‹ Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVIe et XVIIe siè cles [microforme]Chapitre 14 sur 24 · PRET AN · texte numérisé non relu

PRET AN

Lemasurier, marchand à Caudebec, qui les avait fournis.

En 1558, pour réparer les dommages faits au Havre par les Anglais et ceux causés par les grandes marées, on fit marché, avec un maître maçon nommé Gratien Belle dit Gouchon, et on lui donna l'entreprise . « des ouvrages de maçonnerie de la fortification et emparement de la ville. I fit d’abord une écluse de 80 pieds de long sur six pieds un pouce de large, en dedans de la muraille de la grande jetée près la grosse tour, et ce, pour faire entrer les eaux venant de la mer et des tranchées d’alentour de la ville, afin de les y retenir quand besoin sera et aussi pour servir de barre à vider le perrey que la mer amenne ordinairement. Le tout ordonné au commencement de l’année 1558, par le sieur de Basqueville, lieutenant pour le Roi audit Hâvre. » Le même entrepreneur avait fait également, au commencement de 1558, beaucoup d'autres travaux, lesquels n'étant point achevés lors de l'entrée des Anglais, furent complétement dévastés par eux; ces travaux consistaient « en grand nombre de murailles, en batteries et cano- « nières sur la jetée, et en une plate-forme au bout de « la grande jetée, pour porter et charrier les pierres et «matériaux et enfin plusieurs batards-d’eaux que la «mer avait enlevés. » Le préjudice causé à cet entrepreneur fut estimé, par les experts, à 1,500 livres, sur lesquels, par accommodement, il n’en toucha que 800 (1).

Il ne me reste que peu de détails à ajouter à ceux

(1) Tabellionage, 26 janvier 1559.

qui précèdent, car en dehors des constructions et des fortifications, en dehors des événements de guerre et des troubles que maintes fois les protestants suscitèrent dans la ville du Havre, rien d’intéressant pour l’histoire du commerce maritime ne s”y produisit. A l'exception d’une douzaine de petits navires qui se livraient habituellement à la pêche des morues de Terre-Neuve et à celle du maquereau, il ne s’y faisait aucun commerc:. Pendant tout le xvi* siècle et jusqu'en 1664(1), Son port était en si . mauvais état qu'un navire de 300 tonneaux ne pouvait y entrer, ainsi que le prouverait encore l’exemple que j'ai cité plus haut. D'ailleurs cette ville n'était alors « que comme un entrepôt du commerce « qui se faisait à Rouen, et le peu de gens qui se mè- « laient du trafic et de la pêche des morues étaient [« plutôt des facteurs que des marchands; » et ils avaient si peu d'argent que dans la première moitié du xvu* siècle ils n’anraient pu; mettre en mer « plus de quinze vaisseaux pour la pêche des « morues, seul objet de leur navigation. » En 1664, ils possédaient « trente heux pour naviguer en Seine du « Havre à Rouen (2). »

En 1551, Henri II, par lettres-patentes datées à Villers-Coterets du 28 février, ordonna la réduction de la ville du Havre d'environ moitié; muis l’exécution rencontra tant de difficultés qu’en l'année 1569 on plaidait encore pour les faire interpréter.

(1) Voir le Rapport présenté à Colbert en 1664 par le chevalier de Clerville.

(2) Idem.

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Les protestants s'étant insurgés en 1562, se rendirent maîtres de la ville, et pour s’y maintenir appelèrent les Anglais. à leur secours et la leur livrèrent. L'année suivante, Cossé de Brissac et le connétable de Montmorency, en présence de Charles IX et de Catherine de Médicis, reprirent la ville et en chassèrent l'Anglais.

En 1569, le roi consulte le sieur de la Mailleraye sur le lieu qu'il conviendrait de choisir pour la citadelle qu’il veut faire construire au Havre. Avis est donné au même des menées des ennemis et des Français réfugiés avec eux en mer; on arme des vaisseaux pour les poursuivre.

Depuis ce moment, les protestants qui étaient fort nombreux au Havre, vaincus et mécontents, devinrent de plus en plus turbulents, et le Parlement fut maintes fois obligé de s'occuper d'eux.

En 1570, ils prirent une part très grande dans la conspiration de Dieppe, laquelle fut instruite et jugée en Parlement par la chambre des enquêtes.

En 1572, on construisit des halles et une boucherie sur l'emplacement du Palais de justice actuel ; et provisoirement on installa au premier étage les diverses juridictions du Bailliage et de la Vicomté ; on appelait cela la cohue du Roiet non pas la colme, comme on l’a imprimé page 40 de l'histoire du Havre par M. de Conninck ; mais comme on désirait faire un bâtiment assez solide et assez grand pour y pouvoir installer les juridictions et que cette construction menaçait de coûter un peu cher, le Parlement s’y opposa et ordonna « qu’une enquête serait faite pour « savoir quels moyens ont les habitants du Havre

« pour faire bâtir une maison tant pour y tenir la « juridiction que pour loger et incarcérer sûre- « ment les prisonniers {1); » après quoi la construction fut commencée (1573), mais non pas terminée, car les fonds ayant manqué, il fallut suspendre les travaux et s'adresser au Roi pour en obtenir un secours, lequel ne fut accordé qu’en 1587, par lettrespatentes enregistrées au Parlement le 13 mai. Elles accordaient aux habitants du Havre un don de 1333 écus pour la construction d'un lieu pour tenir et administrer justice et servir de prison.

On était ainsi arrivé à cette fatale affaire de la Saint- Barthélemy qui souleva l'indignation de tous les Français et qui naturellement alluma tant de haines et de projets de vengeance parmi les réformés.

