LE HAVRE
Les documents inédits publiés récemment par M. Stéphano de Merval, dans la collection de la Société de l'Histoire de Normandie, sont à coup sûr fort curieux et fort intéressants. Ils fixent tout d’abord, än’en pouvoir plus douter, à l’année 1517 le commencement des travaux de fondation du port du Häâvre-de-Grâce et des autres constructions qui devaient le compléter ; ces documents fournissent en outre de précieux détails sur la marche et la direction des travaux, sur le prix de la main-d'œuvre, sur les matériaux employés, et, de plus, ils montrent la part que prirent à l’entrepriseet le Roi François [°° et les sieurs Guyon Le Roy, seigneur du Chillou et l'amiral de Bonnivet; on y voit encore que dès la fin de cette année 1517, pour appeler promptement des habitants dans la ville projetée, le Roi accorda à tous ceux qui « viendraient faire bâtir et habiter au lieu de Grâce » exemption dé tailles et droit de franc salé.
Malheureusement, les documents de M. de Merval ,
s'arrêtent à l’année 1524, et après avoir fourni tous ces détails importants, laissent l’histoire du Havre dans le vague que lui ont fait jusqu ici les nombreux écrits contemporains. J'espère que bientôt, se dévouant à cette tâche, un de nos écrivains reprendra tous ces travaux épars pour en composer une histoire complète et vraiment digne de la cité qui, de simple
so: us
crique en 1517, est devenue l’un des plus beaux ports de France et l’une de ses villes les plus florissantes.
C'est dans cette prévision qu'il m'a semblé utile de publier les notes que je possède sur la ville du Havre.
Donc, sans m'occuper du procès que Le Roy du Chillou perdit en 1524 devant le Parlement de Rouen, suivant un arrêt dont M. de Merval a publié le texte, je passe immédiatement à mes notes.
On vient de voir que dès la fin de l’année 1517, le Roi avait accordé à tous ceux qui « viendraient faire bâtir et habitet au lieu de Grace » l’exemption de la taille et le droit de franc salé.
Par une charte du mois d'août 1520, il créa au havre neuf deux marchés par semaine, aux jours de mardi et vendredi. Puis, en confirmant la charte donnée en 1517 et les priviléges qu’elle octroyait, il ajoute dans celle-ci : que, afin d'engager ses sujets à populer de plus en plus ladite ville, ceux qui viendraient s’y établir seraient affranchis à toujours des tailles et jouiraient du franc salé de même que les habitants äe Dieppe (1).
Par une autre charte, donnée à Blois, le 15 décembre 1520, François Ier, en rappelant la construc- . tion « précédemment ordonnée d’un port de mer ou « hâvre, grand et spacieux, à Grâce, près la ville « d'Harfleu et la construction d’une forteresse et ville « close » créa audit hdvre « un grenier à sel auquel « 18 paroisses qu’il désignait auroient le droit de « venir s’approvisionner ; voulant, dit-il, que, malgré
(t) Arch. de la Seine-Inférieure, (our des Aides, charte du mois d'août 1520.
x ports santes.
é utile lle du
Roy du Rouen, > texte,
1517, le nt faire n dela
réa au urs de rte donyait, il sujets à ni vienours des que les
15 déstrucmer ou a ville et ville auquel oit de malgré
arte du
ss: 00 ci
« le refus qu’en a fait le grenetier, les navires qui « aborderont au Hoc, qui était anciennement du terri- « toire de la petite Eure, assis en la paroisse de « l'Eure, y puissent prendre aussi leur sel (1).
Mais bientôt des réclamations s’élevèrent de divers points de là Normandie. Dès 1523, les délégués des Etats remontrèrent au Roi que, par suite des priviléges promis à ceux qui viendraient habiter au havre neuf, les taillables de diverses paroisses, pour s’affranchir de cet impôt, quittaient leur village et se réfugiaient dans la ville privilégiée ; ce qui causait un grave préjudice auxdites paroisses et devenait l’occasion de fraudes nombreuses.
Pris ainsi entre ses promesses écrites et les réclamations fondées des Etats, François Ie se trouva amené à rétracter ses premières chartes, ou tout au moins à les expliquer. C’est ce qu'il fit par une nouvelle charte donnée à Blois, le 5 février 1523 (1524), par laquelle il déclara que les franchises et exempliions de tailles accordées précédemment devaient s’entendre seulement des aides et impositions el non pas de la taille que tous doivent payer (2).
A diverses reprises le Roi confirma ces priviléges, mais on s’aperçut bientôt que, pour s'affranchir du paiement de l’aide et des autres impositions, beaucoup d'individus, qui se faisaient inscrire comme habitants, ne résidaient pas réellement dans la nouvelle ville et se bornaient à y fieffer un coin de terre ou à y bâtir une simple cabane. Ces abus signalés au
(1) Arch. de la Seine-Inférieure, Cour des Aides, charte du 15 décembre 1520.
