‹ Doctrine religieuseChapitre 13 sur 28 · ART. JI[, — DE LA CHARITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

ART. JI[, — DE LA CHARITÉ FRATERNELLE

DEmanpe. Après nos devoirs envers Dieu, quel est celui que nous devons avoir le plus à cœur?

Réponse. C’est avant tout de pratiquer la Charité fraternelle. Par elle subsistent les communautés religieuses, par elle ceux qui les composent deviennent comme un seul cœur et une seule âme dans le Seigneur.

D. Quelles sont les vertus qui servent à entretenir et à conserver la Charité fraternelle ?

R. La Charité fraternelle se conserve par la patience, là douceur, la docilité, l'humilité et la miséricorde. La patience nous fait supporter de bon cœur les défauts physiques ou moraux de nos frères; la douceur nous fait pardonner et oublier les offenses qu’ils peuvent commettre envers nous; la docilité nous apprend à condescendre autant que possible aux désirs des autres; par l'humilité nous regardons nos frères comme supérieurs à nous, et nous soumettons nos idées aux leurs, s’il en est besoin, pour le bien de la paix; enfin par la miséricorde nous ressentons leurs peines et leurs afllictions pour y compatir, et chercher à les soulager autant que nous le pouvons.

D. Quels sont les devoirs de Charité fraternelle que nous imposent particulièrement nos lois?

1° D'abord nous ne devons jamais mal penser de personne; nous devons au contraire interpréter en bien ce que nous voyons faire aux autres, et lors même que les actions seraient mauvaises en apparence, nous devons supposer que l'intention est droite ; 2° nous ne devons jamais dire d’une personne en son absence ce que nous ne voudrions pas dire devant elle (1); 3° jamais nous ne devons disputer avec qui que ce soit; si nous avons offensé un de nos frères, il faut nous humilier devant lui, nous prosternant à terre pour lui demander pardon; si quelqu'un nous demande pardon, il faut nous empresser de le lui accorder ; 4° nous devons nous reprendre les uns les autres de nos fautes, et jamais il ne faut dénoncer au Supérieur un manquement grave qui serait secret, si, pouvant en attendre un bon résultat, nous n’avons commencé par faire la correction fraternelle (2); ou si nous dénonçons, il faut le faire en considérant le Supérieur comme le père de tous, et pour arriver plus sûrement à l’amendement du coupable (3): enfin nous devons prendre grand soin des malades, et faire tout notre possible pour procurer leur guérison ou au moins le soulagement de leurs maux (4).

(1) Constit. de notre Ordre, p. 80.

(2) Règle de Saint-Augustin , et Constit. de notre Ordre, p. 122, et Déclar., p. 124.

(3) Doctrine des saints Docteurs.

(4) Constit. de notre Ordre, p. 54 et suiv. J£em, p. 119.

D. Quelles sont les coulpes marquées dans nos Constitutions au sujet de la Charité fraternelle ?

R. 1° C’est une couipe légère d’offenser quelqu'un en action ou en parole, et aussi de proclamer un Frère en Chapitre d’une manière offensante, ou comme par vengeance , parce qu'il nous aurait proclamé luimême (1); 2° c’est une coulpe grave de contester avec qui que ce soit en présence de séculiers, de se quereller avec un Frère et de lui faire quelque injure, de soutenir sa faute ou celle d'autrui, de prononcer contre quelqu'un des paroles de malédiction ou qui soient désordonnées et irréligieuses (2).

ART. IV. — DE L'OBLIGATION OU SONT LES FRÈRES CONVERS DE S'INSTRUIRE DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE ET DE LEURS DEVOIRS DE RELIGIEUX.

DEMANDE. Quel soin doit avoir un Frère convers de s'instruire de ses devoirs de Chrétien et de Religieux ?

Réponse, Il doit y mettre le plus grand soin : c’est une des obligations les plus positives qu’il ait devant Dieu, et ce serait une chose vraiment honteuse que, quand tant de séculiers savent si bien leur catéchisme et leurs devoirs d'état, un Religieux ne les connût pas. Le Frère convers doit donc considérer son catéchisme et le livre

(1) Constit. de notre Ordre, p. 417 et 118.

