EDOUARD VII, A
acquise des lieux, ! constitue une grande amélioration sur l’ancienne forme de nos gou vernements locaux ; car même celles qu’on appelait les provinces royales, pour les distinguer des républiques appartenant à des propriétaires par ch#rtes accordées sous les rois de la dynastie des Stuarts, avaient des défauts essentiels et la inême tendance générale.
Le plan de M. Grenville va bien certainement poser les fondements de deux provinces spacieuses, populeuses et florissantes, dont il s’en formera de nouvelles, qui cons titueront ensemble dans un avenir qui n’est pas éloigné un pays très puissant et trés digne d’attirer promptement l'attention.
Je n’y vois pas cependant d'organisation telle que celle à laquelle on s'attendait, et dont l’objet serait de placer sous une direction générale ce qui reste à la Grande-Bre tagne de ses anciennes possessions dans l'Amérique du Nord, pour la sauvegarde des intérêts communs et de la sécurité de toutes les divisions de l’Empire.
Les colonies de l’Angileterre étaient des colonies florissantes. C’a été l'effet naturel du lien colonial, du caractère da peuple et du génie de la constitution auglaise. Les nôtres le deviendront aussi. Mais cette prospérité pourra amener leur ruine, et fasse le ciel que la sagesse, qui dicte pour nous les nouveaux arrangements, mette le compliment à son ouvrage par un système qui empêche que nous répétions la folie qui a plongé dans la pauvreté et la misère les parties détachées du continent.
Né dans une des anciennes provinces, et entré de bonne heure dans le service public et les conseils,“ je fais remonter la révolte et la rupture encore récentes à une cause plus éloignée que celles auxquelles on les attribue d'ordinaire. Le fait est que le pays ayant grandi, ses vieilles institutions ne lui allaient plus, et il avait besoin qu’on appliquât le remède nécessaire plus d’un demi-siècle avant que commencât la rupture. Jusqu'a quel temps ce renfède cc:tinua-t-il d’être applicable : c’est là un problème qu’il est inutile pour ie moment de résoudre,
S’attendre à de la sagesse et à de la modération de la part de près d’une vingtaine de petits parlements qui ne se composaient en réalité que de l’une das trois sections essentielles à un parlement, doit nous paraître, à la lunière projetée par l'expérience, avoir été une espérance fort absurde. Elle in’a semblé telle depuis plus de vingt ans, et je ne l'ai pas dissimulé.
Milord, une assemblée américaine, tranquille dans la faiblesse de l’enfance, ne pouvait faire autrement que de s’apercevoir, une fois élevée à la prospérité, qu’elle-mrme était la substance et que le gouverneur et le conseil étaient des ombres dans leur système politique.
Toute l'Amérique fut ainsi, dès l’origine des colonies, 1bandonnée à la démocratie. Et il appartenait aux administrations du temps de nos pères de trouver le remède, dans la constitution d’un pouvoir sur le continent même, assez fort pour contrôler toutes ces petites républiques, et créer un associé pour la législation de l’Empire, capable de consulter leur propre sûreté et le bien commun.
Pour être mieux compris de Votre Seigneurie, j'ai l'honneur de lui transmettre sous ce pli une pièce sus forme d’adjonctions au présent bill proposé que fait naître, en partie, la nécessité d'ajouter quelque chose pour donner une importance réelle et utile au commandement nominal de Votre Seigneurie sur plus de provinces que celle-ci.’
Quant au temps propice pour commencer une semblable organisation, le moment le plus défavorable serait assurément celui où le besoin d'une telle organisation se ferait le plus sentir. Et puisque son établissement rendra des desseins manifestes et pourra inspirer de l’ombrage, le meilleur temps sera celui où cet ombrage excitera le moins d’appré hension.
La faiblesse de nos voisins est notoire, et ils ne sauraient s'attendre à des secours de la France en proie aux bouleversements qui répandent la consternation dans toute l’'Enrope.
1 Parlant de 16 première rédaction du bill constitutionnel (voir p. 638) avec les additions et les modifications #pportées par Dorchester et incorporées dans la deuxième rédaction(voir p. 648) qui forme l'annexe A de la lettre de Dorchester à Grenville du 8 février.
# Ii était né à New-York et membre du Conseil de cette province avant la révolution.
# Lord Dorchester fut nommé gouverneur, non seulement du Canada, mais de toutes les autres provinces anglaises. Voir la note 1, p. 527.