‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 73 sur 136 · CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU

pour l'autre une haute estime : aussi dinaient-ils souvent ensemble lors de la Convention. Un jour qu'ils sortaient d'une séance où il avait été décrété qu'aucune pension des anciens bénéficiers n'excéderait 1,000 livres, Sieyès dit à Daunoii : «Avant la révolution, j'avais des bénéfices ' considérables. La révolution m'en a privé; mais, ayant obtenu une pension de 6,000 livres, j'avais tout ce qu'il me fallait pour vivre heureux, grâce à mes goûts simples et philosophiques; aujourd'hui , avec mes i ,000 livres, je ne sais ce que je vais devenir. » Ce même homme qui considérait un revenu de 6,000 francs comme l'apogée du bonheur pour un philosophe, devait, quelques années plus tard, se faire donner le domaine de Crosne, à titre de récompense nationale j et d'autres riches dotatiotis par Bonaparte, pour prix de ce qu'il avait si bien servi à lui livrer le pouvoir.

Sieyès employa donc tous les moyens qui furent en lui pour entraîner Daunou dans le parti qui préparait le renversement du Directoire. Il le' convoqua un jour chez lui, avec d'autres républicains modérés, et après leur avoir exposé la nécessité qu'il y avait d'opérer un nouveau changement dans le gouvernement, il leur dit : Si vous ne voulez pas agir avec nous , je me tour^ nerai du côté des jacobins.

Ces solliciiations et ces menaces ne purent ébranler Daunou , ni le jeter, quoi qu'on ail dit ',

' On a imprimé une Liste des citoyens qui ont pm^oqué ou favo^

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dans le parti du 18 brumaire. Il est vrai qu'il déplorait amèrement les fautes du Directoire ; qu'il prévoyait la chute inévitable de ce pouvoir incapable et méprisé ; mais il lui répugnait de mettre la main sur la constitution de l'an m, à laquelle il avait pris une si forte part. Il n'était pas sans inquiétude non plus sur l'avenir de la liberté ; car il entrevoyait dès lors les projets ambitieux du général Bonaparte, et il se doutait bien que Sieyès ne jouait dans cette affaire que le rôle de dupe.

Daunou assistait , à Saint-Cloud, à la fameuse ' séance du 19 brumaire ( lo novembre 1799), 011 # tout avait été préparé et conduit par Lucien Bonaparte. H vit avec douleur le sanctuaire de la représentation nationale violé par la force armée, ayant à sa tête le jeune général qui avait acquis une si pure renommée en Italie et en Egypte. Il déclarait, du reste , qu'il était faux que des députés eussent voulu assassiner Bonaparte, et qu'il n'eût dû son salut qu'au courage d'un grenadier qui l'avait couvert de son corps. Il ne voyait dians cette fable qu'un moyen de frapper les imaginations et d'exciter la sollicitude publique en faveur de celui qui s'annonçait comme le sauveur de la patrie.

Après la dispersion des députés, il revint à Paris, et n'assista pas à la séance du soir, dans laquelle moins de cinquante membres du Conseil

risé révénement du iS brumaire. Elle se trouve dans le Choix de Rapports, Opinions et Discours, etc., t. XVII, p. 140, et dans y Histoire parlementaire de la révolution française , de MM. Bûchez et Roux. M. Daunou y fîgure; mais c'est à tort. C'est à tort aussi que M. Thibaudea|i l'a placé parmi les conjures.

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des Cinq-Cents, qui étaient dans le secret de la conspiration , essayèrent de régulariser la transition de la constitution de Tan m à une autre forme de gouvernement. Dans cette séance, une commission executive consulaire, composée de Sieyès, de Roger-Ducos et de Bonaparte, fut investie de la plénitude du pouvoir directorial ; et deux commissions, composées chacune de vingt-cinq membres pris dans chaque Conseil , furent chargées de statuer sur tous les objets urgents de police, de législation et de finances. Soixante et un députés furent immédiatement déchus de la représentalion nationale, pour les excès et attentats auxquels ils se sont constamment portés \

Daunou apprit le lendemain , par une lettre de Lucien Bonaparte, qu'il était nommé membre de la commission législative intermédiaire du Conseil des Cinq-Cents.

Plusieurs de ses amis particuliers , notamment Chénier, Cabanis, Thiessé, etc., avaient pris une part active aux événements qui venaient de s'accomplir. Ils firent des efTorts pour qu'il fût nommé membre de cette commission intermédiaire, malgré le rôle passif qu'il avait voulu conserver dans ce nouvel épisode de nos révolutions; et la haute autorité qui s'attachait à son nom leur avait permis de voir ces efforts facilement couronnés de succès.

* On peut voir ce que M. Daunou a dit du procès-verbal de la séance du Conseil des Cinq-Cents, du 19 brumaire (Cours d'études historiques, t. I, p. a55). Il le représente comme un tissu de mensonges officiels.

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