CHAPITRE V
s)e la communiquent en cachette , est plus facile à concevoir qu'à exprimer. Les uns n'y croyaient pas 9 et pensaient qu'une main ennemie avait trouvé le moyen de leur faire parvenir ce fatal billet; d'autres se livraient à l'espérance. La vérité ne tarde pas à être connue ; la voix rauque des crieurs^qui, en ces temps d'alarmes ^ faisaient incessamment retentir les échos des rues de Paris de l'annonce des événements mémorables, tra* verse les murs de la prison; plus de doute , Robespierre est anéanti; il a succombé devant le courage de Tallien çt l'énergie de la Convention revenue à elle-même.
Les prisonniers de Port-Libre s'attendaient à sortir immédiatement de leurs cachots, et ceux d'entre eux qui appartenaient à la Convention avaient lieu de croire qu'ils allaient être rappelés dans le sein de cette assemblée.
Cependant , plus de deux mois s'étaient écoulés , et rien n'annonçait que cet e^pgir légitime fut sur le point de se réaliser. Daunou alors fut chaîné par ses onze collègues de rédiger une réciamation qui serait adressée à la Convention et à tous les citoyens français.
Il s'acquitta sans retard de cette mission ; il fit connaître ce qu'était la protestation qu'on leur avait imputée contre le 3f mai et le 2 juin, le but de l'opposition qu'ils avaient faite à Robespierre et à la commune de Paris; il réduisait au néant les calomnies du fédéralisme et du royalisme ^ et il terminait ainsi son éloquent écrit : « Si la révolution a rétrogradé à travers des monceaux de
cadavres bien au delà du i4 juillet 1789 ; si avant le 9 thermidor Ja France avait à réclamer» comme en 1789, la liberté, Tégalité, l'abolition des privilèges, la répression des brigandages, la destruction des bastilles, la sage distribution des pouvoirs; les malheurs de la France n'étaient-ils pas l'ouvrage des conspirateurs et des dictateurs accusés dans notre projet d'adresse? Pourquoi donc sommes-nous encore dans les fers?
«Les Français ont assisté, durant le cours de cinq années, à deux grandes expériences politiques : d'abord, à la démolition d'une tyrannie âgée de plusieurs siècles; ensuite à la formation d'une nouvelle et éphémère tyrannie. Le premier de ces événements fut l'œuvre de la philosophie laborieuse et bienfaisante; c'est elle qui, après avoir conquis la liberté des opinions et des consciences, proclamant bientôt les grandes pensées d'organisation sociale, propageant l'esprit de tolérance et d'humanité , suscitant l'active énergie d'un patriotisme juste et généreux, sut ébranler, renverser, dissoudre tous les appuis du despotisme royal, et l'ensevelir enfin lui-même sous les débris des préjugés, des institutions et des bastilles dont il s'était fortifié. La contre-révolution ( car comment donner un autre nom au règne affreux des triumvirs?), la contre- révolution s'est opérée par des tumultes et des mensonges ; il a fallu répandre, avec astuce et fureur, l'esprit de fanatisme et de persécution, évoquer, au sein de l'anarchie , l'égoïsme, la lâcheté, l'hypocrisie et la cupidité, tous les vices des esclaves, étouffer