Depuis l’année 1563, Corberon de Cardillac, sieur de Sarlabos, était gouverneur de la ville du Havre; c'était un homme d'un caractère énergique, mais peu disposé à favoriser les menées des réformés ; M. de Conninck me parait bien sévère et peut-être pas très juste à son égard, car sans fournir aucune preuve ni aucun détail et en mettantsa responsabilité à couvert derrière celle de Mézerai, il accuse Sarlabos d'avoir fait fusiller six cents protestants du Havre, et comme si cela était indifférent, il n'indique ni le jour ni le mois, ni même l’année où ce massacre aurait eu lieu (2); seulement. il place son récit immédiatement après la Saint-Barthélemy, de façon que l’on pourrait * croire que les deux massacres furent simultanés; en

(1) Arrêt du Parlement, 6 mars 1573.

(2) M. de Conninck est protestant,

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même temps ils’abstient de signaler les troubles que les protestants suscitèrent au Havre en 1%73 et qui donnèrent lieu à de nombreuses poursuites devant le Parlement qui instruisit l'affaire et ne put la terminer qu'à la fin de 1574. Ce procès était ainsi qualifié: Tentative faite sur le Havre par aucuns sujets du Roi. Or, comme le gouverneur Sarlabos fut obligé d'intervenir et qu’il fit échouer la tentative en employant la force, ne serait ce pas à cet événement que. Mézeray a voulu faire allusion quandila porté contre ce gouverneur l'accusation rapportée plus haut? Me trouvant actuellement dans l'impossibilité de tenter une recherche sur ce point, je ne peux que citer trois arrêts du Parlement des 22 novembre et 7 décembre 1574 et une lettre de messire de Moy, sieur de la Mailleraye, adressée au Parlement, et qui est ainsi conque :

« Messieurs, après avoir fait saisir quelques ungs « chargés d’avoir fait entreprise sur la ville du Hâvre « de Grâce, j'en avais à l'instant adverty le RoY pour “entendre sur ce l'intention de Sa Majesté, mais d’au- «tant que chacun jour il s'offre des occasions qui « requerent prompte diligence et aussi que dillation « (retard ou délai) en telle chose pourroit apporter « dommage au service du Roy, il m'a semblé être con- « venable de vous en donner advis sans attendre la « réponse de sa dite Majesté afin que preniez sur ce « résolution s’il sera propre de députer commissaires « pour envoyer sur les lieux pour avoir tant plus « de moyen d'approfondir ces choses avec autre occa- «sion survenue au précédent celle qui s'offre qui semble a avoir quelqu’adhérence avec la dite entreprise. Me

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« remettant à la créance du sieur Daunois présent « porteur qui vous le fera entendre de bouche, qui « me gardera de vous faire cette plus longue si non « pour me recommander humbleiment à vos bonnes « grâces. Suppliant le créateur vous donner, Mes- « sieurs, enbonne santé, bien heureuse et longue vie. « De Caudebee le 28° jour d'octobre 1574.

Votre entierement serviable amy, DE Mox (1). »

C'est à la suite de cette lettre que le Parlement se saisit à: l'affaire et rendit les trois arrêts des 22 novembre et 7 décembre 1574.

L'année suivante le Roi fit don au sieur Sarlabos de toutes les terres du retranchement de l’ancienne ville du Hâvre, comprenant trente acres de terre, et ce pour le récompenser de ses bons services (2).

Maintenant, pour résumer ce chapitre, je répète que jusqu’à l'avénement d'Henri IV le Hàvre ne fut autre chose qu’un port de guerre et que le commerce maritime y fut presque nul ; il ne commenca que vers 1598 et ses progrès furent assez rapides, car pour chacune des années 1628 et 1629 le Registre de l'amirauté constate l'entrée de 220 navires. L'amirauté de Rouen constatait, pour l’année 1614, l'entrée dans son port de 850 navires.

Mais en 1670 et 1676, le Hâvre avait peu progressé, car le Registre de son amirauté ne constate l'entrée que de 295 navires et heux, tandis que celle de Rouen en enregistrait cinq par jour.

(1) Parlement, registre secret, 29 octobre 1574. (2) Parlement, arrèt du 31 juin 1575.

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Je termine ces notes par la liste du menu d'un grand diner qui fut donné au Hâvre le 22 août 1584.

André Brancas de Villards venait d’être nommé gouverneur du Hâvre en remplacement du sieur Sarlabos , lequel avait lui-même succédé à Charles de Moy, seigneur de la Mailleraye. Afin de donner une haute idée de sa munificence le sieur de Viilards offrit un banquet aux autorités et aux principaux de la ville, mais comme il n’était pas possible de trouver au Hâvre un rôtisseur capable de fournir tout le nécessaire, il vint à Rouen et, devant les notaires, il passa et signa le bizarre marché dont voici le texte exact :

« Du 20 août 1584 — Andrieux de Lyvey, rôtis- « seur-cuisinier à Rouen, paroisse Saint-Pierre- « Lhonoré, s’obligeenvers messire André de Villards, a lieutenant et gouverneur pour le Roy au Hâvre de « Grâce, à livrer au dit seigneur, au dit lieu du « Hivre, pour le souper du mercredi 22 courant, « heure de midi ; savoir, deux cochonnets, quatre « courrieurs, quatre panneaux, deux levraulx, deux « marquassins, huit perdraux, douze teurtres, douze « cailles , quatre petits poulets dindes , deux oysons « gras, douze beccassines, huit rameaux, quatre « lapins de garenne, quatre levraux francs, quatre « guelinottes à fleur, un chevreuil, quatre cercelles, « douze petits poulets et douze petits pingeonneaux. « Le tout pour le souper du dit jour mercredi. « Et pour le disner du lendemain semblable nombre et quantité de viandes , le tout lardé et accommodé prêt à mettre en broche.

« Le tout moyennant le prix de 50 eseus ? tiers.

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