‹ Documents concernant l'histoire de Neufchâtel-en-Bray et des environs; publiés pour la première fois, d'après deux manuscrits, avec introduction, notes et appendicesChapitre 7 sur 28 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

fait venir de < aalix, » saule, au lieu de € saltus, » bois taillis'.

A l'origine, un certain Mathieu, surnommé « de Brene » ou« de Berne, » se construisit une cellule, sur les bords de la Béthune, au milieu des saules, et y vécut bon nombre d'années. Pauvre et content de peu, il couchait sur la paille; la besace sur le dos, le bâton à la main, il quêtait, une fois par semaine. Les habitants, touchés de sa sainteté, lui donnèrent le nom de père et d'ermite.

n salue le couvent de Bernesault, qui a remplacé la solitude des saules, et souhaite tout le bonheur possible aux religieux du xvii^ siècle, que saint François a envoyés pour le relever de ses ruines. Puissent-ils Thabiter longtemps et échapper atnL maux de la guerre civile !

 la mort de l'ermite Mathieu, la douleur fut générale et sa cellule resta sans religieux pendant vingt ans. Mais, en 1504, des religieux du Tiers Ordre, venus de Calais, s'établirent à Bernesault, et remplacèrent l'ermitage par de nouveaux édifices.

Leur supérieur, le frère Germain Lamy, était doué de toutes les qualités nécessaires pour mener l'entreprise à bonne fin. C'est alors qu'un ancêtre du poète, nommé Roger, de la noble famille de la Motte, seigneur de Yimont, de Quiévrecourt et d'Esclavelles, donna aux religieux le terrain pour bâtir un couvent, en y joignant d'autres largesses.

Le frère Lamy, ses compagnons et les habitants de

^ M. Ch. de Beaurepaire a déjà remarqué que « Salihema était une traduction fantaisiste de Bernesault, en latin Berne StUtus ou Berno^ nis Saltus, » — Bulletin de la Société de l'Histoire de Normandie, m, p. 196.

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Neufchâtel en grand nombre se mirent à rœnyre, et, en huit mois, les murs étaient élevés et les bâtiments construits. L'église, richement bâtie, à la place même de la cellule de Mathieu, les domine tous.

Le poète désire faire la description du couvent et rappeler la suite des anciens supérieurs, afin qu'on voie, dans ses écrits, ce qu'on n'a pu voir de ses yeux. L'église subsiste encore, mais dévastée par les reitres et les huguenots, qui ont brûlé tout ce qui pouvait l'être. Une grande porte, s'ouvrant avec un tour au-dessous de la chapelle, donnait accès à tous dans la communauté. Une fois entré, un portique ou vestibule vous conduisait aux portes du cloître, que le poète va s'efforcer de décrire. Il n'était pas très vaste, à cause du peu d'étendue de Bernesault, mais il offrait bien un carré régulier de vingt pas de chaque côté. Chaque côté du carré offrait dix colonnes rondes ou même davantage, symétriquement placées sur des socles en marbre blanc, faites en cœur de chêne et de l'ordre corinthien. Elles étaient peintes en outre de diverses couleurs. Au dessus du chapiteau de chaque colonne, il a vu des armoiries variées, sculptées en bois, avec leurs pièces, leurs métaux et leurs couleurs, habilement exécutées, dont le nombre s'élevait à trente et môme davantage. C'étaient celles des familles nobles, comtes, ducs, barons et bienfaiteurs des Pères de Bernesault, tenus à prier pour eux leurs familles et leurs descendants. Il supplie la Muse de lui rappeler quelques-unes des armoiries de ces ancêtres, que leurs descendants ne purent voir, quand elles décoraient Bernesault.

• n y a vu les armes du duc de Longueville, du comte d'Âumale, du comte d'Eu, trop connues pour avoir besoin

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d*être décrites, et qu'il ne convient pas de comprendre dans un si modeste ouvrage. Il se souvient d'avoir vu, sur les vitraux du temple, les armoiries de deux prélats, l'abbé de Sainte-Catherine-lès-Rouen et de l'abbé de Beaubec. Les Masquerel, les de Clères, les Martel, les de Mailly, les de Boulainvilliers, les de Basqueville, les de Bréauté, les de'Gouvis, M^ Carpentier, curé de SainWacques de Neufchâtel, les de Grouchy, les d'Esclavelles, y avaient aussi les leurs. Ces trois dernières étaient sur les vitraux du ré£3ctoire, tandis que celles de Pierre le Porc, de M. de Boissay et de la ville de Neufchâtel se trouvaient dans le cloître. Il y en avait encore d'autres, moins connues, placées çà et là, inutiles à rappeler, et dont il ne se souvient pas assez.

Au milieu du cloître se dressait un grand orme, à l'ombre duquel il dîna souvent avec ses amis. Â l'est, était un vaste réfectoire, une grande cuisine, et, au dessus, dix cellules pour les religieux; à l'ouest, une très belle salle conventuelle, sur laquelle étaient encore dix cellules pour les religieux, comme de l'autre côté ; au sud, un vaste vestibule, aboutissant à l'église, un escalier en vis conduisant au dortoir, et, au haut d'une tourelle, une horloge, dont la sonnerie s'entendait de Neufchâtel; enfin, au sud, une grande salle de réception pour les hauts personnages, les voyageurs, les étrangers, avec une petite infirmerie. Tel était l'état des lieux , avant les ravages des guerres de religion qui les ont détruits.

Puis viennent les noms des principaux supérieurs du couvent, car il est inutile de citer les autres.

