‹ Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVIe et XVIIe siè cles [microforme]Chapitre 11 sur 24 · EE · texte numérisé non relu

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Adam Deschamps, qui lui succéda, résigna à son tour en 1567.

Pierre Dubosc, pourvu en sa place, décéda en

Guillaume Hamard, pourvu à sa place, perinute avec Jehan Louvel qui fut l'occasivn du procès.

Ce qui procède n’est à vrai dire qu’une sorte d’entrée en matière sur un sujet qui n’a point été traité par les historiens du Havre, du moins en ce qui concerne le xvr*et le xvn° siècle, je veux parler de so ‘sommerce et de sa marine.

n'en a été rien dit jusqu'ici, c'est que sur ce poilu, les documents sont fort rares ; et si j’essal moi-même d’en dire quelques mots c’est beaucoup plus pour appeler de nouvelles investigations que pour avoir le plaisir de publier quelques notes qui, par elles-mêmes , n’auraient que bien peu d'importance si elles devaient demeurer isolées.

La première de ces notes nous oblige à remonter à l’année 1522. A cette époque on avait déjà, paraîtil, conçu le projet de construction de la Gosse Fran:çcoise ou tout au moins d’un navire exceptionnellement grand et fort, que l’on ne désignait encore que sous le nom du Grand Navire. En avril ou mai 1522, Le Roy du Chillou avait délivré à deux Anglais propriétaires et commandants du navire Le Georges un

sauf-conduit pour apporter au port neuf du Havre-de- Grâce du charbon de terre pour subvenir à la construction DU GRAND NAVIRE et pour fondre artillerie. Le 11 juin, alors qu’il allait lever l'ancre , un navire de Fécamp monté par un grand nombre de gens de guerre et commandé par Louis Leparmentier, Fouque et Leriche, était ancré en rade et le guettait; il fondit sur eux et, à un jet de pierre du port, les prit malgré leur sauf-conduit.

Le Parlement déclara cette prise nulle.

A cette époque, l’on s’en souvient, Le Roy du Chillou était depuis 1519, en procès avec le sieur de Gr? .1lle pour la propriété de 24 acres de terre qu’il avait voulu s'approprier et qui, par l’arrêt du 13 mai 1524, furent définitivement reconnus appartenir au sieur de Vendosme, héritier par sa femme, de Louis de Graville, décédé sans enfants en 1516.

I paraît que du Chillou était fort âpre à s'enrichir aux dépens d’autrui, et que non content des avantages qu'il s’adjugeait sur les terres, en abusant des pouvoirs qu'il tenait du Roi comme directeur des travaux du port, il exploitait aussi son titre de viceamiral en exerçant sur mer le métier de pirate.

Propriétairede deux navires armés et équipés en guerre, il les envoyait en mer « pour faire (disait-il) la chasse aux ennemis du Roi » mais en réalité pour courir sus aux navires étrangers et s'enrichir de leurs dépouilles.

Ainsi fit-il en 1522 : vers la fin de juillet, vn nommé Gaspard Centurion, citoyen de Gênes, avait chargé son navire le Saint-Anthoine d'une grande quantité de marchandises pour les transporter aux Indes et en

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trafiquer avec les naturels. Parvenu à lahauteur du Hâvre-de-Grâce, mais encore à une assez gr'nde distance, il fut accosté, le soir, « par une barque armée et équipée en guerre qui le somma au nom du sieur vice-amiral Le Roy du Chillou d'amener et de lesuivre jusqu'au Havre pour y justifier de sa nationalité. Bien qu’il eût 150 hommes avec lui, Centurion n’essaya aucune résistance et s’en alla de conserve avec la barque nommée « barque du sieur du Chillou. » Mal lui en prit d'avoir été si confiant, car à peine arrivé au Havre, en vertu d'une sentence rendue surl’heure par Le Roy-du-Chillou lui-même, on le constitua prisonnier dans « une tour en lieu obscur etténébreux » et on lui déclara que par la même sentence ledit sieur vice-amiral, assisté du sieur Jacques Destimauville, son lieutenant, et de Guillaume Desmallevile son greffier, avait confisqué à son profit ledit navire Saint-Anthoine et tous les biens et marchandises qu'il contenait.

Centurion demeura prisonnier juqu’au 27 mars de l’année suivante, époque à laquelle, ayant pu saisir le Parlement de l'appel formé par lui contre Le Roy du Chillou, cette Cour ordonna sa mise en liberté immédiate et de plus ordonna d’instruire le procès et de dresser nn inventaire des biens et marchandises que le vice-amiral s'était appropriés.

Aux dates des 22 mai et 10 juillet, les parties revinrent devant le Parlement et enfin par un dernier arrêt du 7 août 1593, l'affaire fut définitivement jugée au profit de Centurion malgré les longs plaidoyers du sieur du Chillou et les divers incidents de procédure qu’il souleva au cours du procès.

