bonnes dissertations inaugurales dont nous aurons oceasiou do faire meiiUoii , ont été

( îSg )

faits dans le meme esprit , et tout semble préparer le moment où nous aurons assez de matériaux, pour élever sur un même plan l’édifice entier de la science» Nous avons tracé le tableau fidèle de la manière de philosopher propre à l’École de Montpellier ^ en partant de répo(|ue on elle a commencé à avoir une doctrine particulière. Nous avons pris ses pre^ miers essais dans Sauvages qui renversa la doctrine mécanicienne alors régnante , et entrevit les vrais principes de la recherche des causes expérimentales. Nous avons suivi ses progrès dans les travaux de Lacaze et de Bordeu, qui établirent la science de rorgaiilsme vivant sur l’observation physiologique et pathologique , et dégagèrent ainsi peu à peu les faits des hypothèses c[ui les enveloppaient.

Nous avons vu cependant Bordeu se laissant entraîner par cette sorte d’imagination poétique ^ qui anime tout ce qu’elle touche, et réalise tout ce qu’elle crée. Mais l’hypothèse qu’il avait embrassée pour son compte était propre à servir les intérêts l’observation 3 elle détruisait plus complètement le mécanicisme , et devait servir à l’indépendance de la science médicale. Il en est de l’administration, générale des sciences , comme de celle des corps politiques : l’uue change selon les progrès et les besoins de l’esprit humain, comme Tautre varie selon les besoins et les progrès de la civilisation. Les lois qui conviennent à une science naissante et barbare ^ île sont pas celles qui conviennent à cette même science accrue et perfectionnée 3 les hypothèses €u formeat heureusement les premières méthodes,.

( îgo )

comme les craintes superstitieuses et la distlnctîoîi exagérée des castes , les premières législations. Les méthodes d’induction et d’analyse ne représeo" tent-elies pas les institutions politiques des nations éclairées ?

Barthez établit les véritables bases de la science médicale, et il les établit avec un génie qui le mettra autant en rapport avec les plus grands hommes des siècles à venir, qu’avec l’esprit de son siècle; il semble ne tenir aux anciennes erreurs que par le langage* Nous avons rattaché , à cette dernière circonstance, Fiiicertitude de sa doctrine , poussée tour- à- tour , après lui et malgré lui, dans le spiritualisme par Grimaud, et dans le matérialisme par M. Dumas. La science , à cette époque , peut être comparée à un enfant dont les pas sont encore chancelans ; elle semble encore vaciller sur elle-même, se raffermir graduellement , et s’avancer tous les jours vers l’heureuse époque où sa démarche sera libre et assurée. Cette époque a été préparée et amenée par les travaux réunis de MM. Dumas , Lordat, et des autres professeurs actuels.

La philosophie médicale s’arrêtera-t-elle au point élevé où nous l’avons suivie jusqu’ici? Ses principes fondamentaux seront - ils stationnaires ? Non, sans doute, le passé nous révèle l’avenir ; l’esprit humain ne se repose jamais, et tout en perfectionnant les détails , il perfectionne toujours d’autant les méthodes générales. Ouelles seront les révolutions de l’avenir? Quelles seront du moins celles qni feront suite dans cette belle chaîne dont nous avons dé-«

roulé successivement les anneaux? Cette question de la plus haute importance pourrait être plus ou moins résolue par celui qui se serait familiarisé avec

riiistoire de la science en général et de notre Ecole eu particulier. Nous l’avons déjà prouvé par d’illustres exemples ; les perfectionnemens d’une science no sont que les développe mens des premières idées» Les découvertes d’un siècle sont toujours les consé* queiices immédiates et rigoureuses des découvertes' du siècle qui l’a précédé ; on peut dire , relativement à celles-ci, que les prémisses en sont dans un siècle, ,€t les conséquences dans un autre*

Les idées se rectifient de plus en plus ; semblables à un métal que l’on sort de la mine tout couvert de scories , et qui acquiert une pureté toujours croissante par les travaux auxquels on le soumet. Les hypothèses surnagent toujours selon leur degré de légèreté ; les faits , comme plus solides , restent au fond. La science , agitée par ses révolutions , peut encore être comparée à la mer qui , dans ses mouvemens continuels , rejette sur le rivage tout ce qu’elle a d’étrangèr. C’est d’après ces viieSj, que nous avons fait sentir y, que la doctrine de rÉcole de Montpellier embrassait, dans ses progrès continuels , un plus grand nombre de faits , et se dépouillait successivement des opinions théoriques qui pouvaient altérer son excellence ; nous l’avons vue renonçant formellement à toute espèce d’hypothèses , et ne gardant quelques restes de celles-ci que comme d’anciens souvenirs. Il n’est peut-être pas impossible de prévoir ce qui arrivera

par la suite. Il semble qu’il doit ne nous restei à la fin que les faits eux - memes , rapprochés et arrangés selon leurs analogies. En attendant qu’on exécute ce vaste pian qui ne sera jamais que l’achèvement de la méthode de philosopher qui se forme depuis près d’un siècle dans le sein de notre École 5 terminons par donner en résumé le principe fondamental de cette méthode. Il consiste à classer les faits que présente l’économie vivante dans l’état de santé on de maladie , selon leurs ressemblances ou leurs différences réelles et sensibles, en étudiant ceux-ci en eux - memes , et non point dans des analogies physiques et métaphysiques. Qu remonte ainsi , d’un côté , à des faits generaux , ou si l’on veut à des forces qui seront propres , tant que les faits ne pourront pas être confondus avec d’autres ordres de faits; on étudie, d’après l’expérience ^ leurs lois les plus générales et les pins particulières : et l’on arrive , de l’autre , aux indications variées et compliquées des maladies , sans aucune hypothèse intermédiaire. L’on peut même ne pas pousser l’analyse des maladies jusqnes à la détermination th éorique des modifications vicieuses essentielles des forces primitives , mais s’arrêter pour plus grande sûreté à la détermination empirique des éiéniens constitutifs d’une affection morb.ide.

Dans notre seconde section , nous exposerons les • principes de la philosophie médicale des autres Écoles , et nous verrons jiisques à quel point ils s’écartent ou se rapprochent de ceux que iiou? fyenons d’exposer.

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