‹ Doctrine politique du christianismeChapitre 1 sur 32 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les hommes de la génération actuelle , enfants des hommes de la révolution , ont hérité de l'activité fiévreuse de leurs pères. Cette ardeur native les a portés à se préoccuper vivement des désordres sociaux, de l’inquiétude des esprits et de l'état misérable des classes pauvres. Voyant bien qu'on ne venait que de substituer une forme d'organisation sociale nouvelle, à la forme sociale ancienne dont on avait vofft la destruction , ils ont voulu continuer la tache qui leur était léguée et donner la vie à l'état nouveau.

Dans cette recherche des moyens de faire sortir les sociétés modernes du chaos

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d’égoïsme où elles s’abîment , tous ne sont pas arrivés au même résultat. Les uns ont transigé avec leur intérêt personnel ; les autres sont tombés dans l'erreur ; d’autres enfin ont reconnu la vérité révélée- •

Cette vérité est le christianisme : religion de paix , d'amour et de charité : société de liberté et de fraternité dans le sacrifice.

Mais ceux qui ont suivi cette voie n'ont pas tous compris la puissance de la doctrine qu’ils reconnaissaient comme la meilleure.

La prédominance du sentiment individuel, né du protestantisme ; la passion exclusive du droit, produit de la philosophie du dix-huitième siècle ; l’indifférence morale, religieuse et nationale, enfantée par le rationalisme et l'ecclcctisme de la philosophie moderne , ont altéré, dans beaucoup d’esprits, lumière que la paroledu Fils de Dieu y fesait luire.

Cependant, l’avenir de l'humanité est dans l'église fondée par Jésus-Christ, et la parole du Verbe révélateur doit être réalisée jusqu’au dernier mot, pour le salut des peuples- La foi , la faison et le sentiment

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l’ailirmeDt, et il existe un moyen de le prouver par la coordination des laits historiques , qui démontre l'action divine et humaine , dans l’accomplissement de la mission que le créateur a donnée aux hommes.

Cette méthode de l'histoire, dérivée de l’Evangile , grandie sous l’autorité de l'Eglise, fut rencontrée par nous sur le chemin Qj nos études. Elle dissipa bientôt le scepticisme, qui nous était commun avec la jeunesse de cette époque, et qui tenait notre esprit en suspend sur les croyances de notr J premier âge. Quinze ans d’épreuve, de travaux et de vériflcation n’ont fait que conûrmer la bonté de cette méthode, et nous avons clé conduits au résultat sans lequel toute science est stérile : c’est la prévoyance dans l'acte humain. Celte pré»

voyance nous démontra que le dogme et la doctrine du christianisme renfermaient encore tout l’avenir des nations, tel que peuvent le désirer les sympathies les plus vives pour le bonheur des peuples et pour la liberté de tous les hommes.

Le catholicisme, réalisé socialement, de-

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Tenant donc le seul moyen de conduire l’humanité à cet avenir, nous sommes amenés à confesser ici le dog;me catholique, sa tradition dans le passé, son autorité dans le présent, sonavenirqu'il assure aux générations futures ; et nous désavouons d'avance tout ce qui, dans cette œuvre, pourrait y être contraire, en même temps que nous nous disposons à elTacer tout ce qui se trouverait de semblable dans les œuvres que nous avons déjà publiées.

Nous croyons que toutes les sciences modernes reconnaîtront ainsi leur origine et Tiendront, chacune à leur tour, rallumer leur vie au foyer de la foi, en se soumettant à l'unité du dogme. Ceci soit dit pour ceux qui estiment trop les sciences et pour ceux qui ne les estiment pas assez.

Nous sommes heureux de donner nousmêmes l’exemple de ce retour pour la méthode historique, qui prévoit et détermine les transformations sociales, dont la succession doit, avec l'aide de Dieu, faire atteindre le plus sûrement et le plus pacifiquement possible, le but d'activité donné à l'homme.

Celle pensée a toujours vécu dans lôs grandies intelligences du christianisme.

Ainsi on trouve déjà l'idée de l'éducation progressive du genre humain par Dieu, dans saint Paul. « I/héritierestsous la puissance des tuteurs et des curateurs jusqu'au temps marqué par le père. Ainsi, nous autres, lorsque nous étions enfants, nous étions asservis aux premières et rudes instructions données au monde ; mais lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme et élevé sous la loi, pour qu'il rachetât ceux qui étaient sous la loi, et pour que nous reçussions l'adoption qui nous fait sesûls»(Ep. aux Gai., iv, 1 56.)