(2) Id., ibid., charte du 5 février 1523.
Roi motivèrent les lettres patentes du 17 mai 1527, portant que ceux-là seulement qui ont ficffe et maison bâtie, et qui y résident, seront affranchis. Mais l’exécution ne fut pas immédiate. Ces lettres ne furent entérinées à la Cour des Aides que dix-huit mois plus tard, le 6 novembre 1598, et portées à la connaissance des intéressés que le 18 mai 1529, Dans l'intervalle, des commissaires s'étaient transportés à Grâce et y avaient compté les maisons bâties ou commencées à bâtir, et avaient dressé un état des fieffes ; mais ils avaient en même temps constaté que la plupart des fieffataires ou propriétaires de maisons n’y résidaient pas et qu’ainsi lepopulement quela charte de 1517, aussi bien que toutes celles octroyées depuis, avaient eu pour but d'encourager, ne se réalisait pas. C'est pourrquoi, le 18 mai 1529, l'huissier Picquer, vint au nom du Roi donner lecture, à haute et intelligible voix, dans les moindres endroits du port et de la ville, desdites lettres, et signifia que tous ceux qui n’auraient pas établi leur demeure et résidence actuelle ès maisons et fieffes qu'ils ont en la ville, dans un an de ce jour, seraient exclus des priviléges (1).
Afin de vaincre la résistance des populations voisines à transporter leur domicile au Havre, le Roi, qui leur avait déjà maintes fois accordé des franchises, et qui, dès 1520, avait créé dans cette ville deux marchés par semaiñe, tenta un nouvel effort en 1532 ; par une charte donnée à Caen, au mois d'avril, il déclara qu'il l'avait nommée de son nom « à perpé- « tuelle mémoire de nous », et il ajouta que « afin que
(1) Arch. de la Seine-Inférieure, Cour des Aides, 25 mai 1529.
| 1527, naison l'exéent enis plus [ssance rvalle, ce et y ncées à ais ils art des idaient /,aussi ent eu st pourau nom e voix, le, desraient ès maiin de ce
8 voie Roi, frane ville ort en ’avril, per pén que
« ceux.qui y voudront venir demeurer soient plus « affectionnés à bâtir édifices et maisons », il les affranchissait pour toujours et tous ceux qui y viendront de ce jour en trois ans de toutes tailles, aides, subsides et impôts même de l'imposition foraine, mais à la condition que chaque maison bâtie sera de la valeur
: d'au moins 500 livres.
Enfin, voulant pour ainsi dire combler sa chère ville françoise de ses bienfaits, il y institua, en 1535, par lettres patentes données à Vateville, au mois de mai, ratifiées par d’autres du 25 juin suivant, deux foires franches par an « lesquelles dureront chacune quinze jours, et commenceront, l’une le lendemain du dimanche de Quasimodo, et l’autre le 26 novembre, lendemain de Sainte-Catherine. » Dans les considérants de ces deux lettres, le Roi s'exprimant ainsi : « attendu que notre ville Françoise de grâce... de nou-
*« vel construite est et pourra être l’une des princi- « pales villes de notre pays de Normandie... » prophétisait en quelque sorte l'avenir de cette ville, dont le développement, pour s’être un peu fait attendre, devait cependant atteindre de si grandes proportions par la suite.
Ces développements successifs sont tellement connus, qu’il est inutile d’en parler ici ; la construction de l’église Notre-Dame ne fut commencée qu’en 1536, sur l'emplacement même de l’ancienne chapelle de Grâce ; jusque-là, quoi qu’on en ait dit, cette chapelle avait été la seule église du hâvre neuf ; on comprend du reste, en voyant les efforts tentés successivement par François Ie, pendant vingt ans, pour assurer le populement de cette ville, que jusqu’à l’année 1535,
sa population ne dut pas augmenter bien rapidement. Toute l’activité des ingénieurs et tous les offorts du Roi, depuis 1516, avaient été portés exclusivement sur les, constructions qui devaient faire de Grâce le magnifique port rêvé par François Is, et l'on ne songea à bâtir une église qu'après avoir bâti la grosse tour et le port. Cependant, la chapelle était en si triste état et si déläbrée, que l’eau de la mer l’envahissait souvent, à tel point qne le prêtre, pour oflicier, était obligé de monter sur les bancs, et que le peuple assistait à cheval à la messe.
On dit que l’église Saint-François fut commencée en 1542; mais, sur cette église et sur celle de Notre- Dame, un arrèt inédit du Parlement fournit quelques détails précis et intéressants.