(2) Constit. de notre Ordre, p. 119 et suiv.

SRE. Es qui l'instruit de ses devoirs de Religieux comme ses livres les plus précieux, les lire et les méditer continuellement, et, autant que possible, les apprendre par cœur, se souvenant qu'il doit rendre à Dieu un compte sévère de la négligence qu’il apporterait dans ce devoir.

D. Qu'est-ce que l’Église nous prescrit relativement à l'anstruction chrétienne et religieuse des Frères convers ?

R. 1° L'Église défend rigoureusement d'admettre les Frères convers à la Profession s’ils ne savent pas leur catéchisme , au moins quant aux points principaux ; 2° elle veut que chaque dimanche, ou quelque autre jour de la semaine, on leur explique le catéchisme et quelque point de leurs obligations comme Religieux, principalement en ce qui touche le vœu de Pauvreté (1).

D. Qu'y a-t-il de prescrit dans nos Lois à cet égard?

R. On ordonne : 1° que dans chaque couvent le Supérieur désigne aux Frères convers un Père qui les forme dans la piété, dans le service de Dieu et dans l’observance régulière, qui les instruise au moins les dimanches et les jours de fête des vérités de la foi et des choses les plus utiles au salut, qui les corrige quand ils n’assistent pas à ses instructions ou lorsqu'ils se

(1) Lettres de la S. Congrégation, 15 mars 1758 et 38 septembre 1765.

montrent négligents relativement à cette partie si importante de leurs devoirs ; 2° qu’on fasse lire aux Frères convers leurs obligations comme Religieux , au moins les principales, quatre fois l’an (1).

ART. V. — DE L'OBLIGATION OU SONT LES FRÈRES CONVERS DE S'OCCUPER AU SERVICE DE LA RELIGION.

DeuanDe. À quoi s’obligent particulièrement les Frères convers lors de leur Profession ?

Réponse. Comme ils sont reçus à Profession sous la condition de gagner leur nourriture et leurs vêtements à la sueur de leur front, suivant les termes de la Constitution (2), en vertu du contrat qu’ils font avec la Religion, ils s’obligent à la servir sans relâche dans tous les offices corporels que l’obéissance leur imposera. Ils sont donc tenus à employer au travail tout le temps de la journée, excepté celui qui leur est fixé pour l'Oraison et celui que le Supérieur leur accorde pour le repos nécessaire à leur santé (3). Un Frère qui serait négligent en ce point, qui resterait oisif ou qui s’occuperait pendant un temps notable, continu ou interrompu, de travaux de son goût plutôt que d'ouvrages utiles à la communauté, arriverait à pécher gravement contre les obligations particulières de son état. C’est pour cela que nos lois recommandent fortement aux Supé-

(1) Chap. gén., 5756.

(2) Chap. gén., 1291.

(3) Constit. de notre Ordre, aux Déclar., p. 328 et ailleurs.

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rieurs de tenir les Convers continuellement occupés, et de leur faire au besoin apprendre un état ou métier par lequel ils puissent se rendre utiles à la communauté (1).

D. Quels sont les travaux auxquels le Supérieur doit appliquer les Frères convers ?

R. Les Frères convers peuvent être appliqués à toute sorte de travaux corporels, suivant ce que le Supérieur trouvera à propos; ils doivent donc être toujours prêts à tout, et non-seulement celui-là serait gravement coupable qui refuserait constamment tel ou tel office qu’on lui voudrait assigner, mais même celui qui se comporterait de telle manière que le Supérieur ne pût, sans craindre de compromettre son autorité, lui imposer l'office qu’il voudrait (2).

D. Les Frères convers pourraient-ils quelquefois être obligés à un office qui emporterait péril de la vie ?

R. Oui certainement, s’il s'agissait par exemple de soigner un Religieux attaqué d’une maladie contagieuse, parce que le Supérieur, si le bien commun l’exigeait,

(1) C’est un point décidé, dit le Père Richiadei aux religieuses de notre Ordre, que comme les Sœurs de chœur sont tenues sub præcepto aux exercices spirituels du chœur, c'est-à-dire à l'Office divin; ainsi les Sœurs converses sont tenues sub præceplo aux offices ou aux emplois corporels du monastère; et comme les unes pècheraient mortellement si, le pouvant, elles négligeaient habituellement d'assister aux offices, de même les autres pècheraient mortellement, si, lorsqu'elles le peuvent et lorsque leur travail est nécessaire, elles négligeaient habituellement de s’y appliqner. Constit. des Sœurs, Déclar.

