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Bien que la vie du fameux Ango, de Dieppe, soit maintenant parfaitement connue, j'ai cru devoir y ajouter quelques détails qui résultent de mes notes.
La première puise tout son intérêt dans sa date.
En effet. eile pronve que dès l’année 1514, Jean Ango était déjà officier de l’archevèque de Rouen et son receveur à Dieppe; qu’il habitait alors le chdteau de cette ville; qu'enfin il était déjà lancé dans les affaires commerciales, et bourgeois advitailleur pour un quart du navire la Normande; ses co-intéressés étaient : Richard Héron, Christophe de Prix et Mathieu Doublet. Ils avaient confié le commandement de ce navire à Jacques Maheut. La Normande, équipée en guerre, partit de Dieppe vers la fin de mars 1514, ayant à son bord Richard Héron, l’un des quatre armateurs, et le capitaine Maheut. Dans les premiers jours d’avril, vers les côtes de Zélande, ayant rencontré une nef appelée le Nicolas, elle lui donna la chasse et l’amena au port de Dieppe. Le Nicolas était chargé de blé, seigle, bière et autres marchandises ; mais son capitaine, nommé Mathieu Cosses, prétendant que le navire appartenait à des marchands de Lubec, en Zélande, dont les habitants étaient les
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alliés et confédérés de la France, porta plainte contre Ango, Héron, de Prix et Doublet, et soutint devant Me Jehan de Chiffreville, lieutenant de l’amiral à Dieppe, que la prise était nulle et que navire et marchandises devaient lui être restitués.
L’amiral fut de cet avis ; il donna gain de cause au capitaine zélandais, condamna chacun des co-intéressés à lui restituer, savoir : de Prix, 20 lyons d’or, Ango, 20 écus d’or, Doublet, 10 écus d’or, et Héron, & écus soleil et un écu couronne, que ledit capitaine leur avait payés pour la valeur estimative de ses marchandises confisquées (1).
Un acte du 3 octobre 1525 nous révèle qu'en cette année, Ango avait armé en guerre un certain nombre de navires dont était amiral, le vaisseau le Léon, et que cette flotte avait fait prise d’une carraque chargée de marchandises et d'artillerie, et qu’enfin le tout ayant été mené « en la Baye de Nermoutier, y fut
brûlé et aliéné par les habitants des environs. »
Le 6 février de l’année suivante, une autre flotte, composée des navires la Salamandre, le Sacre, le Dragon et un autre appelé la Barque du Roy, tous appartenant à Jean Ango, s’empara de deux navires espagnols, l’un nommé le Corpus Christy et l’autre la Madeleine.
En 1529, le 27 août, on trouve un acte par lequel Ango et le sieur de Bourry, vice-amiral de France, s’obligent envers Nicolas et Guilbert Morel et leurs consorts à poursuivre la restitution du navire la Marie, appartenant auxdits Morel, qui leur avait été
(1) Arrèt du Parlement, 27 juin 1516.
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pris par les Portugais. Ango et de Bourry s'obligent à faire toutes les avances et les frais nécessaires jusqu'au remboursement, après quoi, déduction faite desdits frais et avances, il sera fait deux parts égales du produit net, dont l’une restera au profit d'Ango et du sieur de Bourry, et l’autre sera remise à Morel et consorts.
Pour obtenir cette restitution, une procédure spéciale était nécessaire ; il fallut agir directement contre le Roi du Portugal et l’on ne pouvait le faire qu’en vertu de lettres de marque signées du Roi de France. Le 26 juillet 1530, ces lettres furent octroyées par François [°° pour une valeur de 250,000 ducats.
En vertu de ces lettres de marque, Ango, Jacques Doublet, Guillaume Hervieu et Thomas Gueroult armèrent en guerre le navire la Rose pour courir sus et prendre les navires, biens et marchandises des Portugais. Mais déjà ! nom d’Ango était connu et redouté et l’on savait que, pouvant disposer de forces considérables, il pourrait, au moyen des lettres de marque, rendre aux Portugais le trafic par mer presque impossible.
C'est pourquoi sans doute, peu de temps après l'obtention des lettres de marque et leur notification, Dom Antoine da Tayede et Gaspard Valasez, ambassadeurs du Roy du Portugal, firent, au nom de leur maître, des propositions d’arrangement qu’Ango ne repoussa pas, et, dès le mois d'août suivant, de nouvelles lettres-patentes du Roi de France, approuvant la composition intervenue entre Ango et les ambassadeurs du Portugal, et en considération des deniers payés par ceux-ci, déclarèrent que les lettres de
marque ne devaient plus avoir d'effet. Enfin, le 20 février 1581, devant les notaires de Rouen, Ango recônnut avoir reçu desdits ambassadeurs la somme de 60,000 ducats et leur remit ses lettres de : marque.
Pour l’honneur d’Ango, l'affaire devrait se terminer ici; mais je dois ajouter qu'après avoir palpé les 60,000 ducats, ce personnage trouva bon de tout garder pour lui. En vain Morel et consorts firent-ils entendre leurs réclamations, Ango ne daigna jamais y répondre. Sa puissance était devenue si grande que l'on n'osait pas l'appeler en justice. Mais vint l'heure des revers. Ango, criblé de dettes, perdait en même temps son influence et son crédit. Morel et consorts s’enhardirent, et, après dix-sept années d'attente, se décidèrent à l’assigner en reddition du compte des 60,000 ducats par lui reçus et en partage de cette somme aux termes de la convention du 27 août 1529. Le premier acte de ce procès porte la date du 1er août 1548. Ango résista jusqu’à sa mort arrivée en 1550 ; alors ses biens furent vendus, mais on ne put liquider le compte des frères Morel ; il y eut tant d'incidents que, ni la veuve Ango, ni les sieurs Morel, ne virent la fin du procès. Cet avantage était reservé à leurs petits-enfants. En effet, le dernier arrêt et le dernier mot du procès portent la date du 30 juillet 1604! Cet arrêt condamne les héritiers Ango à payer aux héritiers Morel les 30,000 ducats restant dus sur les 60,000 touchés des ambassadeurs du Portugal le 20 février 1531, et ce avec intérêts au denier quaiorze depuis ledit jour.
Pour achever l'analyse des notes sur Ango, je suis
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