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Sans parler des dommages-intérêts auxquels il fut condamné et qui s’élevaient à plus de huit mille livres avec intérêts à dix pour cent du-jour de l’emprisonnement de Centurion jusqu'à parfait paiement, il fut encore condamné sous des contraintes déterminées par l’arrêt du 10 juillet, à restituer toutes les marchandises dont je crois intéressant de donner la curieuse liste malgré sa longueur :

La Cour condamne ledit Guyon Le Roy, sieur du Chillou à payer audit Centurion :

668 Ducats pour 64 pipes grandes de vin blanc, reliées à 4 cercles enfer;

Pour 23 ballots de savon blanc pesant 2,500 livres, 85 ducats ;

Pour 350 bouteilles d’huile d'olive, contenant 134 reues, mesure d'Espagne, 84 ducats ;

Pour sept pièces de draps de Londres étant chacune en un ballot defrises, auxquelles y avait 25 aunes de frises en chacun ballot, 220 ducats ;

Pour dix grandes pipes de fleur (farine) de blé,

taxées à cause de la grande cherté à 180 ducats ; Pour trois petits coffrets de dyamants faux de Venise de diverses couleurs, 84 ducats ;

Pour un coffret auquel y avait 109 haches de fer et 29 picquois, 25 ducats ;

Pour deux pièces de draps de Rouen fin, du sceau dudit Rouen, 60 ducats ;

Pour 98 douzaines de poissons secs, appelés morluts, 85 ducats ;

Pour trois mille formes pour faire le sucre avec mille monts de briques pour faire le moulin à sucre, 28 ducats;

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Pour deux moulins de fer à blé avec six meules de pierres, 12 dueats ;

Pourun tonneau en quel est trois cent quarante paires de poulies de corde, ct demie pièce de drap de Barcelonne, 37 ducats ;

Pour un grand cabas plein de. gros fil et de menu pour lier les sucres, pesant 165 livres, 6 ducats $

Pour 25 roues ou rones, mesure d’Espagne, de vinaigres ou de grandes bouteilles, 5 ducats ;

Pour un baril en quel y avait, 28 milliers de clou

. pour les casses de sucre, 24 ducats ;

Pour un grand coffre fermant à clef etcloué de clous dedans lequel y avait, 128 chemises fronssées de soye à usage d'homme et 97 paires de chausses de toile, onze aulnes de drap de Londres fin, 25 paires de brodequins de maroquin, ? robes à usage de femme, l’une toute de velours, couleur d'azur, l’autre de damas gris, bordé de velours cramoisi à trois bandes larges, une pièce de satin rouge, contenant chacune deux aunes, une paire de chausse d’escarlate bordée de velours et six aunes de frize pour couvrir les choses dessus dites, 120 ducats ;

Pour quatre pièces et deux demie, l’une de tafetas noir de 26 aunes, l’autre de damas noir contenant 19 aunes 2/3, l’autre de satin noir de 83 aunes 3/4, l’autre de damas noir conteuant 61 aunes, 190 ducats ;

Pour un engin de métal œuvré en 55 pièces pour fondre et affiner sucre. 330 ducats ;

Pour 27 sacs de blé, achetés au temps de cherté, 108 ducats ;

Pour six grands sacs de riz, pesant 400 livres la pièce, 64 ducats ;

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Pour deux grands sacs de châtaignes seches et pelées, pesant 550 livres, 11 ducats;

Pour une pipe d'amande, 10 ducats;

Pour sept pièces de fine toile pour chemises, montant à 290 aunes, 26 ducats; |

Pour la moitié du navire Saint-Antoine-de Pade 350 ducats.

Suit encore une longue énumération d'objets divers, tels que robes, chausses, literie, pièces de drap, detoile, de satin, de velours, de damas et de frizes, le tout couvrant trois grandes pages d’une écriture fine et serrée et dont le total se monte en définitive à 7,813 livres, 17 sols, 10 deniers.

Centurion avait en outre demandé des dommagesintérêts « pour l’emprisonnement de sa personne en la tour du Hâvre-de-Grâce où il avait été fort mal traité, » mais la Cour repoussa sa demande.

Il fut également éconduit pour une demande de 3,000 livres de dommages-intérêts basée sur ce que par son emprisonnement , il n’avait pu continuer son voyage aux Indes, ni recueillir les biens et marchandises que Mathieu Centurion, son frère, décédé aux Indes y avait laissés. |

En condamnant Guyon Le Roy du Ghillou à payer toutes ces sommes, la Cour dit qu’il y sera contraint par la prise et la vente de tous ses biens, meubles et immeubles et par toutes autres voies dues et raisonnables. Centurion une fois rendu à la liberté, s’empressa de revenir à ses opérations sur la mer. De son côté Le Roy du Chillou envoya plusieurs de ses navires au Bresil et aux Indes, pour y trafiquer et par une transaction qui ne fût homologuée par la Cour que

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le 14 février 1526 (1527). Il s'ok':"2a pour le cas où ses navires reviendraient au Hâvre avant un an, à solder entièrement à Centurion la moitié qu'il restait lui devoir sur le montant de la condamnation ci-dessus.

