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phiques, qu'on chercherait yainement chez son successeur. C'est vraiment un grand avantage d'avoir été le contemporain de la plupart des faits signalés et de pouvoir dire, en faisant des descriptions et des tableaux : « J'ai vu. »
Inutile de parler du mérite littéraire de ce petit poème, bien jugé dans l'article où J.-A. Guiotl'a inséré ^ le sauvant ainsi d'une perte totale très probable. Ajoutons seulement que son latin macaronique, dans sa description des armoiries, est digne d'excuse, puisque le blason, même en français,
De ces termes obscure fit un langage à part,
Boilean, Satire V,
De plus, nous ne saurions blâmer le reste du poème, malgré toutes ses imperfections, à cause des services que son texte peut rendre à l'histoire. Aussi nous conseillerons aux futurs historiens de Neufchâtel de faire comme nous, et de ne pas trop médire de la forme, pour n'envisager que le mérite du fond. II leur sera d'autant plus précieux que la Gallia christiana et la NeusbHa pia ne contiennent pas même le nom de Bernesault, et qu'en joignant le poème de Percheval de Grouchy aux renseignements de Marie Jean de Vernon, ils auront, pendant deux siècles, l'histoire du couvent de Bernesault, si peu connu que le nom en a presque entièrement disparu de l'histoire de Neufchâtel, non moins que du souvenir de la plupart de ses habitants.
1 Appxndicb8« n-8, p. 228-230.
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Si de ces analyses et de ces quelques réflexions destinées à mettre en lumière toute la valeur de ces deux manuscrits inédits, œuvres de deux enfants de Neufchâtel, nous passons & Texamen des services qu'ils peuvent rendre à son histoire, nous trouvons que, chacun de nos auteurs ayant creusé, à sa manière, d'utiles sillons, ces senûces sont incontestables.
Jusqu'à présent, en e£fet, on ne possède guère qu'une ébauche de cette histoire ; car il est à remarquer que, dans un siècle où les monographies sont devenues tant à la mode, presque toutes les villes autour de Neufchâtel ont eu leur historien, tandis que Neufchâtel attend encore le sien^ .
Ainsi, MM. Vitet, Potin de la Mairie, Désiré Lebœuf, Leroy, Dé Lérue, Semichon, Fourcin, les abbés Delamare, Decorde, ont écrit, de nos jours, les histoires de Dieppe (1833), deGournay(1842), d'Eu (1844), de Montérollier (1859), de Blangy (1859), d'Aumale (1862), de BuUy ^
1 L'Histoire civile et militaire de Neufohàtelren-Brayf par Dom Bodin, que notre ScNciété de l'Histoire de Normandie se propose de publier bientôt, est encore inédite.
s M. Fourcin, de Sommery, i*un de nos sociétaires, est l'auteur d*un Recueil êt(Ui»tique et historique de la oonvmune de Bully, resté manuscrit, dont il a fait hommage, en 1866, aux Archives du département de la Seine-Inférieure. Ce travail, fruit de longues et soigneuses recherches, n*a pas moins de vu pages d*Introduction et de 647 pages de texte, in-folio. II en a été de même pour la eonamune de Sommery, dont le manuscrit îaX déposé en 1875.
1866), de Roncherolles-€n-Bray (1865), de Bures (1872), tandis que Neufchâtel attend encore pareil honneur.
Quand les historiens s'occupent de lui, ils le confondent au milieu d'ouvrages dont il n'est point l'objet unique, mais un simple accessoire. C'est de cette sorte qu'ont procédé, vis-à-vis de lui : Toussaint Duplessis, dans la Description de la Haute-Normandie (1740); M. A. Guilmeth. Description de V arrondissement de Neufchâtel (l838) ; M. l'abbé Decorde, Essai historique et archéologique sur le canton de Neufchâtel (1848) ; M. Léon de Duranville, Notice sur la ville de Neu/châtel-en-Bray, Bévue de Rouen (1844), 2« semestre, p. 161-169, et Nouveaux documents sur la ville* de NeufchâteUen-- Bray, Revue de Rouen (1851) ; enfin, M. Potin de la Mairie, dans ses Recherches sut toutes les communes de l'arrondissement de Neufchâtel (1852). Et pourquoi toutes ces esquisses sommaires, et non une histoire complète? C'est que les monuments avaient surîout manqué; c'est qu'ilfallait se contenter de quelques rares documents d'archives, dont on s'ingéniait à tirer tout îe parti possible, par un découpage en fragments plus ou moins longs d'auteurs connus, par leur juxtaposition et leur ajustage en mosaïques plus ou moins habilement conçues. On en était réduit à ce triste procédé de composition, faute de documents suffisants pour constituer une vérltahle histoire de Neufchâtel.
