CHAPITRE Xi. qS-I
catholique romain d'épouser une catholique grecque. M. Daunou envoya son mémoire à M. Beugnot, qui lui répondit par la lettre suivante, que nous transcrivons ici, parce qu'elle fait autant d'honneur à l'esprit de celui qui l'écrivait qu'à la rigidité puritaine de celui à qui elle était adressée : « J'ai lu avec plaisir et avec fruit , Monsieur et ancien camarade, votre excellent morceau. J'aurais bien touIu le recevoir de votive main, mais vous avez une vieille répugnance pour les manoirs ministériels. Pour moi qui professe toujours le même respect des hommes qui vous ressemblent, et qui trouve si rarement à l'appliquer, j'irai vous voir, vous remercier. Je vous demanderai pardon d'être quasi-ministre % et j'obtiendrai de vous que ce titre si fugitif ne me fasse rien perdre de votre ancienne bienveillance, je n'ose dire de votre ancienne amitié.
a Agréez, etc.
a Bedgnot.
« Paris , le 6 j uillet 1 8 1 4. »
La dissertation de M. Daunou fut lue avec un vif intérêt par Louis XVIII, à qui du reste il est probable qu'on n'en fit pas connaître l'auteur: Mais ce n'étaientpoint les scrupules religieux de ce prince qu'il s'agissait de dissiper. Le comte d'Artois^ et même le conseil de conscience, à la tête duquel se trouvait l'abbé de Latil, furent ébranlés par la force ^de la logique déployée dans ce
* M. Beugnot était alors directeur général de la police.
mémoire. Ce mariage se serait probablement coiitraclé, car on sait que la Russie le désirait , sans l'obstination de la duchesse d'Angouléme. Celte princesse résista seule, et fil manquer cette alliance, qui pouvait, si elle eût été réalisée, exercer une si grande influence sur la destinée de la maison de Bourbon.
Pendant les cent jours, M. Daunou ne prit aucune part aux événements politiques, mais il resta à la tête des archives.
A la seconde restauration, aucune considération ne pouvait militer en faveur du mérite qui n'afificbait pas les opinions ultra-royalistes alors à l'ordre du jour. M. Daunou avait été membre de la Convention, mais il s'y était opposé avec le plus grand courage au jugement de Louis XVI ; il était républicain 9 mais il avait combattu au, péril de sa vie les excès de la République , et ensuite il avait cherché à mettre des digues au despotisme de Bonaparte ; il était par-dessus tout éminemment propre au service qui lui était confié, lequel n'avait rien de politique : toutes ces considérations devaient disparaître devant les vengeances aveugles de cette triste époque; et quoiqu'un ministre (M. Decazes) écrivît à un ami de M. Daunou : « Oler Daunou des archives , ce serait descendre Apollon du Belvédère , de la ' barbarie toute pure , » il se trouva un ministre de l'intérieur qui osa frapper ce coup, et l'on va voir quel était ce ministre.
Le a5 décembre i8i5, M. de Vaublanc écrivit à M. Daunou une lettre qui commençait ainsi :