Celle idée est plus explicite encore dans divers ouvrages de saint Augustin. (De Ci^ vit. Dei, lib. x, c. 14. — De Sermone Dom, in Monte, lib. i, c. 1. — De Vera Ite/ig, c. 17 et 18.)

Parmi les premiers pères de 1 Église, on rencontre la pensée de la tendance à la perfection exprimée très clairement. Ainsi, les propres expressions de saint Vincent de Lerins, qui vivait dans le cinquième siècle.

sont celles-ci : « L’augmentation en connaissance el en sagesse, sous rinflucnce d’une môme foi, d'une môme parole de Dieu et d’une même doctrine, élerneliement les mômes. »

L’explication de celle définition de la tendance à la perfection, qui s’accomplit sous l’influence d'une môme foi, d’une même parole, d'une même doctrine éternellement les mêmes, se retrouve sans cesse dans les paroles de l’Évangile. Celte bonne nouvelliî du Verbe de Dieu, rappelle les hommes à l’ancienne loi donnée primitivement, mais en enseignant par sa parole el par son exemple la pratique toute spirituelle de celle loi.

Dans les hautes intelligences de l’Église, l’unité historique, qui tend à prouver cette continuité d’une même loi, s’est toujours propagée depuis Eusèbe et saint Clément d’Alexandrie jusqu’à Bossuet. On arrive par là à une opinion, à l’appui de laquelle Abélly, théologien estimé, cite dans sa Me-dulla Théologies les autorités les plus respectables : c’est celle de la prédestination

de l’Incarnation de Jésus-Cbrist, pour éle-.

ver les honmies dans la voie de Dieu, quand môme Adam n’eut pas péché- Nous citerons, à la On de celle préface, tout lechapitre d’AbelIy, où, en reconnaissant la double origine de la venue du Fils de Dieu, il 03(posc à la fois les autorités qui sont en faveur de rincarnation, nécessitée exclusivement par le péché, et celles qui soutiennent la prédestination do cette même incarnation, comme moyen de l’éducation divine de l’humanité. Nous donnerons ensuite, comme confirmation suprême de cette double mission du Fils de Dieu et du Fils de l’Homme, le texte tiré de l’œuvre d’un pape, où il dit que : « chacune de ces deux opinions étant soutenue par la piété, la foi, les autorités et les raisonnements, quiconque attaquera l’une d'elles sera téméraire, présomptueux et digne de punition. »

Enfin, nous rapportons ici l’expression figurée de l’apôtre du xvi® siècle, saint François de Sales, qui dans son traité de VAmour de Dieu (liv. second, ch. v., col. 309,;

310. édit, in-lbl.), résume en ces termes les prédestinations de Jésus-Christ : « Ainsi le grand Sauveur fut le premier en Tintention divine, et en ce projet éternel que la divine Providence fit de la production des créatures. Et en contemplation de ce fruit désirable fut plantée la vigne de Tunivers et établie la succession de plusieurs générations qui.

à guise de feuilles et de fleurs, le devaient précéder, comme avant-coureurs et préparatifs convenables à la production de ce raisin, que l’épouse sacrée loue tant ès cantiques. et la liqueur duquel rejouit Dieu et les hommes. »

Depuis le quinzième siècle, dans une autre voie et dans des vues particulières, des laïques savants et philosophes ont cherché à formuler la méthode historique et à l’appliquer à l'histoire des sciences ou des sociétés, sous les différents titres : d’Atigrmentation des Sciences (F. Bacon) ; à' Histoire de la médecine (Leclerc) ; de Science nou^ telle (Vico) ; d' Antiquité dévoilée ; d* Économie politique (Boulanger); dQ Plan d' Histoire universelle (Turgol); de Tableau

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historique il s Progrès de l'esprit humain (Condorcet ; du Nouveau Christianisme (St.- Simon).

. L’esprit humain a toujours suivi cette tendanceàla perfection que Dieu avait mise en lui et qu'il y entretient par sa grâce. Il a cherché sans cesse et sans relâche à atteindre ce but, en réalisant logiquementetpro-^ gressivement, soit l’ancienne loi du sacrifice, obligé par l'expiation de la chute primitive. soit la nouvelle loi do sacrifice libre et absolu, imité de celui du Verbe incarné.

