INTÉRIEUR
Cette aceuDMilation et cette recrodescanœ d^événemeats agîtatiins et violents ne pouvaient manquer d'échauffer les passions et les espérances révolutionnaires. Aussi» le 6 aeûl 1640, Louis- Napoléon Bonaparte qui, après réchauffourée de Strasbourg et sa déportation en Amérique, était revenu s*établir à Londres , essaya-t-il une teotatiye à main armée à Bonlogne-sar*Mer et, le 16 octobre, un nouvel attentat fut commis contre la personne de Louis-Philippe» par un nommé Darmès, près du pont Louis XVI. — L'entreprise du prince Louis, avortée aussitôt que commencée, conduisit ce malheureux jeune homme devant la Cour des Pairs qui le condamna, le 6 octobre, à un emprisonnement perpétuel dans une forteresse, et il fui enfermé au château de ilam. — L'instruction sur Tattentat de Dermes, également confiée à la Cour des Pairs, fut d'autant plus longue que ce misérable » brutalement fanatique et sorti de la dernière classe du peuple, semblait appartenir à Tune des sociétés secrètes dont on voulait pénétrer la profondeur et les projets. U fut, plus tard, condamné à mort. — Une tentative d*émeute» sous couleur de coalition d'ouvriers , s'était aussi manifestée dana les
deraiers jours d'août; toutefois, rémeute n^avaît point éclaté el s'était dissipée devant un développement de forces militaires considérable, sur un plan nouveau de stratégie spéciale combinée, disaiton, par M. le maréchal Gérard st C|tti eut un succès complet.
Mais toutes ces crises extrêmes et réitérées, dans l'espace de huit mois, avaient épuisé le ministère du V mars, et le 29 octobre il fut remplacé par un ministère nouveau que présidait M le maréchal SoultiOt auquel on appela M. Giiisot, alors ambassadeur ^u Angleterre. La présence de M. Guizot dans ce cabinet senxblait compliquer la situation ministérielle déjà si embarrassée. Cet homme d'État avait fait partie de la coalition q«i avait attaqué le ministèrft du 1 5 avril (M. MoIé); tardivement employé par le ministère du 12 mai qui l'avait envoyé à Londres,, il était resté uni au cabinet et à la politique de M. Thiers, et avait accepté, au moins tacitement, le traité du 15 juillet qui était la cause principale de la chute du V mars. Ce n^était donc pas sans étonnement qu'qn le voyait paraître , comme ministre des affaires étrangères, dans le cabinet du 29 octobre- et sans difQoulté qu'il pouvait s'y mainteonr vis-à-vis de M. Thiers et de ses amis qui regardaient M. Guizot comme un défectionnaire et voulaient faire retomber sur lui toute la responsabilité des événements d'Orient, tandis que M. Guizot essayait de reprendre son point d'appui chez les doetrinaires et les conservateurs de la Chambre (centre et centre droit) auxquels il cherchait à faire oublier la part qu'il avait prise dans la coalition.
Att mHiett de toute oetté confurion de partis et de fallB ,« il était indispensable de savoir, au plus tôt, de quel cM se rangerait la majorité parlenientaire. Le nouveau ministère se hâta donc de convoquer les Chambres. Le discours d'ouverture de la session faisait; bien eoteddic, moBtieii de tous les événtments survenus depuis la session dernière et I'àojibsse, en réponse à ce discours, devenait le premier terrain sur lequel devait se livrer le combat. — La discussion dora plasieors jours à la Chambre des Pairs et M. de Dreux» Bfézé^pebdaDideuK sénaces eonséoutives, traitai oonme ou va le voir, les grandes questions d'Orient et d'Espagne.
<V MessieurSi « Dans les cireonstaDcçs graves où nous sommes^
le premier devoir de celui qui parié et de ceux qui récoutent est de se dépouiller de toute préoccupation de parti; quant à moi, je me croirais bien coupable siy à la vue des périls qui nous environnent, je venais faire ici une opposition systématique.
« Jamais de plus grands intérêts ne furent discutés à cette tribune ; la France entière Ta compris : son avenir et son honneur sont également en question.
ff Un fait immense s'est accompli depuis la dernière session. La France n'a plus d'alliés en Europe, et les grandes puisssfnces se sont unies dans des intérêts et dans un esprit contraires au nôtre. Un traité précurseur du partage de l'Orient a été conclu.
or L'alliance anglaise, sur laquelle le gouvernement de juillet avait fondé tant d'espérances depuis dilc années, s'est trouvée rompue, tout à coup , sans qu'aucun acte dé notre part ait provoqué cette rupture. Une amitié feinte s'est changée en une hostilité manifeste ; on* nous exclut des conseils des rois et des délibérations qui intéressent le sort des empires; on nous traite comme ces paissanoes dif second ordre qu'on ne daigne pas admettre dans les congrès. Pour la première fois, la France se voit piîvée de la part d'influence qui lui appartient dans les affaires du monde.
a C'est là une atteinte à la force morale de la nation; car la force morale d'un peuple consiste tout entière, dans l'opinion que les autres ont de lui; et quand cette force morale n'existe pas, la force matérielle est bien près de cesser d'exister.
« J'aurais diono comprû, quand le trak^ du i6 juUiet a élé' conclu, qu'on eât demandé satisfac* lion d'une pareille injure, quelles que fussent les conséquence d'une semblable demande; car, pour la France^ l'honneur n'est pas seulement le premier des sœtiments, c'est encore le premier des intérêts. Chez nousy tout est perdu quand l'honneur est entamé, rien n'est perdu quand Thonneur est intact.
« J'aurais compris encore que, s'autorisant du traité de Londres conclu sans nous, on eût occupé les places fortes de la Belgique, pris position sur le Rhin et tu pied drs Alpes, donné l'ordre à notre flotte de se rendre sans dâai à Alexandrie au lieu de la i^^ueràNapoli. Si une semblable détermination eût compromis la paix (et il est permis d'en douter), elle aurait eu cet immense avantage, de ne pas amener une guerre de propagande , mais une guerre nationale , une guerre légitime; car, lorsque chacun tend à s'agrandir autour denousetsans.nous consuller^ nous avons le droit de prendre nos roesureii sans consulter ceux qui nous excluent deleurs conseils.
« Par cette marche ferme et énergique, la France était avertie et savait pourquoi elle pouvait se trouver entraînée dans les chances d'une guerre générale. Elle aurait vu , clairement , le but de l'action dans laquelle elle était engagée. Si telle avait été la conduite du Gouvernement, je le déclare. Messieurs, il n'y a pas un Français, à quelque opinion qu'il appartienne, qui n'eût soutenu de ses biens et de' son sang une résolution aussi grande, aussi nationale.
« Dm deux pBrtis qiie je Tiens d'indNfiMr , le ministère passé n*cn a pris auctm et Ton' ne peot assez s'étonner de l'aveuglement profond qui a régné dans sa politique. Sanadoute, depuis r63o^ la posi^ tion faite à la France au dehors est difficile ; mais l'inconsislance da dernier cabinet Ta simgoltèreaicnl aggravée ; non*seulement il a^ par une inexpUcaUe politique, compromis nos intérêts à l'extérieur, mais la fausse direction donnée à l'esprit public a causé la déplorable complication du sentiment natioaal et des passions révolutionnaires. C'est là une fauttf dont les suites funestes sont incalculableSi J'y revien* drai plus tard \ examinons d'aborçl la marclie suivie dans les négociations.
a Ni le cabinet du i5 avril , ni celui du la mai n'avaient fait faire un pas à la question d'Orient ; les négociations traînaient en longueur et semblaient devoir la laisser longtemps dans le même état^ lorsqu'elle changea subitement de face sotts le ministère parlementaire. I^ France ayant déclaré, par l'organe de son ambassadeur^ que des considérations de divers genres lui interdisaient de prendre part aux mesui^es coërcitives contre Mehemet-Ali ( i), quelk rCiwaU au reste rien ù objecter contre larronflement que les quatre puissances cliercheot à faire adopter à Méhémet*àli| si le pacha y coa* sentait^ les quatre puissances se décidèrent à agir sans le concours de la France.
