CHAPITRE X. 'i3l
(architecte), Dacier, Desfonlaines, et de lui. Elle avait été instituée par le ministre de l'intérieur, le 1^*^ mars 1810.
Au mois d'août 181 1 ,M. Daunou fut chargé par l'empereur de se rendre à Rome, pour présider à l'envoi en France des archives pontificales. A son retour. Napoléon vint aux archives pour voir la fameuse bulle de Pie Vil, du 10 juin 1809 , qui lançait contre lui l'excommunication, et il avait bien recommandé à M. Daunou de la rapporter.
Ces archives pontificales furent rangées dans le plus grand ordre; M. Daunou les examina avec un grand soin , et il se servit de plusieurs documents qu'elles renfermaient, pour enrichir la nouvelle édition de son Essai historique sur la puissance temporelle des papes.
Les archives du Piémont, de l'empire d'Allemagne, de l'Espagne, furent aussi transportées à Paris. M. Daunou , qui avait , en 1809, créé la section administrative, et organisé la section topographique, dut se livrer à des travaux considérables pour classer méthodiquement toutes ces richesses étrangères, qui étaient ainsi versées dans le vaste dépôt confié à ses soins. Le nombre des registres, cartons et liasses, que l'on réunit effectivement aux archives de l'empire , s'éleva, pour les archives italiennes, à 1 14?468 î pour les archives allemandes, à 35,^39; pour les archives espagnoles, à 7,861 ; en tout, 1 57,568. A mesure que ces papiers arrivaient, M. Daunou en dirigeait le classement et les inventaires. C'est lui qui en a seul conçu les divisions, telles qu'elles sont in-
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diqiiées dans le Tableau systématique des ar^ chwes de r Empire ^ qu'il fit imprimer en iSii. Son travail a donc porté , savoir : sur 116,674 registres, cartons et liasses des archives françaises, et 1 57,568 des archives étrangères ; ce qui formait le total énorme de *i']^^i[\i. Il présen* tait en même temps des projets tendant à la réunion de plusieurs corps d'archives, conservés soit à Paris, soit dans les départements, par différentes administrations. L'exécution de ce plan aurait fait de nos archives nationales le plus riche de tous les dépôts historiques.
En 1814, ces archives retournèrent dans les États auxquels elles avaient appartenu. L'empereur d'Autriche, pour témoignera M. Daunou sa satisfaction sur le classement des archives de l'empire d'Allemagne, lui fit don d'une riche tabatière d'or.
Les soins que lui imposait la direction des archives n'empêchèrent pas M. Daunou de prendre une part active aux travaux de la classe de l'Institut à laquelle il appartenait. C'est ainsi qu'en 1812 il y lut un savant mémoire, dans lequel il examinait la question de savoir si les anciens philosophes ont considéré le destin comme une force aveugle on comme une puissance intelligente. Après avoir traité cette question avec toute la profondeur d'érudition et la clarté d'exposition qui lui sont propres, il concluait que les anciens philosophes, au nombre desquels il ne comptait pas les astrologues, ont presque tous entendu par le mot Destin, ou Dieu même, ou^
l'une de ses perfections, ou l'ordre éternel de ses décrets , et par conséquent une puissance intelligente. Cette conclusion amena une vive polémique dans le sein de la classe.
M. Petit-Radel ayant , dans un ouvrage, employé le mot Roxolani pour désigner les Russes, M. Daunou examina dans un mémoire étendu , et qu'il lut aussi en iSia , ce qu'était l'ancien peuple appelé Roxolani ; si c'est de ce mot que celui de Russe dérive; si, depuis le neuvième siècle jusqu'au dix-neuvième, les auteurs qui ont écrit en grec, en latin ou en langue moderne, ont employé le mot de Roxolans pour désigner les Russes, et il arrivait à une conséquence opposée à l'opinion de M. Petit-Radel. Ceiui-ci ayant voulu répondre dans une série de mémoires, M. Daunou fit un nouveau travail sur cette question de géographie scientifique^
M. Dacier, secrétaire perpétuel de la classe d'histoire et de littérature ancienne, était sansdoute un savant fort distingué ; mais il aimait as- ^sez à partager entre plusieurs de ses collègues les devoirs que ses fonctions lui imposaient. C'est ainsi que MM. Ginguenéet Daunou furent chargés par lui de rédiger les rapports annuels sur les travaux de cette classe. M. Daunou fit les Exposés de ces trai^aux du \^^ juillet 1 8 1 3 au 3o juin l8i4, et de cette dernière époque au i®' juillet de l'année suivante. Lorsque cette classe devint
I Ces Mémoires sur l'origine des Russes n'ont pas été iin- )>rimés.
TAcadémie royale des inscripiions el i>elles- lettres , cet utile usage ne fut plus suivi, et il na été rétabli qu'en partie par M. Siivestre de Sacy , devenu secrétaire perpétuel.
Si nous joignons à Ténumération rapide de ces ouvrages les écrits inédits que nous avons mentionnés plus haut, et les premiers travaux relatifsà la continuation de XHistoire littéraire dont nous parlerons plus en détail dans le chapitre suivant , nous aurons le tableau exact des occupations de M. Daunou sous TEmpire. Il ne remplit pas de fonctions politiques à- cette époque. Ami de la liberté ^ comment aurait-il pu consentir à s'associer à un régime si diamétralement opposé à ses convictions? Napoléon n'aima pas M. Daunou; il ne pouvait oublier les résistances énergiques qu'il avait opposées à son despotisme naissant ; mais il estima son caractère y et il saisit l'occasion de lui donner une position administrative dans laquelle il pouvait rendre de grands services à l'État. Plusieurs fois même il lui fit proposer d'augmenter son traitement d'archiviste; mais, chose difficile à croire, qui n'en est pas moins réelle , et dont ne douteront pas tous ceux qui ont connu M. Daunou, il refusa obstinément'.
< Ce n*est pas, tant s*en faut, la seule preuve de désÎDtéressement qu*att donnée M. Daunou. En voici une autre. Il faisait partie d'une grande commission composée de membres du Corps législatif. Après que cette commission eut terminé ses travaux , on apporta à chacun de ceux qui la composaient une somme importante à titre d'honoraires. M. Daunou ne voulut pas la recevoir. En vain celui qui était chargé de lui remettre celte somme insistait-il et lui disait-il que ses collègues l'avait acceptée. M. Daunou
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Aussi l'empereur^ en parlant de lui, disait-îl que c'était un quaker, un tribun, un idéologue.... Il faut reconnaître à Napoléon ce trop rare mérite, que personne plus que lui n'eut le don de mettre à leur place les hommes éminents qu'il put connaître, il passait par-dessus les opinions politiques, pourvu que ceux à qui il déférait des fonctions publiques fussent à ses yeux les plus propres à les bien remplir : c'est un exemple que peu de gouvernements sont tentés d'imiter, et qui cependant serait de nature à leur donner une force qui leur manque trop souvent.
répondit que son traitement de membre du Conseil des Cinq- Cents lui donnait l'obligation de faire, sans autre rétribution, les travaux qui lui seraient confiés en cette qualité, et il congédia le porteur d'argent, tout étpnné d'une pareille résistance.
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