‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 99 sur 136 · CHAPITRE xr. aSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE xr. aSg

a J'ai hésité longtemps, Monsieur^ à proposer au roi de vous donner un successeur aux archives, mais diverses considérations me font un devoir de ne pas différer davantage.

« Pour peu que vous réfléchissiez sur le passé et spécialement sur le temps qui s'est écoulé depuis le 20 mars, vous reconnaîtrez vous-même qu*il est des personnes dont les services ne conviennent plus à un certain ordre de choses et d'emplois, et que le temps et les événements amènent inévitablement avec eux la connaissance des hommes qui ont donné à la cause royale des gages de dévouement et de fidélité »

M. Daunou fut fort étonné de recevoir cette lettre; moins encore de la mesure qu'elle annonçait que de la personne qui l'écrivait et du style dans lequel elle était conçue. M. de Vaublanc était ce proscrit de 1798, auquel il avait rendu un siémineot service dans les États romains; et voilà de quelle manière il l'en récompensait! Deux mois s'écoulèrent avant que la destitution fût formellement prononcée; mais le 26 février 1816, le même ministre écrivit à M. Daunou qu'il était définitivement remplacé, en se vantant des égards qu'il avait eus pour lui, et « que je deifais, ajoutait-il , à vos qualités y à vos Uilents ^ aux anciennes relations que f ai eues ai^ec vous , à vos procédés envers moi dans une de mes proscriptions. » ,

M. Barbé-Marbois , alors garde des sceaux, et qui, en toute circonstance, a montré une haute estime pour M. Daunou; M. Beugnot, son ancien

ll\0 DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.

compagnon de captivité , et d autres personnes honorables multiplièrent leâ efforts pour parer le coup; mais ils ne purent réussir, et Tesprit de parti remporta sur la modération et la justice.

Il est à remarquer, cependant, qu'au moment où M. Dailnou était frappé de destitution, les ministres qui appartenaient à une opinion modérée lui demandaient des travaux sur des questions importantes. C'est ainsi qu'à la seconde rentrée des Bourbons il fut chargé de rédiger un mémoire sur l'amnistie dont on se proposait de couvrir ceux qui avaient favorisé le retour de Napoléon. Il fit valoir, dans ce mémoire confidentiel, tout ce qu'une saine politique doit gagner à une amnistie générale. Il s'éleva surtout contre les exceptions que ces mesures renferment trop souvent, et qui, malgré ses avis , signalèrent encore l'ordonnance du 24 juillet 18 15. 'c Qui ne sait, disait-il, comment se fabriquent depuis vingt-quatre ans ces listes fatales; avec quelle légèreté on en rédige une partie , avec quelles attentions perfides on soigne l'autre? En est-il une seule qui n'ait été remarquable par l'absence ou par la présence de certains noms, et qui n'ait donné lieu de rechercher, de découvrir les causes secrètes et honteuses des rigueurs et de l'indulgence? Ah ! sans doute , les auteurs de ces tables de proscription supposent qu'il n'y à dans leur patrie ni constitution, ni loi, ni conscience publique, et que tous les sentiments de justice et d'humanité sont éteints dans toutes les âmes comme dans les leurs. »

CiîAPlTRE XI. îi/n

Peu après 9 M. Barhé-Marbois lui demandait un Mémoire historique sur le sacre et le couronnement de nos rois^ ainsi que sur le serment qu'ils prêtaient dans cette circonstance. Enfin ^ il était consulté par les hommes les plus éclairés qui appartenaient au gouvernement, sur le concordat que l'on cherchait à faire avec la cour de Rome.

Mais, ainsi que nous l'avons dit, ces marques de confiance que plusieurs ministres donnaient à M. Daunou n'empêchèrent pas sa destitution de la place de garde général des archives du royaume. Bien plus :-il put craindre un moment d'être obligé de s'expatrier, et il écrivait à M. Roux-- Laborie, au mois de janvier 1816, après la fameuse loi d'amnistie : «Plus de sécurité en rien, puisque aucun engagement n'est respecté. Voilà le premier pas , il est énorme ; les autres doivent moins coûter. De classe en classe, de nuance en nuance , tout doit y passer, jusqu'à Vaublanc lui-même. N'est-il pas venu, et bien vite, un temps

où Bailly, la Fayette, Condorcet Camille

Desmoulins, Danton, n'étaient plus assez purs? L'autre pureté deviendra tout aussi rare. . .^Jeme recommande toujours à vous pour un passe-port pour Bruxelles. »

M. Barbé-Marbois , pour effacer, autant qu'il était en lui, les effets de la destitution de M. Daunou, songea à rétablir le Journal des savants ^ et à lui en confier la rédaction principale. Il s'occupa de cette affaire avec M. le chancelier Dambray. Ce journal fut en effet rétabli à partir du mois de septembre 1816. M. Daunou en fut nommé

éditeur et rédacteur; mission qu'il remplit avec le plus grand zèle jusqu'au mois de juillet id38. Ses articles si nombreux , si variés et si intéressaots, étaient des modèles de science , de tact et de bienveillance , en même temps que d'une critique fine et de bon goût; car personne mieux que lui n'a mis en pratique cette qualité qu'il reconnaît à Chénier, détre habile dxins Part de louer, véritable et rare progrès du talent littéraire^ autant que de la bonté morale.

Mais une occasion plus éclatante ne tarda pas à se présenter pour indemniser M. Daunou de la destitution qu'il avait encourue. M. Clavier, professeur d'histoire et de morale au Collège de France, vint à mourir à la fin de 1817. Les amis de M. Daunou pensèrent qu'aucun candidat ne pouvait lui disputer sérieusement cette chaire. Les professeurs du Collège de France s'empressèrent de le'présenter, à une grande majorité, au ministre de l'intérieur, M. Laine, comme celui qui, suivant eux, devait être nommé. Mais le mauvais vouloir des hommes exagérés du parti royaliste était encore tout-puissant. M. Laine, cependant , appréciait tout le mérite de M. Daunou ; il disait à M. Beugnot, qui le pressait de faire ratifier par le roi le choix des professeurs du Collège de France : « Je compte M. Daunou parmi nos meilleurs esprits et nos plus habiles écrivains. Il est du nombre des hommes précieux que le gouvernement ne peut trop rapprocher de lui. Pour de tels talents, il faudrait, au besoin, oublier quelr{ues différences d'opinions politiques; mais je sais

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