(f) Mémorandum (Timecoinnitmîcatîoil à faire k l'ambassadeur de France à Loadra^ de k {»arl 4s lord P«laMi«l9n (c j juiUel)*
ff lie memomndum do a^ jvUiat^ de nMre mbUas •* saéevr à lord FaliBersloiii tool en fiaiMUt des obeet» vMÎDfift gÉbéralesaur le tmt«, ne contient rien* oependant qm fusemble à «ne proieststion.
a Les deux phrases suivantes., les plus signifiai*^ tifcs. dm mémorandum, sonir on téaaoignage de ce que j'avance. Yoicî ces deux phrases i. « Jugeant 1» question du point de vue de riolérét génial ^ la France a oonsidéré eomme mal conçus tous les projets qui avaient pour but. d'arracher à Mébëmet- AUy par la força des armes^ lès porlions de l'empire turc qu'il occupe actuellement. » Et puis cette antre phrase : - fi t^ France ne omit pas cela bon pour le sultan^ car on liendrait ainsi à hii donner ce qu'il ne pourrait ni administra ni cons^-ver ; elle ne le croiipas bon non plus pour la Wurquie en général et pour le maimien de l'équiKbre européen, car on aflaibUraity sans profit pour lesuxerain, un vassal qui pouraait aider ptnssamoiaut à la conKmme défense de l'empive. Toukfois^ ce n'est là qu'une question de sysième sur laquelle il peut exister beaucoup d'avis drrera. » Telie a Àé la réponse offictelle faite par notre atotbassadenr au traité dti ifi juiiler.
ce Tandis que les choses se passaient ainsi à Londres^ le Goifveniement répcmdait à Paris au traité d'une tout autre manière.
« Dés armemcfits étaient ordonnés dans tout le royaume ; les ports^Ies places forces mis en état; tous les contingents disponibles appelés sous les armes et, chaque malin, le Moniteur contenait des
ordotiMnces qui semblaient indiquer une gueirre imminanie. Les fortifications de Paris furent arré* lées ; Taveoir financier engagé sans le ciuicottrs cLbs Chambres pour plusieurs centaines de millions et les feuilles ministérielles , jelianl à Tunantmilé un cri de guerre, approuvant toutes ces mesures prises d'urgence, la France dut se croira à la veille d'une confiagration générale*
« Sur ces entrefaites^ parut le niemorandum de lord Palmerston du i i août : il est rexplicaiioa bis* torique du traité du i5 juillet; il n'ajoutée! il u'èle rien à ce traité.
cr Mais il résulterait de ce memoranduoi que la politique de notre Gouvernement n'a été «li franche ni habile ; qu'après avoir concédé le principe du traité, on a misérablement soulevé des difficultés sur ses conséquences; que notre isolement ^a été le résultat deTindéciâion et des&utes du cabinet français.
«r La France, au lieu d'avoir une politique qui lui fât propre, s'est fait une politique égyptienne. On a constitué le pacha arbitre souverain de nos déoi* sions ; on a voulu connaître, avant de répondre aux communications de la conférence, l'avis de^Méhémet-Â.li.
<c Messieurs, je vous le demande, est*ce l'attitude que devait prendre notre cabinet? Devait-il, même avec le désir de servir de tout son pouvoir Mébémet- Ali, suboi*donner nos intérêts et notre volonté au bon plaisir du pacha?
ff Si l'intérêt finançais exigeait le mainlien de la
dommalton égyptienne ee Sy lîe , ëtait^il ide • noire dignité, avant de répondre a la conférence, de prendre conseil de personne, mémede Mébémèl^Ali?
<f Ce manque de dignité dans notre politique a enliardi celle des quatre puissaoeès et aujourd'hui, siMéhémel succombe, il nous accusera de sa défaite. U nous reprochera d'avoir empêché Ibrahim de. passer le Taurus , après la bataille dn Nésib, et d'avoir encore, par nos conseik, suspendu sa marche dans ces derniers temps.
« Nous recueillerons les dédains de l'Europe et la haine des populations musulmanes.
«Avant trois mois peut-être, nos envoyés à Alexandrie seront reçus, comme le fut naguère notice ambassadeur en Espagne, au cri de Mort aux Frann çais.
# Je reviensà 4a suite de l'examen des négociations.
tf Le mémorandum du 3 octobre de l'ancien président du Conseil, en réponse à celui du vicomte Palmierston, est,- comme le premier, entièrement pacifique; on n'y trouve aucune protestation serieitse, aucune vue claire qui pourrait fixer l'avenir. C'est une pièce sium conclusion et qui n'indique nullement l'attitude que prendra la France en cas d'exécution du traité.
ff Enfin^ dans lepost«4criptum kee mémorandum^ connu sous le nom de note du 8 octobre , après avoir insisté sur la nécessité de maintenir le pacha dans ses possessions actuelles, M. le président du Conseil dit:
c Dm8 ««tteconvietÎMi ^ la Pnosœ j *M9f» dérin- « téresséedans la questlea-d'Orwiit que les qoMfe 4; paifisanoes «|m ont signé la procoeoie du 17 aep- « tembro, ae'croit oUifée de dédafer que la déa chëaitee du iicet4*oi ^ mise à exëeutimi , serait k « aea yemx une atteinte à l'équMibre génëral . Oit a pm a li^nrer auK diances de la guerre actueUement miga- « gée la question des limites qui dmvent séparer en « Syrie les possessions du sultan et du vtee-«tM d'E* a gypte; mais la France ne saurait abandonner à de « telles chaf»ces Texislenee de MéhémeC'-Alî: comme « prince vassal de l'eaapire. Quelle que soit la limite « territoriale qui les «épareva par 'Suite ^des é^éoe* « iwents de la guerre^ leur double exislenoe eat né» « oessaire à l'Europe^ et la France ne saunât ad» a mettre la suppression de Fun ou de l'autre. »
« Pour la première fois^^ le langage du mtnialère oomaKQce à être un peu plus mtelligible; en réduisant la question à la seule hérédité de TEgyp^, il annonoe icipiicitement qu'il interviendra par les armes, si eette hénédilé n'est pas accordée. £b un mot, il fait de t'iiérédité de l'Egypte un ^s de guerre.
« Ce caa de gueme f laraissait avoir disparu par la dépêche adressée le i5 octobre par loid Paimerston à lord Ponsonbyi lorsque nbus eat anivée, il y a quelques jours, la véponsedu gouven^enaent an* glais à la note du 8 octobi««
« Cette réponse, blessante dHis sa forme, par Tiffo- -me dont elle est empreinte^ devait étne regardée comme une fin de non-recevoir opposée par \\
gletarre à (oQieft les 4eoiamles tfvie nous pourrions faire en faveur de M^hém^iUi,
. K Toutefois I les npuveiles «pporiées hier soir par lea journaux anglais indiqueraient que les autres puissances se sont loontrëc» moins hostiles au pacha quenotre uicieniie alliée, et que dans ce moment elles seraient disposées à se p<irter médiatrices entre le sullao et Mébémet-Ali.
« Le gouvernement britannique refusait d'ad* mettre en principe la nécessité de l'existence de la puissance égyptienne; il seréférait uniquement^ datis sa réponse du a novembre , à la décision du sultan ; il laissait planer l'incertitude sur les résolu tî<His ultérieures de la conférence et de la Porte Ottomane , afin que les événements pussent suivre leur cours sans opposition.
c C'est l'Angleterre à la vérité ^ et non pas le sultan , qui a pris Beyrouth , insurgé la Syrie ; nuiis , n'ayant agi que par la volonté du sultan, elle ne von* lait^ prendre aucun engagement dont on put inférer que les puissances coalisées s'arrêteraient dans l'exé- Cttiion du traité.
« Cet amour subit ,oe respect de l' Anglelerre pour la légitimité du sultan, lorsque, depuis cinqmmte ans , elle a applaudi à la destrucikm d'un si grand nonbifs de gouvernements légitimes, sont aussi sia« eères que son désintéressement dans les affaives d'Orient.
«r Dans ces eirconstanees^ il me sera permis de det»tnder an nonvesm ministère si, en cas de refus de
la Porte de conserver à MéhémeUàli le paobalik d'Egypte héréditairement y la France soutiendra Me* hémet ? Je serai sobne d'interpellations ,. car je ne veux pas embarrasser la marche du miniatère ; niais je le prierai de vouloic bien répondre d'une manîèfe précise à la question que je viena de lai adrener.
