‹ Documents authentiques et inédits pour servir à l'histoire de la marine normande et du commerce rouennais pendant les XVIe et XVIIe siè cles [microforme]Chapitre 13 sur 24 · BE · texte numérisé non relu

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« leurs du Roy et de messeigneurs le Daupüin d'Or- « léans et ledit seigneur de La Mailleraye, et sur « chacune enseigne peindre et asseoir les armoiries «a des dits seigneurs en fin or et.en fin argent et azur où « le cas le requerera et le reste des dites couleurs de « bonne peinture.

« Et asseoir sur deux douzaines et demi des « enseignes du Roy les armoiries de fin or avec deux « salamandres ei deux faucons aux quatre coings de « chacune des dites enseignes.

« Et sur une douzaine et demie des enseignes de « monseigneur le Dauphin l’escu quartelé en seize « pièces des armoiries du dit seigneur avec une croix « et deux arcs turquois d'argent, cartelés aux quatre « coings de chacune enseigne.

« Et à une autre douzaine et demie pour monsei- « gneur d'Orléans les armoiries aux 2rmes de France « avec ies lamberaux d'argent et aux quatre coings « sera cartelé en deux coings deux porc épys et deux « serpents tenant chacun un petit enfant de gueules en

« la gueulle. Les porc épys d'or et les serpents d'azur. : « En chacune des dites armoiries le collier de

« l’ordre avec une couronne dont celle du Roy sera « timbrée.

« En une douzaine, pour le dit sieur de La Maille- « raye, seront apposées ses armoiries avec une cor- « delière d’or autour et chacune ure ancre et pour « chacun des quatre coings une ancre d'argent.

« Le tout en huile et le tout à livrer du jourd’hui « en douze jours.

« Et par le prix de 45 solz pour chacune enseigne. »

Le six juin, Pierre Guillots, marchand, paroisse St-Herblanc, reçoit de noble homme Jacques Vimont la somme de 114 livres « ordonnée par messire « Charles de Moy, vice amiral de France et commis- « saire en cette partie, pour soixante seize aunes de « drap bleu et jaune qui ont été livrées et employées, « savoir : 64aunes de drap bleu à faire les marmoutures « des hunes des navires du Roy et 12 aunes de drap « jaune qui ont servi à faire les fleurs de Lys à « asseoir sur les dites marmoutures pour servir au « voyage de l’armée de mer que le Roy dresse « contre ses ennemis. Et ce à raison de 80 solz « chaque aune de drap. »

Le 19 juin « Guillaume de Courteille, maître bro- « deur de Rouen, reçoit de noble homme J. de «.Vimont, receveur général de la marine, la somme « de 135 livres pour avoir assis et semé de fleurs « de Lys cent aunes de drap bleu et sur chacune « aune de drap avoir assis en broderie de laine le « nombre de vingt fleurs de lys de drap jaune pour ser- « vir à faire les marmoutures de laine des navires a du Roy en l’armée de mer... à raison de 27 solz « pour chacune aune, » ;

Geuffrin Lemenu, marchand à Rouen, reçoit du seigneur de La Mailleraye la somme de 1696 livres pour fourniture de 8,900 aunes de rolleaux d'estame et de molette des coulerrs noire, incarnat et jaune paille, et 854 aunes € serge de une aune de large des mêmes couleurs, le tout ayant été employé à faire les étendards des navires du Roy.

Charles Barate, peintre, reçoit du même de Vimont 27 livres 10 solz pour avoir peint aux couleurs du

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Roy, de messeigneurs le Dauphin, d'Orléans et de la Mailleraye 22 douzaines de demi-piques à étendre les enseignes et pavillons de tafetas des navires du Roy. | Après les décors et l’avitaillement des navires du Roy, il fallait trouver de l'argent pour les payer. François [* y pourvut au moyen d’un mandement de 64,000 livres sur les bons bourgeois et habitants de Rouen. Mais ceux-ci, déjà épuisés de longue date par les sacrifices de même nature qu'ils avaient été obligés de faire, résistèrent cette fois aussi longtemps qu'ils le purent. Afin de les presser de s’exécuter, on envoya à Rouen un sieur Constantin de la Tour, payeur de la compagnie du marquis de Rothelin et commis de noble homme Jean de Vimor:, pour requérir Jean Vollant, receveur général à Rouen, de fournir comptant la somme de 40,000 livres tournois nécessaires pour l’avitaillement de l’armée de mer que le Roy fait dresser au Havre-de-Grâce. Mais Volant répondit qu'il ne pouvait fournir cette somme, ne l'ayant pu recevoir : qu’il a chaque jour fait assembler le conseil de Rouen pour recouvrer 27 mille livres par lui dues sur la solde des gens de pied de l’an passé, que n'ayant rien pu obtenir il les a fait exécuter et constituer prisonniers ; qu'il a fait également emprisonner les receveurs des décimes de Rouen, d'Evreux et de Lisieux pour ce qu’ils doivent de l’an passé ; qu’il a fait saisir le temporel de l’archevèque de Rouen et des évêques d’Evreux et Lisieux; qu’enfin les bourgeois de Rouen se retirent vers le Roi pour lui demander le temps nécessaire pour recouvrer : 1° les 27,000 livres de l'an passé,