C'est sur celte base de la science historique que nous avons essayé de poser le principe suivi dans l'antiquité humaine, et celui qui ressort de la prophétie évangélique, seconde révélation faite par le Verbe de la loi morale, universelle et éternelle.

C’est le plan du livre que nous adressons à tous ceux qui ont en eux le sentiment de charité des frères en Jésus-Christ.

Nous cherchons à déterminer par la parole prophétique du Verbe, quel est le but divin où doit tendre l’homme missionnaire de Dieu pour réaliser sa volonté.

Nous établissons ensuite quels sont les moyens, dans le présent, de détruire le mal social résultant du passé, et de transformer le bien déjà accompli par les nations anciennes et modernes, dans la vole spirituelle et divine du progrès humain, par une doctrine politique qui tende à réaliser l’avenir chrétien annoncé par Jésus-Christ.

Nous ne faisons là qu'agir logiquement, comme toute science humaine qui doit avoir pour but de diriger avec certitude l’intelligence libre de l’homme vers la pratique d'une loi sociale, amenant l’accomplissement sur la terre de la volonté divine, et réalisant la tin de la mission humaine.

TradoctioD du lexte d'^elly.

I! y a deux opinions des théologiens sur celte question {V Incarnation), toutes deux très probables et s’accordant avec la piété.

Nous les expliquerons brièvement, afin qu’il soit libre à chacun (rien n'ayant été défini sur cela par l’Église), d’embrasàer celle qu’il trouvera la plus digne.

La première opinion appartient à ceux qui nient que le Fils de Dieu se fut incarné, si Adam n’avait pas péché.

La seconde opinion appartient à ceux qui affirment que l’Incarnation du Verbe de Dieu, comme le plus grand, le plus noble et le plus parfait ouvrage de la sagesse divine, avait été pensée et décrétée par Dieu, avant que quelque créature que ce soit ail été considérée en particulier; et, par conséquent, avant la prévision du pèche du premier homme, comme futur déterminé, suivant notre manière de concevoir.

Elle est prouvée par le chapitre 8 des Proverbes, v. 22 : « Le Seigneur m’a possédé

au commencement de ses voies;* ou (comme les Septante traduisent) : Le Seigneur m*a créé au commencement de ses voies, avant qu il eut créé quoi que ce soit, au principe. — Lorsque la sagesse incarnée parle de soi, c’est-à-dire le Christ selon l’humariité, comme renseigne Saint Ambroise(l. i . de fide, c. 7), elle prouve que le Christ, en appelant Dieu son Seigneur (Dominus)^ parle là suivant son humanité, car selon sa divinité il doit l’appeler Père.

Cela peut être conûrmé par ce fait que le même Christ-Seigneur est appelé par l’Apôtre {Ep, aux Coioss, c. 1) : Premier né de toute créature. Il parle aussi du Christ selon l’humanité, ainsi que le remarquent saint Jérôme et saint Anselme. D’où saint Cyrille (I. iO. Thesaur.fC. 4), infère que le Christdoit être appelé premier-né en tant qu’homme, et ûls unique, en tant que Dieu.

Cela peut être certioré aussi par les paroles de l’Apôtre {i, Ep. aux Cor. c. 3) ; Tout est à vous; mais vous au Christ; mais le Christ àDeu.

Par là l’apôtre entend dire que, si toutes

les créatures ont été faites pour l’homme^ et que par conséquent l'homme a été dans l’inlenlion divine avant .elles, comme seule fin, de même les hommes et toutes les créatures ont été faites pour le Christ-Seigneur; et que conséquemment le Christ est luimême antérieur à eux dans nntention de Dieu,

Dans la même opinion beaucoup d'autres saints Pères, tels que sainlCyrille (Alex., I. B. Thés., c. 3, V. 13), saint Anselme (lib. Cuh. Deus homo), Rupertas (lib. 3, D. Gloria et H on. Fil. hom.) prouvent cela ex-professo.

Nous pouvons aussi compter avec ceux-là le bienheureux François de Sales, autrefois évêque de Genève, qui, dans son Théoiime, ou Traité de Vamour de Dieu (lib. 2. c. 4), explique et défend celle opinion très clairement, scion son habitude, et il dit qu'il Ta collecté avec beaucoup d'alten lion des écrits et de la doctrine des saints Pères.