« Pour compléter cet historique de la marcha suivie par le cabinet français , je dois rappeler la missioji qui Tut confiée à un de se^ agents diplomatiques qui alla conseiller à MéhémehÀli de se désister d'une partie de ses. prétentions.
« Vous savez que c^s concessions, accordées par le pacha à la demande du gouvernement français, furent portéesau sultan qui les déclara insuffisantes, et que les puissances ses allijées répondirent à ortte démarche par le bombardement de Beyrouth , suivi plus tard de la prise de Seyda , de l'insurrection de Ja Syrie et de la défection de l'émir Beschir ; dès lors, se sont évanouies les espérances que le ministère avait pu coucevoir d'arrêter, par des négociations, les conséquences d'un traité quil subissait , tout en déclarant à la France , par ses journaux , qu'il le considérait comme attentatoire à nos intérêts et à notre honneur*
ce Si, maintenant, l'on met en regard les manifestations du Gouvernement à l'extérieur et la oonduîle suivie à l'intérieur; si on rapproclie les phases di^ verses par lesquelles la question orientale a passé , on ne saurait trop s'étonner, en .présence des déclarations officielles de M. le présidmitdu Conseil, qu'il
'p€Hi6$lil ses -annements avec une telle vigilear.
cr Quedisaieni les puissances s^nataires du traite du i5 juillel? Qu'elles voulaiefit terminer le conflit qui pèse^bpuîs tant d'aûnées sur TOrient, en rëdui* 8001 Mébëtnet-Ali à l'hérëditë de l*Eg;pte et à la partie méridionale de Isi Syrie , avec la forteresse de SaintJeanKl*Acre ^ viagèrément.
« Ces propositions n'ont point paru acceptables au cabinet français , puisqu'il n'a pas voulu adhérer au traité iipani sa conclusion ; il l'a trouvé contraire à notre honneur et à nos intérêts , puisqu'il a t^nforcé l'armée , la marine et engagé, pat* ordonnancesi des centaines de millions.
« On avait toutes les apparences, à l'intérieur, de vouloir s'opposer par la force à l'exécution du traité, tandis qu'on marchait, au dehors, de Concession en concession.
<v Le Gouvernement a refusé de prendre part aux négociations, parce qu'il trouvait les conditions faites au pacha trop dures. Il a, par \eA mêmes motifb, refusé d'adhérer au traité lorsqu'il a été conclu. Il trouvait, sans doute, que l'hérédité de TEgypte et la possession viagère du pachalick de Saint* Jean* d'Acre étaient insuffisantes. Et, cependant, que voyons-nous tout à coup? — M. le président du Conseil qui, par l'adhésion au traité , aurait pu conser* ver à Méhémet-Ali le pachalick de Saint-Jean<i'Acre, semble y renoncer ensuite ^^il abandonne la Syrie aux hasards de la guei^re, et se contente de l'hérédité de l'Egypte! — Dès lors, n'y aurait-il pas eu tout à ga-
gner et pour nous,, el pour le Pacba ^ à signer le traité? — T^a question vidée de cette façon, nous n'avions pas besoin d'armer et nous aurions épargné a notre diplomatie une déplorable attitude.
« En définitive , chose étrange! on s'est isolé des quatre puissances parce qu'elles offraient au Paeha un territoire plus considérable que celui qu'on demande maintenant ;
a On s'est détaché des signataires du traité parce qu'on i>egardait ce traité comme contraire à nos intérêts et, aujourd'hui, on se contente^ pour le pacba, d'une part infiniment moindre que celle qui lui était accordée par cet acte diplomatique!
« Cette conduite., mélange de forfanterie et de timidité, est inexplicable.
<x Qui ne gémirsat, profondément, del'abaiBsement dans lequel elle nous a placés ? On se relèvera difficilement de telles atteintes par des notes diplomatiques. Je le dis à regret , mais hautement , parce que c'est la vérité : il faut des batailles gagnées pour effacer de pareils souvenirs !
a On a voulu contenter l'extérieur par des concessions et l'intérieur par des armements ; on a menacé les états monarchiques de propagande , et les traditions d'un autre temps ont été invoquées pour favoriser, dans les provinces, l'attitude guerrière du cabinet ; on a cherché à couvrir les dépenses exorbitantes dans lesquelles le pays se trouve engagé par les mots de dignité et d'honneur national , et personne ne s'est trouvé, li, pour blâmer des opérations qui.
sous le régime constitutionnel , île doivent se faire qu'avec le consentement et en présence des chambres.
« Si on se reporte^ maintenant, à une époque anté* rieure au i^' mars , on trouvera dans les pièces officielles ^ efitre autres , deux propositions formelles! i^DUe, faite par la France; l'autre, par le cabinet anglais ; -^ aucune des deux n'a été agréée par lés cabinets respectifs.
ff En septembre 1839, le comte Sébastiani proposa, officiellement, le plan du gouvernement français pour la pacification de l'Orient. Ce plan était que Méhémet-Àli fût gouverneur héréditaire de l'Egypte et de toute la Syrie et gouverneur à vîê de Candie, en ne restituant autre chose quel* Arabie et le district d'Adana. Ces propositions ne furent point adoptées; aussi, n'en parlé^je ici que pour montrer quelles immenses concessions ont été faites, depuis un an, par le cabinet français f pour les bien comprendre, il suffit de rapprocher ce plan, qui était alors sérieux, au post-^criptum ou mémorandum envoyé ^ le 8 octobre, par l'ancien président du Conseil.
« Le cabinet anglais , de son côté , fit également une proposition à notre Gouvernement. Elle a cela de remarquable qu'elle aurait empêché la conclusion du traité du i5 juillet et entièrement paralysé l'influence russe dans la question d'Orient; — le cabinet français en a approuvé- la pensée , mais il a refusé de contribuer à sa réalisation (i).
«c Voici quel était ce plan : Lord Palmerston pro^
(1) Mémorandum de M. Thiers, 3 octobre.
posa à la France , au nom de son chbinet , de réfmir deux flottes, Tune anglaise , ratilre française ; de les diriger vers la c6te de la Syrie; d'adresser une sommation aux deux parties belligérantes , afin de les obliger à suspendre les hostilité ;- d'appuyer celte sommation par des moyens maritimes , puis de réunir les deux flottes et de demander à la Porte Ven^ trëe des Dardanelles ou de forcer ce célèbre passage, si la lutte entre le pacha et le sultan avait amené les Russes à Constantinople.
ce Un pareil arrangement ne tranchait pas, à la vérité, la question d'Orient; mais il prévenait le quadruple traité, laissait à la France son influence légitime dans la difficulté et, de plus, il avait Timmense avantage d'écarter les Russes de Constanti* nople. Quels étaient les projets ultérieurs de la Grande-Bretagne en faisant à la France cette proposition? Je l'ignore; mais toujours est-il queje simu* lacre d'alliance qui existail, alors, entre elle et nous n'aurait pas été rompu, et que nous n'aurions pas eu, pour adversaires, les puissances que la Russie a su si habilement réunir.
« Ainsi, toutes les époques des négociations qui se rattachent au conflit existant, entre le sultan et le pacha, présentent les mêmes caractères d'irrésolution. Il ne faut pas s'étonner, dès lors, que les dédains et les prétentions des puissances aient grandi dans la proportion de notre isolement et de notre abnégation.
« Il résulte, de cet exposé des négociations, que le
ministàre a commencé par subir l'injure, tout en déclarant qu'il la ressentait; puis, ensuite, qu'il n'a cessé d'envoyer ses agents diplomatiques à la suite des armées qui entraient en campagne, afin d'arra* cher, soit à Méhémet-Ali, soit au sultan, quelques concessions qui pussent empêcher l'exécution du traité: — comme si l'insulte faite à la France et l'isolement dans lequel elle était tombée n'auraient pas subsisté, quand bien même le vassal et son suzeraiq se seraient réconciliés !
<c Qu'est-il arrivé de cette politique?