2° les 64,000 livres qu'il leur demande pour cette année (1).

D'autres navires et d’autres galères furent encore construits plus tard, mais cela devient moins intéressant à mesure qu'on avance dans le xvre siècle; et si je les signale avec quelques détails, c’est surtout pour montrer que rien ne s’entreprenait alors sans qu'on füt obligé d’avoir recours aux artisans et aux artistes de la ville de Rouen. Notre ville, en effet, était, par rapport à la province et même à la Bretagne, ce qu'est aujourd'hui Paris pour toute la France. C'était à la capitale de la Normandie qu'on avait recours dès qu'il s'agissait de faire quelque chose de beau, de grand ou de bon goût, et, sous ce rapport, on peut dire que les armements du Havre profitèrent beaucoup au commerce et à l’industrie des Rouennais.

Le Havre n'aurait pu, d’ailleurs, se dispenser de s’adresser aux Rouennais pour tout ce dont il avait besoin au milieu de ses vastes entreprises ; on avait bien pu faire venir à grands frais, pour la construction des remparts et de quelques navires, des ouvriers italiens et autres ; mais, le travail achevé, ces gens retournaient au plus tôt dans leur pays, et comme il n'existait encore au Havre-de-Grâce aucune corporation d'artisans, force était bien de s'adresser à ceux de Rouen pour les travaux même les plus ordinaires.

Pour en revenir aux quelques navires que l'Etat fit construire en 1548, plusie’::5 actes du tabellionage nous révèlent les noms de trois navires et.

(1) Actos du Tabellionage de Rouen, {°° 5, 15, 19, 27 jnin 1545.

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d'une galère ; les trois navires étaient : Le Henry-le- Grand, l'Hermine et le Normand; la galère était nom-

mée la Négresse. La coque de ces navires. et tout le

gros œuvre de charpenterie furent faits au lieu dit de Beaurepos, après quoi les navires furent conduits au hâvre de Brest en Bretagne. La direction de cette construction avait été confiée à noble homme Jehan de Clamorgan, sieur de Saane, nommé à cet effet commissaire du Roi. En décembre 1548, les gros travaux étaient fort avancés et les navires devaient être livrés en état de prendre la mer à la fin de mars 1549; le sieur de Clamorgan vint à Rouen pour s'occuper des objets de détail et de l'aménagement définitif. On le voit d'abord traiter avec un charpentier du Hävre de Grâce, Richard Faubuisson et Raullin Daully, maître de navire, lesquels s’obligent à lui fournir, au Hävre de Grâce, pour les trois navires en construction à Brest en Bretagne, nommés : Henry-le-Grand, l'Hermine et le Normand, savoir :

« Douze mille pieds de planches de peuplier, dont il y en aura 4,000 pieds de deux pouces d'épaisseur pour servir aux belles et faux ponts, à raison de 15 deniers le pied ;

« 4,000 pieds de un pouce et demi pour servir aux frontaux et aux chasteaux de devant et de derrière ;

« 4,000 pieds d'un pouce pour servir aux hunes qui feront 8,000 pieds à 12 deniers le pied (1). »

Par un autre marché du lendemain, 28 décembre, Jacques et Henry de Sées , père et fils, peintres. demeurant à Rouen, s’obligent envers le même de Cla-

(t) Tabellionage, 27, 28 décembre 1548.

