CHAPITRE
MORALE ET OOLTE.
Mon Pî-re lui-mfme tou» aime, parce que tou» m’tvcx aim^ et <pic vous avez cru que je suis »orlt de Dieu. (St JsàN, XT, T. 17.)
Notre Père qui èle» aux eicuv, *|iio votre nom »oit Mnclific. (St
Mathieu, c. ti, v. ».)
Au temps voulu par Dieu, où devait cesser l’obscurité qui planait sur le monde soumis à la loi fatale de l’evpiation de la chute, naissait, plein de lumière divine, le Verbe fait homme.
Rédempteur, révélateur et prophète, il apportait la bonne nouvelle d’un nouveau sentiment, d’un nouveau devoir, d’un nouveau droit et d une nouvelle hiérarchie so-
to PREMIÈRE PARTIE.
ciale , ayant un seul et môme but, la réalisation du régne de Dieu sur la terre. Au même moment les hommes justes entendaient les Anges du ciel chantant cette annonce prophétique au monde ancien :
Gloire à Dieu au plus haut des deux, et sur la terre 'paix aux hommes de -bonne volonté.
La prophétie de Jésus lui-même était la prière divine du Pater noster qu’il donnait à tous ses frères en pauvreté et en charité, pour la répéter tous les jours.
Elle était en même temps le résumé de la révélation du Verbe incarné, qui Tavait développée et élucidée par les paroles et par les actes de toute sa vie.
Celte prière conlenait aussi toutes les voies delà perfection, par lesquelles les frères du Sauveur pouvaient arriver à la société chrétienne , seul moyen d’accomplir leur mission divine.
^EnOn elle se terminait par la délivrance du mal. La Croix, ce signe de la Rédemption providenlielle , rachat absolu et tout puissant de la loi fatale de l’expiation de la
MORALE ET CULTE. tl
chute, accompli parla mort du Fils de Dieu, était le sacrifice sanglant qui rendait à l'homme sa liberté etsa mission divine, aussi pures, aussi saintes qu'il les avait reçues au jour de la création, avec son droit de domination sur le monde, et avec son devoir d’obéissance et de responsabilité envers Dieu.
Mais Jésus, en arrivant au dernier jour de sa vie, voulut assurer sa prophétie de la bonne nouvelle, comme étant le seul héritage qu'il laissait à tous ceux qu’il appelait ses frères et ses amis, et qu'il voulait amener à s’aimer entre eux, autant que lui-mème les aimait dans son amour divin et absolu.
Il accomplit alors le sacrifice le plus libre, le plus volontaire, le plus absolu qui se fut jamais réalisé. Il se donna tout entier, Dieu et homme, esprit et organisme vivant ; sang et chair, à ceux qui le suivaient avec amour. Verbe incarné, il s’incarnait ainsi en eux et les appelait tous à sa divine communion. Ainsi que lui-même qui voulait demeurer en eux par la Cène eucharistique, unissait entre eux par le lien suprême
tt PREMIÈRE PARTIE.
de l’imitalion de son sacrifice absolu. C’était le moyen le plus élevé de parvenir à la perfection, dans runiverselle solidariléde leur mission de réaliser le règne de Dieu sur la terre.
Cependant, en appelant chacun de ses frères à continuer sà mission divine dans l’amour de Dieu, la charité, la paix et la bonne volonté de travailler spirituellement et physiquement à la venue du régne divin sur la terre, Jésus n'avait pas l’intentioh de constituer autant de volontés indépendantes. En les élevant toutes ensemble vers leur père céleste dans un même élan de tendresse ûliale, il les unissait sous la même consécration dans leur devoir, aûn qu’elles pussent demander au ciel leur sanctification par les sacrements du môme culte et la spiritualisation de leurs propres actes, accomplis dans l’amour de Dieu et dans une commune charité.
Il les plaçait sous l’autorité du pouvoir établi de Dieu pour le représenter sur ta terre.