' a A l'extérieur , nous avons laissé bombarder Beyrouth et envahir la Syrie, A l'intérieur, nous sommes restés dans l'incertitude entre les idées de paix et de guerre et, aujourd'hui, les inquiétudes d'un peuple généreux nous menacent d'une irrita-» tion qui peut servir les passions les plus funestes.
« Que de fautes ont été faites dans la voie où l'on a marché ! Je n'insisteiai plus sur le langage insignifiant de ces mémorandum j de ces notes diplomatiques dont il faut torturer les phrases pour y trouver un sentiment français; mais je dirai que les ar* mements qu'on a ordonnés n'ont eu aucun but aux yeux de la France et que les fortifications de la capi* taie, qui contrastent avec les notes pacifiques du dernier ministère, ont éveillé des craintes de despotisme et donné l'idée d'une guerre défensive contraire au caractère et au génie du peuple français qu'il faut toujours porter en avant quand on veut assurer la victoire.
« Quelles que soient les mesures que prendra le ncHiveau cabinet, la conduite équivoque et p«»îlla* nîme de l'ancien ministère laissera des traces pro« fondes et causera des dommages incalculables à la France. Ces dommages de plus d'un genre sont, a certains égards, irréparables. Lors même que la paix serait conservée, notre isolement n'en subsisterait pas moins; car ce ne seront pas, apparemment, les puissances qui nous ont enlevé notre unique alfiée qui pourraient à leur tour nous offrir des alliances durables et s<^ides.
« Les divm'S faits qui se rattachent à la politique et à la situation actuelles peuvent se résumer de la manière suivante :
« L'alliance anglaise, la seule qu'ait pu contracter le gouvernement de juillet, ébranlée à jamais; car, alors que, par de nouvelles concessions, on parviendrait à la renouer, elle est ruinée dans l'opinion des peuples ;
a La France isolée au milieu des puissances de l'Europe qui semblent la menacer et qui règlent des intérêts européens sans son concours ;
« Le trésor obéré et les ressources futures engagées par des dépenses dont on ne voit pas clairement le but et l'objet ;
c L^ passions révolutionnaires ranimées par la presse dévouée à l'ancien cabinet;
<c Enfin, la question d'Orient livrée à une solution violente, solution qui détruit notre infloence dans le Levant, qui y compromet nos intérêts polir
-Mi-
tique» et matérielsi et qui rend la Ruaûe et l'A^gk^ terre arbitres des .destinées du sultan et du vlce-roî d'figypte. .
« Maintenant, que va-t-oq faire? Assistera-t«f>n dans l'inaction au& conséquences successives de.cett^ convention conclue sans nous, et nous demandera*: t-on d'acheter, à ce prix, cette paix de l'isolement qw les puissances nous ont réservée? Notre ancien ambassadeur à Londres, devenu ministre des affaires étrangères, snivra*t-il la politique incertaiDe du cabinet? Le nouveau ministère ne se montreraht-il jaloux d'obtecàr le redressement de nos griefs qu'envers la république Aj^gentine? Pourra-t-il, dans ces difficiles circonstances, maintenir la paix et conser« ver intact le dépôt de l'honneur national qui vient de lui être confié ?
'tf L'avenir nous le dira.
ce Quant à moi, je voudrais pouvoir indiquer, dans une situation aussi extrême, des moyens de salut dans la ligne diplomatique suivie jusqu'à ce jour; mais, je le déclare en toute conscience, ces moyens , je ne les aperçois pas.
(c Dans mon opinion, la France ne pourrait reprendre en Europe, par des voies pacifiques, le rang qui lui appartient, qu'en provoquant la réunion d'un congrès de toutes les puissances. Dans ce congrès, elle aurait à réclamer, lorsque tous les gouvernements, malgré leurs protestations de désintéressement tendent si évidemment à s'agrandir, la révision des traités de i&i 5 et la part d'influence qui
lui appartienfy dans l'intérêt commun de tous les peuples, sur les destinées du nionde.
« J'ignore si, après tant de fautes commises^ la France renouerait des alliances dans ce congrès; mais ce qui me parait évident, c'est que si cette satisfaction ne nous est pas accordée, un peu plus tôt, un peu plus tard, la guerre- est inévitable.
« Puissent les hommes appelés à diriger nos destinées puiser dans le sentiment des dangers publics la force nécessaire pour s'élever au-dessus des causes qui les ont produits ! Puissent-ils, surtout, ne pas chercher dans des mesures d'exception, dans des restrictions à la liberté, le moyen de conjurer les périls de la société ! Ils j périraient et la France avec eux. »
Suite de la discussion sur Padbessb.
a Messieurs,
« Contrairement à l'opinion émise tout à Theure par M. le ministre des affaires étrangères, je pense que les événements d'Espagne nous placent dans une situation plus grave , plus difficile encore que les af» faires d'Orienl: ; car si les fautes commises en Orient peuvent se réparer par une politique plus nationale ou par des succès militaires , la conduile qui a été suivie relativement à l'Espagne nous a créé d'inextricables embarras pour le présent et pour l'avenir. Appelée de tous temps à décider des grandes querelles européennes, la Péninsule ne peut être que notre ennemie ou notre alliée. Quand elle est pour nous, nous sommes forts, même contre l'Europe coalisée; quand elle nous est hostile , notre sécurité est compromise.
« N'oubliez pas , Messieurs , que Napoléon , libre dans ses mouvements depuis le Rhin jusqu'à ta Vistule , vainqueur partout où une armée ennemie se présentait, chancela le jour où il rencontra l'Espagne devant ses destinées.
ce Comme Napoléon , le gouvernement de juillet a cru tout gagner lorsqu'il a pu faire de Bombes un nouveau Valençai. 11 a espéré , par la reine Christine^ tenir l'Espagne dans sa main , de même que l'empe-
--ai*.—
l*ear avait cru se donner la Péninsule par rétabli»sèment de son frère Joseph ; et la fin de ces deux royautés improvisées s'est accomplie aux cris de : mort aux Français !
a De l'analogie frappante de ces deux ailuaiions , il n'est que trop facile de prévoir ce qui arrivera. Aujourd'hui comme alors, l'Angleterre £avoriaera des événements qui , il ne faut pas le disisûnuleri tieaaeat autant à Tancien esprit provincial, profoiidéiiieat enraciné dans les mœurs espagnoles , qu'aux idées révolutionnaires. Qu'elle soit gouvernée par un cabinet wigh ou tory , la Grande-Bretagne se mêlera k ces événements ; elle épousera les mœurs , les habitudes , les franchises , les passions , les haines et jusqu'aux pr^u^s du peuple espagnol; et dès*lors, maîtresse à Madrid comme elle l'est à Lisbonne , elle noua tiendra (même saos être en guerre avec bous) dans une incessante inquiétude sur la sécurité de nos provinces méridionales.
« Qu'on ne suppose pas qu'elle usera de son ii>* fluence pour rétablir l'ordre dans la Péniuaule; elle s'en gardera bien ! elle sait que le jour ou Tagiiation se calmerait, où la lutte des partis u'esislerait pas, kl tradition historique, la situation géographique, surtout l'identité de foi religieuse^ rapprocherait for cément l'Espagne de la France.
« L'Angleterre hérétique, l'Angleterre tyran de l'Irlande , qui engraisse son clergé protestant du sang des catholiques irlaïadais, mais libérrie et démagogue au besoin chcs les autres, aura soin
d'edtrdtenir, dans la Péninsule) la fièvre des rëirolu^ lions; car c'est en fomentant les divisions , en confondant toutes les idées qu'elle obtiendra plus facir^ lement de ce malheureux pays un traité de corn* merce, cette fin dernière de sa politique.
« N'est*eUe pas déjà avec les juntes et son ambas* sadeur ne reste-t^il pas accrédité auprès d'elles? Le parti modéré , qui n'existe plus aujourd'hui que de nom, n'est-il pas celui qu'on appelle le parti français? le parti exalté j le parti anglais ?
ce U est évident que les derniers événements de Madrid ont été dirigés contre la France. Ces cris de : mort aux Français ! répétés de Barcelonne à Cadix ^ ces écrits répandus à profusion , dans lesquds les exaltés se posent en défenseurs de l'indépendance nationale, les faveurs accordées à Espar tero par le gouvernement britannique , le joinr où ce général a fait cause commune avec les hommes du moave* ment , les nombreux officiers anglais employés à son état-major, tout cela n'indique-t^il pas d'où partent les coups portés à la puissance de la France ?