Le frère Germain Lamy, fondateur du couvent, en fut quarante ans le supérieur, et construisit tous les bâtiments

dont il vient de parler. Il joignit des parcelles de terrain à celles qu'avait données Roger, an des ancêtres de Percheval de Grouchy. Du temps de <3ermain, il y eut jusqu'à trente-deux moines à Bernesault, la plupart prédicateurs, dont les noms figurent sur les registres du couvent. Frère Nicolas, de l'illustre femille Beaudoin, fut son successeur pendant dix ans. Le Frère Martin, Félix Unger, le remplaça, et, après lui, le couvent se divisa^ les uns voulant Tessier pour supérieur, les autres Richard. Tessier finit par laisser cet honneur à Quentin, qui fut le cinquième des premiers supérieurs ou gardiens de Bernesault. Celui-ci vit tous les malheurs qui fondirent sur le couvent, la destruction des bâtiments, l'invasion des doctrines de Luther, les maux de la guerre. Quand les fureurs de Mars furent apaisées et que les Allemands eurent évacué la France, Quentin, reprenant courage, avec les débris de l'ancien couvent, releva une modeste construction, pouvant contenir tout au plus quatre ou cinq frères, et y mourut. Après sa mort, on crut au dernier jour prochain de Bernesault, abandonné par ses moines. On envoya cependant quelques Cordeliers pour célébrer lés mystères et relever les bâtiments.

Le premier fut Noël, le second Baratte, puis Tiberge, qui se livrèrent à des désordres de tout genre.

Lorsque le courroux du Ciel eut réduit Bernesault à la dernière extrémité, saint François adressa une prière à la Vierçe pour implorer son secours. Il lui en fait le plus triste tableau, en rappelant tous ses malheurs et son état présent. Qu'elle voie le roi de France, protecteur des Cordeliers, qui appuie ses prières et lui adresse la même demande.

La Vierge, touchée de la supplique de saint François, intercède en sa faveur auprès de son • fils.

Le Christ lui répond que, sa demande, le Ciel Texauce, mais que, dans le cas présent, la justice et la clémence sont en lutte. Il le prouve en retraçant Thistoire de Bernesault, dont les débuts furent marqués par la piété, et les derniers temps par des désordres. Mais ses malheurs vont prendre an avec la paix qui éloignera les coups de la justice divine, et le Christ remet à sa Mère le soin de relever le couvent de ses ruines.

La Vierge, tenant Tenfant Jésus dans ses bras et entourée d'un chœur d'anges, apparaît à saint François et à Louis XIII, qui l'adorent et attendent sa réponse dans un profond silence. Le saint a tout lieu de se réjouir, ses vœux sont exaucés. Il verra Bernesault se relever de ses ruines et recouvrer son antique splendeur. La religion, la piété, le culte divin, la concorde y fleuriront de nouveau, et c'est à cause de lui, le patron du couvent, que la Vierge lui rend Bernesault. Il peut choisir les pères de l'ordre qu'il lui plaira pour habiter les bâtiments qui s'élèvent. Avant trois ans, le couvent aura réparé ses ruines. Pas n'est besoin de s'inquiéter de l'argent pour que les frères puissent le reconstruire. La Vierge aura soin que le Roi du Ciel y pourvoie. Un riche habitant de Neufchâtel, Louis Brumen, ouvrira toujours sa bourse aux moines de Bernesault, qui l'ont élevé dans les principes de la religion.

A ces mots, la Vierge disparaît. Le poète pije les fils de saint François d'accueillir favorablement le tableau où il a retracé la ruine de Bernesault et la suite de ses premiers fondateurs. Il songe à faire la description des nouveaux bâtiments et à rappeler les noms des nouveaux pères,

ai le Ciel lui accorde la vie, et si, par leurs prières, le Ciel chasse les nuages qui obscurcissent ses yeux. Sinon, puisse un autre s'en charger! Pour vous, frères chéris, vivez éternellement. »

Tel est le fond de ce petit poème, dont nous avons tenu à faire une analyse d'autant plus complète qu*il est en latin. Elle permettra d*en mieux saisir le contenu, qui ne manque ni de nouveauté ni d* utilité pour compléter Thistoire de Neufchâtel.

La nouveauté du texte est évidente, puisqu'on n'en connaissait que huit à neuf vers sur les 674 dont il se compose. Le reste était si bien inconnu que l'on croyait à la perte du poème, comme pour le Mémoire de Miton,

Quant à son utilité, elle n'est pas moins certaine. Sur le couvent de Bemesault, on ne possédait que la notice de Marie Jean de Yernon ^ Venu cinquante ans après Percheval de Grouchy, il a bien esquissé, dans la première partie de son article intitulé : € Neufchâtel, » l'histoire des Pénitents du Tiers-Ordre, à partir de la réforme du couvent, en 1614, et, dans la seconde partie, l'histoire des Pénitents qui les avaient précédés au même lieu, « parce que l'antiquité est plus vénérable et plus majestueuse. » D l'a fait en € alléguant des monuments antiques, » que de Grouchy a certainement consultés. Mais, pour cette même période, de Grouchy a l'avantage d'être plus complet dans la liste des supérieurs^ et d'avoir donné seul, en témoin oculaire, une description de tous les bâtiments du Bemesault primitif avec rénumération des armoiries d'une foule de familles normandes, et enfin plusieurs détails histor iqueset topogra-

1 Elle est en entier, AppBNOicBâ, IM p. 230-23S.

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