Aujourd'hui, il n'en sera plus ainsi. La publication de nos deux manuscrits forme un répertoire nouveau, un dossier plus complet, offrant des documents qui tiendront dorénavant une place prépondérante dans l'Histoire de
plus possible de récrire, pour le xvi« et la première moitié du XVII* siècle, sans recourir d'abord au Mémoire de Miton ; sans consulter, pour le couvent des Pénitents, le Bernesault de Percheval de Grouchy. Ce n'est pas beaucoup s'avancer en disant qu'ils fournissent certains faits, certaines indications utiles qu'on ne trouve que là, et qu'ils seront désormais la base solide et résistante de l'histoire de Neufcbâtel, au moins pour la période dont ils parlent, à cause du grand nombre de noms d'homme et de lieu> de faits, de dates, de curieux incidents qui serviront à faire justice d'une foule d'erreurs ou d'incertitudes fidèlement et aveuglément transmises. Il faudra donc tenir compte de ces sources d'informations nouvelles et de plus en plus précises pour les substituer aux connaissances vaqués et superficielles qu'on possédait sur une foule de points dq cette histoire. Elles devront plaire à tous ceux qui, s'éta^nt fait une habitude constante de la' vérité, en ont scrupuleusement conservé le goût, partout et toujours.
. Â vrai dire, notre publication n'est qu'un simple recueil de doeomens, de matériaux, de notes qui attendent leur metteur en œuvre, car, avec eux, l'histoire de Neufcbâtel n'est pas composée ; elle est à composer. Mais ces éléments nouveaux, soumis à une critique judicieuse, présentés avec art et avec habileté, permettront d'écrire désor^ mais une histoire véritable et complète de Neufcbâtel, au lieu de tant d'esquisses incomplètes, où la convention et l'hypothèse tiennent une trop large place.
Neufcbâtel allait avoir son historien, con^me les villes ses voisines, dans la personne de M. ^rnest Semichon, quand la mort vint frapper notre regretté confrère au^. milieu de ses chères études d'histoire locale. Il avait même
composé, comme il nous Tavait confié, la période de 1789, sur laquelle les documents ne lui faisaient pas défaut, quand il apprit de nous la découverte que M. Chéruel venait de £5dre du Mémoire de Miton. Les extraits qu'il en connaissait lui avaient fait pressentir l'importance du reste, et grande fut sa joie en recevant de nous cette nouvelle inattendue. Il eût été l'ouvrier qui aurait su en faire un sain usage, les consulter avec discernement, en contrôler les données, à l'aide d'autres sources, et en rectifier les erreurs, avant de condenser ces matériaux historiques, ces notes mises bout à bout, sans méthode et sans ordre, et qu'il n'aurait pas manqué de fondre dans une oeuvre méthodique et littéraire.
Aujourd'hui, Neufchâtel doit regretter que ce travail, en vue duquel l'un de ses plus honorables enfants s'était livré à tant de recherches et avait amassé tant de matériaux, soit resté inachevé :
Pendent opéra interrupta!
. Virgile, Ênéîde, IV.
Mais il lui reste, comme à nous, l'espoir que M. Charles Semichon pourra trouver, un jour, ail milieu de ses graves fonctions d'inspecteur général des finances, le loisir nécessairepoûf poursuivre l'oeuvré paternelle, ainsi qii'il a bien voulu nous en donner l'assurance, et nous ne doutons pas qu'il saura la mener à bonne fin.
En attendant la réàÛsafiQn de ce vœu, la publication de nos deux manuscrits sui* l'histoire de Neufchâtel aura le résultat qu'un Normand, l'un des bons critiques de nos jours, a judicieusement signalé en ces termes : « Quand on
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sait ce qui s'est passé en un lieu, quand on a quelque connaissance des personnes qui Tont habité, de leurs actions, de leur caractère, tout y prend un sens, un intérêts » C'est l'effet que produira la lecture du Mémoire de Miton, où revivent bon nombre de Neufchâtelois du temps passé, avec la mention de leur famille, de leur état et de leurs charges, ressuscitant ainsi bien des membres inconnus du clergé, de la noblesse, de la magistrature et de la bourgeoisie du xvT et du xvii* siècles. 11 en sera de même pour le poème latin Salibertuiy par Percheval de Grouchy, relevant tous les bâtiments du cloître construits au début du XVI* siècle, et complètement détruits pendant les guerres de religion, avec le souvenir de ses prieurs, de ses gardiens et de ses moines, dans cette presqu'île où les Pénitents réformés se sont établis sur leurs ruines. L'un et l'autre contien-, nent tous ces détails surabondants que l'histoire dédaigne, comme étant au-dessous d'elle, tandis qu'ils ont pour les lieux et pour les personnes le mérite incontestable de leur redonner l'intérêt, le mouvement et la vie. Cette résurrection du passé de Neufchâtel, ses véritables enfants ne sauraient l'accueillir avec indifférence.
Après avoir tant parlé du fond de nos deux manuscrits, il convient de dire quelques mots du travail de l'éditeur et des principes qui l'ont guidé dans l'accomplissement de sa tâche.
1 M. Jnles Levallois^ A utaur de Paris, p. 205.
Son premier devoir était de renseigner sur la provenance de ces deux manuscrits inédits et d*éclairer sur la valeur de leurs textes. Il vient de le remplir par l'étude consacrée à chacun d'eux^ dans cette Introduction.