« Je ne me donnerai pas la stérile satisfaction^ de vous rappeler que , depuis six années , je vous ai prédit les événements qui se passent sous vos yeux ; que Tan dernier encore , lorsque le gouvernement se fé^ licitait de l'expulsion de don Carlos , je vous ai dit que 4a chute de ce prince serait le signal du désordre et de l'anarchie. Dieu me garde de tirer vanité d'ar voir prévu et annoncé, d'une manière presque peophétique, les malheurs dont nous sonuoes témoinai
Mais après tant d'avertissenents îiuitiles , j'ai le droit d'aflirmer qu'il fallait être dans une ignorance complète de la situation de la Péaiosute , du caractère de ce peuple, et bien peu comprendre nos vr»» intérêts pour entrer, avec l'Angleterre, dans une alliance qui détruisait l'Espagne monarchique et relevait l'Espagne i*évolutionnaire , c'est-àrdtre l'Espagne anglaise*
«Que si, au contraire, on ne se faisait pasd'illusion sur cette situation , sur les dangers de s'atiier à l'Angleterre, poursoutenir un gouvernement impossible, oh! aloi-s, j'aurais le droit d'accuser, hautement, devant la France les hommes qui l'ont sciemment trompée, qui ont dédaigneusement traité nos prévisions de chimères , qui ont osé nous reprocher de manquer de patriotisme parce que nous refusions de nous associera leur politique* La France peut juger, maintenant , qui , de nous ou de nos adversaires , comprenait le mieux ses intérêts et ceux de son antique alliée ; si ce n'était pas une folie de prétendre régénérer la Péninsule en commençant par fouler aux pieds ses lois fondamentales, en lui imposant une constitution qu'elle ne comprenait pas !
Non , Messieurs , ce n'était pas , quoiqu'on nous en ait souvent accusé dans cette enceinte , par un culte aveugle pour le principe de la légitimité que nous nous sommes tant de fois élevé contre le T{uadruple traité ; que depuis le jour où il a été signé, nous n'avons cessé de vous dire, avec notre noble ami| le duo de Fitz-James : V alliance anglaise est un
mensonge ; mm\é par la cenvictico que l'un et l'autre étaient, inévitabiemeot, fatals aux intérêts français.
tf Je sais que Ton ne manquera pas de me dire : « Nous laisserons l'Espagne à ses désastres , nous dé* daignerons ses menaces , l'anarchie se dévorera elle* même. » Oui , vous pourriez tenir ce langage , s'il y avait la mer entre l'Espagtie et vous ; mais les affaires intérieures de ce pays ne viennent-elles pas, toutes^ aboutir sur notie frontière? Peut-il être iniiiflerentà la France d'avoir, en temps de paix , l'anarchie révolutionnaire pour voisinage; en cas deguerre, une ennemie au lieu d'une alliée sur les Pyrénées? Voilà la question.
<K Or, aujourd'hui ycfbs n'avez que deux partis à prendre , deux lignes à suivre : agir contre la révolution, ainsi que le fit la Restauration, — vous ne l'oseriez pas; d'ailleurs votre situation politique et les principes de votre révolution vous le défendent; — ou accepter les juntes , la dictature d'Espartero , ou de tout autre général auquel la révolution don« nera le pouvoir, comme vous avez déjà été contraints d'accepter la révolte de la Granja.
(f Telle est l'alternative dans laquelle vous a placés l'absurde, le déplorable traité de 1 834- Je me trompe, un autre parti vous est oflert; et l'Angleterre^ si elle était à votre place , ne manquerait pas de l'adopter.
« L'Espagne vous doit un capital de 72 millions dont vous avez, depuis six ans, abandonné lesibtéréts en faveur d'un gouvernement ami.
« Certains que vous êtes que le gouvernement ré-
volutiontiâire de' Madrid ne vous paiera pas celte dette y occupez sans dâai Mahon {ntouvemenf) ; Hi, vous aurez , en cas de guerre avec T Angleterre , un point précieux dans la Méditerranée ; ptiis , hafbîilez et armez les 3o,ooo Espagnols royalistes réunis sur votre froiitière et je vous garantis que, forts de l'appui moral de la France , ils auront promptement rallié autour d'eux tous les hommes intéressés au rétablissement de l'ordre et arraché l'Espagne monarchique à la révolution et au joug de l'Angleterre.
« Mais ce parti est trop hardi pour votre politique et je n'ai pas besoin d'attendre votre réponse pour savoir que vous ne l'adopterez pas ! Or, j'ose l'affirmer, de tous les pointf de notre horizon politique , le plus sombre , c'est l'Espagne ; de toutes les fautes commises depuis dix années, lapins graxe, la plus coupable, c'est celle qui, nous faisant entrer, à la suite de l'Angleterre, dans une alliance qui favorisait ses vues ambitieuses sur la Péninsule, nous a enlevé notre allié le plus sûr, le plus nécessaire.
or Ce n'est pas tel ou tel homme que j'accuse, tel ou tel ministère ; j'accuse, sans exception, tous ceux qui n'ont cessé d'exalter, de prôner comme chefd'œuvre d'habileté le traité de i834. Téméraires qu'ils étaient! ils ont voulu , an moyen d'une constitution imitée de la nôtre , continuer en Espagne l'oeuvre de Louis XIV et de Napoléon, afin de trouver en elle un appui dans une situation nouvelle!
(c La monarchie, l'usurpation et la révolution ont toutes trois suivi la même politique. Louis XIV et
Loui» XYIII ont seuk raussi. C'est que le principe monarchique peut , seul , agglomérer les nations comme leshomroe% tandis que l'usurpation et les révolulions dissolvent les empires comme les sociétés, a Entre nos avertissements et vos actes, la France et l'histoire jugeront. {Profonde sensaiionS)
Par suite de Pexpalsion, du territoire d*Espagne, de Tannée carliste et des partisans de Charles Y dans les provinoes basques, près de trente mille Espagnols , de toutes ooadhioBS, s'étaiest réfii^;îés en France après la trahison de Maroto et la convention de Bergara. Les Chambres avaient alloué un crédit pour que des secours luisait distribués à ces malheureux réfugiés et des souseriptioiis avaient été ouvertes, dans presque toutes les villes, par les royalistes français, pour leur procurer aussi des secours de toute nature : habits , argent et travaux. — Le crédit législatif étant tout à la fois insuffisant et onéreux, le Gouvernement français avait engagé le gonvernement espagnol , sous la régence d*£spartero , a proclamer une amnistie qui permtt-aux réfugiés de rentrer dans leur patrie et qui soulageât la France du fardeau des subsides. — L^aoïnîstie fut accordée, mais avec de telles restrictions et de telles oonditions que peu de réfugiés pouvaient s'y fler et en proGter, et que le ministère français fut obligé de demander la prolongation d'un crédit de secours de 700,000 fr. en leur faveur. — Cette demande renietlait sur le tapis les causes et les effets de la révolution d'Espagne et du traité de la quadruple alliance. — Elle donna lieu , pendant trois séances , à une discussion dans laquelle M. de Drenx-Brézé parla ainsi:
tf Je n'avais nul dessein de prendre la parole dans cette discussion; j'avais, même, le dessein de ne pas la prendre; car ayant dû m'expliquer, réceranient, à l'occasion de la discussion de l'adresse, sur la déplorable situation faite à la PYance dans les affaires d'Espagne, je ne voulais pas fatiguer la Chambre .de mon incessante opposition sur cette question. Mais je ne saurais laisser sans réponse le discours que vous venez d'entendre. Puisqu'on a passé sous
silence l'amnistie accordée aux réfugiés espagnols par la régence de Madrid, je ne puis m'erapécher de dire un mot sur cette prétendue amnistie.
« Est*ce un acte de réconciliation et de clémence,
Messieurs, que celui qiii commence par exclure les géîiéraux, les officiers, les prêtres, les employés civils ayant servi dans les rangs de don Carlos et impose, aux simples soldats^ un serment qui répugne à leur conscience et blesse tous leurs sentiments?