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morgan, « à faire et peindre le nombre de cinquante étendards ou pavillons de tafetas, lequel tafetas leur sera baillé par ledit sieur commissaire, sur lesquels seront peintes les armoiries du Roi avec couronne impériale et les devises dudit seigneur, les armoiries de monseigneur le Dauphin et de monseigneur l’Admiral, èsquelles armoiries sera peint et imprimé l’ordre du Roi. Le tout pour être livré le 1% mars prochain et moyennant la somme de cinquante escus d’or soleil qui est à l’équipolent de 45 solz pour chacun pavillon. Et s’il plaisait de porter à cent le nombre desdits pavillons, ils seraient faits au même prix de 45 solz. »

Le 29 décembre, nouveau marché par lequel Philippe Cotentin, Raoulin Lechien, Henry Desfroissés et Jacques Lechien, tous maîtres du métier de Taillandiers (tailleurs) à Rouen « s’obligent à faire les étendards grands et petits et moyens pour servir aux mats, macheraux et vergues des dits trois navires, les couvertures des chasteaux tant de proue que de poupe avec les martières d'icelles et les marmoutures des hunes, le tout garni de franges et les couvertures doublées de toile; le sieur de Clamorgan s’engageant à fournir les serges, toiles et franges.

Le tout prêt à la fin de février prochain et moyennant la somme de 225 livres. » (1).

Enfin par un autre marché du même jour, Mauger père et fils s’engagèrent «à faire pour lesdits trois grands navires étant de présent au port de Brest en Bretagne, de leur métier de Dinants, quatre grandes

(1) 29 Décembre 1548, Tabellionage.

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chaudières pour asseoir en fourneaux, telles et de l'essence et selon la forme, grandeur et laiseur que le sieur Clamorgan, sieur de Saane, leur a dit et sont demeurés d'accord, et toute prêtes de asseoir sur les dits fourneaux à la fin de janvier prochain et ce moyennant la somme de cinq solz six deniers pour chacune livre poisant. »

On s’occupait égalémeut alors des fortifications du Havre et de leur armement, car un nommé François, voiturier par eau, à Rouen, reçut de noble homme Pierre Talon, trésorier extraordinaire de l'artillerie du Roi, 90 livres tournois « pour avoir amené de Paris à Pont-de-l'Arche, puis à Rouen, et de Rouen au Hàvre-de-Grâce:

« 1,200 boulets à couleuvrines ;

« 20 pièces d'artillerie de fer de fonte avec leurs affûts et rouages, savoir : deux couleuvrines bâtardes, six moyennes, six faucons et six fauconnets. »

Il fut également payé à Guillaume Hellot, charron à Rouen, 8 livres tournois, pour avoir fourni au Havre-de-Grâce, deux affûts de bois d’orme, deux paires de rouages et d’essieux en hêtre, pour monter deux passavants en fer battu.

Loys de Berre, reçut le même jour, 11 mai 1551, 2736 livres 9 sols pour l'entretien et nourriture des chiourmes de deux galères bescignant aux repararations et fortifications du Havre-de-Grûce, et pour ses gages de capitaine et ceux de deux argousins barbiers, dispenciers, et 12 mariniers pour la garde des chiourmes, et 420 livres pour les soldats. (Tabellionage, 11 et 18 mai 1551.)

Au milieu de tous ces armements, on doit penser

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que le commerce maritime était à peu près nul et que le port de la ville Francoise de Gréce n'offrait pas encore une parfaite sécurité aux navires étrangers. Car, jusques en 1584, je n'ai trouvé la trace que d’un seul de ces navires, et encore, était-ce à l’occasion d'un . échouement arrivé à l'entrée du port à une nef nommée la Conception, du port de 320 tonneaux, laquelle avait perdu dans le sauvetage, douze balles de laine (1) de son chargement.

Citons encore en passant une fourniture de 691 aunes de frange longue et petite pour border les étendards nécessaires aux navires, les quels s'envont en Agleterre pour le passage de M. le maréchal de Saint- André. (Tabellionage, 8 juin 1551.)

En cette année 1551 et pendant plusieurs de celles qui survinrent, on s’occupa sérieusement des embellissements et des fortifications.

En 1550, on fit venir, dans la ville du Havre, les eaux de la fontaine de Trigauville près Graville, et ce fut un maître fontainier de Rouen, Gabriel Pillée, qui fut chargé de ce travail. En 1554, on acheta les eaux de Sainte-Adresse pour alimenter les viviers et fontaines du Havre (2).

On fit venir du Vau-des-Leux 3,000 tonneaux de pierres ; on construisit sur une place prés le boullevard Saint-Michel, une grange spacieuse pour serrer et mettre à couvert les agrez, appareils et ustensiles des navires du Roi. Il fut payé pour tout le bois, planches, lattes et gaulettes, 460 livres à Guillaume

(1) Tabellionage, 18 août 1549.

(2) Tabellionage, 29 juin 1551.

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