En 1582, au mois de novembre, M: Pierre Dubose , curé d’Ingouville, étant décédé, M* Pierre Deschamps, procureur du Roi au siége de Montivilliérs, éleva la prétention qu’au Roi seul appartenait le droit de présenter aux cures du Hâvre de Grâce ; il s’appuyait sur ce fait qu’en 1543 le Roi avait déclaré « prendre en sa main comme souverain tout le terri- « toire de la ville, entendant qu'il n’y eût aucun « autre qué luy qui se puisse dire seigneur et pro- « priétaire dicelui ; qu’à ce titre il adressa commis- « sion au S de Belarmato pour, en son nom, faire les « alignements et fieffer les fonds ; qu’en 1551 le Roi « Henri adressa au S' de la Mailleraye commission « pour fieffer en son nom le fonds enclos dans ladite « ville à la charge toute fois de récompenser les sei- « gneurs particuliers. » On ajoutait encore « qu’en « 1531, après avoir fait ceindre la ville de fortes
nent.
ts du ment ce le n ne ros8e en Si 'envar oflique le
Lencée Notreques
e Due Desiliérs.
ait le ace ; il éclaré
terriucun t pronmisre les e Roi ission ladite s seiqu’en fortes
ds Sd me
« murailles, le Roi avait fait bâtir et fonder deux « églises, l'une de Saint-François et l’autre de Notre- « Dame en laquelle au haut du cœur il avait fait « apposer ses armes et celles du Duc d'Orléans et du « Prince Dauphin, pour monstrer qu’estant les « dites armoiries au lieu où ont accoustumé les pa- « trons mettre leurs armes , il faut présupposer que « le Roy est seul fondateur des dites églises ; .... « c'est aussi au même titre de seigneur souverain « que le Roi Henri a fait depuis fonder l’hopital basty « en la dite ville. »
À cette prétention, Jacques Léger , maintenant St de Graville, notaire et secrétaire du Roi, prétendant comme seigneur avoir seul droit au patronage, répondait que :
« Précédemment que le Roi eust mis le Havre « entre ses mains, il était bâti et construit en partie ;. « que de toute ancienneté il y avait une maison bâtie « à usage de taverne ou les mariniers venaient « prendre leurs rafraichissements et que s’appelait « ce lieu une Crique ; que dès 1516 plusieurs habi- « tants d'Ingouville voyant que cette place s'accommodait « pour profiter avec ceux qui trafiquent par la mer, « prirent du Sr de Graville des fieffes sur ce fond pour « y faire bâtir. »
Continuant l'historique de la construction du Hâvre après avoir cité le séjour de l'amiral Bonnyvet et celui de Le Roy du Chillou « qui voulait plutot son « profit particulier que les affaires de sa commission » le Sr de Graville dit que dès la construction du Hâvre et de « ses bâtiments les deux chapelles de Notre-Dame « et de Saint-François avaient été construites en forme de
« petits hangards, où il y avait à chacun unautel pour
« célébrer messe, Toutefois les sacrements n'y étaient
« point administrés ; seulement comme il arrivait que des enfants nés durant la nuit ne pouvaient être portés sans danger à Ingouville, le curé autorisa les chapelins de Notre-Dame et de Saint-François à y avoir des fonds. »
Il résulte des deux plaidoyers qu’en l’année 1582 il y avait dans les deux églises 20,000 communiants à Pâques.
Le Sr Léger, seigneur de Graville persiste dans sa réplique, à soutenir qu’au moment où François l'r prit possession de la Crique de Grâce, il existait déjà des maisons que les habitants d'Ingouville y avaient bâties pour s’accommoder avec les gens qui trafquaient par la mer.
Ceci soutenu devant le Parlement. à 60 ans de la première construction du Havre-de-Grâce, en présence de gens qui pouvaient en avoir gardé personnellement le souvenir, mérite quelqu'attention.
En résumé, sur ce point, le Parlement donna gaiu de cause au seigneur de Graville et reconnut qué lui seul était patron et avait droit de présenter aux deux Eglises de la ville du Hâvre-de-Grâce (1). Les choses demeurèrent en cet état jusqu'à l’époque du Corcordat. Le sieur de‘Graville conserva son droit de patronage ; les deux églises du Havre furent desservies par des chapelains ou vicaires subordonnés au curé de la paroisse Saint-Michel d'Ingouville.
(1) Arrêt du Parlement, 17 juillet 1586.
1 pour itaient rrivait vaient ; auto- -Fran-
1582il iants à
lans sa cois I'r ait déjà avaient ui trafi-
ms de la résence bnnelle =
na gaiu qué lui x deux es choque du on droit furent bordonpl d'In-
Le premier curé connu d’Ingouville et de la chapelle de Grdce est Pierre Droulin, qui décéda en
Etienne de Rains, qui lui succéda, mourut en 1548 et fut remplacé par Jacques Vymont, qui résigna en