« Non, certainement! ' « Si la régence de Madrid avait eu Tinteiition loyale et sincère d'ouvrir l'entrée de leur patrie aux Espagnols réfugiés sur notre frontière, elle aurait procédé d'une tout autre manière; elle se serait contentée , sans les humilier , sans leur faire vio« lence, d'exiger simplement d'eux des garanties d'ordre. (Marques d'assentiment.)
« L'amnistie, accordée par la régence de Madrid^ n'est autre qu'une loi des suspects, semblable à celle des époques désastreuses de notre première révolution, et qui permettra à la régence de traiter, ultérieurement , avec une plus grande rigueur ceux qu^elle veut atteindre. Fidèle aux exemples et aux traditions révolutionnaires, Espartero ne viole-t-il pas , déjà , envers la Navarre , ses promesses les plus solennelles, ses engagements les plus sacrés? Ne metil pas au néant , de sa propre autorité , la convention de Bergara ?
«Aussi, les soldats espagnols ne profiteront pas de l'offre qui leur est faite; ils se refuseront à prêter le II. «
serinent qu'on leur demande, à se séparer de leurs officiers;, dès lors, je ne vois aucune eq>éraiice de faire diminuer les loifrdes ch^es que noua impo* sent les réfugiés, (Mouvement*)
« Loin de se féliciter de cette préteodue aieaare de clémence, le Gouvernement aurait dà adraasar à la régence de sérieuses représentatioi)^ sur celle amnistie hypocrite qui n'aura d'siutre portée que d'établir un plus grande division- entre les diffiiwits partis qui partagent r£spagne« MaiS| à Madrid comme ailleurs, nous^sommes impuiasanis et aos avis ne seraient pas écoutés I
« Dans cette situation, le ministre déclare qu'il ne veut intervenir, ni directement ni indirectenimly dans les affaires d'Espagne. Son langage aurait plus de vérité s'il disait qu'il est, aujourd'hui, dans l'im* possibilité de le faire.
« Certes, lorsque le Gouvernement françab signait le traité de la quadruple alliance ; lorsqu'il atsiaiait la révolution espagnole en lui prélaM leseeoursde la légion étrangère, il n'avait pas réncncé, apparem* ment, à influer sur les destinées de la PénÎMule.
« Mais, de ces actes, il est arrivé ce que aies amis et moi nous n'avons cessé de vous répéter, à savo^ : qu'en favorisant l'abolition de la loi saltque « le* changement dans l'ordre de succession, notre influence en Espagne a disparu pour fiure place à odle de l'Angleterre , et que nous avons élevé une puiasance ennemie, là où il nous importe tant d'avoir un allié. — V(Alà la vérité; et, si le ministère ne peut pas la
dire, il est nécessaire que la France la connaisse. — Les difGcultés qui ressortent^ pour nous, de cette situation s'accroîtront par le différend qui vien.t de s'élever entre le Portugal et le gouvernement de Madrid ; et le litige survenu entre ces deux États, relativement à la navigation du Douerp, sera, pour l'Angleterre, un nouveau prétexte de ^'immiscer plus profondément dans les affaires de la Péninsule.
« Si au lieu d'être isolés en Europe, nous avions des alliés ; si nous étions placés chez nous, relativement à l'Espagne, dans d'autres conditions, il aurait pu entrer dans notre politique de profiter de cet iqcidei^t inattendu ; mais le cercle d'impossibilités ^i nous enlace, nous rendra contraire un événement qui pouvait servir nos intérêts. [Approba^ tion. )
ce En aidant, en encourageant l'Espagne à briser son passé avec ses traditions historiques, nous l'avons conduite au désordre, à l'anarchie, à la ruine.
« J'apprécie et j'honore, autant que personne, le progrès de la civilisation et des institutions ; mais je redoute, pour les^ peuples, ces constitutions improvisa^, en qvielques séances législatives, qui ne tiennent aucun •compte des réalités historiques et nationales, qui n'ont de racine ni dans les idées, ni dans les faits. Le peqple auquel, on impose une semblable constitution, auquel on dit qu'elle est son ouvrage, se dit a/ion tour qu'il peut la défaire ; et comnie ces institutions factices n'ont pu avoir, à leur origine, l'unanimité de la nation, elles ont contre elles les
partis qui n'attendent, pour la détruire, que de se trouver en majorité.
a L'£spagne, rompant avec tout son passé, a voulu avoir une charte toute neuve : elle peut Ymri maintenant, ce que valent ces ohartes-là.
« Beaucoup de gens s'étonnent des malheurs de la Péninsule et se demandent comment un si beau pays marche si rapidement à sa ruine? Pour ma part, Messieurs, il n'y a rien là qui me surprenne : tout ce qui arrive à l'Espagne était clairement écrit dans le principe et dans Forigine de sa révolution.
oc En secondant cette révolution , les diiTérents ministres qui se sont succédé chez nous, nous ont créé des difficultés, présenté d'immenses embarras dans l'avenir. À l'alliance des deux maisons régnantes d'Espagne et de France, sur laquelle reposaient les intérêts des deux peuples, ils ont substitué une alliance basée sur la similitude des formes de gouvernement, comme si la similitude des formes de gouvernement n'était pas plutôt un objet de rivalité qu'une garantie de la pureté de l'alliance.
ce L'Autriche n'est-elle pas alliée de TAngleterre depuis cent cinquante ans? La Porte ne fut-elle pas l'alliée de la France pendant le même nombre d'années? Et cependant, à coup sûr, il n'y avait aucune ressemblance dans les institutions de ces différents États !
« La Grande-Bretagne a profité de cette faute pour nous supplanter en Espagne, et si (ce qui malheureusement n'est pas improbable) nous avions une
guerre sur le Rhio, TAngleterre nous attaquerait sur les Pyrënées.
«c Voilà le résultat de noire adhésion si vanlée au traité de 1 834 ! Toilà le résultat d'une politique qui a consisté à sacrifier nos intérêts réels, nos intérêts constants, nos intérêts de tous les temps, aux intérêts passagers créés par les événements de i83o!
te Je neveux pas en dire davantage , aujourd'htii ; mais je ne saurais trop recommander à MM. les ministres de prendre en sérieuse considération les observations pleines de justesse qui viennent de lui être présentées par mon ami, le duc de Noailles. Il est certain que, si le Gouvernement se contente de laisser les événements d'Espagne suivre leur cours, nous sommes menacés de voir régler sans nous , comme en Orient, des intérêts qui nous sont encore plus chers.
a Prenez-y garde, monsieur le ministre des affaires étrangères, la paix à ce prix, ce serait la honte et la riiine de la YvBxice partout et toujours!
ff Si je me suis particulièrement occupé de cette question espagnole, ce n'est pas seulement, Messieurs, parce que je saurai toujours braver l'impopularité qui peut s'attacher à la défense des causes malheureuses, mais pai'ce que, de tous les points qui touchent à notre politique extérieure, il n'en est pas, selon moi, de plus grande.
a J'y reviendrai , encore, lorsqu'elle se présentera plus naturellement à la discussion . Si mes efforts, si les efforts de mes amis, sont destinés à i^ester im-
puissants, nous n aurons pas au moins a nous reprocher d'avoir, par un coupable silence, par une déplorable complicité, contribué à Tun des plus grands dommages portés à la force, à la puissance et à la grandeur de notre pays. »
M. le comte de Montalembert élève quelques objections sur ce discours de M. deDreux-Brézé qui réplique, aussitôt, en ces termes:
a MbSSIBURS,
<c Nos adversaires, embarrassés de la discussion, ne se contentent plus, aujourd'hui, de combattre mon opinion snr la fausse direction donnée à notre politique dans les affaires d'Espagne ; ils font remonter à la Restauration la perte de notre influence sur les destinées de ce pays. — « Ce n'est pas nous, disent-ils, qui avons accepté le testament de Ferdinand YII ; c'est vous, ce sont vos amis, c'est le roi Charles X qui n'a pas protesté en temps opportun contre le changement dans l'ordre de succession. »
«( Tel est aujourd'hui, si je ne me trompe, et dans toute sa force, l'argument opposé à mes plaintes réitérées de la politique suivie dans les affaires de la Péninsule.