11 les associait dans l’harmonie sociale ,
MORALE ET CULTE. «3
imitée de celle du ciel, pour accomplir icibas la volonté divine.
Jésus imposait ces trois devoirs aux volontés qu’il liait entre elles par ces trois vœux de leur liberté, de leur responsabilité et de leur solidarité qui devaient les main*tenir dans l’obéissance à la hiérarchie chrétienne, fondée pour établir le royaume de Dieu. Alors seulement il leur permettait, dans les trois vœux suivants, de demander secours pour elles-mêmes.
Il leur disait en effet d’implorer la divine Providence pour qu’elle les garantit des soins de la conservation de leur corps, et pour qu'elle les élevât en esprit, par la nourriture de leur corps et de leur ame, dans le pain de chaque jour, et dans le pain supersubslantiel.
Il leur apprenait à supplier la miséricorde infinie de leur pardonner leurs infractions aux devoirs de l’œuvre commune.
Il leur recommandait d’élever leurs prières vers la bonté de leur père, pour qu’il les épargnât dans la rigueur des épreuves
î{ 1>I(EMIÈKK PARTIE.
qu’il envoyait à ses élus, et qu’il les délivrât du mal.
Voulant rallier tous ses frères dans sa féconde charité, il plaçait les six paroles tom^ bées de sa bouche divine, entre les deux promesses de sa double mission. La première était celle du Fils de Dieu, qui révélait de nouveau aux hommes leur égalité dans leur origine d’un père commun, et leur fraternité dans le don qu’il leur faisait luimême comme Verbe de leurliberté spirituelle, responsable et solidaire.
La seconde de ces promesses était celle du fds de l’homme , qui rachetait ses frères du péché originel et les délivrait du mal par son divin sacriGce de la croix.
11 se manifestait là comme l’alpha et Tomega de la prière prophétique , de môme qu’il était l’alpha et l’omega de l’univers créé , comme révélateur de la loi éternelle et comme juge dernier de son exécution.
Le Verbe donnait donc bien réellement le résumé mystérieux de l'Évangile dans cette prophétique prière qui devait faire appeler
MmiALE ET ClLïE. 15
chaque jour l'avenir chrétien par les voix réunies des frères du Sauveur. Ces grâces divines invoquées ; celte harmonie de la communion des fidèles ; ces devoirs et ces droits demandés et accordés pour accroître le dévoûment et la force de volonté des chrétiens ne devaient avoir jamais qu’un seul but, le dévoûment de tous dans l’établissement du règne de Dieu sur la terre.
Le royaume de Dieu est, en effet, la pensée constante qui domine lus enseignements directs de Jésus-Christ , ses paraboles , ses actions et ses miracles.
Il dit que c'est pour annoncer le règne de Dieu qu’il a été envoyé (saint Luc, iv. 43) ; que l'Évangile du royaume sera prêché dans toute la terre ( saint Matlh., xxiv. 14).
11 va de ville en ville , de village en village, évangélisant le royaume de Dieu , disant : Le règne de Dieu est proche (saint Malth., IV, 23; ix, 36; — saint Marc, i, 14; — saint Luc, viii, 1).
Il appelé à lui ses disciples pour annoncer le royaume de Di|u (saint Luc, ix , 59, 62).
A ses apôtres, qu’il envoyé prêcher le rè-
PRE3n*:RE PARTIE.
gne de Dieu, il recommalnde de dire partout où ils entreront : Que la pai?^ soit sur cette maison : le règne de Dieu est proche, faites pénitence (saint Luc, ix, 2).
Lui -même il se déclare roi. 11 a fallu qu’une lûchc flatterie dénaturât ses paroles divines pouf qu’on osât lui nier sa royauté.
On va en juger,
Jésus , interrogé par Pilate s’il est le roi des Juifs , lui répond : — Mon royaume n’existe pas par ce monde [de hoc mundo).
