CHAPITRE IX
dansTadministration intérieure du pays, s occupa peu de la constitution. 11 laissait Sieyès se débattre à cet égard avec les deux sections dont nous venons de rappeler la composition.
Sieyès exposa son système^ qui consistait à organiser l'édifice social à peu près comme l'est l'administration delà justice. Ainsi, le gouvernement, ou pouvoir exécutif, y était représente par le conseil d'État, et le peuple par le Tribunal. Le Corps législatif remplissait en quelque sorte le rôle d'une cour de justice; on venait plaider devant lui pour ou contre un projet de loi, qu'il était tenu d'adopter ou de rejeter sans discussion. Le jury constitutionnaire , ou Sénat , était le tribunal de cassation, qui devait veiller à l'observation des formes. Puis un grand électeur couronnait cet édifice, et devait nommer les membres des grands corps de l'État , en les choisissant parmi les candidats du peuple.
Ce plan fut examiné dans le sein des deux sections y et servit de base à leur travail.
Mais le caractère de Bonaparte ne lui permettait pas de s'efTacer longtemps dans une affaire de cette importance.^ Il s'était établi au Luxembourg, et convoqua chaque soir dans son salon les membres des deux sections, pour présider à leurs travaux. Quand il fut question de rédiger: Citoyen Daunou, dit-il, prenez la plume et mettez-vous là! Daunou s'en défebdit; Bonaparte insista; Daunou céda. La discussion prit alors une marche régulière. Bonaparte y prenait part, la résumait, mettait les questions aux voix, re-
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cueillait les suffrages, et Daunou lédigeail les articles '.
Mais Bonaparte avait peu parlé dans les premières séances. Ainsi qu'il Ta dicté lui-même au général Gourgaud , « il n'avait aucune expérience des assemblées : il ne pouvait que s'en rapporter àSieyès, qui avait assisté aux constitutions de 1791, 93, 95; à baunou, qui passait pour un des principaux auteurs de la dernière*. » Plus tard, il prit plus d'assurance, et dirigea lui-même la discussion, comme nous l'a appris Thibaudeau.
Quoiqu'il en soit , le temps s'écoulait, et le travail de la constitution marchait lentement. De fausses nouvelles étaient répandues dans Paris, et portaient surtout sur l'ambition de Bonaparte, qu'il avait encore grand intérêt à cacher. Les uns disaient que le grand électeur, pointe de l'édifice social élevé par Sieyès^, serait un fonctionnaire à vie^ et que Bonaparte se réservait ce poste. D'autres ajoutaient que la voiture du sacre était déjà prête, désignant ainsi un superbe carrosse que la duchesse d'Ossuna avait commandé à Paris. En vain Rœderer repoussait ces faux bruits dans son Journal de Paris. Pour couper court à ces fables , qui ne devaient se réaliser que quelques années plus tard, Bonaparte résolut de terminer de suite la constitution. Il voulut alors que le
1 Boulay (de la Meurthe), Théorie constitutionnelle de Sieyès, p. 55. — Thibaudeau , le Consulat et l'Empire, t. I , p. 97.
2 Mémoires de Napoléon , t. VI, p. ia8.
3 On peut voir le tableau figuratif de la constitution de Sieyès , tracé par M. Daunou , dans V Histoire de h révolution de M. Mignet.