(2) Constit. de notre Ordre , comme ci-dessus, e! Chap. gén. 1756,

serait en devoir en pareil cas de leur donner cet ordre; el par conséquent ils seraient tenus d’obéir.

D. À quoi les Frères convers doivent-ils principalement faire attention dans leurs emplois ?

R. Au vœu de Pauvreté : c'est de lui que dépend en grande partie l’économie à faire tous les jours dans le couvent; ils sont donc continuellement en péril de transgresser ce vœu, s'ils n’y font pas la plus grande attention.

D. Quelles sont les coulpes marquées dans les Constitutions relativement à l'exercice de la charge de chacun ?

R. C’est une coulpe légère de s'y montrer négligent, et aussi de perdre ou de briser quelque objet (1).

D. Quelles sont les vertus les plus nécessaires aux Frères convers dans leur état ?

R. C’est l'humilité et la patience : l'humilité, pour qu’ils se prêlent volontiers aux services les plus bas, et conservent toujours le respect convenable pour les autres Religieux et surtout pour les Prêtres, que Dieu a destinés à des fonctions plus élevées (2); la patience, pour supporter de bon cœur la fatigue et les autres peines inséparables de leur état.

D. Les Frères convers peuvent-ils s'occuper à la lecture ?

R. La Constitution voudrait que les Frères convers

(1) Constit. de notre Ordre, p, 117 et suiv, (2) Chap. gén., 1766.

— 73 “4 n’eussent de livre d’aucune-orte (1); cependant l'usage a prévalu que les Supérieurs puissent leur en permettre quelques-uns pour leur lecture spirituelle, et ils peuvent en profiter pour éviter ainsi l’oisiveté, surtout les dimanches et les jours de fête; mais il leur est absolument défendu de lire quelqu’autre livre que ce soit.

D. Quels sont les modèles qu'un Frère convers doit se proposer quand il veut sincèrement travailler à sa perfection ?

R. 11 doit avoir continuellement devant les yeux les exemples des bienheureux de l'Ordre qui se sont sanctifiés dans son état, et principalement les bienheureux Simon Ballachi, Jacques d’Ulm, Jean Massias et Martin de Porrès (2), que nous vénérons déjà sur les autels. Il doit lire souvent leurs vies, et chercher autant que possible à imiter et à reproduire leurs actions et leurs vertus, principalement leur persévérance dans l’oraison, leur esprit de pénitence, leur zèle pour l’observance régulière, leur amour pour la pauvreté, leur ardeur pour les actes d’obéissance, leur empressement pour l'entretien et l’ornement de l’église, leur assiduité au travail, leur empressement à se charger des emplois les plus vils, leur sollicitude pour les pauvres et les malades , leur charité envers les Frères, leur humilité profonde , leur patience inaltérable, leurs manières à la

(1) Constit. de notre Ordre, p. 327.

(2) Eucore que ce dernier ne fût que Tertiaire, comme il avait fait des vœux solennels, il est considéré comme Frère convers.

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fois affables et respectueuses, le soin avec lequel ils évitaient la conversation des séculiers, leur détachement de toutes les choses de la terre, leur recueillement continuel, leurs efforts pour mériter de s’approcher fréquemment des sacrements, leur dévotion à la très-sainte Vierge, leur union avec Dieu. Toutes ces vertus qui resplendissaient en eux d’un si vif éclat, les rendirent pendant leur vie chers à tout le monde, la consolation de leurs supérieurs, les modèles de leurs frères, le soutien de leurs couvents, et, ce qui est bien plus encore, les délices du cœur de Dieu. Et maintenant ils sont ei seront pour tous les siècles à venir la gloire de l'Ordre, l’ornement de l'Église, une source de bénédictions pour tous; enfin ils jouissent du bonheur même de Dieu, qu’ils possèderont en Paradis pendant l'éternité.

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