Si mon royaume était selon ce monde [ex hoc mundo)-, mes serviteurs auraient combattu pourempêcher que je fusse livré aux Juifs ; mais mon royaiime ne Vient pas d'ici [non esthinc).
Pilate lui dit alors : Vous êtes donc roi t
El Jésus lui répond: Vous le dites, je suis roi. Je suis né dans ce but, je suis venu dans ce monde pour cela, afin de rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix (saint Jean, xviii , 33-37).
La royauté de Jésus n’était donc pas Conime celles qui venaient de la terre, nées
MORALE ET CULTE
delà race, établies selon la force. Elle descendait du ciel. Née de l’esprit , établie selon l’amour, la charité et la grâce, elle était le signe suprême du sacrifice de soi-môme, qui devenait la seule condition du pouvoir de l'avenir.
Il était si bien le foi de la tefré verni polir y établir le royaume imité du royaume des cieux, qu'il multipliait cet enseignement dans scs nombreuses paraboles. Dans toutes, \\ représente le royaume de Dieu Comme üh travail qui féconde la (erre et lui fait produire des plantes qui portent des fruits oü qui sont stériles, dé bons ou de mauvais grains qu‘on sépare pouf les brûler ou les conserver. Il maudit lui-mème le figuier qui ü’a pas un fruit 5 donner à son cféaleüf, àti moment où il le lui demande. ( Bossuet , Méditai ion sur V Évangile,.. Jouf xx de la dern. sem. du Sauveur).
Il explique ces paroles à ses disciples :
— Celui qui sème la bonne semence , c’est le filsderiiommc. Le champ, c’est le monde.
La bonne semence, ce sont les enfants du royaume. L’ivraie, ce sont les fils du mé-
chant. L’ennemi qui l'a semée, c'est le démon. Les moissons , c’est la Un du monde.
Les moissonneurs sont les anges. Comme donc on ramasse l’ivraie pour la jeter dans le feu, il en sera ainsi à la Qn du monde.
Le fils de l’homme enverra ses anges , qui arracheront de son royaume tous les scandaleux et ceux qui l'ont l'iniquité; et ils les précipiteront dans la fournaise du feu.
Là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur père.
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (saint Mathieu, xin. 37à43).
Mais Jésus va encore plus loin dans cet enseignement. Il indique en même temps le moyen d'arriver au royaume de Dieu.
Tout docteur savant dans ce qui regarde le royaume des deux, est semblable à un père ]de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes (saint Mathieu, xiii, 52.)
Celui qui veut réaliser la prière prophétique du régne de Dieu, doit donc cher-
MOHALE et CCtTE. «d
cher à perfectionner les choses anciennes par les choses nouvelles.
N'est-ce donc pas là ce que Jésus dit de lui-même? « Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu détruire mais accomplir.
» Car je vous le dis en vérité ; jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota et un seul point de la loi ne passera pas, que toutes ces choses ne soient faites.
Celui donc qui violera l’un de ces commandements des plus petits et qui enseignera cette violation aux hommes, sera regardé comme le plus petit dans le royaume des deux. Mais celui qui fera et enseignera sera appelé grand dans le royaume des deux (saint Mathieu, v. 17 et 19).
Jésus-Christ, par ces paroles, réhabilitait le passé et faisait reconnaître la loi ancienne comme venue de Dieu. Mais il la modiâait en même temps par la loi nouvelle.
Il lirait de son trésor, comme le père de famille et le docteur de la loi, la chose antienne pour l’achever, l’accomplir, l’amener à la perfection par la chose nouvelle ;
et il résumait par deux mots l’ancienne et la nouvelle loi : faire et cnseig?\cr. Ainsi, suivant l’expression de saint Augustin, {fie sertn. dom. in Monte, 1. 1, c. 1. A), aux préceptes moindres qui avaient été donnés aux hommes quand ils avaient besoin d’être soumis pur la crainte, le Fi)s de Dieu reliait les préceptes plus élevés, apportés par lui de la part de son père aux bonimes qu’il convenait d’affranchir par la charité.
