INTRODUCTION
S 1. — La publication de ce fascicule a subi un retard considérable dû à des circonstances indépendantes de ma volonté. Ayant le vif désir de terminer dans un bref délai ce Recueil des Présages, je ferai en sorte que le troisième fascicule ne se fasse pas attendre. Lorsqu'un choix de textes nombreux et variés relatifs à la divination aura paru, l'on pourra aisément entreprendre une étude complète de la Science des Présages en Chaldée. François Lenormant avait déjà, 1l y a quelques années, porté son attention sur cette littérature peu connue et esquissé d’une manière magistrale un tableau de la Divination chez les Babyloniens'. Mais si remarquable que soit cette étude, elle ne saurait suffire cependant aux exigences de la science contemporaine; quelque utiles que soient les renseignements des historiens Grecs et Romains sur ces matières, ils doivent toujours être contrôlés par les textes assyriens euxmêmes. Car la science des présages qui a été très en honneur dans plusieurs contrées du monde antique, a varié suivant les peuples et les pays’. Ainsi que je l’ai dit ailleurs, mon intention est de donner un essai de traduction de la plupart de ces textes, mais cela ne sera qu’un essai, à cause des difficultés très grandes que présente l'interprétation de quelques-uns d’entre eux. Le style des «omina » est d'une concision extrème; les idéogrammes y pullulent; l'on doit tenir compte des nombreux sous-entendus qui rendent obscur le sens des phrases. Pour remédier à ces inconvénients, les Assyriens nous ont laissé plusieurs commentaires de leurs ouvrages astrologiques. C'est ainsi que pour les tablettes de la fameuse série «St une ville est située sur une hauteur? », les com-
1. Il est juste de mentionner parmi les travaux récents celui de Knudtzon : Assyrische Gebele an den Sonnengott.
2. On a retrouvé en Asie-Mineure des tablettes cunéiformes traitant de l'astrologie qui seront publiées dans les Mémoires de la Mission Chantre en Cappadoce.
3: K 4006 (S3 une montagne élève son sommet » Enuma Sadü qaqgqgadisa i$$ima ; ou bien ce qui paraît moins probable : Enuma mâtu gaggadisa 1$$ima, c'est-à-dire € si un pays est élevé » (traduction peu littérale).
Il INTRODUCTION
mentaires abondent et je ne citerai ici que celui qui a été publié dans le cinquième volume du Recueil du Musée Britannique, V. R. 31. — Lorsque les observations des augures étaient plus difficiles à expliquer et qu'on eût risqué de se perdre dans des conjectures sans fin, les scribes Babyloniens disposaient en marge près du texte des EŸ QE >» c'est-à-dire des « dessins ». C'est ainsi que nous avons pour les pronostics tirés de l'observation du corps de l'homme ou des animaux un certain nombre de textes accompagnés de dessins explicatifs (cf. K 1999).
S 2. — Depuis la publication du Catalogue de Bezold les assyriologues sont d'avis que les documents doivent être étudiés d’après l'ordre de « séries » établi par les Babyloniens eux-mêmes. Il est évident que lorsqu'il est question d'œuvres littéraires comme l'épopée de Gilzamos par exemple, il est indispensable d'agir de cette manière. Mais pour ce qui concerne les documents comme ceux qui font l'objet de ce travail, la publication par ordre de « séries » n'a pas la même importance. Cependant, pour ne pas m'attirer le reproche de publier à tort et à travers, sans aucun plan, j'ai réuni dans ce fascicule la plupart des documents de la série : Enuma Izbu' ; j'ai ajouté également quelques textes appartenant à d'autres familles, mais se rapportant au même sujet. Dans le troisième fascicule qui paraïtra dans un an, je compléterai cette collection de présages par un certain nombre de documents très intéressants qui n'ont pu trouver place ici.
S 3. — Pour arriver à connaitre tout ce qui se rapporte à la mantique, il ne faut pas se borner à l'étude pure et simple des « omina », mais il faut encore embrasser du regard toute la littérature assyrienne. Un grand nombre de cérémonies religieuses? dont les cylindres, les cachets, les pierres gravées, les amulettes nous donnent des représentations figurées, sont encore inexpliquées. Le rituel du sacrifice, qui est une base indispensable pour les recherches sur la divination n'a pas été l'objet jusqu'à présent de travaux très sérieux. Nous ne savons rien des cultes de Shamash: et de Ramman, les dieux du rève, nous ne connaissons pas davantage l'organisation de la confrérie desamélu hal ni celle de la grande association des «sybilles » assyriennes qui jouërent un certain rôle sous les règnes d'Assarhaddon" et d'Assourbana-
1, {sbu : c'est ainsi qu'il faut lire. Del. W. B, page 249 a également proposé cette lecture. Dans Sm 2136 nous avons un nom propre qui commence par /2bu...
2. Omina se rapportant aux cérémonies religieuses, sacrifices, etc. K 4000, K 4018, K 4007.
3. Shamash de même qu'Apollon révélait l'avenir et était le dieu principal de la mantique.
4. IV R3 61, Col, v, 1 41 : & Selutu » == sybille, pythie, d'une racine nb, « être en fureur »; Del. H. W, page 661.