‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 110 sur 136 · CHAPITRE XII. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. a

insérer cent soixante notices sur les personnages les plus célèbres des douzième et treizième siècles. Son Discours sur F état des lettres en France au treizième siècle ^ qui ouvre le seizième volume de l'Histoire littéraire 9 est un véritable chef-d'œuvre de science, de critique et de narration. Ce discours, qui a 254 pages in-4^ formait à lui seul un ouvrage très-important. Ses articles sur saint Beinard, saint Thomas d'Âquin, Vincent de Beauvàis, Jacques de Vitry, Roger Bacon etc., formeraient également des ouvrages séparés du plus haut intérêt.

\J Histoire littéraire de la France est un livre qui , par la nature de son plan et la manière dont il est exécuté, doit être peu connu des gens du monde; mais, en revanche, il est fort à Tusage de ceux qui écrivent sur les matières qui y sont contenues. Us y puisent à pleines mains, et se gardent bien , trop souvent, d'indiquer les emprunts qu'ils font à cette mine abondante d'instruction et de recherches. Ainsi , pour n'en citer qu'un exemple, M. Capefigue, dans son Histoire de Philippe-Auguste, a composé la moitié de son quatrième volume d'un tableau de l'état des lettres et des arts sous ce roi , en reproduisant presque textuellement de nombreux passages du discours- de M. Daunou sur Vétat des lettres au treizième siècle y et cependant la source dont il a fait un si fréquent usage se trouve à peine indiquée une seule fois.

Le savant bénédictin M. Brial étant mort le i[\ mai 1 828 , l'Académie des inscriptions chargea MM. Daunou et Naudetdeconlînuer les Historiens

a66 OOCUMEfiTTS BIOGRAPHIQUES.

de France^ dontledix.-neuvième volume était sous presse. Ce volume fut publié par ces deux académicieus en i833» En le présentant à l'Académie, M, Daunou lut un rapport sur la continuation de ce vaste recueil de nos plus anciennes annales ^ Ce rapport contient un exposé fidèle du plan des Bénédictins, des critiques pleines de justesse sur ce plan, et des observations en faveur de la continuation de ce célèbre ouvrage. MM. Daunou et Naudet restèrent chargés de la rédaction du recueil des Historiens de France, {Is en ont publié le vingtième volume, qui contient un texte de Join ville , revu avec le plus grand soin par M. Daunou , et d'autres documents originaux relatifs à l'histoire de saint Louis. Cette publication est la dernière de M. Daunou. Elle a été présentée, en son nom , à l'Académie, la veille de sa mort. Peu de jours auparavant, et lorsque la maladie dont il était atteint avait presque absorbé ses forces, il en revoyait les épreuves, et en corrigeait jusqu'aux moindres fautes de détail.

Ces travaux si difficiles n'empêchèrent pas M. Daunon de se livrer à d'autres occupations, indépendamment de ses fonctions de garde général des archives, qu'il continuait de remplir avec une activité bien rare à l'âge où il était parvenu.

Une ordonnance rendue par le roi, le a6 octobre i83a^ ayant rétabli l'Acadéipie des sciences

* Mémoires de I* Académie des inscriptions , nouvelle série , t. XII y première partie , p. 4-

CHAPiTRK XII. 267

morales et politiques 9 M. DauDou reprit sa place dans la section de législation et de droit public dépendante de cette académie. Il prononça un discours sur ce rétablissement dans la séance de l'Institut du 2 mai i833.

Lors de la mort de M. Silvestre de Sacy, arrivée au commencement de i838, M. Daunou fut nommé à sa place secrétaire perpétuel de TAcadémie des inscriptions et belles*lettres ^ Suivant l'usage qu'il s'était imposé, il renonça immédiatement à la fonction d'éditeur du Journal des saifonts^ pour ne pas accumuler daps ses maiQ3 un trop grand nombre d'occupations. Sou premier soin fut de rédiger la notice historique sur la vie et les ouvrages de son illustre prédécesseur. Cette tâche, il ne se le dissimulait pas 9 était fort difficile pour lui. D'abord , il n'était pas versé dans la connaissance des langues orientales, et c'était du pre^mier des orientalites qu'il avait à parler; ensuite, M. de Sacy avait professé des opinions politiques et religieuses fort différentes des siennes. On sait quel tact, quelle pureté de style, quel talent d'analyse et quelle sensibilité il a déployés dans ce morceau qu'il lut à la séance publique de l'Académie des inscriptions, du 10 août i838^.

L'année suivante, il fit les notices sur Vanderbourg et sur Van-Praétl Cette dernière, surtout, est un portrait fait de main de maître , du bon et

* 16 mars i838.

> Mémofre de rAcadémie des in&c«*i plions, nouvelle série, t. Xll, pi^mière partie , p. $07.

a68 DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.

savant conservateur de la bibliothèque du roi.

Il semble que M. Daunou ait éprouve, dans les dernières années de sa vie, une douloureuse satisfaction à payer à la mémoire de ses anciens amis le tribut de son souvenir. Chénier, Ginguené, Thurot, de Tracy, Parent-Réal, Laromiguière , sont tour à tour devenus les sujets de discours ou de notices dans lesquels il les a fait parfaitement connaître. Lorsque la mort est venue le frapper, il s'occupait d'une notice semblable sur Mongez, qu'il devait lire à la séance publique de l'Académie des inscriptions, pour l'année 1840, à la suite de celle sur Caussin de Perceval, qu'il a pu préparer, mais qui à été luepar une autre bouche que la sienne. Il avait aussi promis à la famille de son ancien ami Cabanis de faire une notice sur sa vie et ses ouvrages; malheureusement, ce projet n'a pu être réalisé.

Ajoutons qu'à toutes ces fonctions, qui ont occupé la dernière partie d'une longue vie, M. Daunou joignait encore la qualité de président du comité institué au ministère de la justice pour l'examen des ouvrages dont l'impression gratuite est demandée, et celle de président du comité historique établi auprès du ministre de l'instruction publique; enfin , il était membre de la commission de l'école royale des chartes.

Il avait encore trouvé le temps de rédiger pour plusieurs recueils, et notamment pour la Biographie universelle et pour \ Encyclopédie des gens du monde, des articles portant le cachet de son savoir et de sa critique; et de se livrer à beaucoup d'au-*

Page 1