‹ Documents concernant l'histoire de Neufchâtel-en-Bray et des environsChapitre 1 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Encore des documents et toujours des documents ! » dira-t-on, peut-être. — Eh! pourquoi pas? Avec « la réimpression des principaux ouvrages, devenus rares et coûteux, relatifs à l'histoire de l'ancienne province de Normandie, » notre Société ne se propose-t-elle pas, comme le dit l'article 2 de son règlement : « De publier les documents originaux encore inédits et les chroniques manuscrites présentant un intérêt réel, soit pour l'histoire générale de la province, soit pour l'histoire particulière des localités qui en dépendaient? »

Or les deux manuscrits contenus dans ce volume satisfaisant à toutes les conditions du règlement, le Conseil en a décidé la publication, commandée encore par d'autres motifs non moins sérieux1. En effet, leur principal objet

1 Le Conseil s'en est occupé dans les séances du 24 avril, 5 juin et 13 novembre 1882, et M. de Beaurepaire en a entretenu l'Assemblée générale dans son rapport du 23 novembre suivant. Bulletin de la Société de l'Histoire de Normandie, t. III, pages 156, 158 et 195-198.

est l'homme, et, suivant la remarque d'un éminent critique : « L'homme ne s'intéresse qu'à l'homme! ' » Et puis, en dehors du sujet spécialement visé, un heureux chercheur peut en tirer la preuve inattendue d'un fait en suspens, d'une date controversée, d'un renseignement biographique ou historique, inconnu, concernant ou notre province, ou une ville, ou une famille, ou même un seul homme, car tout se tient en histoire, la chaîne des faits étant infinie.

Au premier abord, on a lieu d'être surpris de l'existence de ces deux manuscrits sur la seule ville de Neufchâtel-en- Bray. Mais la surprise cesse bientôt, quand on se rappelle le rôle important que cette petite ville a joué, comme place de guerre, dans l'histoire de notre province, depuis nos ducs jusqu'à la fin du xvie siècle.

Devenus possesseurs de la Neustrie, les ducs normands ne tardèrent pas à se faire une ligne de défense contre les Français, maîtres de la Picardie et de l'Ile-de-France, en élevant plusieurs forteresses sur les frontières nord, nordest et est de la province appelée désormais Normandie, du nom des conquérants. Telles furent, en première ligne, les places fortes d'Eu, d'Aumale, de Blangy, de Gaillefontaine, de Gournay, et, en seconde ligne, Dieppe, Arques, Neufciiâtel, La Ferté, pour ne citer que les plus fameuses.

Plus tard, au xme siècle, après le retour de la Normandie à la couronne, bien que la Somme, avec ses prairies marécageuses, et ses tourbières donnât une assez bonne ligne de défense, et que la frontière de Picardie fût encore protégée par les forteresses d'Abbeville, d'Amiens, de

1 M. Saint-Marc-Girardin. Cours de Littérature dramatique, Lutte de l'homme contre ie danger. 1843, t. I, p. 60.

Corbie, de Péronne, de Ham et de Saint-Quentin, les rois de France conservèrent néanmoins les deux lignes de défense précédemment établies pour la sécurité de la Normandie, et où Neufchàtel était appelé à jouer son rôle.

Ainsi s'explique son importance relative, puisque, pendant des siècles, sous le nom primitif de Drincourt, remplacé bientôt par celui de Neuf-Châtel, dont l'étymologie rappelle la destination belliqueuse, cette petite place de guerre, entourée de murailles garnies de tours et défendue par un château assez considérable, bâti sur une hauteur, au nord de la ville, dans une assiette rendue plus forte par les fossés profonds qui l'isolaient de tous côtés, comme on le voit encore aujourd'hui, cette petite place a contribué, pour sa part, à défendre la Normandie, d'abord contre la France, et la France, ensuite, contre les attaques de ses ennemis. Cet office, Neufchàtel l'a rempli vaillamment pendant des siècles, et il a vu succe sivement les ducs de Normandie, les rois d'Angleterre, les rois de France, les ducs de Bourgogne, les Ligueurs, Henri IV et les Espagnols, au pied de ses remparts, pour s'en disputer la possession, les armes à la main. Sentinelle avancée de Rouen, son sort n'était pas indifférent pour notre ville, comme on le vit, une dernière fois, en 1592, quand, fidèle à Henri IV, elle tira ses derniers coups de canon contre le duc de Parme. Mais, après la démolition de son château, en 1595, son rôle diminue singulièrement d'importance, et c'est à peine si les historiens locaux ont pu signaler quelques autres faits saillants dans son histoire.

Comme dans toutes les places de guerre, surtout les petites, le sort des habitants de Neufchàtel et des environs ne fut pas heureux. Car, matériellement, la guerre alors

était abominable ; le soldat ne subsistait que de rapines ; partout la maraude, le viol, le pillage; un pays traversé par une année nationale ou par une armée ennemie, était un pays ravagé; la peste suivait les armées en campagne ; guerre et brigandage étaient à peu près synonymes. On connaît, pour Neufchâtel, une partie des maux que la guerre lui a infligés trop souvent.

Mais derrière ses remparts et ses tours, au pied du château qui la protégeait, il y avait une cité, avec tout ce qui la constitue : des églises, des hôpitaux, des couvents, une commune et des échevins; l'administration de la justice comprenant une Vicomte, une Election, un Siège de police, un Grenier à Sel, une Maîtrise particulière des Eaux et Forêts ; et puis, des procureurs, des avocats, des bourgeois, des marchands, des hôtelliers, etc. Sur tous ces points, ^auf le côté religieux, il règne, chez les divers historiens Neufchâtel, un silence presque absolu, faute, sans doute, d'avoir rencontré des documents qui permissent de les traiter avec certitude.

Un des premiers résultats de la publication de nos deux manuscrits, œuvre de deux Neufchâtelois, sera de combler, en partie et pour une longue période, une lacune aussi regrettable.

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