‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 143 sur 509 · Il faut sans doute lire L» J^lj. H. vq inaiGa · texte numérisé non relu

Il faut sans doute lire L» J^lj. H. vq inaiGa

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INTRODUCTION

Il est d'usage, quand on étudie la cabale, de commencer par Texamen du Séfer Yesira. On est toujours tenté de voir dans ce livre le précurseur du Zohar, parce que les cabalistes ont accaparé le Séfer Yesira pour leurs doctrines mystiques. Mais, considéré en lui-même, le Séfer Yesira n'a rien de commun avec la cabale. En effet, par le mot cabale, on entend deux choses : une explication mystérieuse de la Bible tirée des lettres mêmes du texte, et une théorie métaphysique qui rattache Dieu au monde par une série d'émanations de la Divinité. Il n'y a rien de pareil dans le Séfer Yesira, qui se borne à expliquer la création en montrant les différents rapports que le monde, le temps et l'homme ont avec la numération décimale et les divisions des lettres de l'alphabet. Les cabalistes ont naturellement mis à profit le Séfer Yesira et lui ont emprunté certains

1. Ou trouvera les reuseigueineuts relatifs à la littérature du Séfer Yesira dans la «ayante étude que M. Castelli a faite sur cet ouvrage dans son introduction au commentaire de Sabbataï Donolo (Florence, 1880). Nous résumons, pour ainsi dire, cette étude, eu la complétant sur certains points. Toutefois, nous différons d'avis avec M. Castelli sur l'explication de certains termes du texte. La façon dont Saadya interprète les trois sefarim et les dix sefirol nous paraît plus ratiounelle que celle de Sabbataï Donolo. M. Castelli n'a pas non plus toujours pu distinguer exactement le texte même du Séfer Yesira du commentaire de Sabbataï Donolo. — Depuis le livre de M. Castelli ont paru un article relatif au prétendu commentaire d'Isaac Israéli, par M. Kaufmann, Revue des Etudes juives y 1884, p. 126-133, et le commentaire de Yehuda bar Barzillaï a été publié par M. Haiberstamm (Berlin, 1885).

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ir INTRODUCTION

termes en les détournant de leur sens. Mais ce serait commettre une singulière erreur que de procéder en sens inverse et de vouloir retrouver le Zohar dans le Séfer Yesira. On ne doit pas appeler cabalistique un ouvrage, parce qu'il a eu la malchance de tomber entre les mains des cabalistes.

Si le Séfer Yesira n'est pas le produit du mysticisme, il n'est pas davanUige le fruit de la pensée philosophique. Bien qu'il y soit question des nombres, et quoi qu'en dise Saadya dans la préface de son commentaire, la théorie du Séfer Yesira ne ressemble nullement à la doctrine pythagoricienne. Pour Pythagore, les nombres sont la matière et la forme du monde, tandis que notre livre tâche uniquement de montrer que les nombre dix, base du calcul, trois, sept et douze, dans lesquels se divise l'alphabet, ont présidé à la création du macrocosme, c'est-à-dire du temps et de l'espace, et du microcosme, qui est l'homme*. D'ailleurs l'auteur du Séfer Yesini expose ses idées d'une manière si arbitraire et si enfantine, tout en les entremêlant de pensées ingénieuses et morales, qu'il ne nous paraît pas s'être pris lui-même au sérieux. Ainsi les sept lettres doubles correspondent à sept biens qui ont leurs contraires, et les douze simples à douze facultés qui n'ont pas moins leurs contraires. Les lettres àlef^ mem, schln donnent six combinaisons, dont trois sont rapportées au principe masculin et trois au principe féminin, sans qu'on suche pourquoi chaque combinaison se rapporte à l'un plutôt qu'à l'autre. L'auteur a cherché à faire une œuvre plus intéressante que profonde, et plus morale que philosophique.

Ces considérations nous amènent à voir dans le Si'^fer Yesira un des nombreux Midraschim que la période talmudique a vus éclore. Seulement, d'une part, il se distingue des Midraschim ordinaires par sa forme, qui imite celle de la Mischna, et se rapproche par là des petites Massekhtot talmu-

1. Sous ce rapport, le Séfer Yeaira offre des points de ressemblance avec le Midraseh Tadsché. V. Ëpsteia, Btitrdtje zur jUdischen Alterihumakutule (^Vienne, 1887, p. i-xiv).

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diques; d'autre part, il affecte un langage obscur et aime les expressions recherchées. Par là, il révèle une certaine affinité avec la littérature des Pioutim, dont il adopte même la grammaire en employant, comme le fait remarquer Saadya, le mot 1ï pour 1i*^. L'allitération de 1DD, "IDD et TIBD

rappelle, comme Tobserve également Saadya, les allitérations d'Élénzar Haqqalir. Enfin il convient de faire ressortir que le Séfer Yesira se rattache étroitement aux textes bibliques qui traitent de la création. Le mot HD^bD après illl^DD "^IJ^J? est évidemment une allusion au passage de Job (xxvi, 7) : nO^bD by inx nbn. L'auteur veut dire que ce nO^bD, auquel Dieu suspend le monde, ce sont les dix nombres, de même que la base IID^ (cf. Psaume lxxxix et passim), ce sont les vingt-deux lettres. Le monde, par conséquent, dépend des dix nombres et repose sur Talphabet. Le Séfer Yesira paraît s'être préoccupé spécialement du vingt-sixième chapitre de Job, où se trouve le mot HD^^D : le ^HD du même verset se retrouve eh. iv, 6 ; les colonnes (v. 11), même chapitre, paragraphe 5; le dragon (v. 13) n'est autre que le telî (ch. I, 4), et même le mot haqaq, employé si souvent, se retrouve dans le mot jn pFI (v. 10). Quand il compare les dix nombres aux éléments (ch. iv), il suit exactement Tordre des premiers versets de la Genèse, en commençant par le souffle divin, l'air, puis l'eau, puis le feu. Le Séfer Yesira a d'ailleurs conserve les idées naïves de la cosmographie biblique; pour lui le monde est carré, et est établi sur des colonnes. Il ne connaît que trois éléments, la terre étant produite par l'eau. Le Séfer Yesira s'inspire donc directement de la Bible, dont il intercale même des versets entiers dans son texte; il est aussi éloigné de la science grecque que de la philosophie alexandrine.

Les rapprochements que nous avons signalés entre le Séfer Yesira et entre les petites Massekhtot et les Pioutim sont déjà des indices de l'âge de notre livre. En considérant que l'auteur ne parle pas des points-voyelles, que néanmoins

IV INTRODUCTION

il a déjà quelques notions grammaticales : la distinction des begadkefaty la division des sons d'après les organes vocaux, qu'il n'est pas mentionné dans le Talmud*, du moins d'une façon certaine, on doit admettre qu'il date du vu* ou même du VIII' siècle de l'ère chrétienne*.

Sur le lieu d'origine du Séfer Yesira, Saadya dit que c'est la Palestine, et il n'y a aucun motif pour ne pas l'en croire, bien que la raison sur laquelle ii appuie son opinion ne soit pas très claire : les noms des lettres dans le Séfer Yesira prouveraient, selon lui, l'origine palestinienne de ce livre'.

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