Sa méthode ensuite a été d'en soumettre les documents à une critique sévère, et c'était de toute nécessité, surtout pour le Mémoire de Miton, où il y a plus d'une erreur de tout genre, comme on peut l'attendre d'un homme qui écrivait après les événements et négligeait de contrôler ses souvenirs, avec la mauvaise chance d'un texte altéré, à la fin du xviii^ siècle, par un copiste peu versé dans la lecture des anciens manuscrits et complètement étranger à cette histoire locale. De là, bon nombre d*énigmes devant lesquelles l'éditeur a £ait plus d'une halte, avant de les comprendre, et il ne se flatte pas d'y avoir toujours réussi. En cas d'impuissance absolue, il s'est interdit de descendre la pente facile des conjectures, ou bien, si cela parfois lui arrive, le lecteur en est averti par un modeste : « Probablement ; » ou encore un timide : « Peut-être, >► qu'il préfère à l'orgueilleux : < Assurément, » sans preuves. Il laisse à ceux qui auront plus que lui l'intuition da l'histoire locale de Neufchâtel-en-Bray le soin de suppléer à son insuffisance, et de trouver le vrai sens de l'énigme.
Comme les données positives sont accumulées, en masse un peu confuse, dans ces divers documents, il était nécessaire de tenter d'y jeter quelque lumière. C'est ce qu'il a esssayé de faire, en multipliant ces notes explicatives et rectificatives dont les éléments ont été toujours puisés aux sources les plus autorisées, qu'il a grand soin de citer. U s'est attaché à les présenter toujours sous la forme la plus simple et la plus concise possible. Bref, toute son ambition
a été de publier des textes, soigneusement annotés, qui pussent servir de base sûre et sérieuse aux futurs historiens de Neufchâtel.
Tel a été aussi son but en publiant, sous le nom d'ÂPPEN- DicBS, une douzaine de pièces, rares et peu connues, qui éclairent d*un jour nouveau le texte de ces deux manuscrits.
Bien convaincu qu'un livre d'érudition, et surtout un recueil de documents, sans « Index, » perd la moitié de sa valeur, l'éditeur en a fait deux, l'un pour les noms de lieu, l'autre pour les noms de personne. Us étaient d'autant plus nécessaires que les uns et les autres s'y rencontrent, à chaque page et presque à chaque ligne, et qu'il eût été impossible de se retrouver, sans leur secours, au milieu de ce dédale de noms accumulés par centaines.
Pour mieux mettre en relief le détail et l'ensemble de ces documents, il a paru à propos de joindre aux Index une Table analytique des matières ; et puis une Table GENERALE DU VOLUME, de sorte qu'en consultant l'une ou l'autre, le travailleur pût découvrir, sans peine, l'objet spécial de ses recherches.
Enfin, l'éditeur ne s'est pas astreint à une reproduction servile de l'orthographe ni de la ponctuation du manuscrit français. C'eût été un excès de fidélité déplacé pour un texte historique dont le sens seul importe, et non le matériel du mot ou la division illogique de la phrase. Le procédé contraire n'eût abouti qu'à rendre la lecture de ce texte plus compliquée qu'elle ne l'est naturellement, tandis que les changements introduits l'ont rendue plus facile. Quant au texte latin, il était impossible de le laisser avec
1 n y a, en chiffres ronds, 1,900 noms de personne, 2S0 noms de Heu et prés de 700 articles dans la Table analytique.
ses soixante et quelques fautes, de tout genre, imputables àTauteur, et non à ses copistes. On en pouri^a juger par le tableau où les corrections figurent en regard des Êiutes manifestes ou présumées ^
Chargé d*une besogne aussi aride et aussi ardue, l'éditeur a dû prendre pour devise celle que le poète latin attribue au plus grand capitaine de lantiquité, < qui croyait, dit-il, n'avoir rien fait, s'il restait quelque chose à faire » :
Nil aotum reputans, si quid superesset agendum.
Lucaiiiy PharscUe^ I.
Pendant près de trois ans, il a donc cherché, à Rouen, à Neufchàtel, à Paris et à Caen, par correspondance et par déplacements, tous les moyens d'information possibles. On a déjà vu les noms de quelques-unes des personnes qui lui sont venues en aide. On trouvera les autres ailleurs, à la place où le service a été rendu.
Il en sera de même pour l'indication des sources où il a puisé, tant pour les ouvrages que pour les auteurs; car il rougirait de pratiquer l'indigne piraterie littéraire qui démarque les travaux et les découvertes d'autrui pour se les approprier subrepticement et sans vergogne.
Bien grande serait la récompense de ses efforts et de ses soins, s'il pouvait sortir bientôt de la publication de ces documents une histoire complète et judicieuse de Neufchàtel, et quelques aperçus nouveaux sur le beau pays de Bray, auxquels le rattachent tant de souvenirs d'en£ance, tant de liens d'amitié, de famille et d'études.
^ Voir plus loin, Appendices, 11-6^ p. 23S-240.