« Aussi franc, envers mes amis, que je veux Tétre en combattant mes adversaires, je ne tairai pas que, dans mon opinion, le roi Charles X fit une faute en ne protestant pas, hautement et sur-le-champ, contre le testament de Ferdinand VII; toutefois,
quand on se r^orte aux circonstances du temps , le silence gardé alors, par la Restauration, s'explique très-naturellement.
K Nous ëtions à la veille de l'expédition d'Alger; la France avait alors grand besoin du secours de l'Espagne pour là fourniture des vivres, des munitions de tout gentie, nécessitées par.cette expédition; puis, il est facile de concevoir que le chef de la maison de Boorbon, avant de faire entendre sa voix puissante, ait temporise.
« Ferdinand VU a changé trois fois son testament ; on pouvait espérer d'obtenir par les négociations qu'il le changerait encore.
a Mais, Messieurs, on se trompe lorsque l'on dit qu'il n'y a pas eu de protestation. Le vicomte de Saînt-Priest , qui était alors notre ambassadeur à Madrid, protesta, sans délai , lorsque parut le testament qui changeait Tordre, de succession ; et s'il ne fut pas soutenu aussi énergiquement que, selon moi, il aurait dû l'être, par les motifs que je viens de signaler tout à l'heure, je ne sache pas, cependaiit, qu'il ait été ni rappelé de son ambassade, ni blâmé pour sa conduite ferme et énergique.
a Mais il y a mieux que cela : la protestation de M. de Saint-Priest ne fut pas la seule. Un prince placé près du trône de France, un prince dont les intérêts de famille se trouvaient particulièrement compromis par le changement de succession en . Espagne, demanda au roi Charles X la permission de protester en son nom privé j et je puis vous cer-
tifier qae celle demande obtint noo-seulement Fautorisation» mais encore l'entier assentiment du roi Charles X.
« Ce prince, vous l'avez tous nommé : c'était M. le doc d'Orléans, aujourd'hui le roi des Français. {MouifemerU prolongé.)
a II est donc inexact de dire qu'il n'y a pas eu de protestation contre l'abolkion de la loi salique en Espagne. Il serait bien plus étrange de supposer que la Restauration aurait laissé l'Angleterre usurper l'influence que la France était appelée à exercer sur l'Espagne. La campagne de j8a3est la pour répondre,
ff Mais aux faits que je viens de rapporter et qui sont connus de plusieurs d'entre vous, permettezmoi d'en ajouter un autre qui, pour être moins connu, n'en est pas moins exact; il vous prouvera quelle était alors l'attitude de notre Couvemement envers l'étranger.
« L'Angleterre, vous lé savez, fut fort mécontente de l'expédition de i8a3. Enhardie par les sinistres prédictions du parti libéral, qui ne cessait d'annoncer que notre entrée en Espagne serait suivie de la défaite de notre armée, elle avait envoyé, à tout événement, un corps de quinze mille hommes à Lisbonne.
« L'expédition , commandée par M. le Dauphin, n'ayant été, en quelque sorte, qu'une marche triomphale de Bayonne à Cadix, le cabinet britannique se trouva fort embarrassé de sa démonstration belli-
qii^use. Qr, M. Canoiog^ qui étail; alors premier ministre ^ viDt.à Paris trouver M. de Villèle et lui dit que, désirant donner à la France et à l'Europe un uémoigoage de la bonne harmonie qui existait entre rÂngleterre et la France, il lui demandait de rap>peler, par un mouvement simultané, l'armée française d'Espagne, en même temps qu'il donnerait l'ordre aux troupes anglaises, débarquées en Portugal, de revenir en Angleterre.
a M. de Yillèle répondit à M. Canning que le roi de France avait envoyé cent, mille hommes en Espagne « parce que son honneur et ses intérêts le « lui avaient commandé; qu'il était seul juge du a moment où il croirait devoir les rappeler. » L'am* bassadeur d'Angleterre, à Paris, revint plusieurs fois à la charge pour faire adopter la demande de M. Canning, et toujours « il lui fut fait la même réponse. »
« Je le demande, Messieurs, la France à cette époque se trouvait-elle placée sous la dépendance de l'étranger ?
« M. Canning retourna en Angleterre , furieux d'avoir échoué dans ses négociations et ce fut, aloi's, qu'il prononça ce discours célèbre dans lequel il faisait un appel aux passions révolutionnaires du monde entier. Quinze jours après, il avait cessé de vivre. On rapporte que le dépit qu'il éprouva des résistances de la France, ne fut pas étranger à la maladie qui amena sa mort.
a Non , la Restauration n'aurait pas souffert le
changement apporté en Espagne dans Tordiie de succession ; non , elle n'aurait jamais supporta que l'Angleterre nous supplantât dans tliifliiieiioe que nous sommes appelés à exercer sur les distillées de ce peuple; non, elle n'aurait pas laissé à ^es portes un foyer de désordre et de révolution.
« La Restauration a été calomniée par ses ennemis, du jour où elle a régné sur la France.
«r Arrivée dans les plus malheureuses ^oîl^constances, elle acmpéché^ par la confiance qu'inspirait son principe, le partage de la patrie.
cr Tant qu'elle a vécu, elle a travaillé à réparer les dommages causés à la France par la dominaiion étrangère, et le succès avait couronné ses effbits ( i ),
a La campagne d'Espagne, la libération de la Grèce, la conquête d'Alger sont des lit^nes impérissables que les passions ennemies ne pat^viendront pas à détruire.
« La Restau ratioii était donc t^oble et ïiève avec les grandes puissances, indulgente et protectrice avec les petites ; maintenant, on fait tout le<30omire.
M. de Fesenzac répond quelques mots aa discoon préoédent, et la discussion est continuée au lendemain.
(1) Voir, page 244, la dépêche adressée à M. le duc de Mortamart, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg.
SbKSiCB DU & JANVIER 18%1.
Vordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de lof ayant pour objet Touverture d*un crédit pour secours aux réfugiés étrangers.
M. LE Prbsidbnt. — La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.
H. GuizOT. -— Je prends la parole pour relever une erreur de texte qui s*est glissée hier dans un discours de M. le marquis de Dreux-Brézé, que je regrette de ne pas voir sur ces bahes. Cet honorable membre a dit, en parlant de la question espagnole :
« Off se trompe lorsqu'on dit qu'il n'y a pas en ée protestation. « Le vleomte de Saiat-Priest, qui était alors liotre aobassadenr à « Madrid, protesta sans délai, lorsque parut le testament qui chan- « geait l'ordre de succession ; et s'il ne fut pas soutenu aussi éner- « fpquement qœ, selon moi, il aurait dû l'être, par les motifs que « je viens de signaler tout à l'heure, je ne sache pas cependant qu'il « ait été ni rappelé de son ambassade , ni btâroé pour sa conduite « ferme et énergique.
• Mais il y a mieux que cela; la protestation de M. de Saint* ft Priest ne fut pas la seule. Un prince placé près du tr6ne de A France, un prince dont les intérêts de famille se trouvaient partî- « culièremeni compromis par le changement de succession en « Espagne , demanda au roi Charles X la permission de protester « en son nom privé, et je puis vous certifier que cette demande ob- « tint non-seulement l'autorisation, mais encore l'entier assentiment « du roi Charles X.
« Ce prince, vous l'avez tous nommé : c'était M. le duc d'Orléans, « aujourd'hui le rot des Français.r^
C'est là un fait inexact, continue M. le ministre ; M. le marquis de Dreux-Brézé a été mal informé. Le roi des Français, à cette époque duc d'Orléans, n'a, en aucune façon, protesté contre le testament de Ferdinand VU. 11 n'a demandé ni obtenu l'autorisation de protester, et cela se conçoit , car M. le duc d'Orléans n'avait aucune raison de protester. Le changement dans l'ordre de successibilité au trône d'Espagne n'attaquait, ne pouvait attaquer ses droits , et quant au
trône de France , un changement quelconque en Espagne ne pouvait ni détruire ni altérer la' renonciatîoii de TEspagne à ce trÀne , renonciation qui subsistait toujours.
Ainsi, je le répète, le duc d'Orléans n*avait aucune raison de protester ; il pouvait avoir une opinion personnelle sur la question , dans rintérét de la maison de Bourbon en général, noaîs encore noe fois, M. le marquis de Dreux-Brézé a été .induit en erreur « et je regrette qu'il ne soit pas là.
