‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 72 sur 136 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Discours de Daunoii sur le 18 fructidor. — Réponse à une députation de rinslitut. — Il s'oppose à ce que la patrie soit déclarée en danger. — Anecdotes sur Sieyès. — Le 18 brumaire. — Daunou n*y prend pas de part active. — Il est nommé membre de la commission intermédiaire des Cioi]-Cents.

M. Daunou, rentré au Conseil des Cinq-Cents, fut appelé encore à Thonneur de le présider au mois de fructidor suivant. Une circonstance délicate se présenta dumnt cette présidence. Il dut prononcer un discours sur l'anniversaire du i8 fructidor, coup d'État qu'il avait désapprouvé, surtout dans les violences extra-légales qui l'avaient accompagné. Il parla des efforts de la faction royaliste ; du parti qu'avait pris le Directoire de recourir à Tune de ces mesures audacieuses qui saus^ent les États ou les écrasent^ qui rani* ment les constitutions ou les renversent ^ et qui y employées contre des périls imminents^ sont encore elles-^mémes de grands périls. Puis il invoquait la clémence pour les vaincus , et disait : « Quand c'est une faction qui triomphe, on la reconnaît sans doute à beaucoup de signes, mais surtout à ses vengeances. Chaque vainqueur, ou même chaque témoin de la victoire, s'empresse de désigner sa victime particulière, et de l'offrir comme

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- un tribut pour grossir l'hécatombe. On ne voit de garantie que dans l'immensité des assassinats^ et l'on sent que les bourreaux seuls peuvent rassurer contre le retour des opprimés. Mais quand la patrie a vaincu , les hommes vertueux qui se sont exposés pour elle , la veulent honorer encore après l'avoir sauvée, et ils sont cléments tout à la fois par caractère, par civisme et par la conscience de la justice de leur cause. » C'était là une critique amère de la conduite du Directoire, qui prétendait avoir vaincu au nom de la patrie , et qui n'avait pas suivi ces sages préceptes d'humanité et d'équilé sociale.

Le 1^ jour complémentaire de l'an vi ( i8 septembre Ï798), une députation dé l'institut, ayant à sa tête Bitaubé , se présenta à la barre du Conseil des Cinq-Cents, pour rendre compte de ses travaux pendant l'année qui touchait à son terme. Daunou, qui présidait encore, fit une réponse dans laquelle on remarqua le passage suivant : « C'est l'instruction qui rend libres les peuples qui sont opprimés ; mais c*est encore elle qui doit rendre justes, forts et heureux ceux qui sont libres. Il faut le dire : durant ces premières années de la liberté française , la reconnaissance nationale s'attachera spécialement à ce que vous ferez pour la renaissance de l'éducatian, pour la culture des jeunes élèves de la patrie, pour le perfectionnement des livres élémentaires, pour la régénération des mœurs; en un mot, pour la propagation des idées et des sentiments qui conviennent le plus à des hommes libres. Il n'y a

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point de philosophie sans patriotisme ; il n y a de génie que dans une àme républicaine.»

Cette dernière phrase fut vivement critiquée dans le temps; elle trouva aussi beaucoup d'approbateurs. La pensée de Daunou est facile à saisir^ et il est évident que pour lui l'énergie de l'âme, l'indépendance de la pensée, l'intégrité du caractère , principales vertus du républicain sincère, doivent être aussi les premières conditions du génie.

Nous ne mentionnerons ici qu'en passant les discours qu'il prononça en présentant au Conseil des Cinq-Cents la Traduction de Tacite^ par son ancien confrère Dotteville ' , et un Abrégé de r Histoire de la Grèce * , également par un ancien oratorien nommé Bernard; ainsi que le rapport qu'il fit au nom d'une commission spéciale sur les dépenses du ministère des relations extérieures pour l'an viii.

Pendant que M. Daunou siégeait au Conseil des Cinq-Cents, le ministre de l'intérieur , François de Neuchàleau, le nomma aussi membre du conseil d'instruction publique ^ , et il ne répudia pas cette fonction ; car , à toutes les époques de sa vie , il n'a reculé devant aucun devoir qui ait pu le rendre utile.

Cependant le Directoire, assailli de tous les côtés , avait vu son personnel se renouveler pres-

< Séance du 19 brumaire an vu (9 novembre 1798). > Séance du 19 ventôse même année (9 mars 1799). 3 i3 vendémiaire an vu (4 octobre 1798).

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que eu entier. Il était évident qu'il touchait à son ternae, et qu'une nouvelle forme constitutionnelle ne tarderait pas à être donnée à la France.

Comme moyen de renverser ce pouvoir débile, un parti crut devoir proposer de déclarer la patrie en danger. Cette proposition fut faite au Conseil des Cinq-Cents, au mois de fructidor an vu (septembre 1799). M. Daunou la combattit avec force , comme ne devant servir que de prélude à de nouveaux désastres révolutionnaires ^

On approchait du moment où Bonaparte, revenant d'Egypte, allait se disposer à saisir le pouvoir et à lui donner une autre direction que celle qui avait été suivie depuis le commencement de la révolution. Arrivé le i5 vendémiaire an viii (7 octobre 1799) à Paris, il s'entoura bientôt des hommes qui pouvaient le. mieux servir ses projets. Sieyès était du nombre. Mécontent d'avoir vu ses idées de métaphysique constitutionnelle peu goûtées, il espérait les feiire adopter par Bonaparte. Il servit donc à recruter des partisans au général audacieux, qui devait le jouer lui-même. Daunou avait beaucoup connu Sieyès, et celui-ci dut chercher à l'attirer dans le parti qui dès lors projetait le 18 brumaire.

Sieyès et Daunou avaient siégé ensemble au comité d'instruction publique; des rapports d'état les rapprochaient; quoique doués d'une nature d'esprit fort différente, ils avaient l'un

» Séance du 27 fruclidor an vu (i3 septembre 1799).

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