‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 95 sur 136 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

cais l'auraient découvert au mois de novembre 1809; mais personne ne se méprit sur Tauteur de ce livre remarquable, et M, Daunou n'a jamais songé à en répudier la responsabilité. La seconde édition fut publiée au mois de mai 1810. Une troisième édition, augmentée de pièces justificatives importantes, parut en 18 r r, et la quatrième en 1818.

En lui demandant X Essai sur la puissance teni* porelle des papes y ce ne fut pas la seule fois que le gouvernement de INapoléon eut recours aux lumières de M. Daunou pour s'éclairer sur le différend qui existait alors entre lui et la cour de Rome. Pie VII ayant refusé de donner l'institution canonique aux évéques nommés par l'empereur , et le culte paraissant ainsi à la veille de s'éteindre^ faute de ministres, il fallut voir comment on pourrait se passer de celte institution, en recherchant si elle pourrait être donnée par les métropolitains. Un concile national fut en conséquence convoqué a Paris, par circulaire impériale du q5 avril 181 1 , pour le mois de juin suivant. Le cardinal Fesch fut nommé président de ce concile par les Pères qui le composaient, et agréé comme tel par l'empereur. Le gouvernement avait demandé à M. Daunou une Exposition des faits qui ont donné lieu à la convocation d'un concile national; il fit cet important travail, qui devait servir comme d'introduction aux travaux de cetle assemblée; mais on sait qu'elle n'eut pas de suite.

Sans qu'il soit possible d'accuser M. Daunou d'avoir dévié de ses principes dans les ouvrages

qu'il composait à la demande du gouvernement ^ et, en quelque sorte, en sa qualité officielle d'archiviste de Tempire, il est certain que sa pensée y était contenue, et qu'il ne pouvait se livrer, dans des travaux de cette nature, aux hardiesses sceptiques de son esprit. Pour se dédommager de cette contrainte, il composa, ceitainement après 1808 et avant la chute de l'empire, un ouvrage intitulé Études morales j qui pourrait former un volume in-8®. On y trouve des vues philosophiques très-hardies, ainsi qu'il en existe également dans son Cours de bibliographie. Ces deux ouvrages ne paraissent donc pas susceptibles d'être publiés en face de l'éclectisme de notre temps. M. Daunou emprunta d'ailleurs plusieurs passages de ses Études morales pour son Cours d'histoire, et ils se trouvent dans le second volume de ce cours, qui traite des Usages ou plutôt de la Philosophie de Thistoire.

Nous croyons qu'à la même époque, c'est-à-dire à la fin de l'empire , appartiennent aussi une His^ toire de la littérature grecque ^ qui pourrait former deux volumes in-S**, et un ^jja/ (in achevé ) ^ grammaire générale.

Les quatre ouvrages que nous venons de mentionner forment la partie principale des travaux inédits de M. Daunou, et comblent la lacune que M. Sainte-Beuve a cru remarquer dans la série de ses travaux \

Mais il faut maintenant reprendre le récit des faits.

' Portraits htt,, t. lll, p. 43.

CHAPJTRE X. !)a9

Napoléon avait déjà visité les archives eu 1806, lorsqu'elles étaieni encore au palais Bourbon. Il y revint au commencement de 1810, après qu'elles eurent été transportées à l'hôtel Soubise. Lors de cette dernière visite, il était accompagné du général Duroc. Ils étaient arrivés dans un simple coupé, sans escorte et sans uniformes. On ne les attendait pas 9 et ils entrèrent dans la grande cour. Une personne de la maison leur demanda, sans lesre* , connaître, ce qu'ils voulaient : ils répondirent que c'était le garde général. Cette personne leur indiqua l'habitation de M. Daunou; mais Duroc, ayant déboutonné la redingote qui couvrait son habit, fit voir ses ordres. On alla chercher M. Dau» nou, qui les introduisit dans les archives. Napoléon examina tout avec la plus grande attention, et annonça au garde général l'intention de faire venir à Paris les archives des pays conquis. 11 pensait que les expéditions que l'on demanderait par la suite des pièces déposées dans ces archives procureraient un revenu considérable. Avant de s'en aller, l'empereur pressa vivement encore M. Daunou d'accepter une place de conseiller d'État; mais celui-ci s'obstina à refuser. Napoléon en témoigna du mécontentement ; cependant, quelques jours après, il lui envoya le brevet de membre de la Légion d'honneur. Déjàdeux fois M. Daunou avait repoussé cette décoration, notamment à sa création, contre laquelle il se fût prononcé , s'il eût encore fait partie du Tribunal. En 1810, il lui sembla qu'il y aurait de la puérilité à résister plus longtemps à s'en laisser décorer. Du reste, on peut dire qu'il éprouva

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en cette occasion le sentiment qu'il prête à M.Thurot^ lorsque le brevet de la Légion d'honneur lui fut décerné; « il en fut reconmiissant comme (Tune faveur pleinement gratuite y à laquelle il nuirait su attacher aucune valeur^ mais qui de\>ait en avoir aux yeux de ceux qui la lui accordaient^ . »

Peu de temps ensuite, M. Daunou. fut fort étonné d'apprendre que, par un décret daté de Compiègne^le 1 3 avril i8fO, l'empereur l'avait nommé censeur avec MM. Charles Lacretelle, Es* menard , Lemontey, Sauvo, etc. M. Portalis, diree» teur de l'imprimerie et de la librairie, lui fît connaître cette nomination par une lettre du i4 avril. M. Daunou refusa le jour même, par des lettres adressées à M. Portalis, à Fouché et au ministre de l'intérieur. Le Moniteur avait annoncé la nomination; M. Daunou ne put obtenir qu'il annoncerait son refus. C'est cette circonstance qui a induit plusieurs biographes en erreur , et leur a fait dire qu'il avait exercé les fonctions de censeur. Ces fonctions étaient trop en opposition avec son caractère et ses opinions sur la liberté de la pensée, pour qu'il ait pu songer un seul instant à les accepter. En revanche, il consentit à faire partie de la commission chargée de procéder à la vente du grand ouvrage sur l'Egypte. Cette commission fut composée de MM. Berthollet, Régnault (de Saint-Jean d'Angély ), Heurticr

'Notice sur, M. Thurot , p. xli. — En i83i, M. Daunou fui nommé officier de l'ordre, et il fut tiussi, peu de temps avant sa mort, décoré de l'ordre de Léopold de Belgique.

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