BËANGE DU 6 JANVIER 18&1.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu par un de MM. lef secrétaires et, au moment où l'on va passer à Tordre du jour, M. de Dreux-Brézé demande la parole et dit :
« Messieurs,
« M, le minislre des affaires étrangères, en venant contester hier, avec une lu banitë de langage dont je le remercie , un fail que j'avais avancé dans la séance précédenle, regrettait mon absence de la cliaipbre; je regretterai la sienne, à mon tour, lorsque je viens lui répon(^re.
« Et d'abord , Messieurs, je prie la chambre d'être bien convaincue que , loin d'avoir eu la pensée de porter un blànie sur la conduite suivie, en i83o^ par monseigneur le duc d'Orléans, relativement au changement opéré dans l'ordre de succession en Espagne, c'est l'éloge de cette conduite que je prétendais faire.
« Je n'avais pas à ma disposition les mciues moyens que M. le ministre des affaires étrangères pour re^ chercher les traces du fiiit que j'ai signalé; mais, ce que je puis dire, en toute vérité cLsansx^rainte d'élre
démenti par personne , c'est que je ne suis pas le premier qui ait avancé ce fait et qu'hier, pour la première fois, il a été contredit; c'est que, jusqu'à ce jour, il avait dû être accepté par le public comme authentique; c'est que, grand ofBcier alors de la maison du roi , j'ai su , comme tous mes collègues, que le roi Charles X , qui portait à la maison d'Orléans une affection et un intérêt dont je fus souvent le témoin, avait dit au chef de cette famille, en lui parlant des événements survenus en Espagne : « Mon cousin , ces événements vous touchent encore plus directement que moi. »
« Je n'insiste pas davantage , mais je liens à ce que la chambre ne puisse pas douter de la sincérité de mes intentions et de la loyauté qu'en toute occasion je veux apporter à nos discussions.
a J'avais aussi parléde la protestation faite, en 1 836, par ition noble et si honorable ami M. le vicomte de Saint-Priest. Je suis en mesui*e de donner à la chambre , si elle le permet , communication de cette protestation . La voici.
te Ce document n^a plus aujourd'hui qu'un intérêt purement historique , et il n'y a , ce me semble , aucun inconvénient à en donner lecture à la Chambre. «
M. LB PaisiDBRT. — Je crois que cela est étranger à la question.
M. i>E Dredx-Brézé : « La protestation de M. le vicomte de Saint-Priest n'a pas été , précisément ,
contestée ; mais elle n^a- pas cependant été avouée , selon moi, d'une manière assez explicite. »
M. LE Président. — On ne Ta pas contestée ; seulement, oo a M'qifeUe n'avait pas ét^ ayovée par le Goii?ememeDl.
M. LB MARQUIS DE DREux-Biiizi : a J*ai dit que, dans moa opinion » le gouteroemeoL françtts avait eu tort de ne pas souteûirplusénergiquementM. le vicomte de Saint-Priest dans sa protestation ; j'ai expliqué, ensuite, les moti& de cette mansuétude ; je ne les répéterai pas ; mais il en est un qui ne m'est point revenu, alors, à la mémoire et que la chambre, sans doute , me permettra de lui dire. €e fait' est tout simplement'oelui'-ci : c'est qu'à l'époque dent j'ai parlé, la reine Isabelle il n'était pas née ; la reine Christine était enceinte ; par conséquent ^ eUe pouvait accoucher d'un prince aussi bien que d'une princesse, et dans la première hypothèse , la question ne ae trouvait pas décidée.
« Je ne mettrai pas d'insistance à m'oppoaer aui désirs de M. le président ; mais je dois dire que j'ai, dans la main , la protestation de i83o; elle m'a été remise, ce matin, par mon ami le vicomte de Saint- Priest. »
Il serait saperflu 4e r^peler id, laémesoiniiiairenefit, la iiatim et les eonséqnences des différends qui s'étaient élsYés entre le Goa- ▼çmement fran^is et la république Argentine, dans FAmérique du Sud, le discours qu'on Ta lire contenant l'historique de toute cette afbbedoQt la iitttati0n,aaJ«ittd*bai —mai ia4S**-preafvela]aatnse des prévisions du noble Pair, puisque le traité conclu par l'amiral Mackau n'a apporté aucune amélioration réelle dans la position de nos nationaux , de nos intérêts et de nos alliés.
a MsssiEdRS, '
« Avant de tous soumettre lop obi^rvations qui naissent du traité conclu avec la république Argen* duM^ il me semble nécesaaire de rappeler , en quelques inolSf l'hiMorique des f^^iis qui ont précédé ce traité.
« Le rappel des phases diverses par lesquelles a passé notre différend avec cette république mettra la chambre en mesure de mieux apprécier les atteintes portées à notre dignité et à nos intérêts par la conclusion de l'acte diploipatique sur lequel j'appelle son attention,
a Le ministère du 1 5 avril fut)e premier qui donna Tordre à notre agent à Buenos-Ayres de demander réparation des griefs dont nous avons à nous plaiu'* dre. Cet agent n'était alors qu'un vice-consul , gérant par intérim le consulat-général confié à M. Buchet*Martigoy , en remplacement de M. de Vins de Peyssac, qui venait de mourir. Le vice-consul, M. Roger y jeune homme aussi modeste que distin-
giijé y crut devoir Taire pant, à M. le ministre des affaires étrangères, des craintes qu'il éprouvait que sa position secondaire ne fut un obstacle à traiter cette question.
(c I^ ministre des afTaii*es étrangères n'admit pas les observations de M. Roger, et ce dernier reçut Tordre de signifier au président Rosas les volontés de la France.
ce Le vice^ODsul obéit; mais ses démarches ne furent point couronnées de succès. Dès lors, commença le blocus effectué, d'abprd, avec des fqrces insuffisantes qui furent augmentées vers la fin de 1 838.
er La position des parties sur les deux rives de la Plata était alors celle-ci :
ce A Buenos-Ayres, Rosas était dictateur de la Ck>n* fédération argentine. A Montevideo', don Manuel Oribe, président de la république orientale de TUrt^ guay, se trouvait sous l'influence de Rosas et employait, dès lors, tous ses moyens à paralyser TefTet de notre blocus.
« D'un autre côté , Rivera , ex-président à Montévidéo , se trouvait à la tète d'un parti d'insurgés travaillant à renverser Oribe. Profitant de l'appui que lui donnait le blocus ordonné par le gouvernement français contre Buenos-Ayres , Rivera s'approcha avec ses partisans de Montevideo , se mit en rapport avec l'amiral Leblanc qui, de.son côté, lui fournit des munitions et une grande puissance morale en admettant ses troupes à seconder les nôtres dans la prise de Martin-Garcia.
« Fon du concours de la France , .JiiVera force Oribe à abandonner la lutte et à se réfugier sur une corvette anglaise qui le conduit, avec plusieurs de ses partisans, à Buenos-Ayresl
a Le gouvernement qui venait de s'établir à Mon^tévidéo nous devait son existence et nous avions intérêt à le protéger. Sur ces entrefaites , arrive le consul général, M. Buchet-Martigny, chargé de rem* placer M. Roger.
ce A notre instigation, la république de Montévi-^ déo déclara , en i SSg, la guerre à Rosas qui y plus fort que ses adversaires , ' menaçait leur capitale lorsque, su ries sollicitations de M. Buchet-Martigny^ un débarquement de quatrecents de nos marins suffit pour la préserver et donner à Rivera le moyen de repousser Rosas.
a Cest alors que le vice-consul, M. Roger, dont j'ai parlé tout à l'heure , partit pour la France afin d'exposer à notre gouvernement une situation qu'on paraissait ne pas comprendre et demander au ministère un envoi de trois mille hommes de troUpes que tout le monde s'accordait à reconnaître suffisant pour avoir raison des résistances de Rosas.
Ht Pendant que M. Roger venait remplir cette mission auprès de notre gouvernement , les proscrits argentins s'organisaient, avec notre concours, sous le commandement de leur compatriote le général L»*
valle.
«c L'amiral Leblanc , on doit le reconnaître, se-