On était alors à l'époque des entreprises lointaines. De Rouen, de Dieppe et d'Honfleur, partaient fréquemment des navires chargés de marchandises pour

aller trafiquer aux Indes ; la ville de Rouen était

alors le grand comptoir où les négociants normands venaient s’approvisionner de vivres, de munitions de guerre et de marchandises ; son port était continuellement encombré de navires en charge, beaucoup de ces navires appartenaient aux divers ports de la Normandie.

Mais le port du Hâvre-de-Grâce n’était pas encore en état de prendre une grande part à ce mouvement commercial. En effet, à l'exception des navires dont Le Roy du Chillou était propriétaireet dontil usait comme on vient de de voir, soit en les envoyant trafiquer au Brézil et aux Indes, on re voit arriver librement au HÂâvre-de-Grâce qu'un très petit nombre de navires marchands avant l'année 1535. On ne s’y occupe que de l’achèvement du pont, des fortifications, de la construction de quelques maisons et de celle des navires de guerre.

Dès le 17 mai 1533, on trouve dans les registres du Tabellionage de Rouen, qu’en vertu d'un acte passé à Tours, le 13 juillet 1532, entre l’amiral de France, agissant au nom du Roi, et Gerosme Féo, ce dernier avait été nommé pour le fait de la grosse nef nommée la Françoise du Hävre de Grdce, à la condition

expresse qu'il fournirait bonne et valable caution. F6o n'ayant pas fourni cette caution, noblehommeJehande Vymont, trésorier général de la marine, fut chargé de s’assurer par lui-même, si, oui ou non, Féo avait fourni sa caution ; à cet effet, il se rendit d’'Harfleur, lieu de sa résidence, à Rouen, d’abord devant le bailly, ensuite devant les notaires, le baïlly lui dit n’avoir reçu aucune caution pour Féo; la réponse des notaires fut semblable à celle du baïilly, mais ils ajoutèrent : « Vrai est que, huit jours en ça, Alexandre Rous- « selle, ci-devant résidant à Rouen, s’est comparu et « a cautionné le-dit Féo de fournir et accomplir le- « dit contrat alors qu'il serait délivré au-dit Féo la « somme de trente mille livres contenue et mention- « née au-dit contrat (1) ».

Ce document isolé m’a paru assez curieux pour le mentionner ici ; quoique l’histoire de la grosse Françoise soit parfaitement connue, je crois que cette première difficulté était demeurée ignorée, et que, comme l'acte qui nous la révèle fait connaître en même temps le nom de l'entrepreneur, il était bon de le signaler ; il montre en outre que si le Roy tenait rigoureusement à l'exécution des engagements pris envers lui, il était moins scrupuleux dans l’accomplissement de ceux qu’il contractait lui-même.

Cependant en 1535 le commerce maritime commença à prendre vie au Havre; les actes du tabellionage nous montrent en effet d'assez nombreux traités d'affrètement ; c’est d’abord Jehan Domelin, dit Genevois, qui affrète sa nef la Françoise, du port

(1) Tabellionage, 17 mai 1533.

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de 139 tonneaux, -à Olivier Pardé, de Rouen, pour

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prendre partie de sa charge au Havre de Grâce et l’autre partie en Angleterre, pour ensuite cingler vers Marseille, Villefranche, Ligourne, Naples, Messine et Palerme, et en rapporter des marchandises

” tant audit Havre de Grâce, qu’à Londres et Anvers.

Jacques Malo, demeurant à Dieppe, maître d'une nef nommée La Fleur de Lys, de 80 tonneaux, affrète cette nef à André de Malvende, marchand à Rouen, pour faire voyage à Callix, à Ligorne, à Civiteviege et revenir faire sa décharge au port du Hdvre de Grâce, à Londres, Anvers et Rouen; l’affrètement sera payé, savoir : 19 livres par tonneau de marchandises apportées au Hdvre de Grâce, 22 livres 10 solz par tonneaux de marchandises portées à Londres où à Anvers, 20 livres pour ce qui sera porté à Rouen, sur le quai. Il y aura 24 hommes d'équipage et deux pages. 25 écus seront payés au capitaine pour ses chausses.

Alain Gobin, marchand à Harfleur, ayant affrêté

d'un sieur Coudray, de Rouen, le navire la Trinité est allé en Irlande chercher des cuirs et autres marchandises et les a rapportés au Hdvre de Grâce.

. Sostène Levallois, demeurant à Honfleur, maitre de la nef La Barbe, du port de 140 tonneaux, affrète cette nef à André de Malvende et à François de Torrès, tous deux demeurant à Rouen, pour faire semblable voyage que La Fleur de Lys et rapporter ses marchandises au Hdvre de Gräce.

Guillaume Delisle, maître de la nef Le Jacques, du port de 65 tonneaux, affrète cette nef à André de Malvende, Melchior de Mouchique et Nicolas de Connel, marchands à Rouen, pour partir du Hävre de

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