‘ Cela est prouvé encore par celte raison

que celui qui veut régulièrement après la fin voulue, veut plutôt ies moyens plus rapprochés de la fin que les plus éloignés.

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Or, Dieu veut avec ordre ce qu’il a eu eu inlontion, el la dernière fin qu’il se propose est la manifestation de sa bonté et de sa gloire pour laquelle il veut et opère en dehors de lui toutes les choses. D'où il suit qu’après celte fin de sa volonté, il veut d’abord les moyens les plus proches de cette lin que les plus reculés.

Kt comme rincarnalion est un moyen plus prochain delà divine gloire, que la rédemption du genre humain, il est en soi de bien loinusncj lient et plus approprié à la divine gloire, que le Christ seul, en lant que Dieu el homme, puisse rendre à Dieu une gloire bien plus grande, que l’iiniversalilé dos anges et des hommes, qui furent créés ou rachetés, et même qui soient possibles.

Donc Dieu a voulu rincarnalion de J.-C.

avant la rédemption du genre humain.

De là il résulte qu'il n’a pas voulu que le Christ lui-même fut premièrement el principalement pour les hommes; mais plutôt, et les hommes, et les anges el toutes les créatures quelles qu’elles soient, pour le Christ lui-même.

Chacune de ces opinions est probable^ comble nous I*avons dit : cependant la seconde parait plus probable, autant par les ibhoses qui ont été avahcées pour la prôu- Ver, que piit* la facilité qu’il y a à expliquer j’autorité de l’Écriture et des saints Pères qui biit été cités à l’appui de la preinière opinion.

Quant à ce qui regarde les lieux de l’Écriture où il est dit que le Clirtst est vcnii sauver les pécheurs, nôus avouons que cela est une vérité sans contestation possible ; car quoique premièrement et principalement, avant la prévision du péché que!

qu’il fut, rincarnation du Christ fut dans là pensée de Dieu ; cependant cela ne s’oppose pas h ce que la prévision du péché d’Adarn, étant conçue ensuite avéc la chuté de tout le genre humain, cette méihe Incarnation, comme secondaire et .moins principate, ait ètè ordonnée par sa volonté divine pour la restauration du genrQ humain.

Ainsi il est doublement vrai que le Christ est venu pour sauver les honunes et que

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néanmoins, avant toute créature quelcon** que, il avait été dans l'iiilention de Dieu.

Et même à ce que quelques saints Pères disent que si Adam n’avait pas péché, le Christ ne fut pas venu de la manière dont il vint, on peut répondre que cela est vrai, si Ton entend par là que le Christ ne fut pas venu, de la manière dont il vint, c’est-àdire dans la chair passible, et qu’il n’aurait ni fait, ni souffert, ce qu’il a fait et souffert pour la cause du salut humain. >

{Medülla Théologies ex sacrü scripturis Conciliorunit Ponlificumque decretis, et sanclorum palrum ac doctorüm placilis ex^ pressa. — Authore magisler Lud. Abelly, parisinâ in sacrœ théologies facul. doclore et eccles. parach. S. Judoci, in urbe Pari-^ sïensi pastore. Parisiis moclviii.)

Tradoction do texte de Benoit XiY.

« Le pape SixterQuint blâme justement quelques théologiens qui censuraient l'opinion contenue dans ces vers : Tu ne haïras pas les pécheurs, sans lesquels tu n'aurais

pas élé digne d*un si grand Fils. — Témoin Diagus (lib. i, Ànftal, 83), qui expose la pensée de ce pontife en ces termes:

Comme l'opinion des docteurs catholiques est double sur les causes de ITncarnation :

L’une que si Adam n’eût pas péché, le Fils de Dieu n’eut pas pris chair ; l’autre que, quand même la nature humaine n’eut pas élé déchue dans Adam, le Verbe divin se serait encore fait homme; comme chacune de ces opinions est soutenue par la piété, la foi, les autorités et les raisonnements; et comme les vers cités s’appuient sur la - première opinion ;

Nous disons que tout ce qui attaquera l’une de ces deux opinions sera téméraire, présomptueux et digne de punition. »

(Benoit XIV, de Bealificalione Sanctorum, lib. 2 cap. 28, N. 10).

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Proplu^lle dp r^ffne de Dieu.

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