INTRODUCTION
bal. Il est donc indispensable de réunir tous les matériaux et de glaner dans cette vieille littérature les quelques indications qui peuvent nous éclairer sur la divination en Chaldée ; les hymnes, les incantations', les lettres, les textes historiques doivent être mis à profit, et alorsseulement l'on pourra se hasarder à présenter un tableau fidèle de cette science augurale Babylonienne qui fit l'admiration du monde antique.
Ce n'est guère par les prédictions qu'ils renferment: que nous intéressent ces documents, mais plutôt parce qu'ils nous ont conservé un nombre considérable d'observations minutieuses faites par des savants encyclopédistes d'il y a plusieurs siècles. Rien n'a échappé à leur perspicacité ; ils ont décrit dans leurs livres aussi consciencieusement le vol des oiseaux* que les mouvements imperceptibles de l'insecte qui se glisse sous l'herbe des champs ; s'il nous importe peu de savoir quelles étaient les calamités qui allaient affliger la contrée du fait du bèlement anormal d’une brebis, cela nous intéresse en revanche beaucoup de savoir que les Babyloniens connaissaient parfaitement la science météorologique et avaient étudié d’une manière approfondie tout ce qui concerne les inondations des fleuves. L'agriculteur prévoyant pouvait savoir longtemps d'avance si sa récolte serait bonne ou non. Si l'on examine de près ces textes, on est frappé à quel point tous ces présages se ressemblent et se contredisent parfois, ce qui indique que les Assyriens attachaient moins d'importance aux prédictions qu'aux faits sur lesquels elles étaient basées. Il n'y a pas de charlatanisme dans cette littérature comme l'on pourrait s'y attendre, mais au contraire, la preuve évidente que dès les premiers temps l'esprit humain s’est efforcé de pénétrer les mystères et de tout approfondir. En réunissant et en classant leurs multiples observations les savants Babyloniens ont bien mérité de la science, et sans vouloir exagérer les résultats auxquels ils sont arrivés, l’on peut dire qu'ils sont les dignes précurseurs de nos naturalistes modernes.
$ 4. — La science des présages remonte à une antiquité fabuleuse ; dans la vieille ville d'Éridou, les devins s'étaient, dès l’origine du monde, assemblés autour de l'arbre fatidique’. C'était un honneur pour les rois d’avoir pu prêter
1. Cf. L. King, Babylonian Magic and Sorcery. Plate 14, 1. 110 : Sz dans le cœur d'une brebis (tmmolée) tu lis un oracle. Nombreuses sont les prières où le malade demande à être préservé des mauvais présages et des maléfices.
2. K 6765 nous apprend ce qui arrivera si une hirondelle fait son nid soit dans une maison en ruines, soit dans l'angle d'une poutre, soit sur une cloison.
3. Dans son ( Voyage aux ruines de Babylone» M. Riche dit à la page 67 (voir la traduction de Raimond) : (Un peu au nord-nord-est (de Hillah) se présente l’arbre célèbre que les naturels du pays ( appellent athéti, qui selon eux, poussait des fleurs du temps de l’ancienne Babylone. Ils prétendent ‘« que Dieu l’a préservé exprès de la destruction de cette ville, afin d'offrir à À /2 un lieu convenable pour
‘'e (Jr
IV INFRODUCTION
l'oreille au murmure qui se faisait entendre sous l'épaisse feuillée, car l'on croyait que c'était la voix du dieu Ea qui parlait. Plus tard, quand les cultes d'Éridou tombèrent en désuétude, ce fut surtout à Sippar que les oracles retentirent dans les temples de Shamash et de Ramman, les dieux du rêve. Sous le règne de Sargon, la science astrologique prit une extension considérable ; les grands recueils de textes auguraux reçurent leur rédaction définitive et furent copiés à plusieurs reprises. Chaque ville avait ses collèges de prètres chargés de révéler aux hommes la pensée divine. Le roi: et les nobles n'engageaient aucune bataille sans avoir auparavant fait examiner les entrailles des victimes immolées dans l'enceinte des temples. Et tandis queles chars de guerre* roulaient rapidement et qu'au-dessus voltigeaient les oiseaux prophétiques, le moindre incident était matière à pronostics, soit qu'un des chevaux s’abattit, soit qu'un personnage eût été projeté hors du char (K 3944). Il s'en fallait de peu pour qu'on füt inquiet sur l'issue du combat. La caravane ne se mettait pas en marche avant de s'être assurée du concours des dieux ; K 6739 nous donne quelques augures pour le voyageur qui se dirige vers les contrées du Hatti ou de l'Ellipi, à l'Orient ou à l'Occident. L'on consultait les aruspices au moment de la construction ou de la restauration des temples. Nabonide ne répare pas le sanctuaire de Sippar sans avoir pris connaissance des intentions de Shamash, et cela par l'intermédiaire gun prètre. Les dieux seuls connaissent l'avenir ; ils se révèlent à l'homme dans ses rêves ou pendant qu'il sacrifie. Dans le document K 6292, nous lisons les prédictions qui sont faites à l'instant où on établit ? les « shèdu », c'est-àdire les taureaux gardiens des temples ou des palais. L'homme malade’,
& attacher son cheval après la bataille de Hillah. Cet arbre est sur une espèce de rideau; il n'en reste « plus que la moitié du tronc qui annonce qu'il a été d'une grosseur considérable. Le bout de ses « branches est encore parfaitement verdoyant ; quand le vent les agite, elles rendent un bruit sourd et « mélancolique. Cet arbre est toujours vert, ressemblant en quelque sorte au /'onum vitae et d'une « espèce, à ce que je crois, très rare dans le pays, quoique l'on m'ait assuré qu'il y en a un autre tout- « à-fait semblable à Bassorah. »
1. Les augures royaux sont très nombreux; cf. I, R 56, n° 2: « Si un roi (Para/kku) voit en rêve, ete.;» cet (omen» se termine par une incantation en l’honneur de Shamash. Le plus considérable de ces augures est celui publié [V R? 48, dont on trouvera la traduction dans ma thèse : Recherches sur quelques Contrats Babyloniens, Paris, 1800.
