Lettre de Reubell à Napoléon I
Arcueil], 42 août 1806. Minute autographe au net (ou original). Collection H. B., de Londres.
Avec beaucoup de précautions oratoires et de réticences, Reubell ayoue qu'il va être contraint par le besoin de vendre son « jardin » d'Arcueil, auquel il s'était attaché. On a cru, dit-il, que l'Empereur voulait le mettre à même de conserver «cette retraite» et qu'il avait refusé. Il n’en est rien. La «roideur » de caractère qu'on lui connaît ne va pas jusque-là. Il a déjà expliqué jadis à l'Impératrice qu’il croit pouvoir encore être utile et qu'il ne serait pas ingrat. Il termine en disant que si on lui offre un prix raisonnable de son jardin, qu'il a mis en vente, il s’en défera, « à moins que V. M... » sic).
2 EN lettre fut évidemment pour Reubell très pénible à écrire.
Il y en a plusieurs brouillons différents et raturés dans la collection H. B. La pièce analysée ici paraît même être la lettre originale, qui en fin de compte n'aurait pas été envoyée. Le fait est que le « jardin » fut vendu.
Ce jardin était en réalité une belle propriété, qui existait encore en 4909. La maison, bâtie à flanc de coteau et fort bien exposée, avait une belle décoration intérieure datant de la fin du xvin® siècle. Elle avait une très belle vue sur le parc qui en dépendait, et sur la vallée de la Bièvre.
Reubell l’acheta de la veuve du présidentPinon (de Saint-Amand). Il la revendit à la fin de 1806 à Laplace, le célèbre auteur du Système du Monde, qui y fonda avec son voisin Berthollet la Société d'Arcueil, destinée à la publication de mémoires scientifiques. Plus tard, la marquise de Colbert, petite-nièce de Laplace, y habita à son tour. Elle appartint enfin, ainsi que l’ancienne maison de Berthollet, à la congrégation des Dominicains qui avait à Arcueil, jusqu'en 1906, un établissement scolaire. Au temps de Reubell, les murs de clôture étaient protégés par de fortes bornes en grès. Les enfants d’Arcueil allaient y aiguiser leurs couteaux de poche, nommés galumelles dans le pays, d’où ce dicton local, dont le souvenir a été conservé :
Prends garde à ma galumelle, Elle est aiguisée sur les bornes à Reubell !
(Ces renseignements sont dus à l’érudition obligeante de M. Templier, architecte à Arcueil.)