C’est que la loi est toujours la même, parcequ’elle est dans les desseins éternels de Dieu ; mais elle est interprétée différemment, suivant qu’il convient au degré d’intelligence de la nature humaine, et Jésus a ouvert la voie du dernier terme de cette éducation progressive du genre humain.
Cherchons donc le but de notre activité chrétienne dans celle loi, révélée deux fois, qui démontre si évidemment que l'élévation progressive et spiriluelliî des hommes est dans les intentions éternelles de Dieu.
Faisons ce que Jésus-Cluist nous commande : « Demandez cl il vous sera donnéj cherchez cl vous trouverez ; frappez et
MORALE ET CULTE
il vous sera ouvert. » (Saint Malh., vii^ T.)
Demandons que la lumière céleste nous éclaire sur la tradition du passé humain ; afin que, d3ns la prévision do l’avenir chrétien du monde, nous voyons ce qui peut être réalisé dans le présent. Suivons les modifications que le Verbe révélateur et prophète a l'ait subir à la loi ancienne; suivons les institutions religieuses et sociales que son Église a fondées dans la pratique constante de la loi nouvelle, et niettons d’abord en regard le texte de ces deux lois révélées.
1 Dieu créa rhomooc à son image : 1 Notre père qui êtes il les créa mAle et femelle. cieux,
J 11 les bénit et leur dit : 2 Que votre nom soit sanc-
tifié,
8 Croissez, multipliez et rem (lissez 3 Que votre régne arrive, la lerre et vous la soumettez.
i Dominez les poissons de la mer 4 Que votre volonté soit et les volatiles de l’air, et tous faite sur la terre comme les animaux qui se meuvent sur dans le ciel, la terre.
5 Dieu dit encore: Voici que je vous .5 Donnez-nous notre pain . ai donné toute herbe portant de diaque jour, cl uolrc
graine . et tout arbre ayant le pain supersubstantiel, germe de son genre, afin qu'ils soient votr.e nouyiture.
6 Dieu prit l'iommc et le mit dans 6 Remettez-nous nos dettes
le paradis pour^u'il le travaillai comme nous les rcmetet le gardât. tons h ceux qui nous
doivent.
7 Dieu dit a l'homme : mangez de 7 Ne nous induisez pas en tous les arbres du paradis; mais tentation; mais deli-
, ne mangez nas de l’arbre de la vrez-nou.s du mal.
■ '«ciènre du bien et du mal; car (S-Malhieu,C. Vl,’9 à 13.) si vous en mangez vous mourrez.
fGenésc, C. I. V 11.)
PREMIER]: l'ARTIE.
On peut voir tout d’abord dans ce rapprochement que la prière enseignée par Jésus à ses frères est le complément de la première révélation. Au principe, tout est création, commandements et dons gratuits de Dieu, tandis que la prière de l’Évangile correspond à chacun de ces actes par un vœu d’amour, de foi et d'obéissance adressé à la bonté, à la providence et à la miséricorde du Père céleste, par ses enfants qui appellent son régne sur eux.
Il semble que la première révélation qui descend de Dieu sur l’homme, en l’associant, comme image de son créateur, à la réalisation de ses plans éternels, remonte dans la seconde révélation en élan d’amour, en promesse de sacrifice libre, en acceptation pieuse de la mission humaine, par l’humanité formée de tous les peuples. Ce sacrifice, libre et absolu de la volonté humaine à ^ la volonté du créateur, n’est aqfre chose
que le principe de toute loi morale. L’obéissance est le premier et le plus élevé de tous les sacrifices. Quand Dieu impose à l'homme le devoir de remplir la terre, de la soumet-
MORALE ET CÜLTi:.