CHAPITRE VI
de tous les sentiments généreux; et que l'instruction, consommant l'ouvrage de la valeur, vienne à son tour illustrer, défendre et maintenir la République. »
Certainement ce discours renferme de grandes pensées et est écrit avec une éloquence qui le rendait digne de la mémorable circonstance dans laquelle il était prononcé.
A l'époque de la création des écoles centrales du département de la Seine, M. Dauou avait été nommé, le 6 ventôse an iv (a5 février 1796), par l'administration de ce département, sur la présentation du jury d'instruction publique , professeur de grammaire générale en ces écoles; mais sa nomination à la place d'administrateur de la bibliothèque de Sainte -Geneviève^ alors du Panthéon , ne lui permit pas de remplir longtemps cette fonction , dans laquelle il fut remplacé par M. Laromiguière. »
En effet, à peine sorti du Corps législatif, M. Daunou fut nommé, le 17 floréal an v(6 mai 1797), par le Directoire, à la place d'administrateur en chef de la bibliothèque du Panthéon, vacante par la mort de Lemonnier, le traducteur de Térence , qui lui-même avait succédé à Pingre.
Aucune fonction ne pouvait mieux convenir à M. Daunou que celle de bibliothécaire. Dès sa plus tendre jeunesse , il avait aimé les livres; il les avait étudiés avec le plus grand soin, il possédait une quantité immense de cartes sur lesquelles il avait relevé les titres des principale^ productions typographiques de tous les pays; il en avait fait de savantes analyses; car, pour lui, la science du
no DOCUMENTS BIOGRA.PHIQUES.
bibliographe ne consistait pas seulement à connaître les titres des ouvrages et l'indication des meilleures éditions, mais encore à réunir les notions les plus positives sur les matières qui y sont traitées. Il rédigea le catalogue des ouvrages appartenant à cette bibliothèque dont les éditions remontent au quinzième siècle. En un mot, les fonctions de bibliothécaire lui plaisaient beaucoup, et il se vit avec peine obligé d'y renoncer temporairement, lorsque, en l'an vi, la carrière législative lui fut de nouveau ouverte. On verra, dans le chapitre suivant, par une lettre de Talleyrand, que les offres les plus brillantes ne purent l'arrachera ses modestes et utiles travaux.
A la même époque, il tentait , avec MM. Camus, Langlès,Silvestre de Sacy, et d'autres membres de l'Institut, de reprendre la publication du Journal des Suçants^ ; mais les esprits n'étaient pas disposés à accueillir une entreprise dç ce genre. Il travaillait aussi à la Clef du cabinet des Soui^erains^ journal fondé par Panckoucke, et qui avait pour principaux rédacteurs Garât, Fontanes, etc. Enfin, il coopéra à la rédaction du Conservateur^ ^
' Il parut du i6 nivôse au 30 prairial an v (5 janvier- i8 juin 1797). Les articles de M. Daunou sont signés Y.
»Le Conseri'aieur fut fondé par M. Sarrette sur l'invitation de Talleyrand, qui venait d'être nommé ministre des relations extérieures. L'objet de ce journal était d'arrêter le mouvement réactionnaire qui s'opérait avant le 18 fructidor. Les écrivains les plus distingués appartenant au parti républicain modéré avaient promis leur collaboration au Conservateur, Garât fut chargé de la politique étrangère; Daunou , de politique générale et de pbîlo- Sophie; Chénier, de littérature; Boisjolin fit aussi des articles lit-