2. K 2405 indique les incidents qui peuvent se présenter pendant que le noble se trouve sur son char et les dégâts qui peuvent se produire aux pièces du char pendant le trajet,
3. L'homme, qu'il soit malade ou non, joue un grand rôle dans les «€ omina », Je erois qu'il s'agit quelque part du « ventriloque »; je reviendrai ailleurs là-dessus, lamblique (ap. Phot. Bibl, cod. 94. 75 éd. Bexkwn) dit que les Babyloniens appellent le ventriloque « +xx/05ps ».
Dans K 4134 nous avons plusieurs pronoaties se rapportant à l'homme. Le plus douloureux événement qui pouvait se présenter à lui était une grave maladie. Aussi depuis le lever du jour jusqu'au soir et même pendant son sommeil il devait toujours tenir compte des nombreux avertissements qui lui étaient donnés par les dieux. Le matin, au moment où il quittait sa maison pour se rendre à ses affaires,
INTRODUCTION v
celui que la à’ c'est-à-dire la fièvre venait de terrasser, voyait à son chevet un aruspice qui tirait l'horoscope et le médecin qui prononçait les incantations. S'il mourait, l’on examinait son cadavre, car l'on s'imaginait qu'il se passait des choses étranges autour de lui; l'on croyait distinguer des mouvements insolites comme si un reste de vie animait encore le corps déjà refroidi. Les animaux domestiques de même que les animaux sauvages ont fait l'objet d'observations intéressantes ; les augures tirés des chevaux’, des chiens, des lions et des serpents sont fort curieux (voir le troisième fascicule‘). Quant aux présages des naissances monstrueuses, ils sont assez nombreux et c'est à M. Oppert que revient l'honneur d'avoir traduit le premier le grand texte publié HI R. 65, N° 1.
$ 5. — Plusieurs documents’ portent une date bien établie et sont d’une époque moderne. Comme l’a vu M. Delitzsch, lorsqu'il s’agit dans les prédictions d’une invasion des hordes du Nord, les tablettes faisant mention des ÜUmman-manda ne sauraient remonter plus haut que le règne d’Assarhaddon, puisqu'on ne voit jamais les Umman-manda cités dans des textes antérieurs au VIT*siècle. Nous sommes au contraire transportés à une époque légendaire lorsque nous lisons dans les « omina » des noms comme
ceux de Gilgamos et de Ellit-Bau (cf. K 766 publié dans ce fascicule et V R‘
il n'était pas indifférent pour lui — c'était ainsi que le disaient les astrologues — qu'il rencontrât sur son passage un chien, un bœuf ou un âne. Au moment de s'endormir, il pouvait se trouver au pied de son lit un scorpion ou un serpent et cela suffisait pour lui faire appréhender quelque malheur. Se rendaitil chez un malade ou se dirigeait-il vers le temple de son dieu, s'il apercevait un serpent ou un oiseau cela lui donnait à réfléchir. — De notre temps l’on se préoccupe beaucoup de tout ce qui concerne les rêves mais l’on ne saurait trouver une littérature plus riche sur ces questions que la littérature assyrienne: les textes traitant de l’onéirocritique sont légion. Cf. K 10456 : Si un homme en rêvant, se dispute avec son père ou avec son grand-père ou avec son père défunt, ou avec sa mère, ou avec sa mère défunte, ou avec son frère ou avec son frère défunt, il arrivera telle et telle chose..
1. Une étude attentive des textes relatifs à la « ti” » montre que ce mot signifie la fièvre.
2. K 8406 enuma ki$ad mit ihil mâtu &iâti ilimman: Si le col d’un mort bouge, ce pays sera ennemi. L'on observait attentivement le lieu où l’homme mourait et comment il mourait. Si un homme meurt dans (l'arammu» de sa maison, s’il meurt dans son (sa ?), s'il meurt dans sa famille, si sur un pieu ilest empalé. K 0214.
3. lacite (Germante, Livre X, traduction LouAnDre, page 423) dit en parlant des Germains : («Par » un usage tout à fait exceptionnel, ils demandent même aux chevaux des présages et desavertissements. » Des chevaux blancs qui n’ont jamais été profanés au service des hommes, sont nourris, aux frais de la » nation, dans les forêts et les bois dont j'ai parlé; on les attelle à un char sacré, et le prêtre, avec le roi » ou le chef de la cité, les accompagne et observe leurs hennissements et leur souffle. C’est là, non seu- » lement pour le peuple, mais même pour les grands et les prêtres, le plus accrédité des augures* car les » prêtres regardent les chevaux comme les confidents des dieux dont eux-mêmes sont les ministres. »
4. Le BA-AL. GI. HA. ITR 65,42, 43 a, ne serait-il pas la tortue, dont nous avons de nombreuses représentations sur les monuments > cf. K 3811 (voir le troisième fascicule).
5. Il y avait des bibliothèques privées appartenant à de riches Babyloniens et qui renfermaient des copies de documents auguraux ; nous connaissons lesnoms de quelques-uns de ces bibliophiles.